dimanche 12 octobre 2008
Dites-le avec des fleurs
Soit des roses qui poussent sur une haie, d’autres qui sont posées en bouquet devant la porte d’une maison. Vous n’inférez probablement pas les mêmes significations de ces fleurs pourtant identiques. Dans Brain and Language, Kristian Tylén et ses collègues se sont demandé quelles régions cérébrales font cette différence dans le sens attribué aux événements. Réponse : ce sont les aires du langage (voie ventrale et pars triangularis du cortex frontal inférieur) qui s’activent pour interpréter de telles scènes en photographies. Ce qui pourrait suggérer que nos symboliques sociales sont, en partie, des dérivées de nos sémantiques linguistiques. Mais ce n'est pas évident, quand on y réfléchit : des espèces animales sans langage pratiquent l'offrande de biens en vue de la copulation. Il se peut que le sens du geste (offrir des roses) préexiste au langage, et que l'activation des aires cérébrales du langage soit dérivée de ce sens initial.
jeudi 9 octobre 2008
Du meurtre du père à l'alliance contre le mâle alpha
Dans Totem et tabou, Freud imagine une horde primitive où le père tout-puissant monopolise les femmes. Ses fils rebelles le tuent et totémisent son image, pour conjurer cet acte fondateur parricide. La biologie évolutionnaire a moins d’imagination littéraire ou d’inspiration symbolique, mais elle se pose parfois des questions assez semblables. Comment ont émergé les sociétés de chasseurs-cueilleurs, égalitaires, depuis des hordes primates hiérarchiques, dominées par un mâle alpha violent et polygame ? Trois chercheurs développent dans PloS ONE un modèle stochastique de formation des alliances au cours de l’hominisation. Avec un nombre limité de paramètres, les auteurs montrent qu’un système d’alliances peut très bien apparaître dans le cadre d’une compétition intense des individus pour le succès social et reproductif : dès lors que des associations dyadiques commencent à se former par affinité entre quelques individus, la meilleure stratégie pour les autres est d’en rejoindre une. Et lorsque ces alliances deviennent elles-mêmes héritables (transmission culturelle), on voit émerger dans le modèle la stratégie d’une alliance unique rassemblant tous les membres d’un groupe.
samedi 4 octobre 2008
Intelligence et choix féminin du partenaire
Nous commentions récemment une recherche montrant que les riches semblent posséder un léger avantage dans la compétition reproductive, quoique cet avantage soit moins évident dans une société moderne capitaliste que dans une société traditionnelle, contrairement aux idées reçues. Qu’en est-il donc des hommes intelligents ? Mark D. Prokosch et ses collègues, du Département de psychologie de l’Université de Californie, se sont penchés sur cette question. Dans un premier temps, 15 jeunes hommes (âge moyen 19,2 ans) ont passé un test de QI verbal (WAIS-III, sous-section vocabulaire). Ils ont ensuite été filmés dans diverses conditions : en train de lire à voix haute des titres de presse, en train de répondre à une question ouverte faisant appel à une certaine créativité (« que pourrait signifier la découverte de vie sur Mars pour la vie sur Terre ?), en train de se présenter sous le meilleur jour possible (« Donner trois raisons pour lesquelles vous seriez un bon candidat pour une rencontre ? »), en train de jouer au frisbee.
209 jeunes filles, d’âge moyen de 19,4 ans, ont dû ensuite remplir un questionnaire (incluant leur période d’ovulation au moment du test) et donner leurs préférences concernant les garçons visionnés. Ces préférences concernaient les deux dimensions habituellement analysées en psychologie évolutionnaire : rencontre à court terme (aimeriez-vous passer une nuit avec ce garçon), union à long terme (pourriez-vous prendre ce garçon comme mari et père de vos enfants). Les jeunes filles devaient aussi donner leur avis sur l’intelligence des garçons (sans connaître leur résultat au test, bien sûr, juste daprès les séquences), ainsi que sur diverses qualités : attractivité physique, créativité, sécurité financière, impression de sécurité (dans l’hypothèse d’être avec le garçon).
L’intelligence subjectivement évaluée a prédit 13,0 % de la variance dans le choix d’un homme à long terme, contre 30,7 % pour le physique, 18,2 % pour la sécurité et 14,3 % pour la richesse. Dans le cas d’une liaison à cour terme, l’intelligence expliquait 2,8 % de la variance, contre 59,2 % pour le physique, 2,9 % pour la sécurité et 10,1 % pour la richesse. Il est à noter que cette évaluation subjective a été positivement corrélée à l’intelligence réelle (mesurée) des hommes, ce qui signifie que les vidéos comportementales donnent de bons indices sur celle-ci. L’intelligence réelle des garçons a expliqué quant à elle 3,4 % du choix comme partenaire à long terme, et 3,2 % comme partenaire à court terme. La créativité, de son côté, a obtenu de scores élevés : 26,9 % de la variance pour une liaison à long terme ; 18,1 % pour une liaison à court terme ; mais la variable semblait cependant plus facilement confondue avec l’attractivité physique que l’intelligence). Il est à noter que la période ovulatoire est restée sans effet significatif sur l’expression de ces préférences, contrairement à d’autres traits où l’on observe des variations selon que la femme est fertile ou non.
Quelles conclusions doit-on tirer pour cet échantillon ? Tout d’abord, l’intelligence verbale peut être déduite de l’observation comportementale comme indice phénotypique, et elle n’est pas neutre dans le choix d’un partenaire à court comme à long termes : à autres qualités égales, l’intelligence est susceptible de faire la différence. Elle reste cependant loin derrière l’attractivité physique, comme premier facteur de choix. Ensuite, la créativité semble une dimension à part entière des préférences féminines, là encore pour des unions à court comme à long termes, ne se confondant que partiellement avec l’intelligence perçue ou mesurée. Il est possible que certaines qualités appréciées, comme le sens de l’humour, soient des indices de cette créativité.
Référence :
Prokosch M.D. et al. (2008), Intelligence and mate choice: intelligent men are always appealing, Evol Hum Behav, online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.07.004
(Merci à Mark Prokosch de m’avoir transmis son papier).
A lire aussi sur ce site : L'intelligence sexuelle.
209 jeunes filles, d’âge moyen de 19,4 ans, ont dû ensuite remplir un questionnaire (incluant leur période d’ovulation au moment du test) et donner leurs préférences concernant les garçons visionnés. Ces préférences concernaient les deux dimensions habituellement analysées en psychologie évolutionnaire : rencontre à court terme (aimeriez-vous passer une nuit avec ce garçon), union à long terme (pourriez-vous prendre ce garçon comme mari et père de vos enfants). Les jeunes filles devaient aussi donner leur avis sur l’intelligence des garçons (sans connaître leur résultat au test, bien sûr, juste daprès les séquences), ainsi que sur diverses qualités : attractivité physique, créativité, sécurité financière, impression de sécurité (dans l’hypothèse d’être avec le garçon).
L’intelligence subjectivement évaluée a prédit 13,0 % de la variance dans le choix d’un homme à long terme, contre 30,7 % pour le physique, 18,2 % pour la sécurité et 14,3 % pour la richesse. Dans le cas d’une liaison à cour terme, l’intelligence expliquait 2,8 % de la variance, contre 59,2 % pour le physique, 2,9 % pour la sécurité et 10,1 % pour la richesse. Il est à noter que cette évaluation subjective a été positivement corrélée à l’intelligence réelle (mesurée) des hommes, ce qui signifie que les vidéos comportementales donnent de bons indices sur celle-ci. L’intelligence réelle des garçons a expliqué quant à elle 3,4 % du choix comme partenaire à long terme, et 3,2 % comme partenaire à court terme. La créativité, de son côté, a obtenu de scores élevés : 26,9 % de la variance pour une liaison à long terme ; 18,1 % pour une liaison à court terme ; mais la variable semblait cependant plus facilement confondue avec l’attractivité physique que l’intelligence). Il est à noter que la période ovulatoire est restée sans effet significatif sur l’expression de ces préférences, contrairement à d’autres traits où l’on observe des variations selon que la femme est fertile ou non.
Quelles conclusions doit-on tirer pour cet échantillon ? Tout d’abord, l’intelligence verbale peut être déduite de l’observation comportementale comme indice phénotypique, et elle n’est pas neutre dans le choix d’un partenaire à court comme à long termes : à autres qualités égales, l’intelligence est susceptible de faire la différence. Elle reste cependant loin derrière l’attractivité physique, comme premier facteur de choix. Ensuite, la créativité semble une dimension à part entière des préférences féminines, là encore pour des unions à court comme à long termes, ne se confondant que partiellement avec l’intelligence perçue ou mesurée. Il est possible que certaines qualités appréciées, comme le sens de l’humour, soient des indices de cette créativité.
Référence :
Prokosch M.D. et al. (2008), Intelligence and mate choice: intelligent men are always appealing, Evol Hum Behav, online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.07.004
(Merci à Mark Prokosch de m’avoir transmis son papier).
A lire aussi sur ce site : L'intelligence sexuelle.
mercredi 1 octobre 2008
La survie des plus riches
Quels sont justement les critères de fertilité au sein des sociétés humaines, c’est-à-dire la sélection phénotypique avantageant certains traits ? Les facteurs sont nombreux. Parmi eux, anthropologues et biologistes ont noté de longue date que la richesse, elle-même associée au statut social, est corrélée positivement au succès reproductif dans les sociétés anciennes ou les sociétés actuelles restées traditionnelles (pré-industrielles). Pour les sociétés contemporaines développées, les données sont cependant plus confuses. Des travaux n’ont trouvé aucune association particulière entre le statut socio-économique et la fertilité, suggérant un « paradoxe moderne » du point de vue darwinien. Mais ces travaux ont été contestés pour plusieurs raisons méthodologiques : études longitudinales trop courtes n’embrassant pas toute la période reproductive, confusion des facteurs éducation et revenus dans l’analyse. Deux travaux récents ont repris l’analyse en évitant ces biais (Hopcroft 2006 sur la société américaine, Fieder et Huber 2007 sur la population suédoise). Ils ont montré l’un et l’autre que l’éducation et le revenu agissent en sens contraire : un haut niveau d’éducation abaisse la probabilité de fertilité finale forte, alors qu’un haut niveau de revenus l’augmente, du moins chez les hommes. Car chez les femmes, c’est l’inverse : plus les revenus sont élevés, plus le nombre d’enfants est faible.
Daniel Nettle et Thomas V. Pollet ajoutent une nouvelle pièce au dossier, par une étude portant sur la société anglaise. Les chercheurs ont utilisé les données de la National Child Development Study (NCDS), suivant le parcours de vie de 17.416 sujets nés entre le 3 et le 9 mars 1958 (plus précisément la cohorte NCDS7 analysée en 2004, à l’âge de 46 ans, avec 11.939 sujets encore suivis à cette date). A la date de l’analyse, les femmes avaient en moyenne 1,83 enfant, les hommes 1,66. Les hommes les plus éduqués ont un peu moins d’enfants que les hommes les moins éduqués (-0,09), le différentiel étant plus marqué pour les femmes (-0,22). Concernant le lien entre la fertilité et les revenus, l’analyse statistique (régression en fonction ln) montre une relation significative et positive chez les hommes, significative et négative chez les femmes (figure ci-contre). D’où vient la fertilité plus importante des hommes riches ? Trois hypothèses ont été testées : la facilité à se marier, la facilité à avoir des enfants au sein du couple, la facilité à se marier plusieurs fois (mariage sériel et multiples foyers). La première et la troisième n’ont montré aucune association significative avec les revenus : la principale différence entre les hommes riches et les hommes pauvres réside en fait dans la plus grande probabilité pour les seconds de n’avoir aucun enfant. Sur ce point, éducations et revenus jouent en sens inverse, et pour les deux sexes (les hommes comme les femmes les plus éduqués ont une plus forte probabilité de n’avoir pas d’enfant du tout).
Nettle et Pollet ont ensuite comparé les données de son étude avec celles de Hopcroft, Fieder et Huber (trois sociétés contemporaines développées), huit sociétés agraires ou pastoralistes européennes et africaines, trois sociétés de chasseurs-cueilleurs. Le gradient de sélection linéaire sur l’axe de corrélation fertilité-richesse pour les mâles est de 0,13 dans les sociétés contemporaines, 0,24 dans les sociétés agraires européennes monogames, 0,30 dans les sociétés chasseurs-cueilleurs, 0,63 dans les sociétés africaines polygames (agraires ou pastoralistes). On constate donc que la corrélation est positive dans toutes les sociétés étudiées, mais qu’elle varie selon l’environnement économique, le mode d’acquisition des ressources et les systèmes de mariage.
«Cette étude pointe diverses questions du point de vue évolutif, concluent les auteurs. Avant tout, elle montre que les sociétés modernes sont quantitativement, et non qualitativement différentes des sociétés pré-industrielles. C’est-à-dire que les gradients sélectifs sur les ressources, au moins pour les hommes, sont atténués, mais ne sont pas abolis ou inversés. (…) Ces données suggèrent aussi une continuité appréciable entre les sociétés modernes et les sociétés de chasseurs-cueilleurs, où la sélection se fait sur l’aptitude des mâles à chasser, et même d’autres espèces, où le rang du mâle est généralement corrélé de manière positive au succès reproductif. (…) Bien sûr, la sélection phénotypique ne produit des changements évolutifs que si le trait a quelque base héritable. Nous manquons d’information pour savoir s’il y a des variations génétiques affectant la propension à accumuler des ressources à travers les cultures, mais de premières estimations fondées sur les études de jumeaux et d’adoption suggèrent une héritabilité modeste au sein des populations industrielles. Cela pose la possibilité intéressante d’une sélection génétique aussi bien que phénotypique en cours, liée à la richesse des mâles chez les humains».
Ajoutons pour finir qu’aux échelles de temps correctes pour l’évolution – plusieurs centaines à milliers de générations –, ces données fort intéressantes ne seront probablement plus pertinentes pour l’espèce humaine, ou pour une partie d’entre elle. Il est assez difficile d’imaginer qu’Homo sapiens ayant déchiffré les lois de l’évolution et séquencé son génome se contentera dans les décennies, siècles et millénaires à venir de se reproduire exactement à l’identique, en respectant scrupuleusement ce que le jeu aléatoire de la sélection avait produit pour ses ancêtres.
Référence et illustration :
Nettle D. T.V. Pollet (2008), Natural selection on male wealth in Humans, American Naturalist, online pub, doi : 10.1086/591690
(Merci à Daniel Nettle de m’avoir fait parvenir son travail).
Daniel Nettle et Thomas V. Pollet ajoutent une nouvelle pièce au dossier, par une étude portant sur la société anglaise. Les chercheurs ont utilisé les données de la National Child Development Study (NCDS), suivant le parcours de vie de 17.416 sujets nés entre le 3 et le 9 mars 1958 (plus précisément la cohorte NCDS7 analysée en 2004, à l’âge de 46 ans, avec 11.939 sujets encore suivis à cette date). A la date de l’analyse, les femmes avaient en moyenne 1,83 enfant, les hommes 1,66. Les hommes les plus éduqués ont un peu moins d’enfants que les hommes les moins éduqués (-0,09), le différentiel étant plus marqué pour les femmes (-0,22). Concernant le lien entre la fertilité et les revenus, l’analyse statistique (régression en fonction ln) montre une relation significative et positive chez les hommes, significative et négative chez les femmes (figure ci-contre). D’où vient la fertilité plus importante des hommes riches ? Trois hypothèses ont été testées : la facilité à se marier, la facilité à avoir des enfants au sein du couple, la facilité à se marier plusieurs fois (mariage sériel et multiples foyers). La première et la troisième n’ont montré aucune association significative avec les revenus : la principale différence entre les hommes riches et les hommes pauvres réside en fait dans la plus grande probabilité pour les seconds de n’avoir aucun enfant. Sur ce point, éducations et revenus jouent en sens inverse, et pour les deux sexes (les hommes comme les femmes les plus éduqués ont une plus forte probabilité de n’avoir pas d’enfant du tout).Nettle et Pollet ont ensuite comparé les données de son étude avec celles de Hopcroft, Fieder et Huber (trois sociétés contemporaines développées), huit sociétés agraires ou pastoralistes européennes et africaines, trois sociétés de chasseurs-cueilleurs. Le gradient de sélection linéaire sur l’axe de corrélation fertilité-richesse pour les mâles est de 0,13 dans les sociétés contemporaines, 0,24 dans les sociétés agraires européennes monogames, 0,30 dans les sociétés chasseurs-cueilleurs, 0,63 dans les sociétés africaines polygames (agraires ou pastoralistes). On constate donc que la corrélation est positive dans toutes les sociétés étudiées, mais qu’elle varie selon l’environnement économique, le mode d’acquisition des ressources et les systèmes de mariage.
«Cette étude pointe diverses questions du point de vue évolutif, concluent les auteurs. Avant tout, elle montre que les sociétés modernes sont quantitativement, et non qualitativement différentes des sociétés pré-industrielles. C’est-à-dire que les gradients sélectifs sur les ressources, au moins pour les hommes, sont atténués, mais ne sont pas abolis ou inversés. (…) Ces données suggèrent aussi une continuité appréciable entre les sociétés modernes et les sociétés de chasseurs-cueilleurs, où la sélection se fait sur l’aptitude des mâles à chasser, et même d’autres espèces, où le rang du mâle est généralement corrélé de manière positive au succès reproductif. (…) Bien sûr, la sélection phénotypique ne produit des changements évolutifs que si le trait a quelque base héritable. Nous manquons d’information pour savoir s’il y a des variations génétiques affectant la propension à accumuler des ressources à travers les cultures, mais de premières estimations fondées sur les études de jumeaux et d’adoption suggèrent une héritabilité modeste au sein des populations industrielles. Cela pose la possibilité intéressante d’une sélection génétique aussi bien que phénotypique en cours, liée à la richesse des mâles chez les humains».
Ajoutons pour finir qu’aux échelles de temps correctes pour l’évolution – plusieurs centaines à milliers de générations –, ces données fort intéressantes ne seront probablement plus pertinentes pour l’espèce humaine, ou pour une partie d’entre elle. Il est assez difficile d’imaginer qu’Homo sapiens ayant déchiffré les lois de l’évolution et séquencé son génome se contentera dans les décennies, siècles et millénaires à venir de se reproduire exactement à l’identique, en respectant scrupuleusement ce que le jeu aléatoire de la sélection avait produit pour ses ancêtres.
Référence et illustration :
Nettle D. T.V. Pollet (2008), Natural selection on male wealth in Humans, American Naturalist, online pub, doi : 10.1086/591690
(Merci à Daniel Nettle de m’avoir fait parvenir son travail).
Sexes, longévité et fertilité
Les sexes ne présentent pas tout à fait les mêmes caractéristiques de longévité, notamment chez les mammifères. On observe une surmortalité masculine à la plupart des âges, qui est notamment rapportée aux effets directs (affaiblissement du système immunitaire) et indirects (agressivité, compétition mâle-mâle) de la testostérone, hormone produite en bien plus grande quantité par les mâles que par les femelles. Alexei A. Maklakov a comparé les longévités masculines et féminines dans 205 pays et territoires où les données statistiques sont disponibles. Il a corrélé cette longévité à divers facteurs : latitude, densité de la population, fertilité finale, revenu national brut pondéré en parité de pouvoir d’achat (RNB-PPA). Il en résulte des différences intéressantes entre les sexes. Ainsi, si l’espérance de vie totale est associée aux conditions économiques favorables, ce sont les hommes qui en profitent le mieux (leur différence de mortalité avec les femmes décroît plus vite). Un facteur de premier plan est la fertilité : 33 % des différences de longévité par sexe entre pays sont associés au nombre d’enfants par femme. Ces résultats sont convergents avec les études sur les sociétés pré-industrielles et les sociétés de chasseurs-cueilleurs, montrant des longévités identiques entre hommes et femmes dues à une surmortalité féminine en couche. Les gains rapides en espérance de vie des femmes dans les sociétés développées et le différentiel creusé avec les hommes tiennent notamment à ce que les premières investissent de moins en moins dans la reproduction (baisse tendancielle de la fertilité finale). A contrario, cela rappelle que le coût direct de la reproduction est inégalement réparti entre mâles et femelles.
Référence :
Maklakov A.A. (2008), Sex difference in life span affected by female birth rate in modern humans, J. Evol. Hum. Behav., online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.08.002
(Merci à Alexei Maklakov de m’avoir envoyé son papier).
Référence :
Maklakov A.A. (2008), Sex difference in life span affected by female birth rate in modern humans, J. Evol. Hum. Behav., online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.08.002
(Merci à Alexei Maklakov de m’avoir envoyé son papier).
samedi 27 septembre 2008
Où sont les femmes ? La polygynie dans l'évolution humaine
Michael F. Hammer et ses collègues ont comparé 40 loci sur les chromosomes X et les autosomes (chromosomes non sexuels), chez 90 humains appartenant à des populations des six continents. Ils ont analysé la diversité génétique observée avec celle attendue par des modèles de dérives neutres depuis la séparation évolutive des hommes, des chimpanzés et des orangs-outans. Si l’on suppose un sex-ratio à peu près identique (autant d’hommes que de femmes dans le pool reproductif) et une reproduction à peu près panmictique (tout homme et toute femme ont en moyenne la même probabilité de se reproduire), on devrait trouver une diversité génétique des autosomes égale à 75% de celle du X. (L’homme n’a qu’un seul chromosome X, donc la recombinaison chez les deux sexes a un rapport 3 :4 , contre 4 :4 pour les autosomes). Or, le rapport Nx/Na (N étant la population effective de reproducteurs) est systématiquement plus élevé que 0,75 chez les humains, allant de 0,85 chez les San à 1,08 chez les Basques. En d’autres termes, le chromosome X présente des polymorphismes bien plus marqués que ce que l’on pourrait attendre. L’explication la plus plausible ? La polygynie, qui est attestée dans la plupart des cultures humaines, notamment les chasseurs-cueilleurs que l’on suppose les plus proches des conditions ancestrales d’adaptation. Et aussi bien chez la plupart des mammifères. La polygynie signifie techniquement une plus grande variance dans le succès reproductif des hommes comparés aux femmes. Elle n’est pas le seul facteur de diversification du X, mais les modèles indiquent que les autres causes possibles (effet fondateur, goulet d’étranglement démographique, migrations spécifiques à un sexe, etc.) seraient mineures au cours de l’évolution humaine. La réussite de la monogamie sociale serait donc un trait culturel récent de l’humanité. Et cette monogamie sociale ne signifie évidemment pas monogamie sexuelle ou effective : la pratique des divorces, remariages et naissances en multiples foyers a par exemple la même signature génétique que la polygamie, tout comme la classique infidélité lorsqu’elle aboutit à une grossesse.Référence :
Hammer M.F. a tal. (2008), Sex-Biased evolutionary forces shape genomic patterns of human diversity, PLoS Genet, 4,9, e1000202. doi:10.1371/journal.pgen.1000202
Illustration : le rappeur américain 50 Cent et deux admiratrices (DR). Il semble que l’évolution humaine a été marquée par un succès reproductif inégal parmi les mâles. La polygynie de droit, de coutume ou de fait, observée dans la majorité des cultures humaines historiques ou actuelles, en est la traduction. Les cas inverses de polyandrie sont rarissimes, chez l’homme comme chez les mammifères. La monogamie « officielle », quoique revendiquée par un nombre plus faible de cultures, est le système ayant cependant connu la plus grande extension démographique dans l’histoire récente.
vendredi 19 septembre 2008
L'homme qui vient, la femme qui part
Notre système visuel est conçu de telle sorte que nous sommes capables de déduire un grand nombre d’informations d’une personne (ou d’un animal) en mouvement, même quand notre vision est imparfaite (champ de vision latéral, forme plus ou moins indistincte). De précédents travaux ont montré que les sujets peuvent inférer des analyses exactes – le sexe, l’état émotionnel voire certains traits de personnalité - à partir d’une perception partielle des mouvements d’autres sujets. L’une des méthodes expérimentales consiste à produire des figures virtuelles à partir d’une image réelle de personne en mouvement, image que l’on réduit par de simples points lumineux situés aux articulations du corps (on parle de «point-light figure»).
Anna Brooks et ses collègues ont demandé à des volontaires de juger si de telles figures virtuelles fixes étaient des hommes ou des femmes (avec le choix « neutre » en cas d’indécision) d’une part, d’estimer si les figures venaient vers eux ou au contraire s’éloignaient (impression subjective, car l’image était fixe). Résultat : les figures jugées masculines ou neutres sont plutôt perçues comme s’approchant de l’observateur, alors que les figures féminines semblent plus souvent en train de s’éloigner. Les auteurs suggèrent que ce biais d’orientation pourrait être une mise en alerte inconsciente, visant à focaliser l’attention sur un mâle qui s’avance afin d’évaluer ses intentions, qui ne sont pas forcément bonnes. Comme 90% des violences sont le fait de mâles plutôt que de femelles dans l’espèce humaine, un tel biais a son utilité. Quant à la perception inverse (la femme s’éloigne), elle peut aussi avoir ses raisons…
Référence :
Brooks A. et al. (2008), Correlated changes in perceptions of the gender and orientation of ambiguous biological motion figures, Current Biology, 18, 17, 9, R728-R729, doi: doi:10.1016/j.cub.2008.06.054
(Merci à Anna Brooks de m’avoir fait parvenir son papier).
Anna Brooks et ses collègues ont demandé à des volontaires de juger si de telles figures virtuelles fixes étaient des hommes ou des femmes (avec le choix « neutre » en cas d’indécision) d’une part, d’estimer si les figures venaient vers eux ou au contraire s’éloignaient (impression subjective, car l’image était fixe). Résultat : les figures jugées masculines ou neutres sont plutôt perçues comme s’approchant de l’observateur, alors que les figures féminines semblent plus souvent en train de s’éloigner. Les auteurs suggèrent que ce biais d’orientation pourrait être une mise en alerte inconsciente, visant à focaliser l’attention sur un mâle qui s’avance afin d’évaluer ses intentions, qui ne sont pas forcément bonnes. Comme 90% des violences sont le fait de mâles plutôt que de femelles dans l’espèce humaine, un tel biais a son utilité. Quant à la perception inverse (la femme s’éloigne), elle peut aussi avoir ses raisons…
Référence :
Brooks A. et al. (2008), Correlated changes in perceptions of the gender and orientation of ambiguous biological motion figures, Current Biology, 18, 17, 9, R728-R729, doi: doi:10.1016/j.cub.2008.06.054
(Merci à Anna Brooks de m’avoir fait parvenir son papier).
mardi 16 septembre 2008
Comment rendre une souris mauvaise mère, mais bonne fille
Le comportement parental et social figure parmi les dispositifs innés de certaines espèces. Notamment la souris. Dans la mesure où ces comportements demandent d’évaluer les menaces de l’environnement, les chercheurs font l’hypothèse qu’ils impliquent certains circuits neuronaux de la peur, lié à l’amygdale. Mais cet amas de neurones en forme d’amande, situé dans le système limbique, comporte en réalité divers noyaux fonctionnels, possédant des connexions internes et des projections externes spécifiques.
L’équipe de Gleb P. Shumyatsky (Département de génétique, Université Rutgers, États-Unis) avait déjà identifié une région de l’amygdale, le noyau baso-latéral, comme modulant la sensation de peur et l’apprentissage qu’elle permet (perception des dangers, évitement ultérieur des situations menaçantes). Pour ce faire, ils avaient sélectivement inhibé un gène appelé stathmin (son expression participe à l’organisation des microtubules, très abondants dans les dendrites et axones du cerveau dont ils forment le cytosquelette). Que se passe-t-il du point de vue comportemental quand le gène stathmin est ainsi endormi (-/-) ? Les souris femelles se désintéressent de leur portée et deviennent incapables de choisir un endroit approprié pour construire un nid. Mais ces mauvaises mères sont aussi de bonnes filles : désinhibées, elles multiplient les contacts sociaux entre adultes. Le travail confirme donc que le comportement parental et social est sous la dépendance du fonctionnement du noyau basolatéral de l’amygdale, dont les altérations par lésion, les variations innées dues au polymorphisme génétique ou les variations acquises dues aux expériences de l’individu sont susceptibles d’avoir des effets phénotypiques observables.
Ces travaux sur la souris, comme ceux sur la mouche dont on parlait ici récemment, permettent le valider progressivement le schéma fonctionnaliste et modulariste dans l’analyse de l’esprit. Le fonctionnalisme signifie que les états mentaux sont analysés par les séries de causes et effets qui les caractérisent et auxquelles on peut attribuer un rôle dans la (sur)vie de l’organisme, rôle généralement façonné par l’évolution adaptative. La modularité signifie que les cerveaux sont formés de noyaux et réseaux (modules) spécialisés dans le traitement de certaines informations, la connexion de ces modules accomplissant la fonction.
Comme les mouches, les souris et les humains partagent énormément de choses, à commencer par des gènes et des neurones, il n’y a pas de raison de penser que les cerveaux dont nous sommes si fiers diffèrent fondamentalement dans leurs mécanismes perceptifs et cognitifs. Même si bien sûr Homo sapiens et les primates en général ont développé d’autres fonctions et d’autres modules dans l’histoire de la vie.
Référence :
Martel G. et al. (2008), Stathmin reveals dissociable roles of the basolateral amygdala in parental and social behaviors, PNAS, online pub, doi: 10.1073/pnas.0807507105
L’équipe de Gleb P. Shumyatsky (Département de génétique, Université Rutgers, États-Unis) avait déjà identifié une région de l’amygdale, le noyau baso-latéral, comme modulant la sensation de peur et l’apprentissage qu’elle permet (perception des dangers, évitement ultérieur des situations menaçantes). Pour ce faire, ils avaient sélectivement inhibé un gène appelé stathmin (son expression participe à l’organisation des microtubules, très abondants dans les dendrites et axones du cerveau dont ils forment le cytosquelette). Que se passe-t-il du point de vue comportemental quand le gène stathmin est ainsi endormi (-/-) ? Les souris femelles se désintéressent de leur portée et deviennent incapables de choisir un endroit approprié pour construire un nid. Mais ces mauvaises mères sont aussi de bonnes filles : désinhibées, elles multiplient les contacts sociaux entre adultes. Le travail confirme donc que le comportement parental et social est sous la dépendance du fonctionnement du noyau basolatéral de l’amygdale, dont les altérations par lésion, les variations innées dues au polymorphisme génétique ou les variations acquises dues aux expériences de l’individu sont susceptibles d’avoir des effets phénotypiques observables.
Ces travaux sur la souris, comme ceux sur la mouche dont on parlait ici récemment, permettent le valider progressivement le schéma fonctionnaliste et modulariste dans l’analyse de l’esprit. Le fonctionnalisme signifie que les états mentaux sont analysés par les séries de causes et effets qui les caractérisent et auxquelles on peut attribuer un rôle dans la (sur)vie de l’organisme, rôle généralement façonné par l’évolution adaptative. La modularité signifie que les cerveaux sont formés de noyaux et réseaux (modules) spécialisés dans le traitement de certaines informations, la connexion de ces modules accomplissant la fonction.
Comme les mouches, les souris et les humains partagent énormément de choses, à commencer par des gènes et des neurones, il n’y a pas de raison de penser que les cerveaux dont nous sommes si fiers diffèrent fondamentalement dans leurs mécanismes perceptifs et cognitifs. Même si bien sûr Homo sapiens et les primates en général ont développé d’autres fonctions et d’autres modules dans l’histoire de la vie.
Référence :
Martel G. et al. (2008), Stathmin reveals dissociable roles of the basolateral amygdala in parental and social behaviors, PNAS, online pub, doi: 10.1073/pnas.0807507105
lundi 15 septembre 2008
Neuro-anatomie de la mouche désirante
La drosophile, vieille amie ailée des laborantins, vient de dévoiler un nouveau pan du comportement animal. Les mouches mâles montrent des comportements stéréotypés quand elles courtisent les femelles, en les poursuivant avec un battement d’ailes caractéristique ayant pour effet de vaincre les réticences des belles et de les disposer à l’accouplement plutôt qu’à l’éloignement. Dans une étude publiée dans Neuron, Ken-ichi Kimura et ses collègues exposent les bases neuro-anatomiques de cette attitude masculine. Les chercheurs se sont penchés sur un groupe spécifique de neurones dans le cerveau dorsal postérieur, exprimant le gène fru (impliqué dans la différenciation sexuelle). Ils ont montré que cette famille de 20 neurones, appelée P1, est connectée vers le protocérébron bilatéral et commande directement le comportement amoureux du mâle. Au cours du développement, la protéine Fru s’exprime chez les mâles et permet le positionnement correct des projections des neurones P1 ; chez les femelles, un autre gène (DsxF) inhibe cette formation neurale. Ce type d’étude permet de voir sur les modèles animaux simples comment la diversité génétique produit la diversité comportementale à travers les modifications structurelles et fonctionnelles du système nerveux. Le génome de la drosophile contient 13 600 gènes environ (moitié moins que le génome humain) dont bon nombre sont homologues avec ceux de notre espèce.
dimanche 14 septembre 2008
Odeurs immunitaires et choix des partenaires
Le choix des partenaires reproductifs est-il alétaoire ou obéit-il à des règles discrètes et inconscientes chez les sujets ? L’un des domaines étudiés de longue date chez l’homme et l’animal concerne le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH, chez l’homme HLA pour Human Leukocyte Antigen). Cet ensemble de gènes définit la « reconnaissance de soi » du point de vue immunitaire, c’est-à-dire la capacité d’un organisme à différencier ses propres cellules de cellules étrangères (comme des bactéries par exemple). On a observé chez des rongeurs, des oiseaux et des reptiles que les appariements ne se font pas tout à fait au hasard concernant le CMH de chaque partenaire : il existe un biais en faveur d’un CMH dissemblable, c’est-à-dire présentant moins d’allèles en commun. Cela fait sens du point de vue de l’évolution : plus un descendant reçoit de gènes différents dans son CMH, plus son système immunitaire sera efficace pour se protéger des pathogènes (en produisant une plus grande variété d’antigènes).
Les études sur l’homme ont été menées en ce sens, soit en comparant directement certains marqueurs HLA, soit en étudiant les préférences pour les odeurs corporelles. Cette odeur émise par les organismes est en effet sous la dépendance des gènes du système immunitaire. A ce jour, les résultats ont été contradictoires. Des études de la communauté huttérite (aux États-Unis) ont montré une tendance à choisir des partenaires éloignés de son système immunitaire, comme chez les animaux. Mais une autre étude sur des tribus amérindiennes n’a pas retrouvé ce trait. Les analyses de préférence sexuelle par odeur corporelle ont également montré des résultats inégaux : il existe des préférences marquées, mais elles ne correspondent pas toujours à la proximité ou la non-proximité génétique HLA.
Deux chercheurs anglais et une française (Université d’Oxford, Musée de l’Homme) viennent de se repencher sur la question. Ils ont étudié 30 couples américains d’origine européenne (communauté des Mormons) et 30 couples africains (ethnie Yoruba). Les biologistes ont bénéficié des progrès du séquençage génétique et, à partir des bases de données HamMap II, ils ont pu prendre en compte 9.010 variations simples (SNP) du système HLA, en effectuant par ailleurs un contrôle sur plus de 3.200.000 SNPs du génome (hors HLA). Il en résulte que les couples d’origine européenne se sont formés de manière non aléatoire, sur la base d’une distance génétique de leur système immunitaire. On ne retrouve en revanche pas de biais particulier sur le génome entier. À l’inverse, les couples africains ne montrent aucune tendance particulière concernant le HLA et leur formation ne diffère pas d’un choix au hasard. Mais les SNPs du génome entier sont plus proches en revanche. La raison pourrait en être que les populations africaines présentent naturellement une plus grande diversité génétique du système immunitaire, sans doute du fait d’une différenciation plus précoce dans l’hominisation et d’un fardeau pathogène et parasitaire plus important dans leur milieu de vie. La pression sélective pour un HLA distant serait moins forte. Inversement, les mariages sont encore arrangés par lignées paternelles et échanges matrimoniaux influant sans doute les corrélations observées à l’échelle du génome entier, hors HLA.
Il est possible que les histocompatibilités HLA prédisent sur la future résistance immunitaire de l’enfant, mais aussi la fertilité des couples (sélection des spermatozoïdes par l’ovocyte lors de la fécondation). Quand la génomique personnelle sera démocratisée, on disposera de données bien plus importantes pour analyser ces phénomènes. Et de moyens plus efficaces que l’odeur corporelle pour envisager les tenants et aboutissants de la procréation…
Référence :
Chaix R. et al. (2008), Is mate choice in Humans MHC-dependent?, PLoS Genet, 4, 9, e1000184, doi:10.1371/journal.pgen.1000184
Les études sur l’homme ont été menées en ce sens, soit en comparant directement certains marqueurs HLA, soit en étudiant les préférences pour les odeurs corporelles. Cette odeur émise par les organismes est en effet sous la dépendance des gènes du système immunitaire. A ce jour, les résultats ont été contradictoires. Des études de la communauté huttérite (aux États-Unis) ont montré une tendance à choisir des partenaires éloignés de son système immunitaire, comme chez les animaux. Mais une autre étude sur des tribus amérindiennes n’a pas retrouvé ce trait. Les analyses de préférence sexuelle par odeur corporelle ont également montré des résultats inégaux : il existe des préférences marquées, mais elles ne correspondent pas toujours à la proximité ou la non-proximité génétique HLA.
Deux chercheurs anglais et une française (Université d’Oxford, Musée de l’Homme) viennent de se repencher sur la question. Ils ont étudié 30 couples américains d’origine européenne (communauté des Mormons) et 30 couples africains (ethnie Yoruba). Les biologistes ont bénéficié des progrès du séquençage génétique et, à partir des bases de données HamMap II, ils ont pu prendre en compte 9.010 variations simples (SNP) du système HLA, en effectuant par ailleurs un contrôle sur plus de 3.200.000 SNPs du génome (hors HLA). Il en résulte que les couples d’origine européenne se sont formés de manière non aléatoire, sur la base d’une distance génétique de leur système immunitaire. On ne retrouve en revanche pas de biais particulier sur le génome entier. À l’inverse, les couples africains ne montrent aucune tendance particulière concernant le HLA et leur formation ne diffère pas d’un choix au hasard. Mais les SNPs du génome entier sont plus proches en revanche. La raison pourrait en être que les populations africaines présentent naturellement une plus grande diversité génétique du système immunitaire, sans doute du fait d’une différenciation plus précoce dans l’hominisation et d’un fardeau pathogène et parasitaire plus important dans leur milieu de vie. La pression sélective pour un HLA distant serait moins forte. Inversement, les mariages sont encore arrangés par lignées paternelles et échanges matrimoniaux influant sans doute les corrélations observées à l’échelle du génome entier, hors HLA.
Il est possible que les histocompatibilités HLA prédisent sur la future résistance immunitaire de l’enfant, mais aussi la fertilité des couples (sélection des spermatozoïdes par l’ovocyte lors de la fécondation). Quand la génomique personnelle sera démocratisée, on disposera de données bien plus importantes pour analyser ces phénomènes. Et de moyens plus efficaces que l’odeur corporelle pour envisager les tenants et aboutissants de la procréation…
Référence :
Chaix R. et al. (2008), Is mate choice in Humans MHC-dependent?, PLoS Genet, 4, 9, e1000184, doi:10.1371/journal.pgen.1000184
vendredi 12 septembre 2008
Un mec au poil : pilosité et attractivité
La pilosité corporelle et surtout faciale fait partie des caractères sexuels secondaires de notre espèce. Les hommes parfaitement glabres et les femmes à barbe sont assez rares, comme chacun l’aura noté. La pilosité faciale ne semble pas présenter d’avantage adaptatif particulier pour les hommes en terme de survie. Mais elle est un signe de maturité hormonale et l’on peut supposer qu’elle a servi de signal pour la sélection sexuelle. Jusqu’à présent, les études ont comparé les hommes glabres et les hommes barbus, avec des résultats très inégaux : la présence d’une barbe a pu être associée à des traits plus ou moins désirables (plus âgé, plus agressif, plus extraverti, plus fort, plus confiant, plus dominant). Les préférences féminines semblent varier selon les études, les cultures, mais aussi les moyens de contraception et périodes de leur cycle (les visages plus masculins sont plus appréciés en période ovulatoire, par exemple). Les psychologues Nick Neave et Kerry Shields ont toutefois relevé que ces études antérieures opposaient souvent le glabre au barbu, sans nuances intermédiaires. Pour y remédier, ils ont pris 15 faces masculines et, par un logiciel de morphing, les ont dotées de cinq niveaux de pilosité : glabre, mal rasé léger, mal rasé franc, barbe légère, barbe franche. 60 femmes de 18 à 44 ans (âge moyen 21,7) ont ensuite jugé ces visages. Une barbe franche produit l’impression d’un individu plus âgé, masculin, agressif et mature socialement. La barbe légère emporte la palme de la dominance. Mais concernant l’attractivité sexuelle, et le désir de liaison à court comme à moyen termes, le phénotype à succès est l’individu légèrement mal rasé.Référence :
Neave N., K. Shields, The effects of facial hair manipulation on female perceptions of attractiveness, masculinity, and dominance in male faces, Personality and Individual Differences, 45, 5, 373-377, doi:10.1016/j.paid.2008.05.007
(Merci à Nick Neave de m’avoir envoyé son papier).
mardi 9 septembre 2008
L’intelligence sexuelle
L’intelligence est un trait beaucoup étudié en psychologie. Il en existe de nombreux modèles, mais celui qui a donné lieu à la plus abondante littérature concerne la capacité cognitive générale ou facteur g (parfois g tout simplement). Sa définition a été donnée voici plus d’un siècle par Charles Spearman : g désigne le facteur commun de variance des capacités cognitives spécifiques. En tant que tel, le facteur g est une construction statistique de la psychométrie : on mesure par des tests standardisés les variations des capacités cognitives spécifiques (elles-mêmes décomposées en aptitudes primaires) comme la mémoire, la capacité verbale, la capacité visuospatiale, le traitement logique ; on extrait ensuite le facteur commun de variance de ces capacités spécifiques. Ce facteur g explique, basiquement, que les individus réussissant dans un domaine cognitif donné ont tendance à réussir dans les autres (corrélation positive aux sous-tests). Et inversement dans l’échec. Le quotient intellectuel des tests internationaux comme le Weschler ou les Matrices de Raven est une mesure (approximative) de g. Un individu peut être très fort dans un domaine cognitif mais moyen dans les autres. Le facteur g se contente de mesurer qu’à l’échelle d’une population, on observe toujours une covariance des aptitudes intellectuelles, ce qui laisse supposer l’existence d’une cause commune.
Mais l’intelligence psychométrique n’est pas la seule à intéresser la science. Dans le sillage l’émergence des neurosciences cognitives et le renouveau de la théorie de l’évolution, observés depuis les années 1960, les chercheurs se sont intéressés aux traits particuliers de l’intelligence humaine. On a vu ainsi se développer d’innombrables travaux sur l’intelligence émotionnelle (neurosciences affectives) et l’intelligence sociale (neurosciences sociales). Elles ne se laissent pas mesurer aussi facilement que le facteur g, correspondent en partie à des traits de personnalité (les Big Five), et caractérisent Homo sapiens par rapport à ses cousins primates, a fortiori ses petits-cousins plus éloignés sur l’arbre phylogénétique. L’intelligence émotionnelle désigne la capacité humaine à exprimer et reconnaître une vaste de gamme de sentiments, outre les émotions primaires et universelles. L’intelligence sociale (dite aussi machiavélienne ou théorie de l’esprit) s’intéresse à nos aptitudes à décrypter les états mentaux des autres et à agir en fonction d’eux dans le cadre de la vie sociale.
L’ouvrage collectif publié sous la direction de Glenn Geher et Geoffrey Miller propose un nouveau champ de recherche : l’intelligence sexuelle (mating intelligence). Cette traduction n’est pas tout à fait exacte, puisque l’anglais mate, s’il désigne l’accouplement, inclut tout ce qui précède, accompagne et suit cette copulation. Comme le précisent Miller et Geher dans leur préface, « nous entendons par intelligence sexuelle le système reproductif de l’esprit : le réseau complet des capacités psychologiques pour la cour sexuelle, la compétition et la rivalité ; pour la formation des relations, l’engagement, la coordination et la rupture ; pour le flirt, les préliminaires et la copulation ; pour la recherche du partenaire, le choix du partenaire, la conservation ou le changement du partenaire ; et pour bien d’autres aptitudes comportementales qui produisent principalement des avantages reproductifs (plutôt que de survie) ». L’intelligence sexuelle ne sera pas un facteur s comparable au facteur g : cela désigne plutôt une collection de dizaines ou de centaines de micro-adaptations de l’esprit humain, d’apprentissages ou de tactiques ad hoc dont le point commun est qu’elles influent sur la stratégie et la fortune reproductives des individus, dans leurs relations aux partenaires potentiels. Il importe donc de comprendre que, comme les intelligences sociale et émotionnelle avec lesquelles elle partage sans doute des facteurs communs, l’intelligence sexuelle est avant tout un champ de recherche, une construction épistémologique permettant d’ordonner un grand nombre d’observations disjointes et de modéliser plus précisément le comportement humain.
Pour de probables raisons culturelles, le sexe n’est pas un domaine que les chercheurs ont volontiers rapporté à l’intelligence depuis un siècle. Ni même qu’ils ont beaucoup étudié dans un premier temps. Darwin, à l’âge la prude Angleterre victorienne, avait bien mis en évidence l’importance de la sélection sexuelle, à côté de la sélection naturelle. Mais il faudra attendre les années 1970 pour que cette sélection sexuelle se trouve vraiment prise en considération, et abondamment étudiée dans le règne animal, ainsi que dans l’espèce humaine. Si l’on se représente négativement le sexe comme une pulsion primitive plus ou moins « grossière » et « animale », il est évidemment difficile de l’associer à des facultés cognitives plus élevées. Mais justement, le sexe est une chose bien plus complexe que le moment de la copulation : l’accès et la préservation du partenaire donnent lieu à d’incessants conflits mâles-mâles et femelles-femelles, ainsi qu’à divers compromis mâles-femelles qui vont influencer de manière notable le comportement des individus et des populations. C’est vrai chez les animaux non-humains, et plus encore chez l’espèce humaine qui se caractérise par une complexification considérable de ces questions : tout le monde aura remarqué que les femelles humaines ne se promènent pas nues dans la rue avec une vulve rouge signalant leurs chaleurs, que les mâles humains ne se tapent pas dessus pour savoir lequel d’entre eux pourra copuler avec les femelles ainsi exposées (quoique les mâles en viennent encore facilement aux mains pour ce genre de question…).
Si, comme le souligne Maureen O’Sullivan, l’intelligence sexuelle peut paraître un oxymore associant les passions brûlantes à la froide rationalité, c’est que l’on oublie combien l’intelligence est avant tout une capacité générale d’adaptation au milieu social, culturel, technique ou sexuel, impliquant l’identification et la manipulation des informations pertinentes. On peut ainsi faire l’hypothèse que des traits bioculturels aussi divers que le chant, la musique, la danse, l’art pictural, l’humour, les techniques de décoration du corps, le langage lui-même ont en partie évolué chez l’homme dans la perspective de la sélection sexuelle, c’est-à-dire de la séduction et de la préservation de son ou ses partenaires. Et d’innombrables travaux ont montré que le cerveau humain est aussi sensible, le plus souvent de manière inconsciente et non « stratégique », à divers facteurs biosychologiques discrets de choix du partenaire à court ou long terme (symétries faciales et corporelles, masculinité ou féminité des traits, ratio taille-hanche et hanche-épaule, fréquences vocales, odeurs corporelles, phéromones, phases ovulatoires, indices de proximité génétique, etc.). Le sexe occupe donc une place importante dans notre cerveau. Et la capacité à développer des stratégies sexuelles efficaces représente une pression cognitive parmi d’autres dans l’hominisation.
Des travaux jusqu’à présent épars se sont penchés sur cette question de l’intelligence sexuelle ou de l’intelligence rapportée à la sexualité. On a par exemple montré que l’intelligence générale (facteur g) est un trait valorisé (surtout par les femmes) dans le choix du partenaire à long terme, qu’elle donne lieu à un appariement assorti tendanciel (assortative mating, choix du conjoint à long terme dans sa classe cognitive) ou à des préférences affichées en matière de dons de gamètes. On s’est aussi penché sur divers troubles de l’esprit ayant une influence sur les comportements sexuels : outre les paraphilies et les violences, les personnalités borderline (choix instable du partenaire), narcissiques et histrioniques (stratégie de partenaires multiples à court terme), antisociales ou psychopathes (coercition, tromperie), les autistes et Asperger (difficultés à entretenir une relation sociale,a fortiori sentimentale ou sexuelle), les anorexiques (évaluation pathologique de traits corporels supposés désirables par le partenaire potentiel) sont des exemples de troubles dont on peut faire une lecture sexuelle, quand on réfléchit à leur émergence et leur persistance dans l’évolution. Mais précisément, tous ces travaux comme ceux sur les traits de personnalité non pathologiques ne sont pas pour le moment publiés ou pensés dans la perspective intégrative d’une intelligence sexuelle.
Les quinze contributions de cet ouvrage collectif visent donc à produire de cadre intégratif, dessinant cinq directions : les mécanismes émotifs et cognitifs impliqués dans la sexualité, les stratégies de l’intelligence sexuelle rapportée aux buts des relations (court, long termes), à l’existence des enfants et aux personnalités des partenaires, les causes génétiques et neurologiques des différences individuelles en ce domaine, les indicateurs de fitness mentale (créativité, humour, intelligence émotionnelle) guidant les choix des partenaires, les contextes sociaux et écologiques de la sexualité humaine. On notera qu’il n’y a pas nécessairement convergence des hypothèses ou conjecture visant à appréhender cette intelligence sexuelle. Là où Geoffrey Miller la voit comme liée au facteur g et associée à des aptitudes mentales très diverses favorisant la séduction, Satoshi Kanazawa ou Jeremy Murphy présume plutôt des adaptations cognitives indépendantes de l’intelligence générale et ayant évolué au cours de l’hominisation, dans le cadre paléolithique.
Depuis Freud, la science avait laissé à la psychanalyse une sorte de monopole par défaut sur l’exploration du rôle de la sexualité dans la construction de l’esprit humain. Que les sciences de l’évolution, de la cognition et du comportement s’emparent enfin de la question pour en révéler toutes les dimensions est une bonne nouvelle.
Référence :
Geher G., G. Miller (2008), Mating Intelligence. Sex, Relationships, and the Mind’s Reproductive System, Lawrence Erlbaum, New York, Oxon, 451 p.
Mais l’intelligence psychométrique n’est pas la seule à intéresser la science. Dans le sillage l’émergence des neurosciences cognitives et le renouveau de la théorie de l’évolution, observés depuis les années 1960, les chercheurs se sont intéressés aux traits particuliers de l’intelligence humaine. On a vu ainsi se développer d’innombrables travaux sur l’intelligence émotionnelle (neurosciences affectives) et l’intelligence sociale (neurosciences sociales). Elles ne se laissent pas mesurer aussi facilement que le facteur g, correspondent en partie à des traits de personnalité (les Big Five), et caractérisent Homo sapiens par rapport à ses cousins primates, a fortiori ses petits-cousins plus éloignés sur l’arbre phylogénétique. L’intelligence émotionnelle désigne la capacité humaine à exprimer et reconnaître une vaste de gamme de sentiments, outre les émotions primaires et universelles. L’intelligence sociale (dite aussi machiavélienne ou théorie de l’esprit) s’intéresse à nos aptitudes à décrypter les états mentaux des autres et à agir en fonction d’eux dans le cadre de la vie sociale.
L’ouvrage collectif publié sous la direction de Glenn Geher et Geoffrey Miller propose un nouveau champ de recherche : l’intelligence sexuelle (mating intelligence). Cette traduction n’est pas tout à fait exacte, puisque l’anglais mate, s’il désigne l’accouplement, inclut tout ce qui précède, accompagne et suit cette copulation. Comme le précisent Miller et Geher dans leur préface, « nous entendons par intelligence sexuelle le système reproductif de l’esprit : le réseau complet des capacités psychologiques pour la cour sexuelle, la compétition et la rivalité ; pour la formation des relations, l’engagement, la coordination et la rupture ; pour le flirt, les préliminaires et la copulation ; pour la recherche du partenaire, le choix du partenaire, la conservation ou le changement du partenaire ; et pour bien d’autres aptitudes comportementales qui produisent principalement des avantages reproductifs (plutôt que de survie) ». L’intelligence sexuelle ne sera pas un facteur s comparable au facteur g : cela désigne plutôt une collection de dizaines ou de centaines de micro-adaptations de l’esprit humain, d’apprentissages ou de tactiques ad hoc dont le point commun est qu’elles influent sur la stratégie et la fortune reproductives des individus, dans leurs relations aux partenaires potentiels. Il importe donc de comprendre que, comme les intelligences sociale et émotionnelle avec lesquelles elle partage sans doute des facteurs communs, l’intelligence sexuelle est avant tout un champ de recherche, une construction épistémologique permettant d’ordonner un grand nombre d’observations disjointes et de modéliser plus précisément le comportement humain.
Pour de probables raisons culturelles, le sexe n’est pas un domaine que les chercheurs ont volontiers rapporté à l’intelligence depuis un siècle. Ni même qu’ils ont beaucoup étudié dans un premier temps. Darwin, à l’âge la prude Angleterre victorienne, avait bien mis en évidence l’importance de la sélection sexuelle, à côté de la sélection naturelle. Mais il faudra attendre les années 1970 pour que cette sélection sexuelle se trouve vraiment prise en considération, et abondamment étudiée dans le règne animal, ainsi que dans l’espèce humaine. Si l’on se représente négativement le sexe comme une pulsion primitive plus ou moins « grossière » et « animale », il est évidemment difficile de l’associer à des facultés cognitives plus élevées. Mais justement, le sexe est une chose bien plus complexe que le moment de la copulation : l’accès et la préservation du partenaire donnent lieu à d’incessants conflits mâles-mâles et femelles-femelles, ainsi qu’à divers compromis mâles-femelles qui vont influencer de manière notable le comportement des individus et des populations. C’est vrai chez les animaux non-humains, et plus encore chez l’espèce humaine qui se caractérise par une complexification considérable de ces questions : tout le monde aura remarqué que les femelles humaines ne se promènent pas nues dans la rue avec une vulve rouge signalant leurs chaleurs, que les mâles humains ne se tapent pas dessus pour savoir lequel d’entre eux pourra copuler avec les femelles ainsi exposées (quoique les mâles en viennent encore facilement aux mains pour ce genre de question…).
Si, comme le souligne Maureen O’Sullivan, l’intelligence sexuelle peut paraître un oxymore associant les passions brûlantes à la froide rationalité, c’est que l’on oublie combien l’intelligence est avant tout une capacité générale d’adaptation au milieu social, culturel, technique ou sexuel, impliquant l’identification et la manipulation des informations pertinentes. On peut ainsi faire l’hypothèse que des traits bioculturels aussi divers que le chant, la musique, la danse, l’art pictural, l’humour, les techniques de décoration du corps, le langage lui-même ont en partie évolué chez l’homme dans la perspective de la sélection sexuelle, c’est-à-dire de la séduction et de la préservation de son ou ses partenaires. Et d’innombrables travaux ont montré que le cerveau humain est aussi sensible, le plus souvent de manière inconsciente et non « stratégique », à divers facteurs biosychologiques discrets de choix du partenaire à court ou long terme (symétries faciales et corporelles, masculinité ou féminité des traits, ratio taille-hanche et hanche-épaule, fréquences vocales, odeurs corporelles, phéromones, phases ovulatoires, indices de proximité génétique, etc.). Le sexe occupe donc une place importante dans notre cerveau. Et la capacité à développer des stratégies sexuelles efficaces représente une pression cognitive parmi d’autres dans l’hominisation.
Des travaux jusqu’à présent épars se sont penchés sur cette question de l’intelligence sexuelle ou de l’intelligence rapportée à la sexualité. On a par exemple montré que l’intelligence générale (facteur g) est un trait valorisé (surtout par les femmes) dans le choix du partenaire à long terme, qu’elle donne lieu à un appariement assorti tendanciel (assortative mating, choix du conjoint à long terme dans sa classe cognitive) ou à des préférences affichées en matière de dons de gamètes. On s’est aussi penché sur divers troubles de l’esprit ayant une influence sur les comportements sexuels : outre les paraphilies et les violences, les personnalités borderline (choix instable du partenaire), narcissiques et histrioniques (stratégie de partenaires multiples à court terme), antisociales ou psychopathes (coercition, tromperie), les autistes et Asperger (difficultés à entretenir une relation sociale,a fortiori sentimentale ou sexuelle), les anorexiques (évaluation pathologique de traits corporels supposés désirables par le partenaire potentiel) sont des exemples de troubles dont on peut faire une lecture sexuelle, quand on réfléchit à leur émergence et leur persistance dans l’évolution. Mais précisément, tous ces travaux comme ceux sur les traits de personnalité non pathologiques ne sont pas pour le moment publiés ou pensés dans la perspective intégrative d’une intelligence sexuelle.
Les quinze contributions de cet ouvrage collectif visent donc à produire de cadre intégratif, dessinant cinq directions : les mécanismes émotifs et cognitifs impliqués dans la sexualité, les stratégies de l’intelligence sexuelle rapportée aux buts des relations (court, long termes), à l’existence des enfants et aux personnalités des partenaires, les causes génétiques et neurologiques des différences individuelles en ce domaine, les indicateurs de fitness mentale (créativité, humour, intelligence émotionnelle) guidant les choix des partenaires, les contextes sociaux et écologiques de la sexualité humaine. On notera qu’il n’y a pas nécessairement convergence des hypothèses ou conjecture visant à appréhender cette intelligence sexuelle. Là où Geoffrey Miller la voit comme liée au facteur g et associée à des aptitudes mentales très diverses favorisant la séduction, Satoshi Kanazawa ou Jeremy Murphy présume plutôt des adaptations cognitives indépendantes de l’intelligence générale et ayant évolué au cours de l’hominisation, dans le cadre paléolithique.
Depuis Freud, la science avait laissé à la psychanalyse une sorte de monopole par défaut sur l’exploration du rôle de la sexualité dans la construction de l’esprit humain. Que les sciences de l’évolution, de la cognition et du comportement s’emparent enfin de la question pour en révéler toutes les dimensions est une bonne nouvelle.
Référence :
Geher G., G. Miller (2008), Mating Intelligence. Sex, Relationships, and the Mind’s Reproductive System, Lawrence Erlbaum, New York, Oxon, 451 p.
samedi 6 septembre 2008
Sexe, mort et obscénités
Dans sa chronique, la médiatrice du Monde note qu’un récent dessin « grivois » de Plantu en une du journal ne choque pas les lecteurs, malgré les appréhensions de la rédaction. Mais qu’il n’en va pas de même (en proportion des messages reçus et de leur contenu indigné) pour les images de violence (pour la sortie du film de Barbet Schroeder, Inju, la bête dans l'ombre dans les pages Culture ; et photographies de victimes décapitées de narcotrafiquants au Mexique dans les pages International). On s’est pareillement ému de la publication dans Paris-Match de photographies des Talibans ayant tendu une embuscade et abattu des soldats français – bien que le journal se soit gardé de publier les photos des soldats morts. Ces polémiques ou ces craintes sur les images de sexe et de violence ne lassent de me surprendre, comme si le cerveau humain ne pouvait plus regarder ce qui rythme la vie depuis quelques centaines de millions d’années, et l’histoire humaine depuis quelques milliers d’années. Le sexe et la mort seraient (au choix) « intimes », « sales », « dangereux » et finalement « obscènes » lorsqu’ils s’exposent. Je dois être mal câblé, je trouve cela bien moins obscène que les niaiseries, idioties et inepties s’exposant à haut débit dans nos médias.
jeudi 4 septembre 2008
Sexe et catégories sémantiques
La littérature scientifique observe que les hommes et les femmes diffèrent dans la richesse de leur vocabulaire, les hommes étant en moyenne plus prolixes dans les catégories des objets et les femmes dans les catégories des êtres vivants. Dans le dernier numéro de Cortex, Riccardo Barbarotto et ses collègues rapportent une analyse effectuée sur 202 enfants âgés de 3 à 5 ans. 60 stimuli appartenant à diverses catégories sémantiques leur étaient proposés. La seule différence a résidé dans une acquisition plus précoce chez les garçons des mots d’outils et de véhicules, les deux sexes montrant la même disposition pour les animaux et les plantes. Cela suggère que l’orientation objet du vocabulaire masculin apparaît tôt dans l’existence, l’orientation vivant du vocabulaire féminin émergeant plus tard.
mercredi 3 septembre 2008
Le cri du daim, le soir, au fond des bois
Le daim (Dama dama) vit en solitaire, sauf lors de la période de rut où il cherche la daine. C’est à cette occasion qu’il brame, jusqu’à 90 fois par minute. Dans PLoS ONE, Elisabetta Vannoni et Alan G. McElligott viennent de montrer que la structure acoustique de ces brames (fréquences fondamentales, formants, dispersion des formants) donne des informations exactes sur les qualités reproductives des mâles (taille du corps, rang de dominance, succès reproductif). Et surtout, ne croyez pas que l’humain est si éloigné du daim : un travail de Puts et al. paru l’an dernier avait montré que nous évaluons nous aussi la dominance physique et sociale des mâles selon la gravité de leur voix.
mardi 2 septembre 2008
RS3 334 : fidèle ou frivole ?
Quand 23andMe aura atteint la popularité de FaceBook ou de Meetic, nos gènes révéleront toute leur diversité. Et la variante RS3 334 pourrait bien connaître alors une certaine popularité dans la pratique du dating.
Hasse Walum et ses collègues du Karolininka Institute (Suède) ont analysé les variantes d’un gène (AVPR1A) codant pour le récepteur de la vasopressine chez 552 Suédois hétérosexuels vivant en couple depuis au moins 5 ans. Les hommes peuvent posséder aucune, une ou deux copies d’un segment (RS3 334). Or, cette délétion ou répétition semble statistiquement liée à la qualité des relations amoureuses de leurs porteurs. Les hommes possédant deux copies de RS3 334 ont une moindre probabilité d’être marié et, s’ils sont mariés, une probabilité deux fois plus forte de connaître des crises de ménage (34% vs 15%). Inversement, les femmes mariées à des hommes possédant une ou deux copies sur l’allèle s’estiment mieux satisfaites de leur vie en couple que les autres. RS3 334 contribuerait donc à faire des hommes des partenaires plus ou moins fiables pour des liaisons plus ou moins durables.
La vasopressine possède de nombreux effets, notamment sur les systèmes cardiaques et urinaires, mais semble également associée à diverses fonctions nerveuses. Le gène AVPR1A n’a pas été observé au hasard. Chez le campagnol des prairies (Microtus ochrogaster), on a montré que le récepteur de la vasopresine est étroitement associé à la monogamie et à la socialité. En faisant varier le niveau de vasopressine chez le campagnol des prairies, on rend ainsi l’animal plus ou moins sociable et volage. D’autres travaux, chez l’homme, ont montré que la variante RS3 334 s’exprime dans l’amygdale et est impliquée dans la confiance. Certains autistes semblent également porteurs d’un nombre anormal de répétition.
Référence :
Walum H. et al. (2008), Genetic variation in the vasopressin receptor 1a gene (AVPR1A) associates with pair-bonding behavior in humans, PNAS, à paraître en prépub., doi :10.1073pnas.0803081105
Hasse Walum et ses collègues du Karolininka Institute (Suède) ont analysé les variantes d’un gène (AVPR1A) codant pour le récepteur de la vasopressine chez 552 Suédois hétérosexuels vivant en couple depuis au moins 5 ans. Les hommes peuvent posséder aucune, une ou deux copies d’un segment (RS3 334). Or, cette délétion ou répétition semble statistiquement liée à la qualité des relations amoureuses de leurs porteurs. Les hommes possédant deux copies de RS3 334 ont une moindre probabilité d’être marié et, s’ils sont mariés, une probabilité deux fois plus forte de connaître des crises de ménage (34% vs 15%). Inversement, les femmes mariées à des hommes possédant une ou deux copies sur l’allèle s’estiment mieux satisfaites de leur vie en couple que les autres. RS3 334 contribuerait donc à faire des hommes des partenaires plus ou moins fiables pour des liaisons plus ou moins durables.
La vasopressine possède de nombreux effets, notamment sur les systèmes cardiaques et urinaires, mais semble également associée à diverses fonctions nerveuses. Le gène AVPR1A n’a pas été observé au hasard. Chez le campagnol des prairies (Microtus ochrogaster), on a montré que le récepteur de la vasopresine est étroitement associé à la monogamie et à la socialité. En faisant varier le niveau de vasopressine chez le campagnol des prairies, on rend ainsi l’animal plus ou moins sociable et volage. D’autres travaux, chez l’homme, ont montré que la variante RS3 334 s’exprime dans l’amygdale et est impliquée dans la confiance. Certains autistes semblent également porteurs d’un nombre anormal de répétition.
Référence :
Walum H. et al. (2008), Genetic variation in the vasopressin receptor 1a gene (AVPR1A) associates with pair-bonding behavior in humans, PNAS, à paraître en prépub., doi :10.1073pnas.0803081105
lundi 1 septembre 2008
Prière de toucher
Les êtres humains se serrent la main, s’embrassent, se prennent le bras, se mettent la main sur l’épaule. Bref, ils se touchent, bien sûr entre familiers, mais parfois entre inconnus. Dans un classique (La dimension cachée), Edward T. Halla avait montré que tous les individus et toutes les cultures n’ont pas le même rapport au contact interpersonnel et au territoire d'intimité de chacun. Mais il s’agit néanmoins d’un trait répandu. Vera B. Morthen et ses collègues ont fait l’hypothèse que le toucher pourrait servir à renforcer l’altruisme, ou y inciter. 96 étudiants des deux sexes ont été divisés en trois groupes : deux recevaient un massage professionnel, le troisième non ; le premier et le troisième ont ensuite joué à un jeu de confiance (le donateur accorde une certaine somme d’argent à un bénéficiaire ; cette somme est triplée et le bénéficiaire en restitue au donataire une proportion de son choix). Les participants subissaient aussi une prise de sang après le massage. Résultat : le niveau sanguin d’ocytocine des joueurs massés a connu une élévation au cours de la situation de jeu, mais pas celui des massés non-joueurs ni des joueurs non-massés. L’ocytocine est une hormone hypothalamo-hypophysaire connue pour produire des comportements de confiance et d’attachement, ainsi qu’une baisse de l’agressivité ou de la fuite (elle est antagoniste de la vasopressine de ce point de vue). Les joueurs massés se sont montrés fort généreux, avec des dons 243 % supérieurs à ceux des autres en moyenne. Cette observation fait sens d’un point de vue évolutionnaire : on sait par exemple que les chimpanzés apaisent leurs querelles en se livrant à des séances d’épouillages mutuels, la stratégie du contact étouffant celle du conflit. Que les humains en soient encore à se toucher pour se faire confiance peut certes paraître un reliquat désuet de notre passé primate. Mais c’est aussi cela, l’Homo sapiens…
jeudi 28 août 2008
Corrélats neuraux du désir
Hideaki Kawabata et Semir Zeki ont demandé à 18 sujets japonais, dont neuf femmes, âgés de 20 à 48 ans, de regarder 432 images dans trois catégories (personnes, objets, événements). Les sujets devaient classer ces images sur une échelle de désirabilité de 1 à 10 (1 à 4 indésirable, 5 et 6 indifférent, 6 à 10 désirable). Dans le même temps, on observait leur cerveau en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Il en ressort que la variation entre désirable et indésirable active essentiellement le cortex orbito-frontal, celle entre désirable et indifférent les cortex cingulaire médian et cingulaire antérieur. Outre ces activations neurales communes, chaque type de stimulus éveillait d’autres zones spécifiques (noyau accumbens, striatum, hypothalamus, etc.). Et des aires différentes et spécialisées du cortex visuel analysaient chaque type d’images. Le cortex cingulaire et le cortex orbito-frontal apparaissent donc comme deux zones de tri parmi les stimuli perçus, selon qu’ils éveillent ou non le désir de l’individu. L’étude peut être lue ici (PloS One).
mardi 26 août 2008
Une histoire de corne-cul...
Le genre Onthophage rassemble la plupart des scarabées (1800 espèces) et l’onthophage taureau (O. taurus) est fréquent dans les prairies de l’Ancien comme du Nouveau Monde. Harald Parzer et Armin Moczek viennent d’étudier quatre populations séparées de cet animal, ainsi que dix autres espèces de son genre. Ils ont mis en évidence que les espèces comme les populations connaissent un équilibre différent entre la taille des cornes (qui servent aux mâles dans les combats) et des organes génitaux (dont l’utilité pour les mêmes mâles n’est pas à rappeler). Cette tendance est marquée puisqu’en moins de 50 ans, les populations séparées d’O. taurus présentent déjà des valeurs moyennes différentes pour la répartition de ces deux traits chez les mâles. Le point intéressant est que la modification d’un caractère sexuel secondaire (corne) est associée à celle d’un caractère sexuel primaire (organes génitaux) qui est elle-même liée à la probabilité de spéciation (divergence telle entre populations que l’interfécondité devient problématique et que de nouvelles espèces apparaissent). Cet exemple, parmi bien d’autres, rappelle la puissance évolutive de la sélection sexuelle par rapport à la sélection naturelle : le processus de co-évolution antagoniste (la Reine rouge de Leigh Van Valen) est stimulé par les compétitions entre mâles et femelles pour l’accès aux partenaires. L’espèce Homo sapiens, qui a évolué très rapidement et qui présente un énorme cerveau aux pouvoirs étonnants, devrait sans doute réfléchir à cela. Peut-être notre environnement est-il rempli de caractères sexuels secondaires indirects, après tout…Référence:
Parzner H.H. et A.P. Moczek (2008), Rapid antagonistic coevolution between primary and secondary sexual characters in horned beetles, Evolution, online pub., doi :10.1111/j.1558-5646.2008.00448.x
Illustration : Département de biologie, Université de l’Indiana.
mercredi 20 août 2008
Hyper-hétérosexualité et gènes gay : une nouvelle étude
Les gènes gay ont la côte en ce moment. En complément du travail récent de l’équipe d’’Andrea Camperio-Ciani que nous avions commenté ici, une nouvelle étude australo-américaine dirigée par Brendan P. Zietsch confirme le probable avantage hétérosexuel lié à certains gènes impliqués dans l’homosexualité. Les chercheurs ont ici examiné 4904 jumeaux homozygotes et hétérozygotes, auxquels ils ont fait remplir un questionnaire détaillé sur leurs attitudes et leurs comportements sexuels. Il en ressort que les femmes les plus masculines et les hommes les plus féminins ont une probabilité plus forte d’être homosexuel mais, lorsqu’ils sont hétérosexuels, ont un nombre moyen de partenaires plus élevé. De même, les frères ou sœurs hétérosexuels d’un jumeau / jumelle homosexuel(le) ont plus de partenaires que lorsque la paire est hétérosexuelle. L’analyse d’héritabilité suggère l’existence de gènes à « pléiotropie antagoniste » (effets divergents), qui favorisent tantôt l’homosexualité, tantôt l’hyper-hétérosexualité.
Référence :
Zietsch B.P. et al. (2008), Genetic factors predisposing to homosexuality may increase mating success in heterosexuals, Evol. Hum. Behav., online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.07.002
Référence :
Zietsch B.P. et al. (2008), Genetic factors predisposing to homosexuality may increase mating success in heterosexuals, Evol. Hum. Behav., online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.07.002
Asymétrie variable et attraction des corps (sexués)
L’asymétrie variable ( FA pour fluctuating asymmetry) est une mesure couramment utilisée depuis une trentaine d’années en biologie et écologie du comportement. Sur une population donnée, on analyse la face ou le corps des individus selon qu’ils divergent d’un axe de symétrie « idéale » séparant sur un plan vertical sa partie droite et sa partie gauche. L’asymétrie a été inversement corrélée à la capacité de l’organisme à résister à divers stress au cours de son développement (maladies, parasites, agressions, etc.). Une asymétrie élevée est associée à une morbidité et une mortalité accrue, une moindre fécondité, une locomotion moins performante et diverses autres variables liées aux sélections naturelle et sexuelle. Chez l’homme, diverses recherches l’ont également rapportée (toujours en association inversée) à l’attractivité d’une personne basée sur son odeur corporelle, sa voix, son visage ou sa grâce.
Dans ce travail, l’équipe de William M. Brown a réalisé une mesure entièrement robotisée, en scanner optique 3D, de l’asymétrie variable de 77 individus (40 hommes, 37 femmes). Outre que l’automatisation minimise le biais de mesure de l’expérimentateur humain, 24 traits différents répartis sur tout le corps hors visage ont été scannés, et cela plusieurs fois. À partir de ces données, les chercheurs ont reconstitué 77 images en 3D des corps, sans visage ni indicateur de peau. Ils ont demandé à 87 évaluateurs de noter ces corps reconstitués sur une échelle d’attractivité. Résultat : les corps présentant le plus haut niveau d’asymétrie ont été jugés les moins attractifs. L’équipe de Will Brown avait également mesuré sur les 77 individus « scannés » des traits connus pour être l’objet de préférences sexuelles ou de succès reproductif : ratio taille-hanche, volume de seins, longueur des jambes chez les femmes ; taille, largeur des épaules, rapport des jambes au torse chez l’homme. Ces traits de masculinité ou de féminité ont eux aussi été corrélés négativement au degré d’asymétrie. Les configurations articulaires moyennes des corps masculins ont également montré une association inverse, qui n’a pas été retrouvée avec les corps féminins.
Commentant ce travail, Will Brown observe : « Il est largement pressenti que les êtres humains sont attirés les uns les autres en raison de qualité génotypiques et phénotypiques – en d’autres termes, la recherche d’un partenaire qui donnera à celui qui le choisit une progéniture de plus haute qualité. Mes précédents travaux avaient suggéré que la symétrie du corps n’est pas nécessairement ce que les gens observent quand ils trouvent une personne attractive, mais que les traits physiques typiquement préférés peuvent néanmoins révéler la qualité développementale implicite d’un individu, qui se retrouve dans son degré de symétrie (…) Il semble que les asymétries corporelles étant trop subtiles pour être perçues à l’œil nu, l’évolution a produit des signaux et parades plus flagrants ».
Référence :
Brown W.M. et al. (2008), Fluctuating asymmetry and preferences for sex-typical bodily characteristics, PNAS, online pub., doi: 10.1073/pnas.0710420105
(Merci à Will Brown de m’avoir transmis son article).
Dans ce travail, l’équipe de William M. Brown a réalisé une mesure entièrement robotisée, en scanner optique 3D, de l’asymétrie variable de 77 individus (40 hommes, 37 femmes). Outre que l’automatisation minimise le biais de mesure de l’expérimentateur humain, 24 traits différents répartis sur tout le corps hors visage ont été scannés, et cela plusieurs fois. À partir de ces données, les chercheurs ont reconstitué 77 images en 3D des corps, sans visage ni indicateur de peau. Ils ont demandé à 87 évaluateurs de noter ces corps reconstitués sur une échelle d’attractivité. Résultat : les corps présentant le plus haut niveau d’asymétrie ont été jugés les moins attractifs. L’équipe de Will Brown avait également mesuré sur les 77 individus « scannés » des traits connus pour être l’objet de préférences sexuelles ou de succès reproductif : ratio taille-hanche, volume de seins, longueur des jambes chez les femmes ; taille, largeur des épaules, rapport des jambes au torse chez l’homme. Ces traits de masculinité ou de féminité ont eux aussi été corrélés négativement au degré d’asymétrie. Les configurations articulaires moyennes des corps masculins ont également montré une association inverse, qui n’a pas été retrouvée avec les corps féminins.
Commentant ce travail, Will Brown observe : « Il est largement pressenti que les êtres humains sont attirés les uns les autres en raison de qualité génotypiques et phénotypiques – en d’autres termes, la recherche d’un partenaire qui donnera à celui qui le choisit une progéniture de plus haute qualité. Mes précédents travaux avaient suggéré que la symétrie du corps n’est pas nécessairement ce que les gens observent quand ils trouvent une personne attractive, mais que les traits physiques typiquement préférés peuvent néanmoins révéler la qualité développementale implicite d’un individu, qui se retrouve dans son degré de symétrie (…) Il semble que les asymétries corporelles étant trop subtiles pour être perçues à l’œil nu, l’évolution a produit des signaux et parades plus flagrants ».
Référence :
Brown W.M. et al. (2008), Fluctuating asymmetry and preferences for sex-typical bodily characteristics, PNAS, online pub., doi: 10.1073/pnas.0710420105
(Merci à Will Brown de m’avoir transmis son article).
vendredi 15 août 2008
Homosexualité, bisexualité et « hyper-hétérosexualité »
L’homosexualité pose un problème intéressant pour la théorie de l’évolution. Par définition, seuls les traits avantageux d’un individu sont transmis à la génération suivante (s’ils ont une base génétique). Or, l’homosexualité ne peut pas être avantageuse de ce point de vue puisqu’elle n’aboutit justement pas à la reproduction. Donc, si l’homosexualité a une base génétique, elle aurait dû s’éteindre depuis longtemps face à la concurrence des gènes hétérosexuels par nature plus prolixes. Or ce n’est pas le cas, et de nombreux travaux convergent depuis trente ans pour observer qu’il existe une héritabilité de l’orientation sexuelle.
Comment résoudre ce paradoxe ? Plusieurs pistes ont été proposées. Edward Wilson, le père de la sociobiologie, avait suggéré que les homosexuels pourraient plus altruistes envers leurs parents hétérosexuels : à défaut de transmettre directement leurs propres gènes, ils aideraient ainsi indirectement à le faire en augmentant les chances de survie des apparentés (qui, par définition, possèdent en partie les gènes concernés). Mais des études ultérieures n’ont pas montré que les homosexuels sont en moyenne plus sujets à l’altruisme familial que les autres.
Une autre piste concerne la pléiotropie. Sous ce nom barbare se cache une définition assez simple : un même gène peut avoir plusieurs effets, et les effets positifs peuvent contrebalancer les effets négatifs. Exemple classique : le même gène qui provoque la drépanocytose (une maladie de l’hémoglobine) procure un certain degré de protection contre la malaria, selon qu’il est à l’état homozygote (un seul exemplaire, effet bénéfique) ou hétérozygote (deux exemplaires, effet délétère). Ce gène persiste donc dans les populations où sévit la malaria puisqu’il possède un avantage lorsqu’on possède un exemplaire unique venu de l’un de ses parents. Mutatis mutandis, il pourrait en être de même pour les gènes (sans doute nombreux) impliqués dans l’orientation sexuelle.
Sur le papier, cette hypothèse est intéressante. Mais que se passe-t-il dans la réalité ? La première preuve empirique du phénomène a été apportée en 2004, par une équipe italienne dirigée par Andrea Camperio-Ciani (Université de Padoue). Les chercheurs ont demandé à 98 homosexuels et 100 hétérosexuels mâles de remplir un questionnaire assez précis sur leur famille : frères et sœurs, cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents. Au total, ils ont obtenu des informations sur plus de 4600 personnes issues des lignées maternelles ou paternelles des sujets concernés. Résultat : les apparentés des lignées maternelles sont plus fécondes chez les homos que chez les hétéros, différence qui ne se retrouve pas pour la lignée paternelle. Exemple : les mères d’homosexuels ont en moyenne 2,69 enfants contre 2,32 ; les tantes maternelles 1,98 contre 1,51 ; les grands-mères maternelles 3,55 contre 3,39. Cet avantage systématique ne se retrouve pas dans les équivalents paternels, distribués de manière aléatoire. Conclusion des chercheurs : certains gènes qui prédisposent à l’homosexualité chez les hommes et qui sont transmis par lignées maternelles seulement confèrent une fertilité plus importante aux femmes.
La même équipe vient de publier dans le Journal of Sexual Medicine un nouveau travail appuyant son hypothèse. 239 individus mâles ont cette fois été étudiés, dont 88 exclusivement hétérosexuels, 86 bisexuels et 65 exclusivement homosexuels. Le point nouveau est l’introduction de la bisexualité, qui est rarement analysée dans la littérature scientifique. Comme dans le travail de 2004, les chercheurs ont observé que la fertilité des apparentées issus des lignées maternelles est plus importante chez les homosexuels et les bisexuels que chez les hétérosexuels. Les bi et les gays se situent au même niveau. La différence entre ces deux populations tient à ce que les gays ont plus souvent des frères aînés – un autre trait déjà connu, le nombre de frères aînés étant l’un des premiers prédicteurs de l’homosexualité mâle, sans doute pour des raisons d’épigénétique (empreinte maternelle lors de la grossesse).
Ce qui se dessine depuis ces travaux, c’est l’existence d’un ou plusieurs gènes liés au chromosome X qui entraîneraient une sur-attractivité pour les hommes, aussi bien chez les femmes (d’où la fertilité supérieure des apparentées de lignées femelles) que ches les hommes (d’où la bisexualité ou l’homosexualité). Le neurobiologiste Simon LeVay a qualifié ce trait d’hyper-hérétosexualité. La bisexualité en serait un produit dérivé. Et l’homosexualité serait elle-même une variante de la bisexualité, l’exclusivité de l’attrait pour les hommes étant due à d'autres gènes, à des causes environnementales et/ou à des facteurs épigénétiques.
Références :
Camperio-Ciani A. et al. (2008), Genetic factors increase fecundity in female maternal relatives of bisexual men as in homosexuals, J. Sex. Med., oline pub., doi : 10.1111/j.1743-6109.2008.00944.x
Camperio-Ciani A. et al. (2004), Evidence for maternally inherited factors favouring male homosexuality and promoting female fecundity, Proc. Biol. Sci., 271, 1554, 2217-21
Comment résoudre ce paradoxe ? Plusieurs pistes ont été proposées. Edward Wilson, le père de la sociobiologie, avait suggéré que les homosexuels pourraient plus altruistes envers leurs parents hétérosexuels : à défaut de transmettre directement leurs propres gènes, ils aideraient ainsi indirectement à le faire en augmentant les chances de survie des apparentés (qui, par définition, possèdent en partie les gènes concernés). Mais des études ultérieures n’ont pas montré que les homosexuels sont en moyenne plus sujets à l’altruisme familial que les autres.
Une autre piste concerne la pléiotropie. Sous ce nom barbare se cache une définition assez simple : un même gène peut avoir plusieurs effets, et les effets positifs peuvent contrebalancer les effets négatifs. Exemple classique : le même gène qui provoque la drépanocytose (une maladie de l’hémoglobine) procure un certain degré de protection contre la malaria, selon qu’il est à l’état homozygote (un seul exemplaire, effet bénéfique) ou hétérozygote (deux exemplaires, effet délétère). Ce gène persiste donc dans les populations où sévit la malaria puisqu’il possède un avantage lorsqu’on possède un exemplaire unique venu de l’un de ses parents. Mutatis mutandis, il pourrait en être de même pour les gènes (sans doute nombreux) impliqués dans l’orientation sexuelle.
Sur le papier, cette hypothèse est intéressante. Mais que se passe-t-il dans la réalité ? La première preuve empirique du phénomène a été apportée en 2004, par une équipe italienne dirigée par Andrea Camperio-Ciani (Université de Padoue). Les chercheurs ont demandé à 98 homosexuels et 100 hétérosexuels mâles de remplir un questionnaire assez précis sur leur famille : frères et sœurs, cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents. Au total, ils ont obtenu des informations sur plus de 4600 personnes issues des lignées maternelles ou paternelles des sujets concernés. Résultat : les apparentés des lignées maternelles sont plus fécondes chez les homos que chez les hétéros, différence qui ne se retrouve pas pour la lignée paternelle. Exemple : les mères d’homosexuels ont en moyenne 2,69 enfants contre 2,32 ; les tantes maternelles 1,98 contre 1,51 ; les grands-mères maternelles 3,55 contre 3,39. Cet avantage systématique ne se retrouve pas dans les équivalents paternels, distribués de manière aléatoire. Conclusion des chercheurs : certains gènes qui prédisposent à l’homosexualité chez les hommes et qui sont transmis par lignées maternelles seulement confèrent une fertilité plus importante aux femmes.
La même équipe vient de publier dans le Journal of Sexual Medicine un nouveau travail appuyant son hypothèse. 239 individus mâles ont cette fois été étudiés, dont 88 exclusivement hétérosexuels, 86 bisexuels et 65 exclusivement homosexuels. Le point nouveau est l’introduction de la bisexualité, qui est rarement analysée dans la littérature scientifique. Comme dans le travail de 2004, les chercheurs ont observé que la fertilité des apparentées issus des lignées maternelles est plus importante chez les homosexuels et les bisexuels que chez les hétérosexuels. Les bi et les gays se situent au même niveau. La différence entre ces deux populations tient à ce que les gays ont plus souvent des frères aînés – un autre trait déjà connu, le nombre de frères aînés étant l’un des premiers prédicteurs de l’homosexualité mâle, sans doute pour des raisons d’épigénétique (empreinte maternelle lors de la grossesse).
Ce qui se dessine depuis ces travaux, c’est l’existence d’un ou plusieurs gènes liés au chromosome X qui entraîneraient une sur-attractivité pour les hommes, aussi bien chez les femmes (d’où la fertilité supérieure des apparentées de lignées femelles) que ches les hommes (d’où la bisexualité ou l’homosexualité). Le neurobiologiste Simon LeVay a qualifié ce trait d’hyper-hérétosexualité. La bisexualité en serait un produit dérivé. Et l’homosexualité serait elle-même une variante de la bisexualité, l’exclusivité de l’attrait pour les hommes étant due à d'autres gènes, à des causes environnementales et/ou à des facteurs épigénétiques.
Références :
Camperio-Ciani A. et al. (2008), Genetic factors increase fecundity in female maternal relatives of bisexual men as in homosexuals, J. Sex. Med., oline pub., doi : 10.1111/j.1743-6109.2008.00944.x
Camperio-Ciani A. et al. (2004), Evidence for maternally inherited factors favouring male homosexuality and promoting female fecundity, Proc. Biol. Sci., 271, 1554, 2217-21
samedi 9 août 2008
Pédophilie et hébéphilie
Le manuel psychiatrique DSM-IV, qui fait actuellement autorité dans le domaine du diagnostic de la santé mentale, reconnaît la pédophilie comme un trouble du comportement sexuel. En vue de sa révision en DSM-V, une équipe de psychiatre canadien vient de suggérer l’introduction d’une distinction claire entre pédophilie et hébéphilie (paraphilie). Cette dernière renvoie à la préférence sexuelle pour les adolescents en phase pubertaire (11 à 14 ans). Les chercheurs ont réalisé des entretiens avec 881 mâles ayant soit des antécédents criminels, soit des troubles comportementaux catalogués comme pédophile. Ils ont assorti ces entretiens d’une mesure de l’érection pénienne face à des enfants d’âges divers. Il en ressort une distinction nette entre les individus attirés par les enfants prépubères et ceux séduits par les pré-ados ou les jeunes ados. D’où, selon eux, la nécessité de distinguer les deux troubles. Ou de créer un trouble de pédohébéphilie, avec trois sous-types : pédophile, hébéphile, pédohébéphile.
Un des problèmes posés par cette classification, c’est la désignation de l’hébéphilie comme paraphilie. On assiste dans les pays occidentaux à une avancée générale de la puberté depuis plusieurs générations (voir Expertise collective Inserm 2007, Évolution séculaire de la croissance et de la puberté), de sorte que le sexe biologique (capacité à procréer) est éventuellement en décalage avec le sexe psychologique (désir d’un partenaire sexuel) et le sexe socio-juridique (majorité sexuelle reconnue par le droit).
La puberté correspond à l’activation de la fonction hypothalamo-hypophyso-gonadique, aboutissant au développement complet des caractères sexuels, à l’acquisition de la taille définitive, de la fonction de reproduction et de la fertilité. Chez la fille, elle commence par le développement des glandes mammaires (en moyenne à partir de 10,5/11 ans), suivi de la pilosité pubienne et axillaire, des modifications de la vulve et des premières règles (ménarche), en moyenne autour de 13 ans. Leur date de survenue est considérée comme normale entre 10 et 15,5 ans. Du point de vue du droit, la majorité sexuelle est néanmoins fixée après la survenue moyenne cette puberté (15 ans en France, mais date variable selon les pays). Du point de la psychologie évolutionniste, la recherche d’un partenaire franchissant tout juste sa puberté paraît comme un trait normal du comportement sexuel masculin : cela maximise les chances que le partenaire en question soit vierge, donc qu'il reproduise ses gènes en cas de conception. Les mariages arrangés avec les enfants, et les consommations assez précoces par rapport à notre standard actuel, n’étaient pas si rares dans les siècles passés (le Code civil fixait initialement la majorité sexuelle à 11 ans) ni ne le sont dans certaines sociétés traditionnelles.
Si trouble psychiatrique il y a lorsque l’on parle d’hébéphilie, il devrait plutôt être centré sur la recherche compulsive de partenaires sexuels et l’usage de la contrainte pour parvenir à ses fins.
Référence :
Blanchard R. et al. (2008), Pedophilia, hebephilia, and the DSM-V, Arch. Sex. Behav., online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9399-9
Un des problèmes posés par cette classification, c’est la désignation de l’hébéphilie comme paraphilie. On assiste dans les pays occidentaux à une avancée générale de la puberté depuis plusieurs générations (voir Expertise collective Inserm 2007, Évolution séculaire de la croissance et de la puberté), de sorte que le sexe biologique (capacité à procréer) est éventuellement en décalage avec le sexe psychologique (désir d’un partenaire sexuel) et le sexe socio-juridique (majorité sexuelle reconnue par le droit).
La puberté correspond à l’activation de la fonction hypothalamo-hypophyso-gonadique, aboutissant au développement complet des caractères sexuels, à l’acquisition de la taille définitive, de la fonction de reproduction et de la fertilité. Chez la fille, elle commence par le développement des glandes mammaires (en moyenne à partir de 10,5/11 ans), suivi de la pilosité pubienne et axillaire, des modifications de la vulve et des premières règles (ménarche), en moyenne autour de 13 ans. Leur date de survenue est considérée comme normale entre 10 et 15,5 ans. Du point de vue du droit, la majorité sexuelle est néanmoins fixée après la survenue moyenne cette puberté (15 ans en France, mais date variable selon les pays). Du point de la psychologie évolutionniste, la recherche d’un partenaire franchissant tout juste sa puberté paraît comme un trait normal du comportement sexuel masculin : cela maximise les chances que le partenaire en question soit vierge, donc qu'il reproduise ses gènes en cas de conception. Les mariages arrangés avec les enfants, et les consommations assez précoces par rapport à notre standard actuel, n’étaient pas si rares dans les siècles passés (le Code civil fixait initialement la majorité sexuelle à 11 ans) ni ne le sont dans certaines sociétés traditionnelles.
Si trouble psychiatrique il y a lorsque l’on parle d’hébéphilie, il devrait plutôt être centré sur la recherche compulsive de partenaires sexuels et l’usage de la contrainte pour parvenir à ses fins.
Référence :
Blanchard R. et al. (2008), Pedophilia, hebephilia, and the DSM-V, Arch. Sex. Behav., online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9399-9
vendredi 8 août 2008
Confiance et méfiance faciales
Non, ce visage peu amène n’est pas un portrait-robot de l’auteur présumé d’un forfait quelconque de cet été meurtrier. Il a été créé par ordinateur, avec des centaines d’autres, par deux psychologues de Princeton, Alexander Todorov et Nikolaas Oosterhof. Ceux-ci se sont intéressés à la manière dont nous jugeons les visages des autres. Selon eux, la confiance et la dominance sont les deux traits que nous analysons de manière quasi-instantanée en observant un visage, avec comme question tacite en arrière-plan : « cet individu a-t-il de bonnes ou de mauvaises intentions » (et donc « dois-je l’approcher ou l’éviter »). La face ci-contre obtient un score négatif de -7,55 sur l’échelle de la confiance, pas loin du minimum (c’est-à-dire du maximum de méfiance) fixé à -8. La bouche en U inversé et les sourcils froncés sont les deux principaux indicateurs faciaux utilisés pour déduire cette méfiance. L’expression inverse (bouche en U et yeux écarquillés comme sous l’effet de la surprise) obtient le score maximal de confiance. L’impression la plus forte de menace s’obtient par la combinaison informatique des traits faciaux associés à la méfiance et la dominance.Référence : Oosterhof N.N. et A. Todorov (2008), The functional basis of face evaluation, PNAS, online pub., doi: 10.1073/pnas.0805664105
(Pour les non-abonnés, le pdf de l'article peut être chargé sur cette page).
jeudi 7 août 2008
Bander plus, penser moins ?
On a fait grand cas du Viagra, Cialis et autres molécules d’érection médicalement assistée. Bander mieux, voilà l’important pour l’homme. Mais penser mieux, cela ne paraît pas très urgent. Ce qui ressemblerait à des molécules activant l’attention ou la concentration – cocaïne, amphétamine – a même été progressivement interdit au cours du siècle dernier. Et les étudiants, parfois leurs professeurs, en sont réduits à détourner des médicaments (comme la ritaline pour l’hyperactivité et déficit de l’attention) pour booster leurs performances mentales. C’est finalement assez étonnant : notre époque exerce une pression cognitive sur les individus comme aucune autre avant elle, mais elle semble indifférente à ce qui pourrait satisfaire cette pression en améliorant la mémoire et l’intelligence. Mais peut-être cette même époque est-elle surtout sensible aux demandes du marché : bander plus, penser moins, serait-ce l’adage du cœur de cible ?
mercredi 6 août 2008
La survie des plus similaires : personnalité et choix du conjoint
A l'opposé de l’adage populaire, les chercheurs ont observé que les contraires ne s’attirent pas spécialement. Les liaisons durables entre humains montrent plutôt une tendance à l’endogamie et l’homogamie, que l’on nomme assortative mating (appariement assorti). En règle générale, et par rapport à des unions qui se feraient totalement au hasard dans une population, les études de sociologie comme de psychologie ou de biologie concluent que les époux tendent à se ressembler par de nombreux facteurs : le milieu socio-économique, le niveau d'éducation, la race, le QI, la personnalité, la taille, les convictions morales et politiques.
Une étude menée sur 174 paires de vrais jumeaux, 148 paires de faux jumeaux, 322 couples, 563 amis avait quantifié ces similarités (Rushton et Bons 2005). Pour les personnes mariées, la plus forte corrélation concerne le travail (0,74), suivi par les idées politiques (0,60), le niveau d’éducation (0,55), le revenu (0,43), la religion (0,41). Les facteurs physiques (taille et poids) sont positivement corrélés, mais dans une moindre mesure (0,21 et 0,25), bien qu’ils aient une base génétique très forte. Les traits psychologiques comme l’extraversion ou la névrose sont encore moins associés chez les époux (0,06 et 0,01).
Ce dernier point relatif à la personnalité a cependant fait l’objet de résultats contradictoires : Beatrice Rammstedt et Jürgen Schupp se sont donnés pour objectif de le mesurer plus précisément à travers l’analyse de la personnalité de 6.909 couples allemands. Les chercheurs ont utilisé comme critère les « Big Five », c’est-à-dire les cinq traits de personnalité faisant l’objet d’un consensus en psychologie : ouverture à l'expérience (O), caractère consciencieux (C), extraversion (E), caractère agréable ou agréabilité (A), névrosisme ou neuroticisme (N), soit le modèle OCEAN. Leurs conclusions rejoignent celles de Rushton et Bons pour l’extraversion et l’instabilité émotionnelle (névrosisme), dont la corrélation est nulle pour les époux. En revanche, les trois autres traits montrent une corrélation positive moyenne de 0,30 ; et celle-ci a tendance à se renforcer à mesure que dure l’union (de 0,22 à 0,40).
L’assortative mating est intéressant car cette « discrimination spontanée » forme l’une des bases de la différenciation humaine dans l’évolution : même au sein d’une population pan-mictique (sans frontière géographique), le biais statistique en faveur de conjoints ayant des traits similaires aux siens renforce la probabilité que les descendants portent ces traits (s’ils sont héritables) et choisissent à leur tour des partenaires plutôt semblables. (Notons que le phénomène est cependant contrarié par une autre tendance statistique, la régression vers la moyenne des traits complexes). Du point de vue de cet assortative mating, le mariage moderne fondé sur l’amour (et non plus l’intérêt des familles) dans le cadre d’une mobilité individuelle et d’une communication interindividuelle accrues représente une expérience évolutive intéressante, dont il est bien sûr trop tôt pour tirer des observations. Vers quel équilibre partiel ou général tendra ce marché sexuel en cours d’émergence ?
Références :
Rushton P.J., T.A. Bons (2005), Mate choice and friendship in twins : evidence for genetic similarity, Psychol. Sci., 16, 7, 555-59.
Rammstedt B., J. Schupp (2008), Only the congruent survive – Personality similarities in couples, Personality and Individual Differences, online pub., doi:10.1016/j.paid.2008.06.007
Une étude menée sur 174 paires de vrais jumeaux, 148 paires de faux jumeaux, 322 couples, 563 amis avait quantifié ces similarités (Rushton et Bons 2005). Pour les personnes mariées, la plus forte corrélation concerne le travail (0,74), suivi par les idées politiques (0,60), le niveau d’éducation (0,55), le revenu (0,43), la religion (0,41). Les facteurs physiques (taille et poids) sont positivement corrélés, mais dans une moindre mesure (0,21 et 0,25), bien qu’ils aient une base génétique très forte. Les traits psychologiques comme l’extraversion ou la névrose sont encore moins associés chez les époux (0,06 et 0,01).
Ce dernier point relatif à la personnalité a cependant fait l’objet de résultats contradictoires : Beatrice Rammstedt et Jürgen Schupp se sont donnés pour objectif de le mesurer plus précisément à travers l’analyse de la personnalité de 6.909 couples allemands. Les chercheurs ont utilisé comme critère les « Big Five », c’est-à-dire les cinq traits de personnalité faisant l’objet d’un consensus en psychologie : ouverture à l'expérience (O), caractère consciencieux (C), extraversion (E), caractère agréable ou agréabilité (A), névrosisme ou neuroticisme (N), soit le modèle OCEAN. Leurs conclusions rejoignent celles de Rushton et Bons pour l’extraversion et l’instabilité émotionnelle (névrosisme), dont la corrélation est nulle pour les époux. En revanche, les trois autres traits montrent une corrélation positive moyenne de 0,30 ; et celle-ci a tendance à se renforcer à mesure que dure l’union (de 0,22 à 0,40).
L’assortative mating est intéressant car cette « discrimination spontanée » forme l’une des bases de la différenciation humaine dans l’évolution : même au sein d’une population pan-mictique (sans frontière géographique), le biais statistique en faveur de conjoints ayant des traits similaires aux siens renforce la probabilité que les descendants portent ces traits (s’ils sont héritables) et choisissent à leur tour des partenaires plutôt semblables. (Notons que le phénomène est cependant contrarié par une autre tendance statistique, la régression vers la moyenne des traits complexes). Du point de vue de cet assortative mating, le mariage moderne fondé sur l’amour (et non plus l’intérêt des familles) dans le cadre d’une mobilité individuelle et d’une communication interindividuelle accrues représente une expérience évolutive intéressante, dont il est bien sûr trop tôt pour tirer des observations. Vers quel équilibre partiel ou général tendra ce marché sexuel en cours d’émergence ?
Références :
Rushton P.J., T.A. Bons (2005), Mate choice and friendship in twins : evidence for genetic similarity, Psychol. Sci., 16, 7, 555-59.
Rammstedt B., J. Schupp (2008), Only the congruent survive – Personality similarities in couples, Personality and Individual Differences, online pub., doi:10.1016/j.paid.2008.06.007
lundi 4 août 2008
Hommes, femmes, intelligence
Les hommes et les femmes sont-ils aussi intelligents ? Le débat, qui a pu sembler clos par la psychométrie, est en fait régulièrement ré-ouvert par les psychométriciens eux-mêmes. Le problème est le suivant : les tests mesurant l’intelligence au sens de capacité cognitive générale (facteur g) sont construits pour minimiser les différences sexuelles, dont on sait qu’elles existent pour de nombreuses capacités cognitives spécifiques. Afin de parvenir à une moyenne commune et conventionnelle de 100 dans la population testée, les sous-tests s’adressant à ces capacités spécifiques à fort dimorphisme sexuel sont pondérés. Mais du coup, les tests étant conçus pour être neutres du point de vue du sexe, ils deviennent des indicateurs suspects quand on s’interroge sur la question particulière des différences sexuelles dans le domaine de l’intelligence.
Bryan J. Pesta et trois collègues se sont intéressés à des tâches cognitives élémentaires bien documentées dans la littérature, le temps d’inspection (IT) et le temps de réaction (RT). Elles mesurent la vitesse à laquelle les neurones traitent des informations. IT et RT sont connus pour être corrélés positivement à la capacité cognitive générale (environ 0.50 ans les méta-analyses). 218 hommes et 226 femmes ont passé ces tests, l’un consistant à voir deux lignes de longueur inégale et à désigner laquelle est la plus longue avec un temps d’exposition de plus en plus court, l’autre à voir deux S et un A et à indiquer le plus rapidement possible la position du A. Résultat : les hommes ont montré en moyenne de meilleurs résultats que les femmes, différence qui correspondrait, si on la rapportait aux échelles métriques d’intelligence à 3,9-5,7 points de QI. Un résultat compatible avec les conclusions de certains travaux antérieurs utilisant d’autres méthodologies (Jackson et Rushton 2006, Lynn et Irving 2008, mais voir conclusions opposées chez Camarata et Woodcock 2006, Keith et al. 2008). Les sujets de l’étude ne montraient pas de différences significatives dans un test d’intelligence générale qui leur fut administré (le Wonderlic Personnel Test).
Référence :
Pesta B.J. et al. (2008), Sex differences on elementary cognitive tasks despite no differences on the Wonderlic Personnel Test, Personality and Individual Differences, 45, 5, 429-431, doi:10.1016/j.paid.2008.05.028
(Merci à Bryan J. Pesta de nous avoir transmis son article).
Autres travaux cités :
Camarata S., R. Woodcock (2006), Sex differences in processing speed : Developmental effects in males and female, Intelligence, 34, 231–252.
Jackson D., J. Rushton (2006), Males have greater g: Sex differences in general mental ability from 100,000 17-to18-year olds on the scholastic assessment test, Intelligence, 34, 479–486.
Keith T., et al. (2008), Sex differences in latent cognitive abilities ages 6 to 59: Evidence from the Woodcock-Johnson III tests of cognitive abilities, Intelligence, sous presse.
Lynn R., P. Irwing (2008), Sex differences in mental arithmetic, digit span, and g defined as working memory capacity, Intelligence, 36, 226–235.
Bryan J. Pesta et trois collègues se sont intéressés à des tâches cognitives élémentaires bien documentées dans la littérature, le temps d’inspection (IT) et le temps de réaction (RT). Elles mesurent la vitesse à laquelle les neurones traitent des informations. IT et RT sont connus pour être corrélés positivement à la capacité cognitive générale (environ 0.50 ans les méta-analyses). 218 hommes et 226 femmes ont passé ces tests, l’un consistant à voir deux lignes de longueur inégale et à désigner laquelle est la plus longue avec un temps d’exposition de plus en plus court, l’autre à voir deux S et un A et à indiquer le plus rapidement possible la position du A. Résultat : les hommes ont montré en moyenne de meilleurs résultats que les femmes, différence qui correspondrait, si on la rapportait aux échelles métriques d’intelligence à 3,9-5,7 points de QI. Un résultat compatible avec les conclusions de certains travaux antérieurs utilisant d’autres méthodologies (Jackson et Rushton 2006, Lynn et Irving 2008, mais voir conclusions opposées chez Camarata et Woodcock 2006, Keith et al. 2008). Les sujets de l’étude ne montraient pas de différences significatives dans un test d’intelligence générale qui leur fut administré (le Wonderlic Personnel Test).
Référence :
Pesta B.J. et al. (2008), Sex differences on elementary cognitive tasks despite no differences on the Wonderlic Personnel Test, Personality and Individual Differences, 45, 5, 429-431, doi:10.1016/j.paid.2008.05.028
(Merci à Bryan J. Pesta de nous avoir transmis son article).
Autres travaux cités :
Camarata S., R. Woodcock (2006), Sex differences in processing speed : Developmental effects in males and female, Intelligence, 34, 231–252.
Jackson D., J. Rushton (2006), Males have greater g: Sex differences in general mental ability from 100,000 17-to18-year olds on the scholastic assessment test, Intelligence, 34, 479–486.
Keith T., et al. (2008), Sex differences in latent cognitive abilities ages 6 to 59: Evidence from the Woodcock-Johnson III tests of cognitive abilities, Intelligence, sous presse.
Lynn R., P. Irwing (2008), Sex differences in mental arithmetic, digit span, and g defined as working memory capacity, Intelligence, 36, 226–235.
vendredi 1 août 2008
Tromperie sexuelle chez le molly
Les molly (Poecilia sp.) sont des poissons appréciés des aquariophiles et des biologistes, mais ces derniers analysent leurs comportements plutôt qu’ils admirent leur parure. Martin Plath et ses collègues ont étudié une espèce de l’Atlantique (P. mexicana) dans ses parades amoureuses. Lorsque le molly mâle est laissé seul en compagnie de femelles, il exprime sa préférence pour l’une d’elles. Mais lorsque l’on introduit d’autres mâles, notre poisson devient nettement plus méfiant. Soit il cesse ses parades, soit il commence à séduire une autre femelle que celle ayant sa préférence initiale. Pour les chercheurs, il s’agit d’un comportement de tromperie visant à éviter le coût d’une compétition du sperme. Les mâles Molly sont en effet connus pour se copier les uns les autres. Dans le cas de la reproduction, montrer sa préférence réelle à un compétiteur accroît le risque que celui-ci courtise la même belle. Cet exemple rappelle que la sélection sexuelle joue dans l'histoire du vivant un rôle considérable, quoique longtemps méconnu par rapport à la sélection naturelle, et que ses pressions adaptatives concernent aussi bien les facultés cognitives des organismes.Référence :
Plath M. et al. (2008), Male fish deceive competitors about mating preferences, Current Biology, online pub.
Illustration : FishBase (DR).
jeudi 31 juillet 2008
Génétique du transsexualisme
Clemens Temfer et ses collègues de l’Université de médecine de Vienne (Autriche) ont analysé l’ADN de 49 transsexuels femme>homme (FtM) et de 102 transsexuels homme>femme (MtF), en comparaison avec le génotype de 1669 individus non transsexuels (756 hommes, 915 femmes). Ils ont découvert que les variations d’un gène codant pour l’enzyme cytochrome P17. Ce gène et cet enzyme influent sur la concentration de testostérone dans les tissus, c’est-à-dire qu’ils contribuent à masculiniser ou féminiser les phénotypes. Une variante de ce gène (polymorphisme d’un simple nucléotide ou SNP) appelée CYP17-34 T>C SNP (soit le remplacement de la base thymine par la base cytosine) est présent plus fréquemment chez les femmes transsexuels (44 %) que chez les femmes non transsexuels (31 %). La même différence ne s’observe pas chez les mâles.Le transsexualisme se caractérise souvent par la conscience d’un décalage entre sexe physique et sexe psychologique, le sentiment que l’on appartient à l’autre sexe et que son assignation de naissance est une « erreur ». Cette disposition d’esprit est probablement sous la dépendance d’autres gènes que CYP17, mais aussi de facteurs environnementaux. Au-delà du transsexualisme, ce genre de travaux rappelle que du point de vue biologique, la « sexuation » de l’individu va bien au-delà des caractères sexuels primaires (organes génitaux) : c’est l’ensemble du corps qui est sensible à la balance des hormones sexuelles dès la conception, à commencer bien sûr par le premier organe sexuel, le cerveau.
Référence :
Bentz E.K. et al. (2008), A polymorphism of the CYP17 gene related to sex steroid metabolism is associated with female-to-male but not male-to-female transsexualism, Fertility and Sterility, 90, 1, 56-59, doi:10.1016/j.fertnstert.2007.05.056
Illustration : l’artiste Tobias Bernstrup, dont je ne puis au passage que vous conseiller les excellentes productions (pour ceux qui aiment la pop-electro).
(Merci à Peggy d’avoir attiré mon attention sur ce papier).
mardi 29 juillet 2008
Le sexe des mathématiques
Nouvelle pièce dans le débat récurrent sur les différences cognitives hommes-femmes : une étude américaine sur 7 millions d’écoliers, collégiens et lycéens passant des épreuves standardisés dans diverses matières, dont les mathématiques. Résultat : du grade 2 au grade 11, les différences entre filles et garçons sont statistiquement négligeables. Malgré cela, les carrières universitaires en mathématiques et surtout physique et ingénierie restent par la suite inégalitaires, les vocations masculines dépassant toujours les féminines. Les auteurs ont étudié la variance au sein de chaque sexe (c’est-à-dire la forme de la distribution par rapport à la moyenne). Il apparaît que les garçons ont une variance supérieure aux filles à tous les grades (entre 1,11 et 1,21 pour le ratio garçons / filles). Concrètement, cela signifie que l’on recrute en moyenne un peu plus de garçons chez les mieux et les moins bien notés en science. L’analyse des meilleurs résultats (supérieurs au 95e et au 99e percentiles) confirme ce trait chez les individus d’origine caucasienne (sexe ratio de 1,45 pour le 95e et 2,06 pour le 99e), mais pas chez les individus d’origine asiatique (1,09 et 0,91). L’échantillon était cependant plus faible dans le second cas que dans le premier (n = 219 et 3473). Les individus d’origine hispanique, africaine ou amérindienne n’étaient pas assez représentés dans ces percentiles pour analyser la variance selon les sexes.
Référence :
Hyde J.S. et al. (2008), Gender similarities characterize math performance, Science, 321, 494-495 doi: 10.1126/science.1160364
Sur le même thème : Filles, garçons et maths : un biais culturel ?
Référence :
Hyde J.S. et al. (2008), Gender similarities characterize math performance, Science, 321, 494-495 doi: 10.1126/science.1160364
Sur le même thème : Filles, garçons et maths : un biais culturel ?
jeudi 24 juillet 2008
La descendance du plus abondant
L’expression « survie du plus apte », lancée initialement par Herbert Spencer et non Charles Darwin, a longtemps laissé penser que l’évolution produit toujours des formes optimales. Il n’en est rien. Dans un travail de modélisation portant sur des molécules ARN de 12 à 18 nucléotides, Matthew C. Coperthwraite et ses collègues suggèrent que l’évolution peut aussi bien être décrite comme « la descendance du plus abondant ». Les mutations neutres s’accumulant au cours du temps dans tous les gènes peuvent être vues comme un « paysage adaptatif » (Sewell Right) imposant une certaine contrainte sur les mutations ultérieures. Ce « réseau mutationnel » est certes une condition de la sélection : il faut de petites variations pour explorer les diverses contrées d’un paysage adaptatif. Mais il tend aussi à favoriser les solutions les plus abondantes, et non les plus rares même si ces dernières se révèlent parfois mieux adaptés (c’est-à-dire atteignent un optimum pour une fonction donnée). Pour un phénotype (structure) donné, c’est d’abord le génotype (séquence) le plus abondant conduisant à ce phénotype qui va influencer la dynamique évolutive ultérieure d’une population. En d’autres termes, la sélection favorise avant tout la quantité, et plus les réseaux mutationnels renforcent leurs interconnexions, moins ils rendent probables l’émergence de certaines solutions plus simples à partir de séquences antérieures. La vie fonctionne ainsi aux antipodes du Dessein Intelligent imaginés par les néo-créationnistes. Et la nature ne fait pas bien les choses : elle les fait comme elle peut, sur la base d’un mécanisme aveugle à toute finalité.
Référence :
Cowperthwaite M.C. et al. (2008), The Ascent of the Abundant: How mutational networks constrain evolution, PLoS Comput Biol, 4,7, e1000110. doi:10.1371/journal.pcbi.1000110
Référence :
Cowperthwaite M.C. et al. (2008), The Ascent of the Abundant: How mutational networks constrain evolution, PLoS Comput Biol, 4,7, e1000110. doi:10.1371/journal.pcbi.1000110
samedi 12 juillet 2008
Clic ! Sexe : premier éseau social "adulte" en France
Communiqué de presse : On ne le sait que trop bien les réseaux sociaux, tels que Myspace ou Facebook pour ne citer qu’eux, ont le vent en poupe. Et la société Clic ! Avenue, experte dans l’édition de sites web communautaires, l’a bien compris en lançant Clic ! Sexe : le 1er réseau social francophone des amateurs de sexe et de sexualité.
Si vous souhaitez voir encore un site proposant du contenu pornographique professionnel, passez votre chemin ! En effet, Clic ! Sexe se démarque des sites de charme traditionnels en donnant le ton dès sa home page : "Est-il possible de découvrir et d’échanger sur le sexe, sans tomber dans la pornographie commerciale ou la vulgarité" ? tel est notre challenge !" Pari tenu si l’on en croit l’engouement des milliers de nouveaux arrivants qui découvrent actuellement Clic ! Sexe
Au menu de Clic ! Sexe (qui reste bien sûr interdit aux mineurs) : Un contenu 100 % collaboratif. Ce sont les membres qui créent leur "Page Clic ! Sexe", participent et étendent leur réseau d’amis(es) en partageant leurs vidéos, photos, liens, commentaires... et qui discutent et échangent sur la sexualité via le chat webcam, les forums et les blogs.
vous@clicsexe.fr ?
Car ce n’est pas tout. Le site propose aussi un nouveau webmail pour ses membres ainsi que des outils interactifs comme les "questions-réponses" "Yahoo like" et un Dico du Sexe "Wikipedia like" toujours dans la thématique de la sexualité bien entendu, et complètement dans l’esprit WEB 2.0
A noter que les « professionnels du charme » pourront eux aussi créer leur espace Clic ! Sexe et ainsi profiter du site (qui jouit d’un fort trafic) pour promouvoir leurs services.
Derrière cette idée se cache la société Clic ! Avenue Engagée dans le "web communautaire" depuis 2001, avant même l’explosion de la bulle internet, on lui reconnaîtra notamment la mise en place du 1er chat webcam "bestofchat.com" qui depuis est devenu incontournable dans son domaine faisant plus d’1 million de visiteurs par mois.
Le business modèle de Clic ! Sexe n’a pas encore été établi mais il reposera certainement sur la publicité et/ou l’affiliation directe (marque blanche) et indirecte.
Gageons que ce site n’a pas fini de faire parler de lui, s’agissant du tout 1er réseau social francophone dans ce domaine incontournable qu’est le sexe sur internet.
web : http://www.clicsexe.fr/ email : contact@clicsexe.fr
Clic ! Sexe est édité par la société Clic ! Avenue - R.C.S. AUCH 499 405 579 Clic ! Avenue LD Garbic 32490 – Monferran SAves
lundi 7 juillet 2008
Gènes, cerveaux et sexes
Vous connaissez sans doute par cœur ce couplet de l’hymne officiel de l’égalité : les différences hommes-femmes sont des constructions sociales et historiques de genre, elles n’ont rien à voir avec les différences biologiques entre les sexes. On ne naît pas femme, on le devient par la grâce de la société ou de l'éducation. Et ainsi de suite.
Une équipe dirigée par Elena Jazin (Université d’Upssala, Suède) a étudié l’expression différentielle des gènes dans le tissu du cortex occipital de trois espèces : l’homme, le macaque (primate de l’ancien monde) et le marmoset (primate du nouveau monde), avec 24 extraits différents pour chaque espèce. Plusieurs centaines de gènes connaissent une expression différente selon les sexes chez l’homme (1349) et le macaque (486), contre moins de 10 chez le marmoset (7). Entre l’homme et le macaque, 85 gènes communs montrent ce dimorphisme dans leur expression. Certains, comme XIST (X inactivation-specific transcript) ou HSBP1 (Heat shock factor binding protein 1), exhibent des différences conservées au long de l’évolution chez les trois primates.
Certains gènes s’expriment bien sûr dans tous les tissus et leur fonction n’est pas donc pas spécifique à la zone analysée. Une analyse plus détaillée montre cependant sur les 85 gènes communs du macaque et de l’humain, 55 (65 %) montrent une surexpression dans les tissus cérébraux par rapport aux tissus sexuels, ce qui suggère un rôle spécifique dans le système nerveux. Et les 1300 autres observés chez l'homme restent bien sûr à étudier.
« Cette recherche établit l’existence de différence biologique sexuelle dans l’expression des gènes du cortex humain et, plus avant, elle montre l’existence d’une signature sexuelle conservée dans le cortex des primates, avec une possible importance durant leur évolution. La question ouverte est maintenant de savoir si ces gènes ont une signification physiologique pour l’organisation du cerveau et/ou du comportement ».
Référence :
Reinius B. et al (2008), Evolutionarily conserved sexual signature in the Primate brain, PLoS Genetics, 4(6), e1000100
Une équipe dirigée par Elena Jazin (Université d’Upssala, Suède) a étudié l’expression différentielle des gènes dans le tissu du cortex occipital de trois espèces : l’homme, le macaque (primate de l’ancien monde) et le marmoset (primate du nouveau monde), avec 24 extraits différents pour chaque espèce. Plusieurs centaines de gènes connaissent une expression différente selon les sexes chez l’homme (1349) et le macaque (486), contre moins de 10 chez le marmoset (7). Entre l’homme et le macaque, 85 gènes communs montrent ce dimorphisme dans leur expression. Certains, comme XIST (X inactivation-specific transcript) ou HSBP1 (Heat shock factor binding protein 1), exhibent des différences conservées au long de l’évolution chez les trois primates.
Certains gènes s’expriment bien sûr dans tous les tissus et leur fonction n’est pas donc pas spécifique à la zone analysée. Une analyse plus détaillée montre cependant sur les 85 gènes communs du macaque et de l’humain, 55 (65 %) montrent une surexpression dans les tissus cérébraux par rapport aux tissus sexuels, ce qui suggère un rôle spécifique dans le système nerveux. Et les 1300 autres observés chez l'homme restent bien sûr à étudier.
« Cette recherche établit l’existence de différence biologique sexuelle dans l’expression des gènes du cortex humain et, plus avant, elle montre l’existence d’une signature sexuelle conservée dans le cortex des primates, avec une possible importance durant leur évolution. La question ouverte est maintenant de savoir si ces gènes ont une signification physiologique pour l’organisation du cerveau et/ou du comportement ».
Référence :
Reinius B. et al (2008), Evolutionarily conserved sexual signature in the Primate brain, PLoS Genetics, 4(6), e1000100
Violeur né ?
Voici une nouvelle qui devrait conforter les lecteurs de Marcela Iacub : contrairement à l’idée reçue, les personnes condamnées pour violences sexuelles ont peu tendance à récidiver par rapport à d’autres catégories de délits ou de crimes. Ainsi, seuls 3,2 % des 4 000 condamnés relâchés sur parole dans l’Etat de Californie en 2002 ont commis une nouvelle agression sexuelle depuis cette date. Chiffre exactement comparable (3,2 %) à une précédente étude dans l’Etat du Minnesota, menée entre 1990 et 2002. L’image du multirécidiviste incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et destiné à violer tout au long de son existence concerne en fait une toute petite minorité d’individus. La place disproportionnée que cette image occupe dans les mentalités collectives ne tient pas tant à la réalité statistique des violences sexuelles qu’au statut toujours singulier du sexe dans nos représentations.
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