mardi 26 août 2008

Une histoire de corne-cul...

Le genre Onthophage rassemble la plupart des scarabées (1800 espèces) et l’onthophage taureau (O. taurus) est fréquent dans les prairies de l’Ancien comme du Nouveau Monde. Harald Parzer et Armin Moczek viennent d’étudier quatre populations séparées de cet animal, ainsi que dix autres espèces de son genre. Ils ont mis en évidence que les espèces comme les populations connaissent un équilibre différent entre la taille des cornes (qui servent aux mâles dans les combats) et des organes génitaux (dont l’utilité pour les mêmes mâles n’est pas à rappeler). Cette tendance est marquée puisqu’en moins de 50 ans, les populations séparées d’O. taurus présentent déjà des valeurs moyennes différentes pour la répartition de ces deux traits chez les mâles. Le point intéressant est que la modification d’un caractère sexuel secondaire (corne) est associée à celle d’un caractère sexuel primaire (organes génitaux) qui est elle-même liée à la probabilité de spéciation (divergence telle entre populations que l’interfécondité devient problématique et que de nouvelles espèces apparaissent). Cet exemple, parmi bien d’autres, rappelle la puissance évolutive de la sélection sexuelle par rapport à la sélection naturelle : le processus de co-évolution antagoniste (la Reine rouge de Leigh Van Valen) est stimulé par les compétitions entre mâles et femelles pour l’accès aux partenaires. L’espèce Homo sapiens, qui a évolué très rapidement et qui présente un énorme cerveau aux pouvoirs étonnants, devrait sans doute réfléchir à cela. Peut-être notre environnement est-il rempli de caractères sexuels secondaires indirects, après tout…

Référence:
Parzner H.H. et A.P. Moczek (2008), Rapid antagonistic coevolution between primary and secondary sexual characters in horned beetles, Evolution, online pub., doi :10.1111/j.1558-5646.2008.00448.x

Illustration : Département de biologie, Université de l’Indiana.

mercredi 20 août 2008

Hyper-hétérosexualité et gènes gay : une nouvelle étude

Les gènes gay ont la côte en ce moment. En complément du travail récent de l’équipe d’’Andrea Camperio-Ciani que nous avions commenté ici, une nouvelle étude australo-américaine dirigée par Brendan P. Zietsch confirme le probable avantage hétérosexuel lié à certains gènes impliqués dans l’homosexualité. Les chercheurs ont ici examiné 4904 jumeaux homozygotes et hétérozygotes, auxquels ils ont fait remplir un questionnaire détaillé sur leurs attitudes et leurs comportements sexuels. Il en ressort que les femmes les plus masculines et les hommes les plus féminins ont une probabilité plus forte d’être homosexuel mais, lorsqu’ils sont hétérosexuels, ont un nombre moyen de partenaires plus élevé. De même, les frères ou sœurs hétérosexuels d’un jumeau / jumelle homosexuel(le) ont plus de partenaires que lorsque la paire est hétérosexuelle. L’analyse d’héritabilité suggère l’existence de gènes à « pléiotropie antagoniste » (effets divergents), qui favorisent tantôt l’homosexualité, tantôt l’hyper-hétérosexualité.

Référence :
Zietsch B.P. et al. (2008), Genetic factors predisposing to homosexuality may increase mating success in heterosexuals, Evol. Hum. Behav., online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.07.002

Asymétrie variable et attraction des corps (sexués)

L’asymétrie variable ( FA pour fluctuating asymmetry) est une mesure couramment utilisée depuis une trentaine d’années en biologie et écologie du comportement. Sur une population donnée, on analyse la face ou le corps des individus selon qu’ils divergent d’un axe de symétrie « idéale » séparant sur un plan vertical sa partie droite et sa partie gauche. L’asymétrie a été inversement corrélée à la capacité de l’organisme à résister à divers stress au cours de son développement (maladies, parasites, agressions, etc.). Une asymétrie élevée est associée à une morbidité et une mortalité accrue, une moindre fécondité, une locomotion moins performante et diverses autres variables liées aux sélections naturelle et sexuelle. Chez l’homme, diverses recherches l’ont également rapportée (toujours en association inversée) à l’attractivité d’une personne basée sur son odeur corporelle, sa voix, son visage ou sa grâce.

Dans ce travail, l’équipe de William M. Brown a réalisé une mesure entièrement robotisée, en scanner optique 3D, de l’asymétrie variable de 77 individus (40 hommes, 37 femmes). Outre que l’automatisation minimise le biais de mesure de l’expérimentateur humain, 24 traits différents répartis sur tout le corps hors visage ont été scannés, et cela plusieurs fois. À partir de ces données, les chercheurs ont reconstitué 77 images en 3D des corps, sans visage ni indicateur de peau. Ils ont demandé à 87 évaluateurs de noter ces corps reconstitués sur une échelle d’attractivité. Résultat : les corps présentant le plus haut niveau d’asymétrie ont été jugés les moins attractifs. L’équipe de Will Brown avait également mesuré sur les 77 individus « scannés » des traits connus pour être l’objet de préférences sexuelles ou de succès reproductif : ratio taille-hanche, volume de seins, longueur des jambes chez les femmes ; taille, largeur des épaules, rapport des jambes au torse chez l’homme. Ces traits de masculinité ou de féminité ont eux aussi été corrélés négativement au degré d’asymétrie. Les configurations articulaires moyennes des corps masculins ont également montré une association inverse, qui n’a pas été retrouvée avec les corps féminins.

Commentant ce travail, Will Brown observe : « Il est largement pressenti que les êtres humains sont attirés les uns les autres en raison de qualité génotypiques et phénotypiques – en d’autres termes, la recherche d’un partenaire qui donnera à celui qui le choisit une progéniture de plus haute qualité. Mes précédents travaux avaient suggéré que la symétrie du corps n’est pas nécessairement ce que les gens observent quand ils trouvent une personne attractive, mais que les traits physiques typiquement préférés peuvent néanmoins révéler la qualité développementale implicite d’un individu, qui se retrouve dans son degré de symétrie (…) Il semble que les asymétries corporelles étant trop subtiles pour être perçues à l’œil nu, l’évolution a produit des signaux et parades plus flagrants ».

Référence :
Brown W.M. et al. (2008), Fluctuating asymmetry and preferences for sex-typical bodily characteristics, PNAS, online pub., doi: 10.1073/pnas.0710420105

(Merci à Will Brown de m’avoir transmis son article).

vendredi 15 août 2008

Homosexualité, bisexualité et « hyper-hétérosexualité »

L’homosexualité pose un problème intéressant pour la théorie de l’évolution. Par définition, seuls les traits avantageux d’un individu sont transmis à la génération suivante (s’ils ont une base génétique). Or, l’homosexualité ne peut pas être avantageuse de ce point de vue puisqu’elle n’aboutit justement pas à la reproduction. Donc, si l’homosexualité a une base génétique, elle aurait dû s’éteindre depuis longtemps face à la concurrence des gènes hétérosexuels par nature plus prolixes. Or ce n’est pas le cas, et de nombreux travaux convergent depuis trente ans pour observer qu’il existe une héritabilité de l’orientation sexuelle.

Comment résoudre ce paradoxe ? Plusieurs pistes ont été proposées. Edward Wilson, le père de la sociobiologie, avait suggéré que les homosexuels pourraient plus altruistes envers leurs parents hétérosexuels : à défaut de transmettre directement leurs propres gènes, ils aideraient ainsi indirectement à le faire en augmentant les chances de survie des apparentés (qui, par définition, possèdent en partie les gènes concernés). Mais des études ultérieures n’ont pas montré que les homosexuels sont en moyenne plus sujets à l’altruisme familial que les autres.

Une autre piste concerne la pléiotropie. Sous ce nom barbare se cache une définition assez simple : un même gène peut avoir plusieurs effets, et les effets positifs peuvent contrebalancer les effets négatifs. Exemple classique : le même gène qui provoque la drépanocytose (une maladie de l’hémoglobine) procure un certain degré de protection contre la malaria, selon qu’il est à l’état homozygote (un seul exemplaire, effet bénéfique) ou hétérozygote (deux exemplaires, effet délétère). Ce gène persiste donc dans les populations où sévit la malaria puisqu’il possède un avantage lorsqu’on possède un exemplaire unique venu de l’un de ses parents. Mutatis mutandis, il pourrait en être de même pour les gènes (sans doute nombreux) impliqués dans l’orientation sexuelle.

Sur le papier, cette hypothèse est intéressante. Mais que se passe-t-il dans la réalité ? La première preuve empirique du phénomène a été apportée en 2004, par une équipe italienne dirigée par Andrea Camperio-Ciani (Université de Padoue). Les chercheurs ont demandé à 98 homosexuels et 100 hétérosexuels mâles de remplir un questionnaire assez précis sur leur famille : frères et sœurs, cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents. Au total, ils ont obtenu des informations sur plus de 4600 personnes issues des lignées maternelles ou paternelles des sujets concernés. Résultat : les apparentés des lignées maternelles sont plus fécondes chez les homos que chez les hétéros, différence qui ne se retrouve pas pour la lignée paternelle. Exemple : les mères d’homosexuels ont en moyenne 2,69 enfants contre 2,32 ; les tantes maternelles 1,98 contre 1,51 ; les grands-mères maternelles 3,55 contre 3,39. Cet avantage systématique ne se retrouve pas dans les équivalents paternels, distribués de manière aléatoire. Conclusion des chercheurs : certains gènes qui prédisposent à l’homosexualité chez les hommes et qui sont transmis par lignées maternelles seulement confèrent une fertilité plus importante aux femmes.

La même équipe vient de publier dans le Journal of Sexual Medicine un nouveau travail appuyant son hypothèse. 239 individus mâles ont cette fois été étudiés, dont 88 exclusivement hétérosexuels, 86 bisexuels et 65 exclusivement homosexuels. Le point nouveau est l’introduction de la bisexualité, qui est rarement analysée dans la littérature scientifique. Comme dans le travail de 2004, les chercheurs ont observé que la fertilité des apparentées issus des lignées maternelles est plus importante chez les homosexuels et les bisexuels que chez les hétérosexuels. Les bi et les gays se situent au même niveau. La différence entre ces deux populations tient à ce que les gays ont plus souvent des frères aînés – un autre trait déjà connu, le nombre de frères aînés étant l’un des premiers prédicteurs de l’homosexualité mâle, sans doute pour des raisons d’épigénétique (empreinte maternelle lors de la grossesse).

Ce qui se dessine depuis ces travaux, c’est l’existence d’un ou plusieurs gènes liés au chromosome X qui entraîneraient une sur-attractivité pour les hommes, aussi bien chez les femmes (d’où la fertilité supérieure des apparentées de lignées femelles) que ches les hommes (d’où la bisexualité ou l’homosexualité). Le neurobiologiste Simon LeVay a qualifié ce trait d’hyper-hérétosexualité. La bisexualité en serait un produit dérivé. Et l’homosexualité serait elle-même une variante de la bisexualité, l’exclusivité de l’attrait pour les hommes étant due à d'autres gènes, à des causes environnementales et/ou à des facteurs épigénétiques.

Références :
Camperio-Ciani A. et al. (2008), Genetic factors increase fecundity in female maternal relatives of bisexual men as in homosexuals, J. Sex. Med., oline pub., doi : 10.1111/j.1743-6109.2008.00944.x
Camperio-Ciani A. et al. (2004), Evidence for maternally inherited factors favouring male homosexuality and promoting female fecundity, Proc. Biol. Sci., 271, 1554, 2217-21

samedi 9 août 2008

Pédophilie et hébéphilie

Le manuel psychiatrique DSM-IV, qui fait actuellement autorité dans le domaine du diagnostic de la santé mentale, reconnaît la pédophilie comme un trouble du comportement sexuel. En vue de sa révision en DSM-V, une équipe de psychiatre canadien vient de suggérer l’introduction d’une distinction claire entre pédophilie et hébéphilie (paraphilie). Cette dernière renvoie à la préférence sexuelle pour les adolescents en phase pubertaire (11 à 14 ans). Les chercheurs ont réalisé des entretiens avec 881 mâles ayant soit des antécédents criminels, soit des troubles comportementaux catalogués comme pédophile. Ils ont assorti ces entretiens d’une mesure de l’érection pénienne face à des enfants d’âges divers. Il en ressort une distinction nette entre les individus attirés par les enfants prépubères et ceux séduits par les pré-ados ou les jeunes ados. D’où, selon eux, la nécessité de distinguer les deux troubles. Ou de créer un trouble de pédohébéphilie, avec trois sous-types : pédophile, hébéphile, pédohébéphile.

Un des problèmes posés par cette classification, c’est la désignation de l’hébéphilie comme paraphilie. On assiste dans les pays occidentaux à une avancée générale de la puberté depuis plusieurs générations (voir Expertise collective Inserm 2007, Évolution séculaire de la croissance et de la puberté), de sorte que le sexe biologique (capacité à procréer) est éventuellement en décalage avec le sexe psychologique (désir d’un partenaire sexuel) et le sexe socio-juridique (majorité sexuelle reconnue par le droit).

La puberté correspond à l’activation de la fonction hypothalamo-hypophyso-gonadique, aboutissant au développement complet des caractères sexuels, à l’acquisition de la taille définitive, de la fonction de reproduction et de la fertilité. Chez la fille, elle commence par le développement des glandes mammaires (en moyenne à partir de 10,5/11 ans), suivi de la pilosité pubienne et axillaire, des modifications de la vulve et des premières règles (ménarche), en moyenne autour de 13 ans. Leur date de survenue est considérée comme normale entre 10 et 15,5 ans. Du point de vue du droit, la majorité sexuelle est néanmoins fixée après la survenue moyenne cette puberté (15 ans en France, mais date variable selon les pays). Du point de la psychologie évolutionniste, la recherche d’un partenaire franchissant tout juste sa puberté paraît comme un trait normal du comportement sexuel masculin : cela maximise les chances que le partenaire en question soit vierge, donc qu'il reproduise ses gènes en cas de conception. Les mariages arrangés avec les enfants, et les consommations assez précoces par rapport à notre standard actuel, n’étaient pas si rares dans les siècles passés (le Code civil fixait initialement la majorité sexuelle à 11 ans) ni ne le sont dans certaines sociétés traditionnelles.

Si trouble psychiatrique il y a lorsque l’on parle d’hébéphilie, il devrait plutôt être centré sur la recherche compulsive de partenaires sexuels et l’usage de la contrainte pour parvenir à ses fins.

Référence :
Blanchard R. et al. (2008), Pedophilia, hebephilia, and the DSM-V, Arch. Sex. Behav., online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9399-9

vendredi 8 août 2008

Confiance et méfiance faciales

Non, ce visage peu amène n’est pas un portrait-robot de l’auteur présumé d’un forfait quelconque de cet été meurtrier. Il a été créé par ordinateur, avec des centaines d’autres, par deux psychologues de Princeton, Alexander Todorov et Nikolaas Oosterhof. Ceux-ci se sont intéressés à la manière dont nous jugeons les visages des autres. Selon eux, la confiance et la dominance sont les deux traits que nous analysons de manière quasi-instantanée en observant un visage, avec comme question tacite en arrière-plan : « cet individu a-t-il de bonnes ou de mauvaises intentions » (et donc « dois-je l’approcher ou l’éviter »). La face ci-contre obtient un score négatif de -7,55 sur l’échelle de la confiance, pas loin du minimum (c’est-à-dire du maximum de méfiance) fixé à -8. La bouche en U inversé et les sourcils froncés sont les deux principaux indicateurs faciaux utilisés pour déduire cette méfiance. L’expression inverse (bouche en U et yeux écarquillés comme sous l’effet de la surprise) obtient le score maximal de confiance. L’impression la plus forte de menace s’obtient par la combinaison informatique des traits faciaux associés à la méfiance et la dominance.

Référence : Oosterhof N.N. et A. Todorov (2008), The functional basis of face evaluation, PNAS, online pub., doi: 10.1073/pnas.0805664105

(Pour les non-abonnés, le pdf de l'article peut être chargé sur cette page).

jeudi 7 août 2008

Bander plus, penser moins ?

On a fait grand cas du Viagra, Cialis et autres molécules d’érection médicalement assistée. Bander mieux, voilà l’important pour l’homme. Mais penser mieux, cela ne paraît pas très urgent. Ce qui ressemblerait à des molécules activant l’attention ou la concentration – cocaïne, amphétamine – a même été progressivement interdit au cours du siècle dernier. Et les étudiants, parfois leurs professeurs, en sont réduits à détourner des médicaments (comme la ritaline pour l’hyperactivité et déficit de l’attention) pour booster leurs performances mentales. C’est finalement assez étonnant : notre époque exerce une pression cognitive sur les individus comme aucune autre avant elle, mais elle semble indifférente à ce qui pourrait satisfaire cette pression en améliorant la mémoire et l’intelligence. Mais peut-être cette même époque est-elle surtout sensible aux demandes du marché : bander plus, penser moins, serait-ce l’adage du cœur de cible ?

mercredi 6 août 2008

La survie des plus similaires : personnalité et choix du conjoint

A l'opposé de l’adage populaire, les chercheurs ont observé que les contraires ne s’attirent pas spécialement. Les liaisons durables entre humains montrent plutôt une tendance à l’endogamie et l’homogamie, que l’on nomme assortative mating (appariement assorti). En règle générale, et par rapport à des unions qui se feraient totalement au hasard dans une population, les études de sociologie comme de psychologie ou de biologie concluent que les époux tendent à se ressembler par de nombreux facteurs : le milieu socio-économique, le niveau d'éducation, la race, le QI, la personnalité, la taille, les convictions morales et politiques.

Une étude menée sur 174 paires de vrais jumeaux, 148 paires de faux jumeaux, 322 couples, 563 amis avait quantifié ces similarités (Rushton et Bons 2005). Pour les personnes mariées, la plus forte corrélation concerne le travail (0,74), suivi par les idées politiques (0,60), le niveau d’éducation (0,55), le revenu (0,43), la religion (0,41). Les facteurs physiques (taille et poids) sont positivement corrélés, mais dans une moindre mesure (0,21 et 0,25), bien qu’ils aient une base génétique très forte. Les traits psychologiques comme l’extraversion ou la névrose sont encore moins associés chez les époux (0,06 et 0,01).

Ce dernier point relatif à la personnalité a cependant fait l’objet de résultats contradictoires : Beatrice Rammstedt et Jürgen Schupp se sont donnés pour objectif de le mesurer plus précisément à travers l’analyse de la personnalité de 6.909 couples allemands. Les chercheurs ont utilisé comme critère les « Big Five », c’est-à-dire les cinq traits de personnalité faisant l’objet d’un consensus en psychologie : ouverture à l'expérience (O), caractère consciencieux (C), extraversion (E), caractère agréable ou agréabilité (A), névrosisme ou neuroticisme (N), soit le modèle OCEAN. Leurs conclusions rejoignent celles de Rushton et Bons pour l’extraversion et l’instabilité émotionnelle (névrosisme), dont la corrélation est nulle pour les époux. En revanche, les trois autres traits montrent une corrélation positive moyenne de 0,30 ; et celle-ci a tendance à se renforcer à mesure que dure l’union (de 0,22 à 0,40).

L’assortative mating est intéressant car cette « discrimination spontanée » forme l’une des bases de la différenciation humaine dans l’évolution : même au sein d’une population pan-mictique (sans frontière géographique), le biais statistique en faveur de conjoints ayant des traits similaires aux siens renforce la probabilité que les descendants portent ces traits (s’ils sont héritables) et choisissent à leur tour des partenaires plutôt semblables. (Notons que le phénomène est cependant contrarié par une autre tendance statistique, la régression vers la moyenne des traits complexes). Du point de vue de cet assortative mating, le mariage moderne fondé sur l’amour (et non plus l’intérêt des familles) dans le cadre d’une mobilité individuelle et d’une communication interindividuelle accrues représente une expérience évolutive intéressante, dont il est bien sûr trop tôt pour tirer des observations. Vers quel équilibre partiel ou général tendra ce marché sexuel en cours d’émergence ?

Références :
Rushton P.J., T.A. Bons (2005), Mate choice and friendship in twins : evidence for genetic similarity, Psychol. Sci., 16, 7, 555-59.
Rammstedt B., J. Schupp (2008), Only the congruent survive – Personality similarities in couples, Personality and Individual Differences, online pub., doi:10.1016/j.paid.2008.06.007

lundi 4 août 2008

Hommes, femmes, intelligence

Les hommes et les femmes sont-ils aussi intelligents ? Le débat, qui a pu sembler clos par la psychométrie, est en fait régulièrement ré-ouvert par les psychométriciens eux-mêmes. Le problème est le suivant : les tests mesurant l’intelligence au sens de capacité cognitive générale (facteur g) sont construits pour minimiser les différences sexuelles, dont on sait qu’elles existent pour de nombreuses capacités cognitives spécifiques. Afin de parvenir à une moyenne commune et conventionnelle de 100 dans la population testée, les sous-tests s’adressant à ces capacités spécifiques à fort dimorphisme sexuel sont pondérés. Mais du coup, les tests étant conçus pour être neutres du point de vue du sexe, ils deviennent des indicateurs suspects quand on s’interroge sur la question particulière des différences sexuelles dans le domaine de l’intelligence.

Bryan J. Pesta et trois collègues se sont intéressés à des tâches cognitives élémentaires bien documentées dans la littérature, le temps d’inspection (IT) et le temps de réaction (RT). Elles mesurent la vitesse à laquelle les neurones traitent des informations. IT et RT sont connus pour être corrélés positivement à la capacité cognitive générale (environ 0.50 ans les méta-analyses). 218 hommes et 226 femmes ont passé ces tests, l’un consistant à voir deux lignes de longueur inégale et à désigner laquelle est la plus longue avec un temps d’exposition de plus en plus court, l’autre à voir deux S et un A et à indiquer le plus rapidement possible la position du A. Résultat : les hommes ont montré en moyenne de meilleurs résultats que les femmes, différence qui correspondrait, si on la rapportait aux échelles métriques d’intelligence à 3,9-5,7 points de QI. Un résultat compatible avec les conclusions de certains travaux antérieurs utilisant d’autres méthodologies (Jackson et Rushton 2006, Lynn et Irving 2008, mais voir conclusions opposées chez Camarata et Woodcock 2006, Keith et al. 2008). Les sujets de l’étude ne montraient pas de différences significatives dans un test d’intelligence générale qui leur fut administré (le Wonderlic Personnel Test).

Référence :
Pesta B.J. et al. (2008), Sex differences on elementary cognitive tasks despite no differences on the Wonderlic Personnel Test, Personality and Individual Differences, 45, 5, 429-431, doi:10.1016/j.paid.2008.05.028

(Merci à Bryan J. Pesta de nous avoir transmis son article).

Autres travaux cités :
Camarata S., R. Woodcock (2006), Sex differences in processing speed : Developmental effects in males and female, Intelligence, 34, 231–252.
Jackson D., J. Rushton (2006), Males have greater g: Sex differences in general mental ability from 100,000 17-to18-year olds on the scholastic assessment test, Intelligence, 34, 479–486.
Keith T., et al. (2008), Sex differences in latent cognitive abilities ages 6 to 59: Evidence from the Woodcock-Johnson III tests of cognitive abilities, Intelligence, sous presse.
Lynn R., P. Irwing (2008), Sex differences in mental arithmetic, digit span, and g defined as working memory capacity, Intelligence, 36, 226–235.

vendredi 1 août 2008

Tromperie sexuelle chez le molly

Les molly (Poecilia sp.) sont des poissons appréciés des aquariophiles et des biologistes, mais ces derniers analysent leurs comportements plutôt qu’ils admirent leur parure. Martin Plath et ses collègues ont étudié une espèce de l’Atlantique (P. mexicana) dans ses parades amoureuses. Lorsque le molly mâle est laissé seul en compagnie de femelles, il exprime sa préférence pour l’une d’elles. Mais lorsque l’on introduit d’autres mâles, notre poisson devient nettement plus méfiant. Soit il cesse ses parades, soit il commence à séduire une autre femelle que celle ayant sa préférence initiale. Pour les chercheurs, il s’agit d’un comportement de tromperie visant à éviter le coût d’une compétition du sperme. Les mâles Molly sont en effet connus pour se copier les uns les autres. Dans le cas de la reproduction, montrer sa préférence réelle à un compétiteur accroît le risque que celui-ci courtise la même belle. Cet exemple rappelle que la sélection sexuelle joue dans l'histoire du vivant un rôle considérable, quoique longtemps méconnu par rapport à la sélection naturelle, et que ses pressions adaptatives concernent aussi bien les facultés cognitives des organismes.

Référence :
Plath M. et al. (2008), Male fish deceive competitors about mating preferences, Current Biology, online pub.

Illustration : FishBase (DR).

jeudi 31 juillet 2008

Génétique du transsexualisme

Clemens Temfer et ses collègues de l’Université de médecine de Vienne (Autriche) ont analysé l’ADN de 49 transsexuels femme>homme (FtM) et de 102 transsexuels homme>femme (MtF), en comparaison avec le génotype de 1669 individus non transsexuels (756 hommes, 915 femmes). Ils ont découvert que les variations d’un gène codant pour l’enzyme cytochrome P17. Ce gène et cet enzyme influent sur la concentration de testostérone dans les tissus, c’est-à-dire qu’ils contribuent à masculiniser ou féminiser les phénotypes. Une variante de ce gène (polymorphisme d’un simple nucléotide ou SNP) appelée CYP17-34 T>C SNP (soit le remplacement de la base thymine par la base cytosine) est présent plus fréquemment chez les femmes transsexuels (44 %) que chez les femmes non transsexuels (31 %). La même différence ne s’observe pas chez les mâles.

Le transsexualisme se caractérise souvent par la conscience d’un décalage entre sexe physique et sexe psychologique, le sentiment que l’on appartient à l’autre sexe et que son assignation de naissance est une « erreur ». Cette disposition d’esprit est probablement sous la dépendance d’autres gènes que CYP17, mais aussi de facteurs environnementaux. Au-delà du transsexualisme, ce genre de travaux rappelle que du point de vue biologique, la « sexuation » de l’individu va bien au-delà des caractères sexuels primaires (organes génitaux) : c’est l’ensemble du corps qui est sensible à la balance des hormones sexuelles dès la conception, à commencer bien sûr par le premier organe sexuel, le cerveau.

Référence :
Bentz E.K. et al. (2008), A polymorphism of the CYP17 gene related to sex steroid metabolism is associated with female-to-male but not male-to-female transsexualism, Fertility and Sterility, 90, 1, 56-59, doi:10.1016/j.fertnstert.2007.05.056

Illustration : l’artiste Tobias Bernstrup, dont je ne puis au passage que vous conseiller les excellentes productions (pour ceux qui aiment la pop-electro).

(Merci à Peggy d’avoir attiré mon attention sur ce papier).

mardi 29 juillet 2008

Le sexe des mathématiques

Nouvelle pièce dans le débat récurrent sur les différences cognitives hommes-femmes : une étude américaine sur 7 millions d’écoliers, collégiens et lycéens passant des épreuves standardisés dans diverses matières, dont les mathématiques. Résultat : du grade 2 au grade 11, les différences entre filles et garçons sont statistiquement négligeables. Malgré cela, les carrières universitaires en mathématiques et surtout physique et ingénierie restent par la suite inégalitaires, les vocations masculines dépassant toujours les féminines. Les auteurs ont étudié la variance au sein de chaque sexe (c’est-à-dire la forme de la distribution par rapport à la moyenne). Il apparaît que les garçons ont une variance supérieure aux filles à tous les grades (entre 1,11 et 1,21 pour le ratio garçons / filles). Concrètement, cela signifie que l’on recrute en moyenne un peu plus de garçons chez les mieux et les moins bien notés en science. L’analyse des meilleurs résultats (supérieurs au 95e et au 99e percentiles) confirme ce trait chez les individus d’origine caucasienne (sexe ratio de 1,45 pour le 95e et 2,06 pour le 99e), mais pas chez les individus d’origine asiatique (1,09 et 0,91). L’échantillon était cependant plus faible dans le second cas que dans le premier (n = 219 et 3473). Les individus d’origine hispanique, africaine ou amérindienne n’étaient pas assez représentés dans ces percentiles pour analyser la variance selon les sexes.

Référence :
Hyde J.S. et al. (2008), Gender similarities characterize math performance, Science, 321, 494-495 doi: 10.1126/science.1160364

Sur le même thème : Filles, garçons et maths : un biais culturel ?

jeudi 24 juillet 2008

La descendance du plus abondant

L’expression « survie du plus apte », lancée initialement par Herbert Spencer et non Charles Darwin, a longtemps laissé penser que l’évolution produit toujours des formes optimales. Il n’en est rien. Dans un travail de modélisation portant sur des molécules ARN de 12 à 18 nucléotides, Matthew C. Coperthwraite et ses collègues suggèrent que l’évolution peut aussi bien être décrite comme « la descendance du plus abondant ». Les mutations neutres s’accumulant au cours du temps dans tous les gènes peuvent être vues comme un « paysage adaptatif » (Sewell Right) imposant une certaine contrainte sur les mutations ultérieures. Ce « réseau mutationnel » est certes une condition de la sélection : il faut de petites variations pour explorer les diverses contrées d’un paysage adaptatif. Mais il tend aussi à favoriser les solutions les plus abondantes, et non les plus rares même si ces dernières se révèlent parfois mieux adaptés (c’est-à-dire atteignent un optimum pour une fonction donnée). Pour un phénotype (structure) donné, c’est d’abord le génotype (séquence) le plus abondant conduisant à ce phénotype qui va influencer la dynamique évolutive ultérieure d’une population. En d’autres termes, la sélection favorise avant tout la quantité, et plus les réseaux mutationnels renforcent leurs interconnexions, moins ils rendent probables l’émergence de certaines solutions plus simples à partir de séquences antérieures. La vie fonctionne ainsi aux antipodes du Dessein Intelligent imaginés par les néo-créationnistes. Et la nature ne fait pas bien les choses : elle les fait comme elle peut, sur la base d’un mécanisme aveugle à toute finalité.

Référence :
Cowperthwaite M.C. et al. (2008), The Ascent of the Abundant: How mutational networks constrain evolution, PLoS Comput Biol, 4,7, e1000110. doi:10.1371/journal.pcbi.1000110

samedi 12 juillet 2008

Clic ! Sexe : premier éseau social "adulte" en France

Communiqué de presse : On ne le sait que trop bien les réseaux sociaux, tels que Myspace ou Facebook pour ne citer qu’eux, ont le vent en poupe. Et la société Clic ! Avenue, experte dans l’édition de sites web communautaires, l’a bien compris en lançant Clic ! Sexe : le 1er réseau social francophone des amateurs de sexe et de sexualité.

Si vous souhaitez voir encore un site proposant du contenu pornographique professionnel, passez votre chemin ! En effet, Clic ! Sexe se démarque des sites de charme traditionnels en donnant le ton dès sa home page : "Est-il possible de découvrir et d’échanger sur le sexe, sans tomber dans la pornographie commerciale ou la vulgarité" ? tel est notre challenge !" Pari tenu si l’on en croit l’engouement des milliers de nouveaux arrivants qui découvrent actuellement Clic ! Sexe

Au menu de Clic ! Sexe (qui reste bien sûr interdit aux mineurs) : Un contenu 100 % collaboratif. Ce sont les membres qui créent leur "Page Clic ! Sexe", participent et étendent leur réseau d’amis(es) en partageant leurs vidéos, photos, liens, commentaires... et qui discutent et échangent sur la sexualité via le chat webcam, les forums et les blogs.

vous@clicsexe.fr ?
Car ce n’est pas tout. Le site propose aussi un nouveau webmail pour ses membres ainsi que des outils interactifs comme les "questions-réponses" "Yahoo like" et un Dico du Sexe "Wikipedia like" toujours dans la thématique de la sexualité bien entendu, et complètement dans l’esprit WEB 2.0

A noter que les « professionnels du charme » pourront eux aussi créer leur espace Clic ! Sexe et ainsi profiter du site (qui jouit d’un fort trafic) pour promouvoir leurs services.

Derrière cette idée se cache la société Clic ! Avenue Engagée dans le "web communautaire" depuis 2001, avant même l’explosion de la bulle internet, on lui reconnaîtra notamment la mise en place du 1er chat webcam "bestofchat.com" qui depuis est devenu incontournable dans son domaine faisant plus d’1 million de visiteurs par mois.

Le business modèle de Clic ! Sexe n’a pas encore été établi mais il reposera certainement sur la publicité et/ou l’affiliation directe (marque blanche) et indirecte.

Gageons que ce site n’a pas fini de faire parler de lui, s’agissant du tout 1er réseau social francophone dans ce domaine incontournable qu’est le sexe sur internet.

web : http://www.clicsexe.fr/ email : contact@clicsexe.fr
Clic ! Sexe est édité par la société Clic ! Avenue - R.C.S. AUCH 499 405 579 Clic ! Avenue LD Garbic 32490 – Monferran SAves

lundi 7 juillet 2008

Gènes, cerveaux et sexes

Vous connaissez sans doute par cœur ce couplet de l’hymne officiel de l’égalité : les différences hommes-femmes sont des constructions sociales et historiques de genre, elles n’ont rien à voir avec les différences biologiques entre les sexes. On ne naît pas femme, on le devient par la grâce de la société ou de l'éducation. Et ainsi de suite.

Une équipe dirigée par Elena Jazin (Université d’Upssala, Suède) a étudié l’expression différentielle des gènes dans le tissu du cortex occipital de trois espèces : l’homme, le macaque (primate de l’ancien monde) et le marmoset (primate du nouveau monde), avec 24 extraits différents pour chaque espèce. Plusieurs centaines de gènes connaissent une expression différente selon les sexes chez l’homme (1349) et le macaque (486), contre moins de 10 chez le marmoset (7). Entre l’homme et le macaque, 85 gènes communs montrent ce dimorphisme dans leur expression. Certains, comme XIST (X inactivation-specific transcript) ou HSBP1 (Heat shock factor binding protein 1), exhibent des différences conservées au long de l’évolution chez les trois primates.

Certains gènes s’expriment bien sûr dans tous les tissus et leur fonction n’est pas donc pas spécifique à la zone analysée. Une analyse plus détaillée montre cependant sur les 85 gènes communs du macaque et de l’humain, 55 (65 %) montrent une surexpression dans les tissus cérébraux par rapport aux tissus sexuels, ce qui suggère un rôle spécifique dans le système nerveux. Et les 1300 autres observés chez l'homme restent bien sûr à étudier.

« Cette recherche établit l’existence de différence biologique sexuelle dans l’expression des gènes du cortex humain et, plus avant, elle montre l’existence d’une signature sexuelle conservée dans le cortex des primates, avec une possible importance durant leur évolution. La question ouverte est maintenant de savoir si ces gènes ont une signification physiologique pour l’organisation du cerveau et/ou du comportement ».

Référence :
Reinius B. et al (2008), Evolutionarily conserved sexual signature in the Primate brain, PLoS Genetics, 4(6), e1000100

Violeur né ?

Voici une nouvelle qui devrait conforter les lecteurs de Marcela Iacub : contrairement à l’idée reçue, les personnes condamnées pour violences sexuelles ont peu tendance à récidiver par rapport à d’autres catégories de délits ou de crimes. Ainsi, seuls 3,2 % des 4 000 condamnés relâchés sur parole dans l’Etat de Californie en 2002 ont commis une nouvelle agression sexuelle depuis cette date. Chiffre exactement comparable (3,2 %) à une précédente étude dans l’Etat du Minnesota, menée entre 1990 et 2002. L’image du multirécidiviste incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et destiné à violer tout au long de son existence concerne en fait une toute petite minorité d’individus. La place disproportionnée que cette image occupe dans les mentalités collectives ne tient pas tant à la réalité statistique des violences sexuelles qu’au statut toujours singulier du sexe dans nos représentations.

dimanche 22 juin 2008

Croissez, multipliez… L’église comme club de rencontre

La religiosité américaine est un phénomène connu qui surprend toujours les observateurs. Alors que la plupart des sociétés modernisées connaissent une baisse séculaire des pratiques et croyances religieuses, celles-ci se maintiennent à un niveau élevé dans la population américaine, première puissance matérielle du monde. Une recherche de Jason Weeden (Université d’Arizona) et de ses collègues pourrait expliquer un des facteurs de succès.

Les chercheurs ont analysé les réponses de 21.131 individus ayant participé au General Social Survey, mené chaque année pour mesurer l’évolution des attitudes, mentalités et pratiques américaines. Il en ressort que les comportements sexuels et attentes familiales sont les deux facteurs les plus prédictifs de la pratique religieuse régulière, avant l’âge, le sexe et diverses autres variables. Le résultat a été affiné avec l’étude des variables sexuelles, morales et religieuses de 902 étudiants.

Ainsi, les individus insistant sur la fidélité du partenaire, espérant de nombreux enfants, valorisant la stabilité du couple sont aussi ceux qui ont la plus forte probabilité d’aller régulièrement à l’église ou au temple. La pratique d’une religion maximise donc les chances de trouver un partenaire sexuel conforme à ses vœux, mais renforce aussi le couple futur en créant une pression morale sur le comportement des époux. « Ces données suggèrent que les stratégies reproductives sont au cœur des variations de pratique religieuse », concluent les auteurs. Si les traits comportementaux à la base de cet assortative mating ont eux-mêmes une base génétique, la religiosité devrait se renforcer dans l’aile la plus pratiquante de la population. Il n’est d’ailleurs pas exclu, à titre d’hypothèse, que la puissance de la religion dans la société américaine s’explique en partie par le profil de sa population fondatrice, composée on le sait d’individus appartenant à des minorités très religieuses ayant fui les persécutions du Vieux Continent.

Référence :
Weeden. J. et al. (2008), Religious attendance as reproductive support, Evol. Hum. Behav., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.03.004

mardi 17 juin 2008

Filles, garçons et maths : un biais culturel ?

Les différences cognitives entre les sexes ont fait l’objet d’une abondante littérature depuis un demi-siècle. Un constat classique est la supériorité moyenne des garçons sur les filles aux épreuves mathématiques, et la domination inverse des filles sur les garçons aux épreuves de lecture ou écriture (pour une synthèse assez complète, voir Halpern et al. 2007). Personne ne nie le constat, mais le débat fait rage pour son explication. Selon les uns, la différence est presque uniquement culturelle : les métiers techniques et scientifiques ont une image masculine qui décourage les jeunes filles, de leur propre chef ou par pression sociale pour s’engager dans une carrière plus féminine. Selon les autres, ce biais culturel est une réalité, mais il existe également des prédispositions psychologiques d’origine biologique dans les cerveaux masculins et féminins.

Une étude parue dans Science vient de réveiller ce vieux débat. Quatre chercheurs italiens se sont penchés sur les résultats de l’épreuve standardisée PISA (Programme for International Student Assessment) mise en place par l’OCDE pour évaluer les différences de performance selon les systèmes scolaires nationaux. 276.165 lycéens âgés de 15 ans et issus de 40 pays ont passé en 2003 le PISA, et les chercheurs ont analysé les différences sexuelles dans les épreuves de mathématiques et de lecture, pays par pays.

Il en ressort qu’en moyenne sur l’ensemble des participants, les prédictions de performance selon les sexes et les disciplines sont validées. Mais l’analyse pays par pays révèle des différences notables : dans certains pays, les filles se rapprochent voire dépassent les garçons dans les épreuves mathématiques. Par exemple, la différence score des filles versus score des garçons en mathématiques est de -22,6 points en Turquie, mais elle est de +14,5 en Islande. Les chercheurs ont ensuite corrélé ces différences nationales au statut des femmes dans les sociétés concernées à l’aide du Gender Gap Index (GGI) : cet indice composite du Forum économique mondial intègre des données comme les opportunités professionnelles, politiques, éducatives et sanitaires entre les sexes. Il apparaît qu’il existe une corrélation positive de 0,59 (environ 36 % de la variance concernés) entre le GGI et les scores en mathématiques des filles. Le tableau ci-dessous montre ces résultats pour 10 pays.


L’analyse plus détaillée des résultats offre des informations intéressantes. D’abord, la domination des filles sur les garçons dans le domaine de la lecture est constante, et elle est même accentuée lorsque le GGI est favorable. Ensuite, les filles rattrapent les garçons dans les environnements les plus favorables, voire les dépassent comme en Islande et dans ce pays, l’égalisation est valable pour la distribution moyenne aussi bien que pour les extrémités de cette distribution (rapport fille/garçon de 1,17 dans le 99e percentile des meilleurs résultats aux épreuves de maths).

Ce travail montre-t-il que les différences cognitives entre filles et garçons sont entièrement d’origine culturelle ? Non. Comme nous l’avons vu, la différence filles-garçons dans le domaine de la lecture est robuste quel que soit le niveau d’égalisation sociale des sexes, et s’accentue même dans les sociétés les plus égalitaires. Cela plaide en faveur d’une différence innée. L’analyse au sein des sexes, et non plus entre les sexes, montre que les garçons ont toujours de meilleures performances en mathématiques qu’en lecture et, au sein des mathématiques, en géométrie qu’en arithmétique. L’observation est inverse au sein des résultats féminins, meilleurs en lecture qu’en maths et en arithmétique qu’en géométrie. Le fait que les jeunes filles visent moins les carrières scientifiques que les garçons est assez logique et ne s’explique pas forcément par des différences de traitement : elles se dirigent vers des domaines où elles se sentent et sont objectivement les meilleures au sein de leur propre parcours scolaire.

Outre que ce résultat sur une année doit être répliqué dans de nouvelles études pour être confirmé et surtout affiné, sa robustesse souffre enfin du choix de l’âge moyen des sujets (15 ans). On sait en effet que les différences filles-garçons dans les domaines scolaires tendent à se creuser après l’adolescence, c’est-à-dire à la fin de la scolarité et à l’entrée à l’université. Une comparaison des scores à 13, 15 et 17 ans serait par exemple intéressante pour analyser l’effet des modifications neuro-hormonales, comportementales et psychologiques associées à l’adolescence. Dernière remarque : les analyses mériteraient d’être doublées d’une étude plus fine des facteurs de variance biologique pays par pays. Les chercheurs italiens ont procédé à une mesure de distance génétique entre les 40 pays fondé sur le polymorphisme de certains sites ADN. Mais cette analyse phylogénétique de population ne nous donne pas forcément les informations les plus utiles pour l’objet étudié : on sait en effet que le dimorphisme sexuel suit un gradient Nord-Sud, c’est-à-dire que les différences moyennes hommes-femmes (par exemple taille, ratio taille-hanche-épaule, traits faciaux, etc.) tendent à se réduire à mesure que l’on remonte du Sud vers le Nord. Ce sont ces indices biologiques de dimorphisme au sein et entre les populations qu’il serait intéressant de corréler avec les différences de résultats scolaires entre les sexes.

Pour conclure, cette étude suggère que le statut socio-culturel des filles et des garçons influe sur leurs différences scolaires dans le domaine des mathématiques et de la lecture, en même temps qu’elle montre la persistance de différences cognitives entre les sexes et au sein de chaque sexe quel que soit l’environnement des études.

Références :
Guiso L. et al. (2008), Culture, gender, and math, Science, 5880, 1164-1165, doi: 10.1126/science.1154094
Halpern D.F. et al. (2007), The Science of sex differences in science and mathematics, Psychological Science (APA Public Interest Series), 8, 1, 1-51.

Orientation sexuelle, gènes et milieux

Quels sont les déterminants de notre orientation sexuelle ? Une équipe de chercheurs suédois vient de procéder à une analyse d’héritabilité sur une population large de 3 826 paires de jumeaux, monozygotes ou dizygotes, âgés de 20 à 47 ans, ayant répondu à une enquête en 2005 et 2006. Environ 7 % d’entre eux avaient des rapports homosexuels. Chez les hommes, 34 à 39 % de la variance s’expliquent par des facteurs génétiques, 61 à 66 % par l’environnement unique de l’individu, 0 % par l’environnement partagé (familial). Chez les femmes, les valeurs sont de 18-19 %, 64-66 % et 16-17 %. L’étude confirme donc de précédents travaux montrant l’existence d’une part génétique dans l’orientation sexuelle, l’influence faible ou nulle du milieu familial, l’importance des expériences individuelles.

Référence :
Langström N. et al. (2008), Genetic and environmental effects on same-sex sexual behavior: A population study of twins in Sweden, Archives of Sexual Behavior, online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9386-1

lundi 16 juin 2008

Miroir de la pornographie

Une équipe française (Inserm, CNRS, Université Pierre et Marie Curie) dirigée par Harald Mouras a invité huit jeunes mâles à regarder trois séquences vidéo : un documentaire, un extrait de film comique et un extrait de film pornographique. Les spectateurs comblés voyaient dans le même temps leur cerveau observé en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, et leur érection mesurée en temps réel par un pléthysmographe pénien. Malgré ces conditions un peu perturbantes, les huit volontaires semblent avoir apprécié la séance, notamment les extraits de X. Les chercheurs de leur côté ont mesuré les corrélations entre l’activité cérébrale et l’activité pénienne. Ils ont observé que l’érection est proportionnelle à et précédée par une agitation des cellules nerveuses de la pars opercularis, dans le gyrus frontal inférieur. Cette région est connue pour comporter des neurones miroir, spécialisés dans la représentation mentale des actes d’autrui. C’est la première fois qu’un lien est mis en évidence entre l’activation des neurones miroir et la réponse automatique à des actes observés, réponse prenant ici la forme d’une érection.

Référence :
Mouras H. et al. (2008), Activation of mirror-neuron system by erotic video clips predicts degree of induced erection: an fMRI study, Neuroimage, online pub. doi:10.1016/j.neuroimage.2008.05.051

vendredi 9 mai 2008

Symétrie, dimorphisme et désir

Pourquoi trouvons-nous un visage attractif, un autre non ? La sélection sexuelle est un outil puissant de l’évolution des espèces, assez puissant pour produire des traits aussi « aberrants » que l’immense queue des paons ou l’imposant bois des cerfs. Il n’y a pas de raison que les primates, dont l’homme, échappent à ce mécanisme. Les préférences humaines en matière sexuelle (attractivité, désirabilité), lorsqu’elles sont transculturelles et répandues dans les populations, suggèrent que des mécanismes inconscients sont à l’œuvre dans nos valorisations et que les traits valorisés le sont en raison d’avantages adaptatifs au cours de l’évolution. Avantages pouvant bien sûr être décalés – c’est-à-dire que le trait était peut-être avantageux dans l’environnement d’une petite tribu pré-hominienne de la savane africaine, mais ne l’est plus aujourd’hui.

Deux traits ont été abondamment étudiés, la symétrie faciale et le dimorphisme sexuel. Ce dernier renvoie au fait que les visages des individus sont jugés plus ou moins masculins et féminins selon divers indices comme la taille et le rapprochement des yeux, la structure de la mâchoire ou l’écartement et la saillance des pommettes.

Anthony Little et ses collègues ont voulu savoir si ces deux traits sont associés l’un à l’autre, ou s’ils sont au contraire le fait de valorisation disjointe et arbitraire. Ils ont pris des photos de sujets européens (177 hommes, 318 femmes), africains (ethnie Hadza, 67 hommes, 69 femmes) ainsi que des photos de macaques (105 mâles, 111 femelles). Les chercheurs ont réalisé des images composites à partir des faces de chaque sexe les plus et les moins symétriques (symétrie mesurée par la disposition de 6 points du visage par rapport à une ligne médiane), ainsi que d’autres images composites au hasard, sans préselection. Et deux groupes de sujets (européens et africains) devaient donner leur avis sur ces photos, en estimant si les visages étaient attractifs, mais aussi plus ou moins masculins / féminins.

Résultat : les images composites symétriques sont celles qui accentuent le plus le dimorphisme sexuel (mesuré par quatre indices normalisés), c’est-à-dire que les visages symétriques féminins et les visages symétriques masculins sont ceux qui obtiennent aussi un meilleur score aux indices morphométriques de dimorphisme. Cette mesure objective est confirmée par la perception subjective des humains, qui considèrent eux aussi les faces comme plus ou moins masculines/féminines, non seulement pour leur ethnie et pour une autre ethnie, mais aussi bien pour une autre espèce de primate.

Ce travail suggère donc que la symétrie et le dimorphisme du visage sont sans doute associés au cours du développement par un facteur commun de variation. Et que ces deux traits sont des signaux indiquant une qualité de leur porteur, qualité ayant fini par orienter les préférences sexuelles en sa faveur au cours de l’évolution des primates.

Référence :
Little A.C. et al. (2008), Symmetry is related to sexual dimorphism in faces: data across culture and species, PLoS ONE, 3,5, e2106. doi:10.1371/journal.pone.0002106

Illustration : ibid.

mercredi 7 mai 2008

QI et allaitement

Le fait d’être nourri au sein vous donne-t-il un avantage cognitif dans l’existence ? C’est ce que suggère une nouvelle étude consacrée à ce sujet déjà très débattu en psychométrie et psychologie du développement.

Les chercheurs ont travaillé en association avec des maternités biélorusses qui ont proposé ou non aux futures mères un programme d’incitation à l’allaitement, dans le cadre d’une initiative de l’OMS et de l’Unicef. 17 046 enfants ont été concernés, dont 13 889 ont été suivis jusqu’à l’âge de 6 ans et demi. Résultat : les enfants du groupe expérimental (mères ayant suivi le programme d’incitation à l’allaitement) ont un gain global de 5,9 points de QI par rapport au groupe témoin, le QI verbal montrant des gains supérieurs (7,9) au QI de performance non-verbale (2,9). Les notes des professeurs en lecture et écriture étaient également supérieures.

L’intérêt de cette étude est double : d’une part, l’échantillon est l’un des plus importants jamais utilisés par analyser les liens entre allaitement et intelligence de l’enfant ; d’autre part, le choix de constitution des groupes se rapproche d’une randomisation, et limite certains biais. Cela suggère qu’il existe un lien causal réel entre l’allaitement et l’amélioration des capacités cognitives, et non une simple corrélation (due par exemple à l’intelligence de la mère).

Il faut cependant noter que le lien est complexe. Une autre étude parue voici peu (Caspi 2007), et concernant cette fois 3000 enfants anglais et néo-zélandais, a montré que le gain de QI des enfants dépend aussi de leur constitution génétique : selon leur version du gène FADS2, les bébés allaités connaissent ou ne connaissent pas de gain de QI. Ce gène est impliqué dans la conversion des acides gras de l’alimentation en acide arachidonique (AA) et en acide docosahexaènoïque (DHA) qui tendent à s’accumuler dans le cerveau lors des premiers mois de l’existence, et dont on pense qu’ils favorisent la croissance et la connexion des neurones.

Références :
Caspi A. et al. (2007), Moderation of breastfeeding effects on the IQ by genetic variation in fatty acid metabolism, PNAS, 104, 18860-18865, 10.1073/pnas.0704292104
Kramer M.S. et al. (2008), Breastfeeding and child cognitive development, Arch. Gen. Psychiatry, 65, 5, 578-584

dimanche 4 mai 2008

Violence mâle

Le journaliste du Monde Luc Bronner souligne la prédominance des hommes dans quasiment tous les registres de délinquance et de criminalité.

"Pour les actes les plus graves, les crimes, les hommes représentent 95 % des condamnations en 2005 (87,9 % des homicides, 98,5 % des viols et attentats à la pudeur). Pour les délits, les mâles représentent 90,4 % des personnes condamnées.(...)
Le ministère de la justice signale que la proportion de femmes est supérieure à la moyenne pour les vols simples (19 %), les faux en écriture (21 %), les escroqueries (21 %), les blessures involontaires (18 %) et le cas particulier des non-présentations d'enfants (76 %) dans les affaires de divorces. (...)
Le déséquilibre est tout aussi flagrant pour ce qui concerne les violences volontaires, autre sujet de préoccupation du fait de leur forte augmentation ces dernières années. En 2006, les femmes représentaient 12,7 % des personnes mises en cause par la police ou la gendarmerie pour ce type d'infractions. Une proportion qui tombe à 7,4 % pour les vols violents, et seulement 2,5 % pour les violences sexuelles. La situation est similaire en matière de délinquance routière : les hommes représentaient 92,3 % des délits sanctionnés en 2006 (conduite en état d'ivresse, délit de fuite, usage de stupéfiants, etc.).(...)
Au final, les femmes représentent à peine 3,7 % des 62 000 détenus en France."

L'auteur présente ce sexe-ratio déséquilibré comme un non-dit, mais on ne compte plus les articles et ouvrages consacrés à la sur-représentation des mâles dans les comportements agressifs et particulièrement des mâles jeunes. Le phénomène concerne toutes les espèces sexuées et il est d'autant plus marqué que le dimorphisme sexuel est prononcé. Les chimpanzés ou gorilles ne jouant pas avec des soldats de plomb dans leur enfance, et la construction des genres par la société étant donc difficile à incriminer, les chercheurs s'intéressent plutôt aux causes biologiques à la violence mâle, comme l'influence des hormones sexuelles sur le comportement (dimension développementale) ou la compétition inter-mâles pour l'accès aux partenaires et la défense du territoire (dimension évolutive).

vendredi 2 mai 2008

Une voix sexy

Nous évoquions voici peu l'oestrus humain : une étude vient d’apporter une nouvelle observation du phénomène. R. Nathan Pipitone et Gordon G. Gallup Jr ont enregitsré des voix de femmes à divers moments de leur cycle menstruel, puis demandé à un groupe de volontaires de classer ces voix selon leur attractivité. La corrélation entre les deux échelles (plus ou moins proche de la fertilité, plus ou moins grande attractivité) s’est détachée de manière significative d’une distribution aléatoire. Et l’effet n’a pas été retrouvé chez les femmes prenant des contraceptifs oraux, ce qui suggère une modulation hormonale de la voix.

Référence :
Pipitone R.N., Gallup G.G. (2008), Women's voice attractiveness varies across the menstrual cycle, Evolution and Human Behavior, online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.02.001

mardi 29 avril 2008

Oestrus humain : la femme en chaleur

Les oestres sont des mouches dont les larves parasitent les chevaux, les taureaux, les moutons ou les humains à l’occasion. L’oestrus, dérivé du terme grec puis latin servant à les nommer, a pris un sens différent en biologie : il désigne la période féconde du cycle ovulatoire durant laquelle la femelle éprouve une excitation sexuelle et se montre réceptive à l’accouplement. On parle aussi des chaleurs.

Jusqu'à présent, on pensait que l’oestrus ne concerne pas la femelle humaine. Contrairement à de nombreux espèces où l’oestrus se manifeste avec la plus grande évidence, par des changements physiologiques et comportementaux, la femme semble cacher son ovulation et ne manifeste pas, sauf exception, de débordements érotiques visant à un accouplement rapide avec le premier mâle de passage. Et pourtant, Steven W. Gangestad et Randy Thornhill (Université d’Albuquerque) suggèrent dans leur récent papier de synthèse que cette croyance est erronée : il existe bel et bien un oestrus chez la femelle humaine dans sa période péri-ovulatoire.

Pour le montrer, les deux auteurs rassemblent les conclusions de 20 travaux menés entre 1991 et 2008 sur les modifications des préférences sexuelles des femmes au cours de leur cycle. Toutes ces recherches ont été menées sur des sujets ne prenant aucun contraceptif. Et toutes montrent un certain nombre de variations significatives : par exemple, les femmes sont plus sensibles aux effluves d’androstérone et de testostérone, aux traits masculins associés avec un haut niveau de ces hormones, au comportement dominant, aux voix, aux visages et aux corps jugés les plus masculins par leur groupe d’appartenance, à une taille élevée, à des traits faciaux ou corporels symétriques, à des odeurs corporelles et à leurs corrélations avec la proximité ou la distance génétique du système majeur d’histocompatibilité… A ces variations inconscientes de préférence en faveur des mâles supposés avoir de bonnes qualités génétiques de reproducteurs s’ajoutent diverses variations cognitives et comportementales : les femmes ont par exemple en moyenne plus de fantasmes (en pensée) en phase péri-ovulatoire et leurs fantasmes sont alors plus souvent orientés vers un autre homme que leur partenaire officiel. Chez ce dernier, on a d’ailleurs observé symétriquement une plus grande jalousie lors de la période féconde de leur partenaire, un plus grand empressement à les accompagner ou à prendre soin d’elles, une plus grande possessivité. Soit une co-évolution antagoniste assez classique.

Il faut donc s’y faire : même si leur visage, leur poitrine, leurs fesses ou leur vulve ne rougissent pas comme chez certaines de leurs cousines primates, les femmes (ou une certaine proportion d’entre elles) n’en connaissent pas moins des chaleurs. Un homme averti en vaut deux, n’est-ce pas ?

Référence :
Gangestad S.W., R. Thornhill (2008), Human oestrus, Proc. Roy. Soc. B., 275, 991-1000, doi : 10.1098/rspb.2007.1425

Illustration : Julia Roberts et Richard Gere dans le film Pretty Woman (1990) (DR). Toute interprétation sauvage d’un rapport de cause à effet entre la robe rouge d’une belle femme et la précieux cadeau d’un homme riche ne recevrait pas notre caution, bien sûr.

samedi 26 avril 2008

La grande santé de Pat Califia

Pat Califia désigne deux personnes : Patricia, née aux Etats-Unis dans un milieu mormon, devenue lesbienne à 13 ans et sadique à 17 ans ; Patrick, ayant entamé sa transition (changement de sexe) en 1999. Cet essai, paru dans la collection l’Attrape-Corps des éditions La Musardine, rassemble douze articles rédigés entre 1979 et 1999 par celle qui devait s’imposer comme une figure du féminisme ainsi que du mouvement lesbien, gay, bi et transgenre. Mais une figure atypique : l’orientation SM de Pat Califia lui valut immédiatement des rejets de la part de la communauté lesbienne (le SM n’étant pas assez exclusif, trop mâle, pratiqué à l’occasion avec des hommes gays ou hétéros) aussi bien que du mouvement féministe (le SM étant assimilé à la réification fétichiste et à la domination masculine, à la misogynie et à la violence). Opposition paradoxale qui valut à l’auteur ce constat amer et précoce : les mouvements d’émancipation des femmes ou des minorités, dirigés contre un ordre hétérosexuel, monogame et patriarcal dominant, tendent à créer en interne des contraintes normatives et des régulations comportementales parfois aussi étouffantes.

Mais il en aurait fallu bien plus pour faire taire Pat Califia. Au fil de ces textes subversifs, elle décrit les pratiques qu’elle a choisies et les réflexions que ces pratiques nourrissent sur le mouvement LGBT et le féminisme. L’essai peut donc se lire comme une confession, une observation ou une réflexion, dont l’objet ne varie guère : le rapport que l’individu entretient avec ses choix sexuels, la réception de ces choix dans les minorités et dans la société en général. Il faut préciser que Pat Califia est douée d’un style remarquable, une rythmique percutante alliant sans la moindre difficulté dans un même texte des considérations tout à fait personnelles et pragmatiques à des propos bien plus généraux et théoriques. Les pages les plus saisissantes de l’ouvrage concernent certainement la description vécue de la pratique SM, vue du point de vue sadique (top ou dominant par opposition à bottom ou soumis) — mais un point de vue non exclusif, car Pat Califia est avant tout fascinée par la fluidité des rôles et des genres, par la capacité des individus à repenser leur corps et ses situations depuis les principes de désir et de plaisir, en parfaite indifférence à la morale et au quand dira-t-on. A tous ceux qui considèrent les pratiques minoritaires comme l’expression nécessaire d’un mal-être existentiel ou d’un dérèglement psychique, Pat Califia apporte la plus simple des réponses : un témoignage débordant de vitalité, de joie, d’intelligence, un gai savoir et une grande santé dont le simple contact rend la libération sexuelle un peu moins utopique.

Référence :
Califia P. (2008), Sexe et utopie, Paris, La Musardine, 196 p.

Illustration : collage de Philippe Tissier, galerie Blockhaus.

jeudi 10 avril 2008

De la construction du genre chez le singe rhésus

Chaque année, au moment de Noël, la section féministe de l’association Mix-Cité fait des descentes dans les grands magasins pour mettre en garde les parents sur la nature sexuée des jouets. Voyez-vous, acheter des poupées pour sa fille et des soldats pour son fils les inscrit à tout jamais dans un genre socialement déterminé.

En décembre prochain, Mix-Cité devra aussi manifester dans les zoos.

Une équipe dirigée par le psychologue Kim Wallen (Centre Yerkes de recherche sur le primate, Atlanta) vient en effet de tester les préférences des jeunes singes rhésus, âgés de 1 à 4 ans, accompagnés d’adultes plus âgés. Dans une cage, les chercheurs ont disposé deux types de jouets, certains en acier (type voitures ou wagonnets), d’autres en peluche (type poupées). Ils ont ensuite filmé les comportements des singes, puis décomposé le temps passé avec chaque type de jouet. Résultat : les mâles ont montré une préférence pour les jouets en acier, les femelles ont joué indifféremment avec les deux catégories.

Une étude ne fait pas le printemps direz-vous (ni même le Noël féministe), et vous aurez raison. Mais le travail des primatologues de Yerkes n’est pas isolé. En 2002, Gerianne M. Alexander et Melissa Hinesa avaient abouti au même résultat chez le singe vervet (cercopithèque) : le temps passé par les mâles avec des ballons et des voitures était plus important que celui des femelles ; et inversement pour les poupées et les pots (voir aussi Alexander 2003).

La suite à venir : babouins, chimpanzés, bonobos et gorilles auront-ils besoin de Mix-Cité pour les aider à déconstruire l’assignation des rôles sociosexuels ?

Références :
Alexander G.M., M Hinesa (2002), Sex differences in response to children's toys in nonhuman primates (Cercopithecus aethiops sabaeus), Evolution and Human Behavior, 23, 6, 467-479.
Alexander, G.M. (2003), An evolutionary perspective of sex-typed toy preferences: pink, blue, and the brain, Archives of Sexual Behavior, 32, 7-17.
Hassett J.M. et al. (2008), Sex differences in rhesus monkey toy preferences parallel those of children, Hormones and Behavior, online pub., doi:10.1016/j.yhbeh.2008.03.008

Illustration : extrait de vidéo New Scientist. On peut la consulter ici.

dimanche 6 avril 2008

Ordi, mon ordi : suis-je la plus belle ?

2018. Catherine se connecte sur son réseau social FaceLook et voit une nouvelle application : Suis-je la plus belle? Elle l'installe. Son ordinateur portable prend un cliché de son visage, l'analyse et lui donne instantanément son classement : 27 341e en catégorie "global", 19 765e en catégorie "caucasienne". Catherine est d'abord un peu mortifiée. Puis elle se dit qu'il y a 300 millions de membres sur FaceLook et que son score est quand même très honorable.

Ce scénario de science-fiction pourrait devenir bientôt réalité. L'équipe d'Amit Kagian (Ecole de science informatique de l'Université de Tel Aviv) a en effet mis au point un logiciel de reconnaissance faciale capable de reproduire assez fidèlement les jugements humains en matière d'attractivité physique. Dans la première phase de l'expérience, 30 hommes et femmes devaient juger et classer 100 photographies de visages féminins. Dans un second temps, les informaticiens ont décomposé les éléments d'attracivité des visages les mieux ou les moins biens notés, comme par exemple la symétrie des traits (un fort prédicteur dans toutes les cultures), la qualité du grain de peau, etc. Ayant ainsi passé une phase d'apprentissage, leur logiciel s'est montré capable de prédire par la suite les classements esthétiques des humains sur de nouvelles photos.

Référence :
Kagian A. et al. (2008), A machine learning predictor of facial attractiveness revealing human-like psychophysical biases, Vision Research, 48, 2, 235-243.

mardi 1 avril 2008

Jouir avec entraves

Les adeptes des jeux sexuels de domination et soumission, dits aussi BDSM (bondage, discipline, sado-masochisme), sont-ils des individus déséquilibrés, ayant souffert de sévices dans leur jeunesse, incapables de savoir où est leur bien ? C’est probablement ce que pensent certaines associations féministes « antisexe » de type Chiennes de garde. C’est certainement ce que pense la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné les pratiques SM entre adultes consentants (affaire Laskey, Jaggard et Brown vs Royaume-Uni, 1997). Et après tout, c’est peut-être votre avis.

Rien de tel toutefois que d’observer les faits plutôt que ses préjugés pour se forger une opinion. Et si possible de manière quantitative, au lieu de glaner deux ou trois anecdotes à la véracité douteuse et à la représentativité nulle. En bon adepte des grands nombres, Juliet Ritchers et ses collègues australiens ont interrogé 19.307 individus âgés de 16 à 59 ans sur leur comportement sexuel, sur leurs difficultés éventuelles en ce domaine, sur divers facteurs démographiques et psychosociaux. Il en ressort que 1,8 % des personnes sexuellement actives ont été impliquées dans une activité SM au cours de l’année précédant l’entretien (2,2 % des hommes, 1,3 % des femmes).

Portrait-robot de l’adepte des coups et blessures volontaires : par rapport à la moyenne de sa population, il est plus souvent gay, lesbienne ou bisexuel-le, il a plus souvent fait l’expérience du sexe oral ou anal, il a plus souvent utilisé des sex toys ou consommé du matériel classé X (internet ou télévision), il a eu plus d’un partenaire dans l’année écoulée. Côté biographique et psychologique : les SM n’ont pas plus connu de contraintes sexuelles que la moyenne de la population, ils ne sont pas plus malheureux ou anxieux que les autres – pour les hommes, c’est même le contraire, ils ont des scores moindres aux questionnaires de détresse psychologique.

Conclusion des scientifiques : « Notre étude soutient l’idée que le BDSM est simplement un intérêt sexuel ou une sous-culture attirante pour une minorité, et que pour la plupart des participants, elle n’est pas le symptôme psychopathologique d’un abus passé ou d’une difficulté avec le sexe ‘normal’ ». Pas de chance pour les bonnes âmes, il faudra donc faire le bien des SM malgré eux. Mais c’est peut-être une forme raffinée de supplice, qui sait ?

Référence :
Ritchers J. et al. (2008), Demographic and psychosocial features of participants in bondage and discipline, "sadomasochism" or dominance and submission (BDSM): Data from a national survey, J. Sex Med., online prepub., doi:10.1111/j.1743-6109.2008.00795.x

Illustration : Jennifer en détresse, Gilles Berquet, 2003 (galerie Clair Obscur).

lundi 24 mars 2008

Elles veulent tout (surtout les plus belles)

Les psychologues David M. Buss (Université du Texas) et Todd K. Shackelford (Université de Floride) ont réuni 214 individus (107 hommes et 107 femmes), d’âge moyen de 25 ans. Ils ont tous été évalués sur leur attractivité physique (visage, corps, ensemble) par des observateurs indépendants (n’appartenant pas à l’échantillon). Les chercheurs ont fait remplir aux femmes un questionnaire standard sur le partenaire idéal à long terme, structuré autour de quatre thèmes classiques en psychologie évolutionnaire : indicateurs supposés de bons gènes (virilité, sex appeal, forme physique, apparence soignée, intelligence), de bon investissement (revenus potentiels, caractère travailleur, niveau d’étude, statut social, être plus âgé que soi), de bon parent (intérêt pour la maison et les enfants, amour des enfants, stabilité émotionnelle, caractère gentil et compréhensif) et de bon partenaire (amour, tendresse, loyauté). À chacune de ces sous-sections, le questionnaire permettait de répondre sur une échelle de valorisation de 0 (sans importance) à 3 (indispensable). Résultat : les femmes jugées les plus attractives sont celles qui donnent les réponses les plus exigeantes dans chacune de ces quatre catégories. Ce qui tend à montrer qu’elles savent évaluer leur propre beauté et la traduire en standards élevés quand il s'agit de sélectionner un partenaire. Du moins dans la société concernée par l’étude, c’est-à-dire occidentale et industrielle.

Référence : Buss D.M., T.K. Shackelford (2008), Attractive women want it all: Good genes, economic investment, parenting proclivities, and emotional commitment, Evolutionary Psychology, 6, 1, 134-46.

Illustration : Dahmane.

mercredi 12 mars 2008

En avoir de longues, ou pas ?

Vous rêviez d'avoir les jambes interminables d'Adriana Sklenaříková (madame Karembeu) ? Peut-être faut-il modérer vos désirs, finalement.

Définir scientifiquement les caractéristiques de l'attractivité physique est une activité à laquelle les chercheurs se livrent avec assiduité dans le monde entier. On a ainsi étudié sous toutes les coutures le ratio taille-hanche, le caractère plus ou moins pulpeux des lèvres, l'avantage de la symétrie des traits, l'intérêt de montrer un beau nombril sur un vente lisse et plein d'autres choses fort croustillantes.

Deux chercheurs polonais, Piotr Sorokowskia et Boguslaw Pawlowskibc, se sont intéressés à un domaine encore non exploré : la longueur des jambes. Ils ont pris une photo d'homme et une photo de femme ayant des proportions moyennes (normales), et ils ont artificiellement raccourci ou allongé leurs jambes par morphing. 100 hommes et 118 femmes ont dû ensuite juger l'attractivité physique de chaque version. Résultat : les courts-sur pattes sont moins désirables, aux yeux des mâles comme des femelles. On s'en doutait un peu. Mais attention : l'optimum semble atteint avec une légère augmentation de la longueur des jambes seulement (5%). Au-delà, le sex-appeal en prend un coup.

On en rit peut-être de ce côté-ci du Vieux Monde : mais bon nombre de femmes asiatiques, surtout japonaises, n'hésitent pas à subir de pénibles opérations pour se faire allonger les jambes, qu'elles jugent trop courtes par rapport aux canons occidentaux ou africains. La Chine a d'ailleurs officiellement interdit cette pratique en 2006, en raison du trop grand nombre de demandes qui engorgeaient les cliniques selon le pouvoir.

Référence :
Sorokowskia P. et B. Pawlowskibc (2008), Adaptive preferences for leg length in a potential partner, Evolution and Human Behavior, 29, 2, 86-91.

Illustration : photographie Helmut Newton

jeudi 6 mars 2008

Des mots, des filles et des garçons

Les psychométriciens le mesurent depuis fort longtemps : en moyenne, les filles obtiennent de meilleurs scores que les garçons dans les tests cognitifs associés au langage. Logiquement, elles obtiennent aussi (toujours en moyenne) de meilleures notes à l’école dans les matières littéraires, de même qu’elles sont largement majoritaires dans les filières de lettres.

Comment se matérialise cette différence dans le cerveau ? Pour le savoir, Douglas D. Burman, Tali Bitanc et James R. Booth ont fait passer une imagerie par résonance magnétique à 31 garçons et 31 filles âgés de 9 à 15 ans, en bonne santé et sans problème scolaire. Les enfants devaient accomplir des tâches verbales (écrire ou épeler) pendant que les chercheurs examinaient l’activité de leurs neurones.

Premier résultat : les filles ont montré une activité cérébrale bilatérale globalement plus importante que les garçons, notamment dans les aires spécialisées dans la maîtrise du langage (gyrus temporal supérieur, gyrus frontal inférieur, gyrus fusiforme gauche). Deuxième résultat : la performance est d’autant meilleure que l’activité mentale est intense. Troisième résultat, le plus intéressant : filles et garçons ne procèdent pas de la même manière. Chez les filles, le niveau de performance dépend essentiellement de l’activité de l’aire du langage elle-même, alors que chez les garçons, il dépend aussi des activités dans le cortex associatif visuel ou auditif, selon la tâche. « Nos résultats suggèrent que le processus du langage pourrait être plus sensoriel chez les garçons, plus abstraits chez les filles », remarque Douglas D. Burman.

Référence :
Burman G.D. et al. (2008), Sex differences in neural processing of language among children, Neuropsychologia, in press, doi:10.1016/j.neuropsychologia.2007.12.021

jeudi 21 février 2008

Acheminement vers le point G

Le mythique point G a-t-il été découvert ? C’est ce que pense Emmanuele Jannini, chercheur à l’Université de L’Aquila (Italie). Le biologiste et son équipe avaient déjà identifié des marqueurs surexprimés dans les tissus situés entre le vagin et l’urètre, zone supposée du point G, notamment les familles PDEs (phosphodiestérases, des enzymes notamment responsables du métabolisme du monoxyde d’azote et de l’érection masculine). Jannini a sélectionné 20 volontaires, 9 femmes éprouvant régulièrement un orgasme vaginal, 11 n’en éprouvant jamais. À l’aide d’un scanner à ultrason, il a reconstitué la totalité de leur zone urétrovaginale en trois dimensions. Résultat : les parois de cet espace sont plus épaisses chez les femmes à orgasme vaginal que chez les autres. La région est riche en vascularisation et en innervation. Elle abrite les glandes de Skène, un équivalent tissulaire de la prostate masculine (probable résidu de la différenciation des tissus au cours de l’embryogenèse).

Depuis sa découverte par Ernest Gräfenberg en 1950 et sa popularisation dans les années 1980, le point G a fait couler beaucoup d’encre, et la communauté biomédicale est encore divisée sur son existence (cf Hines 2001 pour l’hypothèse négative). Au-delà de la vulgarisation bêtifiante (« Prenez votre pied en découvrant votre point G »), la question est tout à fait intéressante. On sait qu’un grand nombre de femmes n’éprouvent aucun plaisir particulier lors de l’acte hétérosexuel classique avec pénétration (environ une femme sur trois) et il semble que cette frigidité vaginale possède une solide base génétique (Dunn 2006). Ce sujet a même pris un tour politique voici quelques décennies, lorsque les féministes ont opposé le plaisir clitoridien, synonyme d’émancipation, au plaisir vaginal, expression du patriarcat. Il est tout à fait concevable que la mise en évidence des différences génétiques et anatomiques parvienne à réconcilier tout le monde à l’avenir, en montrant tout simplement que les voies de l’orgasme féminin diffèrent d’un individu à l’autre, et qu’elles sont assez impénétrables dans certains cas.

Pour l’avenir, ces travaux sont aussi le gage de modifications possibles de l’organisme. Si l’anorgasmie vaginale est mal vécue par une femme, elle aura peut-être le choix d’une intervention locale permettant d’instaurer une croissance nerveuse et vasculaire dans la zone urétrovaginale. Et inversement, les féministes radicales souhaitant couper les ponts et les tentations avec l’organe mâle pourront éventuellement s’atrophier le point G pour se consacrer à leur seul clitoris.

Références :
Dunn K.M. et al. (2005), Genetic influences on variation in female orgasmic function : a twin study, Biology Letters, Royal Society, DOI : 10.1098/rsbl.2005.0308
Gravina G.L. et al. (2008), Measurement of the thickness of the urethrovaginal space in women with or without vaginal orgasm, J. Sexual Med., online early pub., doi:10.1111/j.1743-6109.2007.00739.x
Hines TM. (2001), The G-spot: a modern gynecologic myth, Am. J. Obstet. Gynecol.,185, 2, 359-62

Illustration : Marlene Dumas, Two of the same kind, 1993, encre sur papier (Anthony Meier)

mercredi 13 février 2008

Leah : libertine, intelligente, gorille

Pour la première fois dans l’histoire de la primatologie, le chercheur Thomas Breuer (Institut Max Plank d’anthropologie évolutionniste, Allemagne) est parvenu à photographier un couple de gorilles en train de faire l’amour face à face. Techniquement, on appelle cela la position ventro-ventrale. On savait que le bonobo, une espèce de chimpanzé, pratique déjà couramment ce type de copulation.

La femelle gorille sur cette photographie, appelée Leah, vit dans la réserve de Nouabalé-Ndoki, en République du Congo. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait parler d’elle : en 2005, elle avait été observée en train d’utiliser des outils (là encore, un comportement fréquent chez les chimpanzés, mais inexistant chez les gorilles). En l’occurrence, l’ingénieuse et libertine Leah utilisait un bâton pour tester la profondeur d’une mare d’eau, avant d’y barboter. Pour mémoire, le dernier ancêtre commun de l’homme et du chimpanzé aurait vécu voici 5-7 millions d’années, mais il faut remonter à 9-10 millions d’années pour trouver un aïeul commun avec le gorille. On voit donc que les innovations / adaptations locales sont fréquentes et anciennes chez les primates, même s'il fallut attendre l'homme pour les voir généralisées, complexifiées, puis transmises par d'autres méthodes que l'imitation d'individu à individu.

Illustration : © Thomas Breuer – WCS/MPI-EVA