A l'opposé de l’adage populaire, les chercheurs ont observé que les contraires ne s’attirent pas spécialement. Les liaisons durables entre humains montrent plutôt une tendance à l’endogamie et l’homogamie, que l’on nomme assortative mating (appariement assorti). En règle générale, et par rapport à des unions qui se feraient totalement au hasard dans une population, les études de sociologie comme de psychologie ou de biologie concluent que les époux tendent à se ressembler par de nombreux facteurs : le milieu socio-économique, le niveau d'éducation, la race, le QI, la personnalité, la taille, les convictions morales et politiques.
Une étude menée sur 174 paires de vrais jumeaux, 148 paires de faux jumeaux, 322 couples, 563 amis avait quantifié ces similarités (Rushton et Bons 2005). Pour les personnes mariées, la plus forte corrélation concerne le travail (0,74), suivi par les idées politiques (0,60), le niveau d’éducation (0,55), le revenu (0,43), la religion (0,41). Les facteurs physiques (taille et poids) sont positivement corrélés, mais dans une moindre mesure (0,21 et 0,25), bien qu’ils aient une base génétique très forte. Les traits psychologiques comme l’extraversion ou la névrose sont encore moins associés chez les époux (0,06 et 0,01).
Ce dernier point relatif à la personnalité a cependant fait l’objet de résultats contradictoires : Beatrice Rammstedt et Jürgen Schupp se sont donnés pour objectif de le mesurer plus précisément à travers l’analyse de la personnalité de 6.909 couples allemands. Les chercheurs ont utilisé comme critère les « Big Five », c’est-à-dire les cinq traits de personnalité faisant l’objet d’un consensus en psychologie : ouverture à l'expérience (O), caractère consciencieux (C), extraversion (E), caractère agréable ou agréabilité (A), névrosisme ou neuroticisme (N), soit le modèle OCEAN. Leurs conclusions rejoignent celles de Rushton et Bons pour l’extraversion et l’instabilité émotionnelle (névrosisme), dont la corrélation est nulle pour les époux. En revanche, les trois autres traits montrent une corrélation positive moyenne de 0,30 ; et celle-ci a tendance à se renforcer à mesure que dure l’union (de 0,22 à 0,40).
L’assortative mating est intéressant car cette « discrimination spontanée » forme l’une des bases de la différenciation humaine dans l’évolution : même au sein d’une population pan-mictique (sans frontière géographique), le biais statistique en faveur de conjoints ayant des traits similaires aux siens renforce la probabilité que les descendants portent ces traits (s’ils sont héritables) et choisissent à leur tour des partenaires plutôt semblables. (Notons que le phénomène est cependant contrarié par une autre tendance statistique, la régression vers la moyenne des traits complexes). Du point de vue de cet assortative mating, le mariage moderne fondé sur l’amour (et non plus l’intérêt des familles) dans le cadre d’une mobilité individuelle et d’une communication interindividuelle accrues représente une expérience évolutive intéressante, dont il est bien sûr trop tôt pour tirer des observations. Vers quel équilibre partiel ou général tendra ce marché sexuel en cours d’émergence ?
Références :
Rushton P.J., T.A. Bons (2005), Mate choice and friendship in twins : evidence for genetic similarity, Psychol. Sci., 16, 7, 555-59.
Rammstedt B., J. Schupp (2008), Only the congruent survive – Personality similarities in couples, Personality and Individual Differences, online pub., doi:10.1016/j.paid.2008.06.007
mercredi 6 août 2008
lundi 4 août 2008
Hommes, femmes, intelligence
Les hommes et les femmes sont-ils aussi intelligents ? Le débat, qui a pu sembler clos par la psychométrie, est en fait régulièrement ré-ouvert par les psychométriciens eux-mêmes. Le problème est le suivant : les tests mesurant l’intelligence au sens de capacité cognitive générale (facteur g) sont construits pour minimiser les différences sexuelles, dont on sait qu’elles existent pour de nombreuses capacités cognitives spécifiques. Afin de parvenir à une moyenne commune et conventionnelle de 100 dans la population testée, les sous-tests s’adressant à ces capacités spécifiques à fort dimorphisme sexuel sont pondérés. Mais du coup, les tests étant conçus pour être neutres du point de vue du sexe, ils deviennent des indicateurs suspects quand on s’interroge sur la question particulière des différences sexuelles dans le domaine de l’intelligence.
Bryan J. Pesta et trois collègues se sont intéressés à des tâches cognitives élémentaires bien documentées dans la littérature, le temps d’inspection (IT) et le temps de réaction (RT). Elles mesurent la vitesse à laquelle les neurones traitent des informations. IT et RT sont connus pour être corrélés positivement à la capacité cognitive générale (environ 0.50 ans les méta-analyses). 218 hommes et 226 femmes ont passé ces tests, l’un consistant à voir deux lignes de longueur inégale et à désigner laquelle est la plus longue avec un temps d’exposition de plus en plus court, l’autre à voir deux S et un A et à indiquer le plus rapidement possible la position du A. Résultat : les hommes ont montré en moyenne de meilleurs résultats que les femmes, différence qui correspondrait, si on la rapportait aux échelles métriques d’intelligence à 3,9-5,7 points de QI. Un résultat compatible avec les conclusions de certains travaux antérieurs utilisant d’autres méthodologies (Jackson et Rushton 2006, Lynn et Irving 2008, mais voir conclusions opposées chez Camarata et Woodcock 2006, Keith et al. 2008). Les sujets de l’étude ne montraient pas de différences significatives dans un test d’intelligence générale qui leur fut administré (le Wonderlic Personnel Test).
Référence :
Pesta B.J. et al. (2008), Sex differences on elementary cognitive tasks despite no differences on the Wonderlic Personnel Test, Personality and Individual Differences, 45, 5, 429-431, doi:10.1016/j.paid.2008.05.028
(Merci à Bryan J. Pesta de nous avoir transmis son article).
Autres travaux cités :
Camarata S., R. Woodcock (2006), Sex differences in processing speed : Developmental effects in males and female, Intelligence, 34, 231–252.
Jackson D., J. Rushton (2006), Males have greater g: Sex differences in general mental ability from 100,000 17-to18-year olds on the scholastic assessment test, Intelligence, 34, 479–486.
Keith T., et al. (2008), Sex differences in latent cognitive abilities ages 6 to 59: Evidence from the Woodcock-Johnson III tests of cognitive abilities, Intelligence, sous presse.
Lynn R., P. Irwing (2008), Sex differences in mental arithmetic, digit span, and g defined as working memory capacity, Intelligence, 36, 226–235.
Bryan J. Pesta et trois collègues se sont intéressés à des tâches cognitives élémentaires bien documentées dans la littérature, le temps d’inspection (IT) et le temps de réaction (RT). Elles mesurent la vitesse à laquelle les neurones traitent des informations. IT et RT sont connus pour être corrélés positivement à la capacité cognitive générale (environ 0.50 ans les méta-analyses). 218 hommes et 226 femmes ont passé ces tests, l’un consistant à voir deux lignes de longueur inégale et à désigner laquelle est la plus longue avec un temps d’exposition de plus en plus court, l’autre à voir deux S et un A et à indiquer le plus rapidement possible la position du A. Résultat : les hommes ont montré en moyenne de meilleurs résultats que les femmes, différence qui correspondrait, si on la rapportait aux échelles métriques d’intelligence à 3,9-5,7 points de QI. Un résultat compatible avec les conclusions de certains travaux antérieurs utilisant d’autres méthodologies (Jackson et Rushton 2006, Lynn et Irving 2008, mais voir conclusions opposées chez Camarata et Woodcock 2006, Keith et al. 2008). Les sujets de l’étude ne montraient pas de différences significatives dans un test d’intelligence générale qui leur fut administré (le Wonderlic Personnel Test).
Référence :
Pesta B.J. et al. (2008), Sex differences on elementary cognitive tasks despite no differences on the Wonderlic Personnel Test, Personality and Individual Differences, 45, 5, 429-431, doi:10.1016/j.paid.2008.05.028
(Merci à Bryan J. Pesta de nous avoir transmis son article).
Autres travaux cités :
Camarata S., R. Woodcock (2006), Sex differences in processing speed : Developmental effects in males and female, Intelligence, 34, 231–252.
Jackson D., J. Rushton (2006), Males have greater g: Sex differences in general mental ability from 100,000 17-to18-year olds on the scholastic assessment test, Intelligence, 34, 479–486.
Keith T., et al. (2008), Sex differences in latent cognitive abilities ages 6 to 59: Evidence from the Woodcock-Johnson III tests of cognitive abilities, Intelligence, sous presse.
Lynn R., P. Irwing (2008), Sex differences in mental arithmetic, digit span, and g defined as working memory capacity, Intelligence, 36, 226–235.
vendredi 1 août 2008
Tromperie sexuelle chez le molly
Les molly (Poecilia sp.) sont des poissons appréciés des aquariophiles et des biologistes, mais ces derniers analysent leurs comportements plutôt qu’ils admirent leur parure. Martin Plath et ses collègues ont étudié une espèce de l’Atlantique (P. mexicana) dans ses parades amoureuses. Lorsque le molly mâle est laissé seul en compagnie de femelles, il exprime sa préférence pour l’une d’elles. Mais lorsque l’on introduit d’autres mâles, notre poisson devient nettement plus méfiant. Soit il cesse ses parades, soit il commence à séduire une autre femelle que celle ayant sa préférence initiale. Pour les chercheurs, il s’agit d’un comportement de tromperie visant à éviter le coût d’une compétition du sperme. Les mâles Molly sont en effet connus pour se copier les uns les autres. Dans le cas de la reproduction, montrer sa préférence réelle à un compétiteur accroît le risque que celui-ci courtise la même belle. Cet exemple rappelle que la sélection sexuelle joue dans l'histoire du vivant un rôle considérable, quoique longtemps méconnu par rapport à la sélection naturelle, et que ses pressions adaptatives concernent aussi bien les facultés cognitives des organismes.Référence :
Plath M. et al. (2008), Male fish deceive competitors about mating preferences, Current Biology, online pub.
Illustration : FishBase (DR).
jeudi 31 juillet 2008
Génétique du transsexualisme
Clemens Temfer et ses collègues de l’Université de médecine de Vienne (Autriche) ont analysé l’ADN de 49 transsexuels femme>homme (FtM) et de 102 transsexuels homme>femme (MtF), en comparaison avec le génotype de 1669 individus non transsexuels (756 hommes, 915 femmes). Ils ont découvert que les variations d’un gène codant pour l’enzyme cytochrome P17. Ce gène et cet enzyme influent sur la concentration de testostérone dans les tissus, c’est-à-dire qu’ils contribuent à masculiniser ou féminiser les phénotypes. Une variante de ce gène (polymorphisme d’un simple nucléotide ou SNP) appelée CYP17-34 T>C SNP (soit le remplacement de la base thymine par la base cytosine) est présent plus fréquemment chez les femmes transsexuels (44 %) que chez les femmes non transsexuels (31 %). La même différence ne s’observe pas chez les mâles.Le transsexualisme se caractérise souvent par la conscience d’un décalage entre sexe physique et sexe psychologique, le sentiment que l’on appartient à l’autre sexe et que son assignation de naissance est une « erreur ». Cette disposition d’esprit est probablement sous la dépendance d’autres gènes que CYP17, mais aussi de facteurs environnementaux. Au-delà du transsexualisme, ce genre de travaux rappelle que du point de vue biologique, la « sexuation » de l’individu va bien au-delà des caractères sexuels primaires (organes génitaux) : c’est l’ensemble du corps qui est sensible à la balance des hormones sexuelles dès la conception, à commencer bien sûr par le premier organe sexuel, le cerveau.
Référence :
Bentz E.K. et al. (2008), A polymorphism of the CYP17 gene related to sex steroid metabolism is associated with female-to-male but not male-to-female transsexualism, Fertility and Sterility, 90, 1, 56-59, doi:10.1016/j.fertnstert.2007.05.056
Illustration : l’artiste Tobias Bernstrup, dont je ne puis au passage que vous conseiller les excellentes productions (pour ceux qui aiment la pop-electro).
(Merci à Peggy d’avoir attiré mon attention sur ce papier).
mardi 29 juillet 2008
Le sexe des mathématiques
Nouvelle pièce dans le débat récurrent sur les différences cognitives hommes-femmes : une étude américaine sur 7 millions d’écoliers, collégiens et lycéens passant des épreuves standardisés dans diverses matières, dont les mathématiques. Résultat : du grade 2 au grade 11, les différences entre filles et garçons sont statistiquement négligeables. Malgré cela, les carrières universitaires en mathématiques et surtout physique et ingénierie restent par la suite inégalitaires, les vocations masculines dépassant toujours les féminines. Les auteurs ont étudié la variance au sein de chaque sexe (c’est-à-dire la forme de la distribution par rapport à la moyenne). Il apparaît que les garçons ont une variance supérieure aux filles à tous les grades (entre 1,11 et 1,21 pour le ratio garçons / filles). Concrètement, cela signifie que l’on recrute en moyenne un peu plus de garçons chez les mieux et les moins bien notés en science. L’analyse des meilleurs résultats (supérieurs au 95e et au 99e percentiles) confirme ce trait chez les individus d’origine caucasienne (sexe ratio de 1,45 pour le 95e et 2,06 pour le 99e), mais pas chez les individus d’origine asiatique (1,09 et 0,91). L’échantillon était cependant plus faible dans le second cas que dans le premier (n = 219 et 3473). Les individus d’origine hispanique, africaine ou amérindienne n’étaient pas assez représentés dans ces percentiles pour analyser la variance selon les sexes.
Référence :
Hyde J.S. et al. (2008), Gender similarities characterize math performance, Science, 321, 494-495 doi: 10.1126/science.1160364
Sur le même thème : Filles, garçons et maths : un biais culturel ?
Référence :
Hyde J.S. et al. (2008), Gender similarities characterize math performance, Science, 321, 494-495 doi: 10.1126/science.1160364
Sur le même thème : Filles, garçons et maths : un biais culturel ?
jeudi 24 juillet 2008
La descendance du plus abondant
L’expression « survie du plus apte », lancée initialement par Herbert Spencer et non Charles Darwin, a longtemps laissé penser que l’évolution produit toujours des formes optimales. Il n’en est rien. Dans un travail de modélisation portant sur des molécules ARN de 12 à 18 nucléotides, Matthew C. Coperthwraite et ses collègues suggèrent que l’évolution peut aussi bien être décrite comme « la descendance du plus abondant ». Les mutations neutres s’accumulant au cours du temps dans tous les gènes peuvent être vues comme un « paysage adaptatif » (Sewell Right) imposant une certaine contrainte sur les mutations ultérieures. Ce « réseau mutationnel » est certes une condition de la sélection : il faut de petites variations pour explorer les diverses contrées d’un paysage adaptatif. Mais il tend aussi à favoriser les solutions les plus abondantes, et non les plus rares même si ces dernières se révèlent parfois mieux adaptés (c’est-à-dire atteignent un optimum pour une fonction donnée). Pour un phénotype (structure) donné, c’est d’abord le génotype (séquence) le plus abondant conduisant à ce phénotype qui va influencer la dynamique évolutive ultérieure d’une population. En d’autres termes, la sélection favorise avant tout la quantité, et plus les réseaux mutationnels renforcent leurs interconnexions, moins ils rendent probables l’émergence de certaines solutions plus simples à partir de séquences antérieures. La vie fonctionne ainsi aux antipodes du Dessein Intelligent imaginés par les néo-créationnistes. Et la nature ne fait pas bien les choses : elle les fait comme elle peut, sur la base d’un mécanisme aveugle à toute finalité.
Référence :
Cowperthwaite M.C. et al. (2008), The Ascent of the Abundant: How mutational networks constrain evolution, PLoS Comput Biol, 4,7, e1000110. doi:10.1371/journal.pcbi.1000110
Référence :
Cowperthwaite M.C. et al. (2008), The Ascent of the Abundant: How mutational networks constrain evolution, PLoS Comput Biol, 4,7, e1000110. doi:10.1371/journal.pcbi.1000110
samedi 12 juillet 2008
Clic ! Sexe : premier éseau social "adulte" en France
Communiqué de presse : On ne le sait que trop bien les réseaux sociaux, tels que Myspace ou Facebook pour ne citer qu’eux, ont le vent en poupe. Et la société Clic ! Avenue, experte dans l’édition de sites web communautaires, l’a bien compris en lançant Clic ! Sexe : le 1er réseau social francophone des amateurs de sexe et de sexualité.
Si vous souhaitez voir encore un site proposant du contenu pornographique professionnel, passez votre chemin ! En effet, Clic ! Sexe se démarque des sites de charme traditionnels en donnant le ton dès sa home page : "Est-il possible de découvrir et d’échanger sur le sexe, sans tomber dans la pornographie commerciale ou la vulgarité" ? tel est notre challenge !" Pari tenu si l’on en croit l’engouement des milliers de nouveaux arrivants qui découvrent actuellement Clic ! Sexe
Au menu de Clic ! Sexe (qui reste bien sûr interdit aux mineurs) : Un contenu 100 % collaboratif. Ce sont les membres qui créent leur "Page Clic ! Sexe", participent et étendent leur réseau d’amis(es) en partageant leurs vidéos, photos, liens, commentaires... et qui discutent et échangent sur la sexualité via le chat webcam, les forums et les blogs.
vous@clicsexe.fr ?
Car ce n’est pas tout. Le site propose aussi un nouveau webmail pour ses membres ainsi que des outils interactifs comme les "questions-réponses" "Yahoo like" et un Dico du Sexe "Wikipedia like" toujours dans la thématique de la sexualité bien entendu, et complètement dans l’esprit WEB 2.0
A noter que les « professionnels du charme » pourront eux aussi créer leur espace Clic ! Sexe et ainsi profiter du site (qui jouit d’un fort trafic) pour promouvoir leurs services.
Derrière cette idée se cache la société Clic ! Avenue Engagée dans le "web communautaire" depuis 2001, avant même l’explosion de la bulle internet, on lui reconnaîtra notamment la mise en place du 1er chat webcam "bestofchat.com" qui depuis est devenu incontournable dans son domaine faisant plus d’1 million de visiteurs par mois.
Le business modèle de Clic ! Sexe n’a pas encore été établi mais il reposera certainement sur la publicité et/ou l’affiliation directe (marque blanche) et indirecte.
Gageons que ce site n’a pas fini de faire parler de lui, s’agissant du tout 1er réseau social francophone dans ce domaine incontournable qu’est le sexe sur internet.
web : http://www.clicsexe.fr/ email : contact@clicsexe.fr
Clic ! Sexe est édité par la société Clic ! Avenue - R.C.S. AUCH 499 405 579 Clic ! Avenue LD Garbic 32490 – Monferran SAves
lundi 7 juillet 2008
Gènes, cerveaux et sexes
Vous connaissez sans doute par cœur ce couplet de l’hymne officiel de l’égalité : les différences hommes-femmes sont des constructions sociales et historiques de genre, elles n’ont rien à voir avec les différences biologiques entre les sexes. On ne naît pas femme, on le devient par la grâce de la société ou de l'éducation. Et ainsi de suite.
Une équipe dirigée par Elena Jazin (Université d’Upssala, Suède) a étudié l’expression différentielle des gènes dans le tissu du cortex occipital de trois espèces : l’homme, le macaque (primate de l’ancien monde) et le marmoset (primate du nouveau monde), avec 24 extraits différents pour chaque espèce. Plusieurs centaines de gènes connaissent une expression différente selon les sexes chez l’homme (1349) et le macaque (486), contre moins de 10 chez le marmoset (7). Entre l’homme et le macaque, 85 gènes communs montrent ce dimorphisme dans leur expression. Certains, comme XIST (X inactivation-specific transcript) ou HSBP1 (Heat shock factor binding protein 1), exhibent des différences conservées au long de l’évolution chez les trois primates.
Certains gènes s’expriment bien sûr dans tous les tissus et leur fonction n’est pas donc pas spécifique à la zone analysée. Une analyse plus détaillée montre cependant sur les 85 gènes communs du macaque et de l’humain, 55 (65 %) montrent une surexpression dans les tissus cérébraux par rapport aux tissus sexuels, ce qui suggère un rôle spécifique dans le système nerveux. Et les 1300 autres observés chez l'homme restent bien sûr à étudier.
« Cette recherche établit l’existence de différence biologique sexuelle dans l’expression des gènes du cortex humain et, plus avant, elle montre l’existence d’une signature sexuelle conservée dans le cortex des primates, avec une possible importance durant leur évolution. La question ouverte est maintenant de savoir si ces gènes ont une signification physiologique pour l’organisation du cerveau et/ou du comportement ».
Référence :
Reinius B. et al (2008), Evolutionarily conserved sexual signature in the Primate brain, PLoS Genetics, 4(6), e1000100
Une équipe dirigée par Elena Jazin (Université d’Upssala, Suède) a étudié l’expression différentielle des gènes dans le tissu du cortex occipital de trois espèces : l’homme, le macaque (primate de l’ancien monde) et le marmoset (primate du nouveau monde), avec 24 extraits différents pour chaque espèce. Plusieurs centaines de gènes connaissent une expression différente selon les sexes chez l’homme (1349) et le macaque (486), contre moins de 10 chez le marmoset (7). Entre l’homme et le macaque, 85 gènes communs montrent ce dimorphisme dans leur expression. Certains, comme XIST (X inactivation-specific transcript) ou HSBP1 (Heat shock factor binding protein 1), exhibent des différences conservées au long de l’évolution chez les trois primates.
Certains gènes s’expriment bien sûr dans tous les tissus et leur fonction n’est pas donc pas spécifique à la zone analysée. Une analyse plus détaillée montre cependant sur les 85 gènes communs du macaque et de l’humain, 55 (65 %) montrent une surexpression dans les tissus cérébraux par rapport aux tissus sexuels, ce qui suggère un rôle spécifique dans le système nerveux. Et les 1300 autres observés chez l'homme restent bien sûr à étudier.
« Cette recherche établit l’existence de différence biologique sexuelle dans l’expression des gènes du cortex humain et, plus avant, elle montre l’existence d’une signature sexuelle conservée dans le cortex des primates, avec une possible importance durant leur évolution. La question ouverte est maintenant de savoir si ces gènes ont une signification physiologique pour l’organisation du cerveau et/ou du comportement ».
Référence :
Reinius B. et al (2008), Evolutionarily conserved sexual signature in the Primate brain, PLoS Genetics, 4(6), e1000100
Violeur né ?
Voici une nouvelle qui devrait conforter les lecteurs de Marcela Iacub : contrairement à l’idée reçue, les personnes condamnées pour violences sexuelles ont peu tendance à récidiver par rapport à d’autres catégories de délits ou de crimes. Ainsi, seuls 3,2 % des 4 000 condamnés relâchés sur parole dans l’Etat de Californie en 2002 ont commis une nouvelle agression sexuelle depuis cette date. Chiffre exactement comparable (3,2 %) à une précédente étude dans l’Etat du Minnesota, menée entre 1990 et 2002. L’image du multirécidiviste incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et destiné à violer tout au long de son existence concerne en fait une toute petite minorité d’individus. La place disproportionnée que cette image occupe dans les mentalités collectives ne tient pas tant à la réalité statistique des violences sexuelles qu’au statut toujours singulier du sexe dans nos représentations.
dimanche 22 juin 2008
Croissez, multipliez… L’église comme club de rencontre
La religiosité américaine est un phénomène connu qui surprend toujours les observateurs. Alors que la plupart des sociétés modernisées connaissent une baisse séculaire des pratiques et croyances religieuses, celles-ci se maintiennent à un niveau élevé dans la population américaine, première puissance matérielle du monde. Une recherche de Jason Weeden (Université d’Arizona) et de ses collègues pourrait expliquer un des facteurs de succès.
Les chercheurs ont analysé les réponses de 21.131 individus ayant participé au General Social Survey, mené chaque année pour mesurer l’évolution des attitudes, mentalités et pratiques américaines. Il en ressort que les comportements sexuels et attentes familiales sont les deux facteurs les plus prédictifs de la pratique religieuse régulière, avant l’âge, le sexe et diverses autres variables. Le résultat a été affiné avec l’étude des variables sexuelles, morales et religieuses de 902 étudiants.
Ainsi, les individus insistant sur la fidélité du partenaire, espérant de nombreux enfants, valorisant la stabilité du couple sont aussi ceux qui ont la plus forte probabilité d’aller régulièrement à l’église ou au temple. La pratique d’une religion maximise donc les chances de trouver un partenaire sexuel conforme à ses vœux, mais renforce aussi le couple futur en créant une pression morale sur le comportement des époux. « Ces données suggèrent que les stratégies reproductives sont au cœur des variations de pratique religieuse », concluent les auteurs. Si les traits comportementaux à la base de cet assortative mating ont eux-mêmes une base génétique, la religiosité devrait se renforcer dans l’aile la plus pratiquante de la population. Il n’est d’ailleurs pas exclu, à titre d’hypothèse, que la puissance de la religion dans la société américaine s’explique en partie par le profil de sa population fondatrice, composée on le sait d’individus appartenant à des minorités très religieuses ayant fui les persécutions du Vieux Continent.
Référence :
Weeden. J. et al. (2008), Religious attendance as reproductive support, Evol. Hum. Behav., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.03.004
Les chercheurs ont analysé les réponses de 21.131 individus ayant participé au General Social Survey, mené chaque année pour mesurer l’évolution des attitudes, mentalités et pratiques américaines. Il en ressort que les comportements sexuels et attentes familiales sont les deux facteurs les plus prédictifs de la pratique religieuse régulière, avant l’âge, le sexe et diverses autres variables. Le résultat a été affiné avec l’étude des variables sexuelles, morales et religieuses de 902 étudiants.
Ainsi, les individus insistant sur la fidélité du partenaire, espérant de nombreux enfants, valorisant la stabilité du couple sont aussi ceux qui ont la plus forte probabilité d’aller régulièrement à l’église ou au temple. La pratique d’une religion maximise donc les chances de trouver un partenaire sexuel conforme à ses vœux, mais renforce aussi le couple futur en créant une pression morale sur le comportement des époux. « Ces données suggèrent que les stratégies reproductives sont au cœur des variations de pratique religieuse », concluent les auteurs. Si les traits comportementaux à la base de cet assortative mating ont eux-mêmes une base génétique, la religiosité devrait se renforcer dans l’aile la plus pratiquante de la population. Il n’est d’ailleurs pas exclu, à titre d’hypothèse, que la puissance de la religion dans la société américaine s’explique en partie par le profil de sa population fondatrice, composée on le sait d’individus appartenant à des minorités très religieuses ayant fui les persécutions du Vieux Continent.
Référence :
Weeden. J. et al. (2008), Religious attendance as reproductive support, Evol. Hum. Behav., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.03.004
mardi 17 juin 2008
Filles, garçons et maths : un biais culturel ?
Les différences cognitives entre les sexes ont fait l’objet d’une abondante littérature depuis un demi-siècle. Un constat classique est la supériorité moyenne des garçons sur les filles aux épreuves mathématiques, et la domination inverse des filles sur les garçons aux épreuves de lecture ou écriture (pour une synthèse assez complète, voir Halpern et al. 2007). Personne ne nie le constat, mais le débat fait rage pour son explication. Selon les uns, la différence est presque uniquement culturelle : les métiers techniques et scientifiques ont une image masculine qui décourage les jeunes filles, de leur propre chef ou par pression sociale pour s’engager dans une carrière plus féminine. Selon les autres, ce biais culturel est une réalité, mais il existe également des prédispositions psychologiques d’origine biologique dans les cerveaux masculins et féminins.
Une étude parue dans Science vient de réveiller ce vieux débat. Quatre chercheurs italiens se sont penchés sur les résultats de l’épreuve standardisée PISA (Programme for International Student Assessment) mise en place par l’OCDE pour évaluer les différences de performance selon les systèmes scolaires nationaux. 276.165 lycéens âgés de 15 ans et issus de 40 pays ont passé en 2003 le PISA, et les chercheurs ont analysé les différences sexuelles dans les épreuves de mathématiques et de lecture, pays par pays.
Il en ressort qu’en moyenne sur l’ensemble des participants, les prédictions de performance selon les sexes et les disciplines sont validées. Mais l’analyse pays par pays révèle des différences notables : dans certains pays, les filles se rapprochent voire dépassent les garçons dans les épreuves mathématiques. Par exemple, la différence score des filles versus score des garçons en mathématiques est de -22,6 points en Turquie, mais elle est de +14,5 en Islande. Les chercheurs ont ensuite corrélé ces différences nationales au statut des femmes dans les sociétés concernées à l’aide du Gender Gap Index (GGI) : cet indice composite du Forum économique mondial intègre des données comme les opportunités professionnelles, politiques, éducatives et sanitaires entre les sexes. Il apparaît qu’il existe une corrélation positive de 0,59 (environ 36 % de la variance concernés) entre le GGI et les scores en mathématiques des filles. Le tableau ci-dessous montre ces résultats pour 10 pays.

L’analyse plus détaillée des résultats offre des informations intéressantes. D’abord, la domination des filles sur les garçons dans le domaine de la lecture est constante, et elle est même accentuée lorsque le GGI est favorable. Ensuite, les filles rattrapent les garçons dans les environnements les plus favorables, voire les dépassent comme en Islande et dans ce pays, l’égalisation est valable pour la distribution moyenne aussi bien que pour les extrémités de cette distribution (rapport fille/garçon de 1,17 dans le 99e percentile des meilleurs résultats aux épreuves de maths).
Ce travail montre-t-il que les différences cognitives entre filles et garçons sont entièrement d’origine culturelle ? Non. Comme nous l’avons vu, la différence filles-garçons dans le domaine de la lecture est robuste quel que soit le niveau d’égalisation sociale des sexes, et s’accentue même dans les sociétés les plus égalitaires. Cela plaide en faveur d’une différence innée. L’analyse au sein des sexes, et non plus entre les sexes, montre que les garçons ont toujours de meilleures performances en mathématiques qu’en lecture et, au sein des mathématiques, en géométrie qu’en arithmétique. L’observation est inverse au sein des résultats féminins, meilleurs en lecture qu’en maths et en arithmétique qu’en géométrie. Le fait que les jeunes filles visent moins les carrières scientifiques que les garçons est assez logique et ne s’explique pas forcément par des différences de traitement : elles se dirigent vers des domaines où elles se sentent et sont objectivement les meilleures au sein de leur propre parcours scolaire.
Outre que ce résultat sur une année doit être répliqué dans de nouvelles études pour être confirmé et surtout affiné, sa robustesse souffre enfin du choix de l’âge moyen des sujets (15 ans). On sait en effet que les différences filles-garçons dans les domaines scolaires tendent à se creuser après l’adolescence, c’est-à-dire à la fin de la scolarité et à l’entrée à l’université. Une comparaison des scores à 13, 15 et 17 ans serait par exemple intéressante pour analyser l’effet des modifications neuro-hormonales, comportementales et psychologiques associées à l’adolescence. Dernière remarque : les analyses mériteraient d’être doublées d’une étude plus fine des facteurs de variance biologique pays par pays. Les chercheurs italiens ont procédé à une mesure de distance génétique entre les 40 pays fondé sur le polymorphisme de certains sites ADN. Mais cette analyse phylogénétique de population ne nous donne pas forcément les informations les plus utiles pour l’objet étudié : on sait en effet que le dimorphisme sexuel suit un gradient Nord-Sud, c’est-à-dire que les différences moyennes hommes-femmes (par exemple taille, ratio taille-hanche-épaule, traits faciaux, etc.) tendent à se réduire à mesure que l’on remonte du Sud vers le Nord. Ce sont ces indices biologiques de dimorphisme au sein et entre les populations qu’il serait intéressant de corréler avec les différences de résultats scolaires entre les sexes.
Pour conclure, cette étude suggère que le statut socio-culturel des filles et des garçons influe sur leurs différences scolaires dans le domaine des mathématiques et de la lecture, en même temps qu’elle montre la persistance de différences cognitives entre les sexes et au sein de chaque sexe quel que soit l’environnement des études.
Références :
Guiso L. et al. (2008), Culture, gender, and math, Science, 5880, 1164-1165, doi: 10.1126/science.1154094
Halpern D.F. et al. (2007), The Science of sex differences in science and mathematics, Psychological Science (APA Public Interest Series), 8, 1, 1-51.
Une étude parue dans Science vient de réveiller ce vieux débat. Quatre chercheurs italiens se sont penchés sur les résultats de l’épreuve standardisée PISA (Programme for International Student Assessment) mise en place par l’OCDE pour évaluer les différences de performance selon les systèmes scolaires nationaux. 276.165 lycéens âgés de 15 ans et issus de 40 pays ont passé en 2003 le PISA, et les chercheurs ont analysé les différences sexuelles dans les épreuves de mathématiques et de lecture, pays par pays.
Il en ressort qu’en moyenne sur l’ensemble des participants, les prédictions de performance selon les sexes et les disciplines sont validées. Mais l’analyse pays par pays révèle des différences notables : dans certains pays, les filles se rapprochent voire dépassent les garçons dans les épreuves mathématiques. Par exemple, la différence score des filles versus score des garçons en mathématiques est de -22,6 points en Turquie, mais elle est de +14,5 en Islande. Les chercheurs ont ensuite corrélé ces différences nationales au statut des femmes dans les sociétés concernées à l’aide du Gender Gap Index (GGI) : cet indice composite du Forum économique mondial intègre des données comme les opportunités professionnelles, politiques, éducatives et sanitaires entre les sexes. Il apparaît qu’il existe une corrélation positive de 0,59 (environ 36 % de la variance concernés) entre le GGI et les scores en mathématiques des filles. Le tableau ci-dessous montre ces résultats pour 10 pays.

L’analyse plus détaillée des résultats offre des informations intéressantes. D’abord, la domination des filles sur les garçons dans le domaine de la lecture est constante, et elle est même accentuée lorsque le GGI est favorable. Ensuite, les filles rattrapent les garçons dans les environnements les plus favorables, voire les dépassent comme en Islande et dans ce pays, l’égalisation est valable pour la distribution moyenne aussi bien que pour les extrémités de cette distribution (rapport fille/garçon de 1,17 dans le 99e percentile des meilleurs résultats aux épreuves de maths).
Ce travail montre-t-il que les différences cognitives entre filles et garçons sont entièrement d’origine culturelle ? Non. Comme nous l’avons vu, la différence filles-garçons dans le domaine de la lecture est robuste quel que soit le niveau d’égalisation sociale des sexes, et s’accentue même dans les sociétés les plus égalitaires. Cela plaide en faveur d’une différence innée. L’analyse au sein des sexes, et non plus entre les sexes, montre que les garçons ont toujours de meilleures performances en mathématiques qu’en lecture et, au sein des mathématiques, en géométrie qu’en arithmétique. L’observation est inverse au sein des résultats féminins, meilleurs en lecture qu’en maths et en arithmétique qu’en géométrie. Le fait que les jeunes filles visent moins les carrières scientifiques que les garçons est assez logique et ne s’explique pas forcément par des différences de traitement : elles se dirigent vers des domaines où elles se sentent et sont objectivement les meilleures au sein de leur propre parcours scolaire.
Outre que ce résultat sur une année doit être répliqué dans de nouvelles études pour être confirmé et surtout affiné, sa robustesse souffre enfin du choix de l’âge moyen des sujets (15 ans). On sait en effet que les différences filles-garçons dans les domaines scolaires tendent à se creuser après l’adolescence, c’est-à-dire à la fin de la scolarité et à l’entrée à l’université. Une comparaison des scores à 13, 15 et 17 ans serait par exemple intéressante pour analyser l’effet des modifications neuro-hormonales, comportementales et psychologiques associées à l’adolescence. Dernière remarque : les analyses mériteraient d’être doublées d’une étude plus fine des facteurs de variance biologique pays par pays. Les chercheurs italiens ont procédé à une mesure de distance génétique entre les 40 pays fondé sur le polymorphisme de certains sites ADN. Mais cette analyse phylogénétique de population ne nous donne pas forcément les informations les plus utiles pour l’objet étudié : on sait en effet que le dimorphisme sexuel suit un gradient Nord-Sud, c’est-à-dire que les différences moyennes hommes-femmes (par exemple taille, ratio taille-hanche-épaule, traits faciaux, etc.) tendent à se réduire à mesure que l’on remonte du Sud vers le Nord. Ce sont ces indices biologiques de dimorphisme au sein et entre les populations qu’il serait intéressant de corréler avec les différences de résultats scolaires entre les sexes.
Pour conclure, cette étude suggère que le statut socio-culturel des filles et des garçons influe sur leurs différences scolaires dans le domaine des mathématiques et de la lecture, en même temps qu’elle montre la persistance de différences cognitives entre les sexes et au sein de chaque sexe quel que soit l’environnement des études.
Références :
Guiso L. et al. (2008), Culture, gender, and math, Science, 5880, 1164-1165, doi: 10.1126/science.1154094
Halpern D.F. et al. (2007), The Science of sex differences in science and mathematics, Psychological Science (APA Public Interest Series), 8, 1, 1-51.
Orientation sexuelle, gènes et milieux
Quels sont les déterminants de notre orientation sexuelle ? Une équipe de chercheurs suédois vient de procéder à une analyse d’héritabilité sur une population large de 3 826 paires de jumeaux, monozygotes ou dizygotes, âgés de 20 à 47 ans, ayant répondu à une enquête en 2005 et 2006. Environ 7 % d’entre eux avaient des rapports homosexuels. Chez les hommes, 34 à 39 % de la variance s’expliquent par des facteurs génétiques, 61 à 66 % par l’environnement unique de l’individu, 0 % par l’environnement partagé (familial). Chez les femmes, les valeurs sont de 18-19 %, 64-66 % et 16-17 %. L’étude confirme donc de précédents travaux montrant l’existence d’une part génétique dans l’orientation sexuelle, l’influence faible ou nulle du milieu familial, l’importance des expériences individuelles.
Référence :
Langström N. et al. (2008), Genetic and environmental effects on same-sex sexual behavior: A population study of twins in Sweden, Archives of Sexual Behavior, online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9386-1
Référence :
Langström N. et al. (2008), Genetic and environmental effects on same-sex sexual behavior: A population study of twins in Sweden, Archives of Sexual Behavior, online pub., doi : 10.1007/s10508-008-9386-1
lundi 16 juin 2008
Miroir de la pornographie
Une équipe française (Inserm, CNRS, Université Pierre et Marie Curie) dirigée par Harald Mouras a invité huit jeunes mâles à regarder trois séquences vidéo : un documentaire, un extrait de film comique et un extrait de film pornographique. Les spectateurs comblés voyaient dans le même temps leur cerveau observé en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, et leur érection mesurée en temps réel par un pléthysmographe pénien. Malgré ces conditions un peu perturbantes, les huit volontaires semblent avoir apprécié la séance, notamment les extraits de X. Les chercheurs de leur côté ont mesuré les corrélations entre l’activité cérébrale et l’activité pénienne. Ils ont observé que l’érection est proportionnelle à et précédée par une agitation des cellules nerveuses de la pars opercularis, dans le gyrus frontal inférieur. Cette région est connue pour comporter des neurones miroir, spécialisés dans la représentation mentale des actes d’autrui. C’est la première fois qu’un lien est mis en évidence entre l’activation des neurones miroir et la réponse automatique à des actes observés, réponse prenant ici la forme d’une érection.
Référence :
Mouras H. et al. (2008), Activation of mirror-neuron system by erotic video clips predicts degree of induced erection: an fMRI study, Neuroimage, online pub. doi:10.1016/j.neuroimage.2008.05.051
Référence :
Mouras H. et al. (2008), Activation of mirror-neuron system by erotic video clips predicts degree of induced erection: an fMRI study, Neuroimage, online pub. doi:10.1016/j.neuroimage.2008.05.051
vendredi 9 mai 2008
Symétrie, dimorphisme et désir
Pourquoi trouvons-nous un visage attractif, un autre non ? La sélection sexuelle est un outil puissant de l’évolution des espèces, assez puissant pour produire des traits aussi « aberrants » que l’immense queue des paons ou l’imposant bois des cerfs. Il n’y a pas de raison que les primates, dont l’homme, échappent à ce mécanisme. Les préférences humaines en matière sexuelle (attractivité, désirabilité), lorsqu’elles sont transculturelles et répandues dans les populations, suggèrent que des mécanismes inconscients sont à l’œuvre dans nos valorisations et que les traits valorisés le sont en raison d’avantages adaptatifs au cours de l’évolution. Avantages pouvant bien sûr être décalés – c’est-à-dire que le trait était peut-être avantageux dans l’environnement d’une petite tribu pré-hominienne de la savane africaine, mais ne l’est plus aujourd’hui.Deux traits ont été abondamment étudiés, la symétrie faciale et le dimorphisme sexuel. Ce dernier renvoie au fait que les visages des individus sont jugés plus ou moins masculins et féminins selon divers indices comme la taille et le rapprochement des yeux, la structure de la mâchoire ou l’écartement et la saillance des pommettes.
Anthony Little et ses collègues ont voulu savoir si ces deux traits sont associés l’un à l’autre, ou s’ils sont au contraire le fait de valorisation disjointe et arbitraire. Ils ont pris des photos de sujets européens (177 hommes, 318 femmes), africains (ethnie Hadza, 67 hommes, 69 femmes) ainsi que des photos de macaques (105 mâles, 111 femelles). Les chercheurs ont réalisé des images composites à partir des faces de chaque sexe les plus et les moins symétriques (symétrie mesurée par la disposition de 6 points du visage par rapport à une ligne médiane), ainsi que d’autres images composites au hasard, sans préselection. Et deux groupes de sujets (européens et africains) devaient donner leur avis sur ces photos, en estimant si les visages étaient attractifs, mais aussi plus ou moins masculins / féminins.
Résultat : les images composites symétriques sont celles qui accentuent le plus le dimorphisme sexuel (mesuré par quatre indices normalisés), c’est-à-dire que les visages symétriques féminins et les visages symétriques masculins sont ceux qui obtiennent aussi un meilleur score aux indices morphométriques de dimorphisme. Cette mesure objective est confirmée par la perception subjective des humains, qui considèrent eux aussi les faces comme plus ou moins masculines/féminines, non seulement pour leur ethnie et pour une autre ethnie, mais aussi bien pour une autre espèce de primate.
Ce travail suggère donc que la symétrie et le dimorphisme du visage sont sans doute associés au cours du développement par un facteur commun de variation. Et que ces deux traits sont des signaux indiquant une qualité de leur porteur, qualité ayant fini par orienter les préférences sexuelles en sa faveur au cours de l’évolution des primates.
Référence :
Little A.C. et al. (2008), Symmetry is related to sexual dimorphism in faces: data across culture and species, PLoS ONE, 3,5, e2106. doi:10.1371/journal.pone.0002106
Illustration : ibid.
mercredi 7 mai 2008
QI et allaitement
Le fait d’être nourri au sein vous donne-t-il un avantage cognitif dans l’existence ? C’est ce que suggère une nouvelle étude consacrée à ce sujet déjà très débattu en psychométrie et psychologie du développement.
Les chercheurs ont travaillé en association avec des maternités biélorusses qui ont proposé ou non aux futures mères un programme d’incitation à l’allaitement, dans le cadre d’une initiative de l’OMS et de l’Unicef. 17 046 enfants ont été concernés, dont 13 889 ont été suivis jusqu’à l’âge de 6 ans et demi. Résultat : les enfants du groupe expérimental (mères ayant suivi le programme d’incitation à l’allaitement) ont un gain global de 5,9 points de QI par rapport au groupe témoin, le QI verbal montrant des gains supérieurs (7,9) au QI de performance non-verbale (2,9). Les notes des professeurs en lecture et écriture étaient également supérieures.
L’intérêt de cette étude est double : d’une part, l’échantillon est l’un des plus importants jamais utilisés par analyser les liens entre allaitement et intelligence de l’enfant ; d’autre part, le choix de constitution des groupes se rapproche d’une randomisation, et limite certains biais. Cela suggère qu’il existe un lien causal réel entre l’allaitement et l’amélioration des capacités cognitives, et non une simple corrélation (due par exemple à l’intelligence de la mère).
Il faut cependant noter que le lien est complexe. Une autre étude parue voici peu (Caspi 2007), et concernant cette fois 3000 enfants anglais et néo-zélandais, a montré que le gain de QI des enfants dépend aussi de leur constitution génétique : selon leur version du gène FADS2, les bébés allaités connaissent ou ne connaissent pas de gain de QI. Ce gène est impliqué dans la conversion des acides gras de l’alimentation en acide arachidonique (AA) et en acide docosahexaènoïque (DHA) qui tendent à s’accumuler dans le cerveau lors des premiers mois de l’existence, et dont on pense qu’ils favorisent la croissance et la connexion des neurones.
Références :
Caspi A. et al. (2007), Moderation of breastfeeding effects on the IQ by genetic variation in fatty acid metabolism, PNAS, 104, 18860-18865, 10.1073/pnas.0704292104
Kramer M.S. et al. (2008), Breastfeeding and child cognitive development, Arch. Gen. Psychiatry, 65, 5, 578-584
Les chercheurs ont travaillé en association avec des maternités biélorusses qui ont proposé ou non aux futures mères un programme d’incitation à l’allaitement, dans le cadre d’une initiative de l’OMS et de l’Unicef. 17 046 enfants ont été concernés, dont 13 889 ont été suivis jusqu’à l’âge de 6 ans et demi. Résultat : les enfants du groupe expérimental (mères ayant suivi le programme d’incitation à l’allaitement) ont un gain global de 5,9 points de QI par rapport au groupe témoin, le QI verbal montrant des gains supérieurs (7,9) au QI de performance non-verbale (2,9). Les notes des professeurs en lecture et écriture étaient également supérieures.
L’intérêt de cette étude est double : d’une part, l’échantillon est l’un des plus importants jamais utilisés par analyser les liens entre allaitement et intelligence de l’enfant ; d’autre part, le choix de constitution des groupes se rapproche d’une randomisation, et limite certains biais. Cela suggère qu’il existe un lien causal réel entre l’allaitement et l’amélioration des capacités cognitives, et non une simple corrélation (due par exemple à l’intelligence de la mère).
Il faut cependant noter que le lien est complexe. Une autre étude parue voici peu (Caspi 2007), et concernant cette fois 3000 enfants anglais et néo-zélandais, a montré que le gain de QI des enfants dépend aussi de leur constitution génétique : selon leur version du gène FADS2, les bébés allaités connaissent ou ne connaissent pas de gain de QI. Ce gène est impliqué dans la conversion des acides gras de l’alimentation en acide arachidonique (AA) et en acide docosahexaènoïque (DHA) qui tendent à s’accumuler dans le cerveau lors des premiers mois de l’existence, et dont on pense qu’ils favorisent la croissance et la connexion des neurones.
Références :
Caspi A. et al. (2007), Moderation of breastfeeding effects on the IQ by genetic variation in fatty acid metabolism, PNAS, 104, 18860-18865, 10.1073/pnas.0704292104
Kramer M.S. et al. (2008), Breastfeeding and child cognitive development, Arch. Gen. Psychiatry, 65, 5, 578-584
dimanche 4 mai 2008
Violence mâle
Le journaliste du Monde Luc Bronner souligne la prédominance des hommes dans quasiment tous les registres de délinquance et de criminalité.
"Pour les actes les plus graves, les crimes, les hommes représentent 95 % des condamnations en 2005 (87,9 % des homicides, 98,5 % des viols et attentats à la pudeur). Pour les délits, les mâles représentent 90,4 % des personnes condamnées.(...)
Le ministère de la justice signale que la proportion de femmes est supérieure à la moyenne pour les vols simples (19 %), les faux en écriture (21 %), les escroqueries (21 %), les blessures involontaires (18 %) et le cas particulier des non-présentations d'enfants (76 %) dans les affaires de divorces. (...)
Le déséquilibre est tout aussi flagrant pour ce qui concerne les violences volontaires, autre sujet de préoccupation du fait de leur forte augmentation ces dernières années. En 2006, les femmes représentaient 12,7 % des personnes mises en cause par la police ou la gendarmerie pour ce type d'infractions. Une proportion qui tombe à 7,4 % pour les vols violents, et seulement 2,5 % pour les violences sexuelles. La situation est similaire en matière de délinquance routière : les hommes représentaient 92,3 % des délits sanctionnés en 2006 (conduite en état d'ivresse, délit de fuite, usage de stupéfiants, etc.).(...)
Au final, les femmes représentent à peine 3,7 % des 62 000 détenus en France."
L'auteur présente ce sexe-ratio déséquilibré comme un non-dit, mais on ne compte plus les articles et ouvrages consacrés à la sur-représentation des mâles dans les comportements agressifs et particulièrement des mâles jeunes. Le phénomène concerne toutes les espèces sexuées et il est d'autant plus marqué que le dimorphisme sexuel est prononcé. Les chimpanzés ou gorilles ne jouant pas avec des soldats de plomb dans leur enfance, et la construction des genres par la société étant donc difficile à incriminer, les chercheurs s'intéressent plutôt aux causes biologiques à la violence mâle, comme l'influence des hormones sexuelles sur le comportement (dimension développementale) ou la compétition inter-mâles pour l'accès aux partenaires et la défense du territoire (dimension évolutive).
"Pour les actes les plus graves, les crimes, les hommes représentent 95 % des condamnations en 2005 (87,9 % des homicides, 98,5 % des viols et attentats à la pudeur). Pour les délits, les mâles représentent 90,4 % des personnes condamnées.(...)
Le ministère de la justice signale que la proportion de femmes est supérieure à la moyenne pour les vols simples (19 %), les faux en écriture (21 %), les escroqueries (21 %), les blessures involontaires (18 %) et le cas particulier des non-présentations d'enfants (76 %) dans les affaires de divorces. (...)
Le déséquilibre est tout aussi flagrant pour ce qui concerne les violences volontaires, autre sujet de préoccupation du fait de leur forte augmentation ces dernières années. En 2006, les femmes représentaient 12,7 % des personnes mises en cause par la police ou la gendarmerie pour ce type d'infractions. Une proportion qui tombe à 7,4 % pour les vols violents, et seulement 2,5 % pour les violences sexuelles. La situation est similaire en matière de délinquance routière : les hommes représentaient 92,3 % des délits sanctionnés en 2006 (conduite en état d'ivresse, délit de fuite, usage de stupéfiants, etc.).(...)
Au final, les femmes représentent à peine 3,7 % des 62 000 détenus en France."
L'auteur présente ce sexe-ratio déséquilibré comme un non-dit, mais on ne compte plus les articles et ouvrages consacrés à la sur-représentation des mâles dans les comportements agressifs et particulièrement des mâles jeunes. Le phénomène concerne toutes les espèces sexuées et il est d'autant plus marqué que le dimorphisme sexuel est prononcé. Les chimpanzés ou gorilles ne jouant pas avec des soldats de plomb dans leur enfance, et la construction des genres par la société étant donc difficile à incriminer, les chercheurs s'intéressent plutôt aux causes biologiques à la violence mâle, comme l'influence des hormones sexuelles sur le comportement (dimension développementale) ou la compétition inter-mâles pour l'accès aux partenaires et la défense du territoire (dimension évolutive).
vendredi 2 mai 2008
Une voix sexy
Nous évoquions voici peu l'oestrus humain : une étude vient d’apporter une nouvelle observation du phénomène. R. Nathan Pipitone et Gordon G. Gallup Jr ont enregitsré des voix de femmes à divers moments de leur cycle menstruel, puis demandé à un groupe de volontaires de classer ces voix selon leur attractivité. La corrélation entre les deux échelles (plus ou moins proche de la fertilité, plus ou moins grande attractivité) s’est détachée de manière significative d’une distribution aléatoire. Et l’effet n’a pas été retrouvé chez les femmes prenant des contraceptifs oraux, ce qui suggère une modulation hormonale de la voix.
Référence :
Pipitone R.N., Gallup G.G. (2008), Women's voice attractiveness varies across the menstrual cycle, Evolution and Human Behavior, online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.02.001
Référence :
Pipitone R.N., Gallup G.G. (2008), Women's voice attractiveness varies across the menstrual cycle, Evolution and Human Behavior, online pub., doi:10.1016/j.evolhumbehav.2008.02.001
Libellés :
Attractivité,
Evolution,
Hormones,
Recherches,
Sélection sexuelle,
Voix
mardi 29 avril 2008
Oestrus humain : la femme en chaleur
Les oestres sont des mouches dont les larves parasitent les chevaux, les taureaux, les moutons ou les humains à l’occasion. L’oestrus, dérivé du terme grec puis latin servant à les nommer, a pris un sens différent en biologie : il désigne la période féconde du cycle ovulatoire durant laquelle la femelle éprouve une excitation sexuelle et se montre réceptive à l’accouplement. On parle aussi des chaleurs.Jusqu'à présent, on pensait que l’oestrus ne concerne pas la femelle humaine. Contrairement à de nombreux espèces où l’oestrus se manifeste avec la plus grande évidence, par des changements physiologiques et comportementaux, la femme semble cacher son ovulation et ne manifeste pas, sauf exception, de débordements érotiques visant à un accouplement rapide avec le premier mâle de passage. Et pourtant, Steven W. Gangestad et Randy Thornhill (Université d’Albuquerque) suggèrent dans leur récent papier de synthèse que cette croyance est erronée : il existe bel et bien un oestrus chez la femelle humaine dans sa période péri-ovulatoire.
Pour le montrer, les deux auteurs rassemblent les conclusions de 20 travaux menés entre 1991 et 2008 sur les modifications des préférences sexuelles des femmes au cours de leur cycle. Toutes ces recherches ont été menées sur des sujets ne prenant aucun contraceptif. Et toutes montrent un certain nombre de variations significatives : par exemple, les femmes sont plus sensibles aux effluves d’androstérone et de testostérone, aux traits masculins associés avec un haut niveau de ces hormones, au comportement dominant, aux voix, aux visages et aux corps jugés les plus masculins par leur groupe d’appartenance, à une taille élevée, à des traits faciaux ou corporels symétriques, à des odeurs corporelles et à leurs corrélations avec la proximité ou la distance génétique du système majeur d’histocompatibilité… A ces variations inconscientes de préférence en faveur des mâles supposés avoir de bonnes qualités génétiques de reproducteurs s’ajoutent diverses variations cognitives et comportementales : les femmes ont par exemple en moyenne plus de fantasmes (en pensée) en phase péri-ovulatoire et leurs fantasmes sont alors plus souvent orientés vers un autre homme que leur partenaire officiel. Chez ce dernier, on a d’ailleurs observé symétriquement une plus grande jalousie lors de la période féconde de leur partenaire, un plus grand empressement à les accompagner ou à prendre soin d’elles, une plus grande possessivité. Soit une co-évolution antagoniste assez classique.
Il faut donc s’y faire : même si leur visage, leur poitrine, leurs fesses ou leur vulve ne rougissent pas comme chez certaines de leurs cousines primates, les femmes (ou une certaine proportion d’entre elles) n’en connaissent pas moins des chaleurs. Un homme averti en vaut deux, n’est-ce pas ?
Référence :
Gangestad S.W., R. Thornhill (2008), Human oestrus, Proc. Roy. Soc. B., 275, 991-1000, doi : 10.1098/rspb.2007.1425
Illustration : Julia Roberts et Richard Gere dans le film Pretty Woman (1990) (DR). Toute interprétation sauvage d’un rapport de cause à effet entre la robe rouge d’une belle femme et la précieux cadeau d’un homme riche ne recevrait pas notre caution, bien sûr.
samedi 26 avril 2008
La grande santé de Pat Califia
Pat Califia désigne deux personnes : Patricia, née aux Etats-Unis dans un milieu mormon, devenue lesbienne à 13 ans et sadique à 17 ans ; Patrick, ayant entamé sa transition (changement de sexe) en 1999. Cet essai, paru dans la collection l’Attrape-Corps des éditions La Musardine, rassemble douze articles rédigés entre 1979 et 1999 par celle qui devait s’imposer comme une figure du féminisme ainsi que du mouvement lesbien, gay, bi et transgenre. Mais une figure atypique : l’orientation SM de Pat Califia lui valut immédiatement des rejets de la part de la communauté lesbienne (le SM n’étant pas assez exclusif, trop mâle, pratiqué à l’occasion avec des hommes gays ou hétéros) aussi bien que du mouvement féministe (le SM étant assimilé à la réification fétichiste et à la domination masculine, à la misogynie et à la violence). Opposition paradoxale qui valut à l’auteur ce constat amer et précoce : les mouvements d’émancipation des femmes ou des minorités, dirigés contre un ordre hétérosexuel, monogame et patriarcal dominant, tendent à créer en interne des contraintes normatives et des régulations comportementales parfois aussi étouffantes.Mais il en aurait fallu bien plus pour faire taire Pat Califia. Au fil de ces textes subversifs, elle décrit les pratiques qu’elle a choisies et les réflexions que ces pratiques nourrissent sur le mouvement LGBT et le féminisme. L’essai peut donc se lire comme une confession, une observation ou une réflexion, dont l’objet ne varie guère : le rapport que l’individu entretient avec ses choix sexuels, la réception de ces choix dans les minorités et dans la société en général. Il faut préciser que Pat Califia est douée d’un style remarquable, une rythmique percutante alliant sans la moindre difficulté dans un même texte des considérations tout à fait personnelles et pragmatiques à des propos bien plus généraux et théoriques. Les pages les plus saisissantes de l’ouvrage concernent certainement la description vécue de la pratique SM, vue du point de vue sadique (top ou dominant par opposition à bottom ou soumis) — mais un point de vue non exclusif, car Pat Califia est avant tout fascinée par la fluidité des rôles et des genres, par la capacité des individus à repenser leur corps et ses situations depuis les principes de désir et de plaisir, en parfaite indifférence à la morale et au quand dira-t-on. A tous ceux qui considèrent les pratiques minoritaires comme l’expression nécessaire d’un mal-être existentiel ou d’un dérèglement psychique, Pat Califia apporte la plus simple des réponses : un témoignage débordant de vitalité, de joie, d’intelligence, un gai savoir et une grande santé dont le simple contact rend la libération sexuelle un peu moins utopique.
Référence :
Califia P. (2008), Sexe et utopie, Paris, La Musardine, 196 p.
Illustration : collage de Philippe Tissier, galerie Blockhaus.
jeudi 10 avril 2008
De la construction du genre chez le singe rhésus
Chaque année, au moment de Noël, la section féministe de l’association Mix-Cité fait des descentes dans les grands magasins pour mettre en garde les parents sur la nature sexuée des jouets. Voyez-vous, acheter des poupées pour sa fille et des soldats pour son fils les inscrit à tout jamais dans un genre socialement déterminé.En décembre prochain, Mix-Cité devra aussi manifester dans les zoos.
Une équipe dirigée par le psychologue Kim Wallen (Centre Yerkes de recherche sur le primate, Atlanta) vient en effet de tester les préférences des jeunes singes rhésus, âgés de 1 à 4 ans, accompagnés d’adultes plus âgés. Dans une cage, les chercheurs ont disposé deux types de jouets, certains en acier (type voitures ou wagonnets), d’autres en peluche (type poupées). Ils ont ensuite filmé les comportements des singes, puis décomposé le temps passé avec chaque type de jouet. Résultat : les mâles ont montré une préférence pour les jouets en acier, les femelles ont joué indifféremment avec les deux catégories.
Une étude ne fait pas le printemps direz-vous (ni même le Noël féministe), et vous aurez raison. Mais le travail des primatologues de Yerkes n’est pas isolé. En 2002, Gerianne M. Alexander et Melissa Hinesa avaient abouti au même résultat chez le singe vervet (cercopithèque) : le temps passé par les mâles avec des ballons et des voitures était plus important que celui des femelles ; et inversement pour les poupées et les pots (voir aussi Alexander 2003).
La suite à venir : babouins, chimpanzés, bonobos et gorilles auront-ils besoin de Mix-Cité pour les aider à déconstruire l’assignation des rôles sociosexuels ?
Références :
Alexander G.M., M Hinesa (2002), Sex differences in response to children's toys in nonhuman primates (Cercopithecus aethiops sabaeus), Evolution and Human Behavior, 23, 6, 467-479.
Alexander, G.M. (2003), An evolutionary perspective of sex-typed toy preferences: pink, blue, and the brain, Archives of Sexual Behavior, 32, 7-17.
Hassett J.M. et al. (2008), Sex differences in rhesus monkey toy preferences parallel those of children, Hormones and Behavior, online pub., doi:10.1016/j.yhbeh.2008.03.008
Illustration : extrait de vidéo New Scientist. On peut la consulter ici.
dimanche 6 avril 2008
Ordi, mon ordi : suis-je la plus belle ?
2018. Catherine se connecte sur son réseau social FaceLook et voit une nouvelle application : Suis-je la plus belle? Elle l'installe. Son ordinateur portable prend un cliché de son visage, l'analyse et lui donne instantanément son classement : 27 341e en catégorie "global", 19 765e en catégorie "caucasienne". Catherine est d'abord un peu mortifiée. Puis elle se dit qu'il y a 300 millions de membres sur FaceLook et que son score est quand même très honorable.
Ce scénario de science-fiction pourrait devenir bientôt réalité. L'équipe d'Amit Kagian (Ecole de science informatique de l'Université de Tel Aviv) a en effet mis au point un logiciel de reconnaissance faciale capable de reproduire assez fidèlement les jugements humains en matière d'attractivité physique. Dans la première phase de l'expérience, 30 hommes et femmes devaient juger et classer 100 photographies de visages féminins. Dans un second temps, les informaticiens ont décomposé les éléments d'attracivité des visages les mieux ou les moins biens notés, comme par exemple la symétrie des traits (un fort prédicteur dans toutes les cultures), la qualité du grain de peau, etc. Ayant ainsi passé une phase d'apprentissage, leur logiciel s'est montré capable de prédire par la suite les classements esthétiques des humains sur de nouvelles photos.
Référence :
Kagian A. et al. (2008), A machine learning predictor of facial attractiveness revealing human-like psychophysical biases, Vision Research, 48, 2, 235-243.
Ce scénario de science-fiction pourrait devenir bientôt réalité. L'équipe d'Amit Kagian (Ecole de science informatique de l'Université de Tel Aviv) a en effet mis au point un logiciel de reconnaissance faciale capable de reproduire assez fidèlement les jugements humains en matière d'attractivité physique. Dans la première phase de l'expérience, 30 hommes et femmes devaient juger et classer 100 photographies de visages féminins. Dans un second temps, les informaticiens ont décomposé les éléments d'attracivité des visages les mieux ou les moins biens notés, comme par exemple la symétrie des traits (un fort prédicteur dans toutes les cultures), la qualité du grain de peau, etc. Ayant ainsi passé une phase d'apprentissage, leur logiciel s'est montré capable de prédire par la suite les classements esthétiques des humains sur de nouvelles photos.
Référence :
Kagian A. et al. (2008), A machine learning predictor of facial attractiveness revealing human-like psychophysical biases, Vision Research, 48, 2, 235-243.
mardi 1 avril 2008
Jouir avec entraves
Les adeptes des jeux sexuels de domination et soumission, dits aussi BDSM (bondage, discipline, sado-masochisme), sont-ils des individus déséquilibrés, ayant souffert de sévices dans leur jeunesse, incapables de savoir où est leur bien ? C’est probablement ce que pensent certaines associations féministes « antisexe » de type Chiennes de garde. C’est certainement ce que pense la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné les pratiques SM entre adultes consentants (affaire Laskey, Jaggard et Brown vs Royaume-Uni, 1997). Et après tout, c’est peut-être votre avis.Rien de tel toutefois que d’observer les faits plutôt que ses préjugés pour se forger une opinion. Et si possible de manière quantitative, au lieu de glaner deux ou trois anecdotes à la véracité douteuse et à la représentativité nulle. En bon adepte des grands nombres, Juliet Ritchers et ses collègues australiens ont interrogé 19.307 individus âgés de 16 à 59 ans sur leur comportement sexuel, sur leurs difficultés éventuelles en ce domaine, sur divers facteurs démographiques et psychosociaux. Il en ressort que 1,8 % des personnes sexuellement actives ont été impliquées dans une activité SM au cours de l’année précédant l’entretien (2,2 % des hommes, 1,3 % des femmes).
Portrait-robot de l’adepte des coups et blessures volontaires : par rapport à la moyenne de sa population, il est plus souvent gay, lesbienne ou bisexuel-le, il a plus souvent fait l’expérience du sexe oral ou anal, il a plus souvent utilisé des sex toys ou consommé du matériel classé X (internet ou télévision), il a eu plus d’un partenaire dans l’année écoulée. Côté biographique et psychologique : les SM n’ont pas plus connu de contraintes sexuelles que la moyenne de la population, ils ne sont pas plus malheureux ou anxieux que les autres – pour les hommes, c’est même le contraire, ils ont des scores moindres aux questionnaires de détresse psychologique.
Conclusion des scientifiques : « Notre étude soutient l’idée que le BDSM est simplement un intérêt sexuel ou une sous-culture attirante pour une minorité, et que pour la plupart des participants, elle n’est pas le symptôme psychopathologique d’un abus passé ou d’une difficulté avec le sexe ‘normal’ ». Pas de chance pour les bonnes âmes, il faudra donc faire le bien des SM malgré eux. Mais c’est peut-être une forme raffinée de supplice, qui sait ?
Référence :
Ritchers J. et al. (2008), Demographic and psychosocial features of participants in bondage and discipline, "sadomasochism" or dominance and submission (BDSM): Data from a national survey, J. Sex Med., online prepub., doi:10.1111/j.1743-6109.2008.00795.x
Illustration : Jennifer en détresse, Gilles Berquet, 2003 (galerie Clair Obscur).
lundi 24 mars 2008
Elles veulent tout (surtout les plus belles)
Les psychologues David M. Buss (Université du Texas) et Todd K. Shackelford (Université de Floride) ont réuni 214 individus (107 hommes et 107 femmes), d’âge moyen de 25 ans. Ils ont tous été évalués sur leur attractivité physique (visage, corps, ensemble) par des observateurs indépendants (n’appartenant pas à l’échantillon). Les chercheurs ont fait remplir aux femmes un questionnaire standard sur le partenaire idéal à long terme, structuré autour de quatre thèmes classiques en psychologie évolutionnaire : indicateurs supposés de bons gènes (virilité, sex appeal, forme physique, apparence soignée, intelligence), de bon investissement (revenus potentiels, caractère travailleur, niveau d’étude, statut social, être plus âgé que soi), de bon parent (intérêt pour la maison et les enfants, amour des enfants, stabilité émotionnelle, caractère gentil et compréhensif) et de bon partenaire (amour, tendresse, loyauté). À chacune de ces sous-sections, le questionnaire permettait de répondre sur une échelle de valorisation de 0 (sans importance) à 3 (indispensable). Résultat : les femmes jugées les plus attractives sont celles qui donnent les réponses les plus exigeantes dans chacune de ces quatre catégories. Ce qui tend à montrer qu’elles savent évaluer leur propre beauté et la traduire en standards élevés quand il s'agit de sélectionner un partenaire. Du moins dans la société concernée par l’étude, c’est-à-dire occidentale et industrielle.Référence : Buss D.M., T.K. Shackelford (2008), Attractive women want it all: Good genes, economic investment, parenting proclivities, and emotional commitment, Evolutionary Psychology, 6, 1, 134-46.
Illustration : Dahmane.
mercredi 12 mars 2008
En avoir de longues, ou pas ?
Vous rêviez d'avoir les jambes interminables d'Adriana Sklenaříková (madame Karembeu) ? Peut-être faut-il modérer vos désirs, finalement.
Définir scientifiquement les caractéristiques de l'attractivité physique est une activité à laquelle les chercheurs se livrent avec assiduité dans le monde entier. On a ainsi étudié sous toutes les coutures le ratio taille-hanche, le caractère plus ou moins pulpeux des lèvres, l'avantage de la symétrie des traits, l'intérêt de montrer un beau nombril sur un vente lisse et plein d'autres choses fort croustillantes.
Deux chercheurs polonais, Piotr Sorokowskia et Boguslaw Pawlowskibc, se sont intéressés à un domaine encore non exploré : la longueur des jambes. Ils ont pris une photo d'homme et une photo de femme ayant des proportions moyennes (normales), et ils ont artificiellement raccourci ou allongé leurs jambes par morphing. 100 hommes et 118 femmes ont dû ensuite juger l'attractivité physique de chaque version. Résultat : les courts-sur pattes sont moins désirables, aux yeux des mâles comme des femelles. On s'en doutait un peu. Mais attention : l'optimum semble atteint avec une légère augmentation de la longueur des jambes seulement (5%). Au-delà, le sex-appeal en prend un coup.
On en rit peut-être de ce côté-ci du Vieux Monde : mais bon nombre de femmes asiatiques, surtout japonaises, n'hésitent pas à subir de pénibles opérations pour se faire allonger les jambes, qu'elles jugent trop courtes par rapport aux canons occidentaux ou africains. La Chine a d'ailleurs officiellement interdit cette pratique en 2006, en raison du trop grand nombre de demandes qui engorgeaient les cliniques selon le pouvoir.
Référence :
Sorokowskia P. et B. Pawlowskibc (2008), Adaptive preferences for leg length in a potential partner, Evolution and Human Behavior, 29, 2, 86-91.
Illustration : photographie Helmut Newton
Définir scientifiquement les caractéristiques de l'attractivité physique est une activité à laquelle les chercheurs se livrent avec assiduité dans le monde entier. On a ainsi étudié sous toutes les coutures le ratio taille-hanche, le caractère plus ou moins pulpeux des lèvres, l'avantage de la symétrie des traits, l'intérêt de montrer un beau nombril sur un vente lisse et plein d'autres choses fort croustillantes.Deux chercheurs polonais, Piotr Sorokowskia et Boguslaw Pawlowskibc, se sont intéressés à un domaine encore non exploré : la longueur des jambes. Ils ont pris une photo d'homme et une photo de femme ayant des proportions moyennes (normales), et ils ont artificiellement raccourci ou allongé leurs jambes par morphing. 100 hommes et 118 femmes ont dû ensuite juger l'attractivité physique de chaque version. Résultat : les courts-sur pattes sont moins désirables, aux yeux des mâles comme des femelles. On s'en doutait un peu. Mais attention : l'optimum semble atteint avec une légère augmentation de la longueur des jambes seulement (5%). Au-delà, le sex-appeal en prend un coup.
On en rit peut-être de ce côté-ci du Vieux Monde : mais bon nombre de femmes asiatiques, surtout japonaises, n'hésitent pas à subir de pénibles opérations pour se faire allonger les jambes, qu'elles jugent trop courtes par rapport aux canons occidentaux ou africains. La Chine a d'ailleurs officiellement interdit cette pratique en 2006, en raison du trop grand nombre de demandes qui engorgeaient les cliniques selon le pouvoir.
Référence :
Sorokowskia P. et B. Pawlowskibc (2008), Adaptive preferences for leg length in a potential partner, Evolution and Human Behavior, 29, 2, 86-91.
Illustration : photographie Helmut Newton
jeudi 6 mars 2008
Des mots, des filles et des garçons
Les psychométriciens le mesurent depuis fort longtemps : en moyenne, les filles obtiennent de meilleurs scores que les garçons dans les tests cognitifs associés au langage. Logiquement, elles obtiennent aussi (toujours en moyenne) de meilleures notes à l’école dans les matières littéraires, de même qu’elles sont largement majoritaires dans les filières de lettres.
Comment se matérialise cette différence dans le cerveau ? Pour le savoir, Douglas D. Burman, Tali Bitanc et James R. Booth ont fait passer une imagerie par résonance magnétique à 31 garçons et 31 filles âgés de 9 à 15 ans, en bonne santé et sans problème scolaire. Les enfants devaient accomplir des tâches verbales (écrire ou épeler) pendant que les chercheurs examinaient l’activité de leurs neurones.
Premier résultat : les filles ont montré une activité cérébrale bilatérale globalement plus importante que les garçons, notamment dans les aires spécialisées dans la maîtrise du langage (gyrus temporal supérieur, gyrus frontal inférieur, gyrus fusiforme gauche). Deuxième résultat : la performance est d’autant meilleure que l’activité mentale est intense. Troisième résultat, le plus intéressant : filles et garçons ne procèdent pas de la même manière. Chez les filles, le niveau de performance dépend essentiellement de l’activité de l’aire du langage elle-même, alors que chez les garçons, il dépend aussi des activités dans le cortex associatif visuel ou auditif, selon la tâche. « Nos résultats suggèrent que le processus du langage pourrait être plus sensoriel chez les garçons, plus abstraits chez les filles », remarque Douglas D. Burman.
Référence :
Burman G.D. et al. (2008), Sex differences in neural processing of language among children, Neuropsychologia, in press, doi:10.1016/j.neuropsychologia.2007.12.021
Comment se matérialise cette différence dans le cerveau ? Pour le savoir, Douglas D. Burman, Tali Bitanc et James R. Booth ont fait passer une imagerie par résonance magnétique à 31 garçons et 31 filles âgés de 9 à 15 ans, en bonne santé et sans problème scolaire. Les enfants devaient accomplir des tâches verbales (écrire ou épeler) pendant que les chercheurs examinaient l’activité de leurs neurones.
Premier résultat : les filles ont montré une activité cérébrale bilatérale globalement plus importante que les garçons, notamment dans les aires spécialisées dans la maîtrise du langage (gyrus temporal supérieur, gyrus frontal inférieur, gyrus fusiforme gauche). Deuxième résultat : la performance est d’autant meilleure que l’activité mentale est intense. Troisième résultat, le plus intéressant : filles et garçons ne procèdent pas de la même manière. Chez les filles, le niveau de performance dépend essentiellement de l’activité de l’aire du langage elle-même, alors que chez les garçons, il dépend aussi des activités dans le cortex associatif visuel ou auditif, selon la tâche. « Nos résultats suggèrent que le processus du langage pourrait être plus sensoriel chez les garçons, plus abstraits chez les filles », remarque Douglas D. Burman.
Référence :
Burman G.D. et al. (2008), Sex differences in neural processing of language among children, Neuropsychologia, in press, doi:10.1016/j.neuropsychologia.2007.12.021
jeudi 21 février 2008
Acheminement vers le point G
Le mythique point G a-t-il été découvert ? C’est ce que pense Emmanuele Jannini, chercheur à l’Université de L’Aquila (Italie). Le biologiste et son équipe avaient déjà identifié des marqueurs surexprimés dans les tissus situés entre le vagin et l’urètre, zone supposée du point G, notamment les familles PDEs (phosphodiestérases, des enzymes notamment responsables du métabolisme du monoxyde d’azote et de l’érection masculine). Jannini a sélectionné 20 volontaires, 9 femmes éprouvant régulièrement un orgasme vaginal, 11 n’en éprouvant jamais. À l’aide d’un scanner à ultrason, il a reconstitué la totalité de leur zone urétrovaginale en trois dimensions. Résultat : les parois de cet espace sont plus épaisses chez les femmes à orgasme vaginal que chez les autres. La région est riche en vascularisation et en innervation. Elle abrite les glandes de Skène, un équivalent tissulaire de la prostate masculine (probable résidu de la différenciation des tissus au cours de l’embryogenèse).Depuis sa découverte par Ernest Gräfenberg en 1950 et sa popularisation dans les années 1980, le point G a fait couler beaucoup d’encre, et la communauté biomédicale est encore divisée sur son existence (cf Hines 2001 pour l’hypothèse négative). Au-delà de la vulgarisation bêtifiante (« Prenez votre pied en découvrant votre point G »), la question est tout à fait intéressante. On sait qu’un grand nombre de femmes n’éprouvent aucun plaisir particulier lors de l’acte hétérosexuel classique avec pénétration (environ une femme sur trois) et il semble que cette frigidité vaginale possède une solide base génétique (Dunn 2006). Ce sujet a même pris un tour politique voici quelques décennies, lorsque les féministes ont opposé le plaisir clitoridien, synonyme d’émancipation, au plaisir vaginal, expression du patriarcat. Il est tout à fait concevable que la mise en évidence des différences génétiques et anatomiques parvienne à réconcilier tout le monde à l’avenir, en montrant tout simplement que les voies de l’orgasme féminin diffèrent d’un individu à l’autre, et qu’elles sont assez impénétrables dans certains cas.
Pour l’avenir, ces travaux sont aussi le gage de modifications possibles de l’organisme. Si l’anorgasmie vaginale est mal vécue par une femme, elle aura peut-être le choix d’une intervention locale permettant d’instaurer une croissance nerveuse et vasculaire dans la zone urétrovaginale. Et inversement, les féministes radicales souhaitant couper les ponts et les tentations avec l’organe mâle pourront éventuellement s’atrophier le point G pour se consacrer à leur seul clitoris.
Références :
Dunn K.M. et al. (2005), Genetic influences on variation in female orgasmic function : a twin study, Biology Letters, Royal Society, DOI : 10.1098/rsbl.2005.0308
Gravina G.L. et al. (2008), Measurement of the thickness of the urethrovaginal space in women with or without vaginal orgasm, J. Sexual Med., online early pub., doi:10.1111/j.1743-6109.2007.00739.x
Hines TM. (2001), The G-spot: a modern gynecologic myth, Am. J. Obstet. Gynecol.,185, 2, 359-62
Illustration : Marlene Dumas, Two of the same kind, 1993, encre sur papier (Anthony Meier)
mercredi 13 février 2008
Leah : libertine, intelligente, gorille
Pour la première fois dans l’histoire de la primatologie, le chercheur Thomas Breuer (Institut Max Plank d’anthropologie évolutionniste, Allemagne) est parvenu à photographier un couple de gorilles en train de faire l’amour face à face. Techniquement, on appelle cela la position ventro-ventrale. On savait que le bonobo, une espèce de chimpanzé, pratique déjà couramment ce type de copulation.La femelle gorille sur cette photographie, appelée Leah, vit dans la réserve de Nouabalé-Ndoki, en République du Congo. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait parler d’elle : en 2005, elle avait été observée en train d’utiliser des outils (là encore, un comportement fréquent chez les chimpanzés, mais inexistant chez les gorilles). En l’occurrence, l’ingénieuse et libertine Leah utilisait un bâton pour tester la profondeur d’une mare d’eau, avant d’y barboter. Pour mémoire, le dernier ancêtre commun de l’homme et du chimpanzé aurait vécu voici 5-7 millions d’années, mais il faut remonter à 9-10 millions d’années pour trouver un aïeul commun avec le gorille. On voit donc que les innovations / adaptations locales sont fréquentes et anciennes chez les primates, même s'il fallut attendre l'homme pour les voir généralisées, complexifiées, puis transmises par d'autres méthodes que l'imitation d'individu à individu.
Illustration : © Thomas Breuer – WCS/MPI-EVA
lundi 31 décembre 2007
L'influence du cycle menstruel sur le cerveau féminin
Quelle influence joue la variation du taux d'œstrogène sur l'activation du cerveau féminin? A l'aide de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, Jean-Claude Dreher, chercheur au Centre de neuroscience cognitive (CNRS/Université Lyon 1), en collaboration avec une équipe américaine du National Institute of Mental Health (Bethesda, Maryland) dirigée par Karen Berman, est parvenu à caractériser, pour la première fois, les réseaux cérébraux impliqués dans le traitement de récompenses monétaires qui sont modulés par les hormones stéroïdes gonadiques chez la femme. Publié en ligne le 31 janvier 2007 sur le site de la revue PNAS, ce résultat marque un pas important pour une meilleure compréhension de certaines pathologies psychiatriques et neurologiques.
Le cerveau humain est muni d'un système de récompense, impliqué dans la prédiction de récompenses de différente nature (nourriture, argent, drogues…). Le fonctionnement normal de ce système joue un rôle fondamental dans de nombreux processus cognitifs tels que la motivation et l'apprentissage. Ce système de récompense, composé des neurones dopaminergiques (1) situés dans le mésencéphale (région très profonde du cerveau) et de leurs sites de projection (2), est crucial pour le codage neuronal des récompenses. Son dysfonctionnement peut produire des troubles comme les addictions et est également impliqué dans différentes pathologies neurologiques et psychiatriques, tels la maladie de Parkinson et les troubles schizophréniques. De très nombreuses études effectuées chez l'animal prouvent que le système dopaminergique (3) est sensible aux hormones stéroïdes gonadiques (œstrogène, progestérone). Un exemple : les rats femelles s'auto-administrent de la cocaïne (drogue qui agit sur le système dopaminergique) à des taux plus importants après administration d'œstrogènes.
Restait donc à explorer, chez l'être humain, l'influence des hormones stéroïdes gonadiques sur l'activation du système de récompense. Mieux connaître cette influence permet de comprendre les différences entre hommes et femmes, observées notamment dans la prévalence de certaines pathologies psychiatriques et dans la vulnérabilité aux drogues (pour lesquelles le système dopaminergique joue un rôle important). On sait par exemple que la réponse des femmes à la cocaïne est plus importante dans la phase folliculaire du cycle menstruel (4) que dans la phase lutéale (5). Par ailleurs, la schizophrénie se déclare plus tardivement chez les femmes que chez les hommes. Ces deux observations montrent que les neurostéroïdes gonadiques (6) modulent le système dopaminergique chez la femme, mais laissent ouverte la question de la modulation du réseau neuronal du système de récompense par ces mêmes hormones.
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont mis au point une expérience utilisant l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) : l'activité cérébrale d'un groupe de femmes est examinée deux fois au cours de leur cycle menstruel. À chaque passage dans l'IRM, des machines à sous virtuelles, présentant des probabilités de gains différents, leur sont présentées. Lorsque les femmes anticipent des récompenses incertaines, elles activent davantage des régions cérébrales impliquées dans le traitement des émotions, notamment l'amygdale et le cortex orbitofrontal, au cours de la phase folliculaire (4 à 8 jours après le début des règles) qu'au cours de la phase lutéale (6 à10 jours après le pic de l'hormone LH (7)). Ces résultats démontrent une réactivité accrue du système de récompense féminin lors de la phase folliculaire, c'est d'ailleurs la phase où les œstrogènes ne s'opposent pas à la progestérone. Afin de déterminer les différences d'activation du système de récompense entre les deux sexes, la même expérience a été menée chez un groupe masculin. Résultat : lors de l'anticipation de récompenses, les hommes activent essentiellement une région impliquée dans la motivation pour l'obtention de récompenses, le striatum ventral, tandis que chez les femmes, c'est une région traitant les émotions, la région amygdalo-hippocampique, qui est la plus fortement activée.
Ces conclusions pourraient s'appliquer à des domaines autres que monétaires. Prenons l'exemple de la réceptivité et du désir, deux qualités qui sont supposées faciliter la procréation et peuvent apparaître pendant la période ovulatoire. On peut envisager que l'augmentation d'activité de certaines régions du cerveau féminin pendant la phase folliculaire, modulerait les comportements liés à l'obtention de récompenses, tels le comportement d'approche lors de l'anticipation de récompense et le comportement hédonique au moment de sa réception.
À la frontière entre neuroendocrinologie et neurosciences cognitives, ces résultats permettent de mieux comprendre le rôle fondamental des hormones stéroïdes gonadiques sur le traitement de la récompense, plus particulièrement dans les processus comportementaux comme la motivation et l'apprentissage. Ils présentent également un intérêt majeur quant à la compréhension du dysfonctionnement du système de récompense observé notamment dans les cas de maladie de Parkinson, de schizophrénie, de vieillissement normal et d'addictions aux drogues et aux jeux d'argent.
Notes :
(1) La dopamine est un neurotransmetteur, plus précisément une molécule qui module l'activité des neurones dans le cerveau. Les neurones dopaminergiques utilisent la dopamine comme neurotransmetteur/neuromodulateur.
(2) Structures incluant le striatum ventral, le cortex cingulaire antérieur, et le cortex orbitofrontal.
(3) Système dopaminergique : ensemble de structures cérébrales innervées par les neurones dopaminergiques.
(4) Phase folliculaire : première partie du cycle menstruel à partir du premier jour des règles.
(5) Phase lutéale : deuxième partie du cycle qui commence après l'ovulation et se termine à l'arrivée des règles.
(6) Neurostéroïdes gonadiques : hormones stéroïdes produites par les gonades (ovaires ou testicules) qui interagissent avec les récepteurs des œstrogènes, de la progestérone ou des androgènes. Les œstrogènes et la progestérone ne sont pas que des hormones sexuelles influençant l'ovulation et le la reproduction, elles affectent également un grand nombre de fonctions cognitives et affectives.
(7) L'hormone lutéinisante (LH) est une hormone produite par l'hypophyse. Son rôle essentiel est de déclencher l'ovulation qui survient entre 36 et 48 heures après le pic de LH.
Référence : Menstrual cycle phase modulates reward-related neural function in women (2007). J-C Dreher, P.J. Schmidt, P. Kohn, D. Furman, D. Rubinow, K.F. Berman. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, on-line publication January 31, 2007.
Source : communiqué presse CNRS
lundi 24 décembre 2007
Pourquoi les chromosomes X doivent savoir compter jusqu'à deux ?
Chez les mammifères, l'existence de chromosomes sexuels de taille différente aurait pu être à l'origine d'une injustice génétique. Le chromosome Y qui caractérise les mâles est de petite taille et contient beaucoup moins de gènes que le chromosome X. Pour éviter une inégalité génétique, les femelles mammifères inactivent un de leur deux chromosomes sexuels au cours de l'embryogenèse. Mais comment se déroule cette extinction, qui ne doit avoir lieu que chez les femelles et au cours de laquelle la cellule doit choisir entre le chromosome X hérité du père et celui hérité de la mère ?
A l'Institut Curie, l'équipe CNRS d'Edith Heard (1)vient de découvrir que, dans un premier temps, une région chromosomique particulière, Xpr, met en contact les chromosomes X et s'assure de leur nombre : s'il y a plus d'un chromosome X, l'un des deux peut être inactivé. Xpr est ainsi le rouage principal de cette étape de vérification, essentielle pour éviter des extinctions intempestives aux conséquences néfastes. Ces résultats sont publiés dans la revue Science du 7 décembre 2007.
Quelle est la différence entre les hommes et les femmes ? Une question qui reste en suspens. Quoi qu’il en soit, le système de détermination sexuelle de la majorité des mammifères est relativement simple : deux chromosomes, les chromosomes sexuels, sont responsables de cette différence. Les mâles ont un chromosome X et un chromosome Y, alors que les femelles ont deux chromosomes X. Et là, il devient évident que les mâles, avec leur chromosome Y beaucoup plus petit que l’X, ont été lésés.
Mais la nature dans sa grande générosité rétablit la parité génétique puisque, chez les femelles, un des chromosomes X est inactivé très tôt au cours du développement de l’embryon. Ce processus entraîne l’extinction de la transcription de la quasi-totalité des 2 000 gènes portés par l’un des deux chromosomes X. Cette volonté d’égalité place la cellule devant un choix cornélien : lequel des deux chromosomes éteindre, sachant que l’un est hérité de la mère et l’autre du père ? Encore une fois l’égalité est de mise puisque, chez les femelles, l'inactivation du X se fait au hasard et aboutit à une mosaïque de populations cellulaires dont certaines expriment l’X maternel et d'autres l’X paternel.
L’équipe CNRS « Epigenèse et développement des mammifères » que dirige Edith Heard à l’Institut Curie étudie ce processus d'inactivation du chromosome X, au cours de l'embryogenèse chez les mammifères femelles, un modèle de choix pour l'étude des changements d'expression des gènes et de l'organisation du noyau lors de la différenciation cellulaire.
Concrètement, chaque chromosome X possède un centre d’inactivation, Xic, chargé de son « extinction » potentielle et ce, grâce à la production d’un ARN non codant, Xist. Mais avant d’initier l’inactivation, la cellule doit d’abord s’assurer qu’elle contient plusieurs chromosomes X, notamment afin d’éviter l’inactivation de l’unique X chez les mâles. Les chercheurs CNRS de l’Institut Curie viennent de montrer comment une des régions du centre d’inactivation, Xpr, gère cette vérification. Dans les cellules embryonnaires femelles étudiées, peu avant la mise en place de l’inactivation, les deux régions Xpr issues du X paternel et maternel, se rencontrent transitoirement dans le noyau. Cette rencontre permet, d’une part à la cellule de détecter la présence de ses deux chromosomes X, mais également à ces derniers, de se prévenir mutuellement de leur présence afin de choisir lequel des deux sera inactivé. L'ARN Xist peut alors s’accumuler sur le chromosome X choisi, et induire son extinction.
Lorsque la région Xpr est introduite dans des lignées cellulaires mâles, les chercheurs constatent d’ailleurs que le seul chromosome X présent est inactivé, ce qui conduit à la mort des cellules. Tout se passe comme si la région Xpr surnuméraire était détectée par la cellule comme un deuxième chromosome X et induisait de ce fait l’inactivation du seul X réellement présent.
Cette rencontre transitoire des Xics est essentielle à l’aspect aléatoire de l’inactivation du X. Ce type d’interaction entre deux locus pourrait en outre représenter un mécanisme général de recensement pour l’ensemble des gènes ne devant être exprimé qu’en une seule copie, soit de manière monoallélique, et choisie de façon aléatoire entre celle d’origine paternelle et maternelle. Ces gènes qu’on pensait peu nombreux représentent en fait 10 % des gènes humains, comme l’a montré une récente étude (2). Ce résultat pourrait avoir des implications importantes en santé publique, car une mutation dans un allèle – une des deux versions du gène présente dans la cellule – peut avoir de graves conséquences si l'autre allèle est déjà éteint.
«La mise en place de ce profil monoallélique aléatoire pourrait reposer sur des mécanismes proches de ceux de l’inactivation du chromosome X» précise Edith Heard. Forts de ce nouveau constat, les chercheurs étudient désormais les liens possibles entre ces deux phénomènes.
Par ailleurs, l’inactivation du chromosome X est un modèle à l’étude de la différenciation cellulaire, mécanisme par lequel la cellule se spécialise. Or, les cellules tumorales suivent un cheminement inverse ; elles oublient les fonctions pour lesquelles elles avaient été programmées. Mieux comprendre le mécanisme d’inactivation du chromosome X peut certainement éclairer sur les dysfonctionnements des cellules tumorales.
Référence :
Sensing X Chromosome Pairs Before X Inactivation via a Novel X-Pairing Region of the Xic, S. Augui, G. Filion, S. Huart, E. Nora, M. Guggiari, M. Maresca, A. F. Stewart, E. Heard, Science, 7 décembre 2007, vol. 318, p. 1632-1636.
Source : communiqué presse du CNRS
dimanche 25 novembre 2007
Chirurgie mammaire, estime de soi et fonction sexuelle
Les femmes qui subissent une augmentation mammaire chirurgicale connaissent un coup de pouce non négligeable dans l'estime de soi et les sentiments positifs au sujet de leur sexualité, selon Cynthia Figueroa-Haas, professeur adjoint d'enseignement clinique à l’Université de Floride où a été menée l'étude. «Beaucoup de personnes, y compris les prestataires de soins, ont des idées préconçues négatives sur ceux qui choisissent de subir une chirurgie plastique, sans en comprendre pleinement les avantages», a déclaré Figueroa-Haas. En 2005, 2,1 millions d’actes chirurgicales esthétiques ont été réalisés, selon l'American Society for Aesthetic Plastic Surgery. Le nombre de procédures d'implantation mammaire à lui seul a augmenté de 476 % entre 2000 et 2007. Plus de 2 millions de femmes américaines ont des implants mammaires, et plus de 360.000 d’entre les y ont recours chaque année.
Figueroa-Haas a étudié 84 femmes âgées 21 à 57 ans, afin d'évaluer leur perception de l'estime de soi et de la sexualité avant et après l'augmentation mammaire. L'amélioration de l'estime de soi et la satisfaction sexuelle étaient corrélées à l’opération. Figueroa-Haas a utilisé deux échelles pour mesurer l'estime de soi et de la sexualité, la Self-Esteem Scale Rosenberg et le Female Sexual Function Index, qui évalue les domaines comme l'excitation sexuelle, la satisfaction, l'expérience et les attitudes. Le score d’estime de soi est passé de 20,7 à 24,9 sur les 30 points de l’échelle de Rosenberg point. Celui de la fonction sexuelle féminine a augmenté de 27,2 à 31,4 points (sur 36). On note aussi des augmentations substantielles dans les scores du désir sexuel (+ 78,6 %), de l'excitation (+81 %) et de la satisfaction (+57 %).
mercredi 12 septembre 2007
Inauguration de l'exposition Amour, guerres et sexualité 1914-1945
Le CNRS vous convie à l'inauguration de l'exposition Amour, guerres et sexualité 1914-1945, jeudi 20 septembre 2007, de 14h à 18h. Initiée par le Musée de l'Armée et le Musée d'Histoire contemporaine – BDIC(1), en collaboration avec le CNRS, cette exposition est présentée à l'Hôtel national des Invalides, 129 rue de Grenelle Paris 7e, du 22 septembre au 31 décembre 2007. Auteurs de l'ouvrage « Hommes et femmes dans la France en Guerre, 1914-1945 »(2) Danièle Voldman(3), François Rouquet(4) et Fabrice Virgili(5), ces trois chercheurs issus de laboratoires CNRS ont participé en tant que commissaires d'exposition, à cette exposition.
Cet événement a pour ambition de présenter un sujet nouveau : à la croisée de l'histoire des guerres et de l'histoire du genre. Il s'agit de comprendre comment et en quoi les deux guerres mondiales ont affecté les relations entre les hommes et les femmes, civils et militaires, au niveau le plus intime, celui du rapport amoureux et de la sexualité. Ce thème est développé à la fois sur le plan des pratiques, des imaginaires et des représentations.
S'aimer, dire et faire l'amour, en temps de conflits, tout est bouleversé. La séparation d'abord, puis les événements militaires et leurs multiples conséquences soumettent l'intimité des couples à rude épreuve et perturbent les pratiques amoureuses et sexuelles. On s'écrit, on fantasme, mais l'absence génère des situations exceptionnelles. La sexualité sous ses formes les plus diverses préoccupe les autorités qui tentent d'en contrôler les pratiques (conjugalité, adultère, homosexualité, prostitution…) ; elle devient une affaire d'Etat.
Malgré la guerre et les difficultés, certains couples parviennent à se retrouver ; d'autres se forment au hasard des déplacements de troupes, des rencontres et des cohabitations, parfois même entre nations ennemies.
La sexualité sert aussi d'arme pour agresser l'ennemi et pénètre au cœur du conflit. Les sévices sexuels sont pratique courante sur les théâtres d'opération, atteignant physiquement et moralement les individus dans leur intimité (viols, mutilations, prostitution forcée, femmes tondues…)
Et lorsque le conflit prend fin, comment l'amour et la sexualité reprennent-ils leur cours ? La guerre imprègne l'identité même des individus, la paix ne permet pas toujours un retour à l'état antérieur.
Informations pratiques :
Horaires d'ouverture : Tous les jours 10h-18h jusqu'au 30 septembre, 10h-17h à partir du 1er octobre.
Fermée le premier lundis de chaque mois, les 1er novembre et 25 décembre.
Tarifs : 6€ tarif plein, 4€ tarif réduit, gratuit - 18 ans
(ce billet ne donne pas accès aux collections permanentes du musée de l'Armée)
Notes :
1) Bibliothèque de documentation internationale contemporaine
2) Luc CAPDEVILA, François ROUQUET, Fabrice VIRGILI, Danièle VOLDMAN, Hommes et femmes dans la France en guerre 1914-1945 Paris, Editions Payot et Rivages, 2003
3) Centre d'histoire sociale du XXe siècle (CNRS, Université Paris 1)
4) Centre de recherches sur l'action publique en Europe (Université Rennes 1, IEP Rennes 1, CNRS)
5) Laboratoire Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe (CNRS, Université Paris1, Université Paris 4)
Inscription à :
Articles (Atom)