samedi 11 mars 2000

Le Viagra… et après ?


Voici deux ans, les couvertures des tabloïds et magazines du monde entier s’ornaient d’une petite pilule bleue... Le Viagra a-t-il tenu ses promesses ? A quoi ressemblent les nouvelles molécules concurrentes qui entrent sur le marché ? Dans le secret des laboratoires, on prépare aujourd’hui l’amour de demain.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 9 millions de prescriptions en une seule année aux Etats-Unis, 250 000 en France, un milliard de dollars de chiffres d’affaire pour la société Pfizer qui le commercialise. Le Viagra, molécule sildénafil de son nom scientifique, a connu un franc succès depuis son lancement voici deux ans. Devenue aussi célèbre que l’aspirine, cette « pilule du désir » représente à elle seule un phénomène de société.
Pour Alain Jardin, chef du service d’urologie du CHU de Montpellier, le phénomène s’appuie d’abord sur un très vieux socle de notre imaginaire : « L’érection occupe une place prépondérante dans la sexualité masculine, souligne-t-il. Elle en est la manifestation la plus visible, l’extériorité la plus marquante. Mais elle est encore bien plus : condition de l’accouplement et garante de la perpétuation de l’espèce, elle apparaît dans toutes les civilisations comme l’un des premiers symboles de la vie ».
L’érection est pour l’homme un « symbole de puissance », appuie l’historien des sciences André Béjin (CNRS) : « Les femmes pouvaient simuler la jouissance. L’homme, dorénavant, sera en mesure de simuler la puissance ». Plus prosaïque, le sociologue Alain Ehrenberg y voit plutôt un symbole du « culte de la performance » qui envahit nos sociétés : en affaire comme en amour, l’efficacité devient le maître-mot et les individus doivent s’adapter à tous les changements, quitte à médicaliser leur vie quotidienne. Cette attitude devant la vie est plus avancée aux Etats-Unis qu’en Europe, ce qui expliquerait le différentiel de consommation : au sein de la population masculine souffrant de troubles de l’érection, un Américain sur trois a consommé du Viagra contre un Européen sur dix seulement.

“La verge comme le cœur remue par elle-même” (Aristote)
Quoi qu'il en soit des motivations plus ou moins spontanées du consommateur, le petit losange bleu répond d’abord à un vrai problème de santé publique. En France, 7 % des hommes de 18 à 69 ans reconnaissent qu’il leur arrive souvent de ne pas avoir d’érection dans leur rapport sexuel. Le trouble est certes moins répandu que l’éjaculation prématurée (10 %), mais il touche tout de même 1,5 million de personnes. Et le vieillissement aidant (15 % de la population française a déjà plus de 65 ans), les choses ne vont pas s’arranger puisque la fréquence des dysfonctionnements érectiles s’accroît avec l’âge.
Avant le Viagra, il n’existait que deux traitements disponibles : l’injection de chlorhydrate de papavérine par auto-piqûre dans la verge, procédé mis au point par Ronald Virag en 1982, ou l’implantation chirurgicale d’implants tantôt semi-rigides tantôt gonflables dans le pénis. Une piqûre ou une opération : on comprend que ces procédés aient connu moins de succès que la simple ingestion d’une pilule !
La mise au point du Viagra s’appuie sur les découvertes récentes de la recherche scientifique. On savait depuis Aristote que l’homme est la seule espèce privée d’os pénien : « La verge comme le cœur est un organe qui remue par lui-même », soulignait déjà le Stagirite au Ve siècle avant J.C. Or depuis, les progrès furent très minces : il faut attendre les années 80 du XXe siècle pour commencer à comprendre vraiment les mécanismes de l’érection !
Le gonflement de la verge est la conséquence d’un afflux de sang dans ses tissus érectiles. Elle survient spontanément durant le sommeil paradoxal, ce qui explique notamment la fréquence des érections matinales. A l’état de veille, l’érection répond à une stimulation sexuelle qui peut prendre la forme d’un attouchement local ou d’une représentation mentale. C’est en fait le système nerveux central qui commande les différentes phases de l’érection masculine. La stimulation réelle ou virtuelle déclenche la synthèse et la libération d’un neuromédiateur, le monoxyde d’azote, qui provoque à son tour un relâchement des muscles des corps caverneux et du corps spongieux du pénis. Les cellules musculaires produisent alors du GMP cyclique qui rigidifie la verge à mesure qu’elle s’engorge de sang. Mais ce GMP cyclique est détruit par une enzyme, la phospho-diestérase de type 5. Or la molécule active du Viagra, la sildénafil UK 92-480, bloque cette activité inhibitrice de l’enzyme et rétablit la voie monoxyde d’azote-GMP cyclique. Les chercheurs qui ont mis au point la sildénafil dans les laboratoires de Pfizer ont découvert cette qualité par hasard, en analysant les effets secondaires de patients traités pour des insuffisances cardiaques. Les tests des vertus sexuelles de la sildénafil sur les animaux avaient été négatifs : la molécule agit lorsqu’il y a déjà stimulation sexuelle. Elle ne la crée pas.

Stimulation sexuelle : la guerre des molécules
Deux ans après sa première commercialisation aux Etats-Unis, quel est le bilan thérapeutique du Viagra ? Selon une enquête financée par les laboratoires Pfizer, l’âge moyen des utilisateurs de la petite pilule bleue est de 57 ans et leur indice de satisfaction s’élève à 70 %. Dans une autre étude dirigée par Ronald Virag, inventeur du procédé concurrent de la micro-injection intracaverneuse, seul 32 % des patients sont restés fidèles au Viagra, 34 % d’entre eux préférant recourir aux piqûres de chlorhydrate de papavérine. L’efficacité relative du Viagra s’explique par l’étiologie complexe des troubles érectiles, dont on estime que 5 à 10 % seulement ont une origine purement physiologique.
Le marché annuel de l’érection étant évalué à 3 ou 4 milliards de dollars pour 2001-2002, on comprend aisément pourquoi les concurrents du Viagra s’apprêtent à envahir les pharmacies. Le laboratoire Zonagen commercialise déjà en Amérique latine un médicament sous le label Vasomax (Vasofem pour les femmes) et dont la molécule active est le phentolamine mésylate. Le Vasomax présente le même effet vasodilatateur que le Viagra, mais il agit au niveau des récepteurs adrénaliens des cellules musculaires. Sa commercialisation en Europe et aux Etats-Unis est à l’examen. Des effets secondaires signalés chez les animaux risquent toutefois de la retarder.
Autre produit annoncé : l’Uprima des laboratoires Takeda & Abbott. Les chercheurs de cette société ont découvert que les personnes atteintes de la maladie de Parkinson connaissent une amélioration de leur érection lorsqu’elles reçoivent un traitement à base d’apomorphine. Cette molécule est un agoniste dopaminergique qui améliore les stimulations sexuelles des noyaux paraventriculaires de l’hypothalamus, organe cérébral impliqué dans le processus de l’érection et de l’orgasme.
Autre molécule en voie de commercialisation rapide : le PT-14, un peptide analogue de l’hormone mélano-stimulante. Selon les rumeurs s’échappant des laboratoires de test de la société Palatin, ce médicament aura pour avantage sur ses concurrents de provoquer de manière quasi-automatique l’érection en stimulant directement l’excitation sexuelle. Les utilisateurs jugeront…
Comme le souligne Françis Giuliano, chirurgien urologue au CHU de Bicêtre, « on peut envisager d’associer des médicaments agissant différemment. De telles combinaisons auraient l’avantage d’attaquer des cibles différentes : les muscles de la verge et les zones responsables de l’érection dans le cerveau ou la moelle épinière ». 

Les femmes ne sont pas oubliées
Les hommes ne sont pas les seuls à souffrir de troubles sexuels et les chercheurs ne se désintéressent pas de l’autre moitié de l’humanité. D’autant que selon une étude américaine récente, 60 % des femmes se plaignent de leurs rapports sexuels. Mais pour les scientifiques, la sexualité féminine demeure encore une terra incognita. Elle ne se traduit par aucun phénomène aussi quantifiable et mesurable que peut l’être l’érection du pénis. La lubrification vaginale, provoquée par l’afflux de sang dans les muqueuses, facilite l’intromission du pénis. Une lubrification insuffisante est source de douleur lors de la copulation. De même, le clitoris, organe homologue du pénis, connaît une légère érection chez la femme, selon le même procédé chimique de la voie monoxyde d’azote-GMP cycli­que. Les laboratoires Pfizer testent actuellement la sildénafil sur 800 femmes à travers le monde. Mais rien ne prouve que la tumescence clitoridienne et la lubrification vaginale, qui devraient être améliorées par le futur Viagra version rose, stimulent le désir féminin. Les laboratoires de la société Procter & Gamble, eux aussi en lice pour commercialiser un aphrodisiaque féminin, étudient en ce moment les effets d’un patch à la testostérone. Cette hormone masculine est également présente dans les gonades et le cerveau féminin, et on sait que sa baisse de concentration après la ménopause est corrélée à un affaiblissement de la stimulation sexuelle.
Avec le Viagra, le traitement des troubles de la sexualité est entré dans une nouvelle ère. Les prochaines années devraient apporter une diversification considérable des réponses thérapeutiques dans un domaine où, comme le rappelle Henri Navratil, vice-président de l’Association française d’urologie, «chaque patient pose un problème particulier». Eros n’a pas livré tous ses mystères...  

vendredi 10 mars 2000

Grandeur et déclin du sperme

Si l’on en croit une série d’études, les hommes sont victimes d’un véritable krach boursier : selon les régions, la concentration de spermatozoïdes dans chaque éjaculat a diminué de 30% à 50%. Pour la majorité des scientifiques, notre mode de vie est le principal coupable : les hormones contenues dans un grand nombre de produits industriels modifient nos capacités sexuelles. Certains généticiens défendent une thèse plus inquiétante : le chromosome Y serait condamné à dépérir !
A la fin des années soixante-dix, plusieurs chercheurs avaient déjà tiré la sonnette d’alarme : leurs études montraient que la qualité du sperme — mesurée par le nombre de spermatozoïdes par éjaculat et par leur mobilité — était en nette régression depuis l’après-guerre. A l’époque, la nouvelle avait fait peu de bruit : en pleine libération sexuelle, les oiseaux de mauvais augure étaient mal venus.
Tout autre fut l’accueil de l’étude menée par les Danois Elizabeth Carlsen et Niels E. Skakkebaek en 1992. Leur méta-analyse révélait une chute sur cinquante ans de la concentration spermatique : 113 millions/ml en 1938, 66 millions/ml seulement en 1990. Soit une dégringolade de 42 %. « Il existe peu d’études fiables. Mais celle-ci est alarmante », reconnaît Bernard Jégou, spécialiste de la reproduction masculine à l’Inserm.
Cette tendance inquiétante a suscité un vif débat dans la communauté des chercheurs. D’abord contesté, le chiffre fut ensuite confirmé par d’autres travaux.

Meilleur sperme à Caen qu’à Toulouse
Jacques Auger et Pierre Joannet, du Centre d’études et de conservation du sperme (Cecos) de l’hôpital Cohin (Paris) constatent ainsi une baisse régulière de 2,1 % par an entre 1973 (89 millions/ml) et 1992 (60 millions/ml). Paradoxe : plus le donneur de sperme est jeune, moins son sperme est riche. Mêmes conclusions pour des études menées en Ecosse, en Belgique et en Grèce. Et tout récemment pour le Canada. En revanche, les Finlandais semblent épargnés par la banqueroute de sperme : on constate même l’inverse, à savoir une augmentation de la concentration de plus de 10 %, surtout sensible dans les zones rurales. De même, la plupart des études américaines n’ont pas trouvé d’évolution marquante dans la qualité du sperme — mais une analyse plus fine montre des disparités régionales dans le nombre de spermatozoïdes par éjaculat, de 72 millions/ml en Californie à 131,5 millions/ml à New York. Divergence identique en France : un éjaculat contient en moyenne 311 millions de spermatozoïdes à Caen, mais seulement 211 à Toulouse.
Les scientifiques ont relevé d’autres signes du déclin des fonctions reproductives masculines. Partout à travers le monde, l’incidence du cancer des testicules n’a cessé d’augmenter depuis un demi-siècle — de 2 à 4 % par an pour les hommes âgés de plus de 50 ans. La fréquence de l’hypospadias — abouchement de l’urètre gênant parfois l’érection — a également augmenté, passant par exemple aux Etats-Unis de 20,2 à 39,7 naissances sur 10 000 entre 1970 et 1993. La cryptorchidie — affection bloquant le testicule dans l’abdomen — semble avoir connu la même progression depuis trente ans.
Le bon sperme devient donc un produit rare. Mais quelles en sont les causes ? Etant donné la rapidité du phénomène, la plupart des biologistes excluent une origine génétique et se tournent plus volontiers vers les facteurs environnementaux. Processus incriminé : l’augmentation du taux d’œstrogènes dans le corps du fœtus ou du jeune enfant. Certaines hormones féminines comme l’œstradiol sont toujours présentes en petite quantité dans les gonades masculines, à côté de la testostérone et des autres androgènes. Elles sont même une condition nécessaire pour la bonne production de spermatozoïdes. Mais lorsque les œstrogènes sont présents en quantité trop importante, elles provoquent le phénomène inverse : blocage de la masculinisation de l’organisme et hypofertilité.

Des hormones dans les produits industriels
Mais d’où viennent ces œstrogènes qui bombardent les jeunes mâles ? Essentiellement de l’usage surabondant de produits chimiques comportant des perturbateurs endocriniens. Chaque année, entre 1000 et 2000 nouveaux composés chimiques pénètrent les marchés. Les détergents, les herbicides, les pesticides, les plastiques, certains produits ménagers voire alimentaires contiennent ainsi de nombreuses substances œstrogènes : organochlorine, phthalates, alkylphénoles, hydrocarbones chlorés, biphénol-A, etc.
Certains cas sont hélas restés célèbres dans les annales de la médecine : ainsi, dans les années 70, plusieurs milliers d’ouvriers agricoles d’une bananeraie du Costa-Rica sont devenus stériles du fait de l’utilisation du DBCP (dibromo-chloropropane), un pesticide prudemment retiré du marché par la suite. Mais pour un cas identifié, combien de perturbateurs endocriniens circulent encore autour du nous ? Tian de Jagger et M.S. Bornman, spécialiste de la fertilité, dressent une liste inquiétante de toutes les expositions possibles à ces substances : « eau contaminée, sources polluées, pénétration à travers la peau par les shampooings, les cosmétiques, les lubrifiants spermicides et les détergents domestiques ou industriels, inhalation ou ingestion indirecte de pesticide, contamination de la nourriture végétale et animale par les akylphénoles, contamination des aliments par leurs emballages plastiques ». Nombre de produits ont été retirés du marché européen en 1997, et d’autres devraient normalement afficher la mention « Peut altérer la fertilité »...
Les produits chimiques ne sont pas les seuls incriminés. On sait qu’une chaleur excessive, par exemple, bloque la production de spermatozoïdes viables. C’est la raison pour laquelle certaines professions — boulangers, soudeurs, céramistes — connaissent plus de difficultés que d’autres pour avoir des enfants.

Les effets du stress, de la chaleur… et du sel iodé
Les scientifiques s’interrogent également sur le facteur stress : après le tremblement de terre de Kobé (1995), les biologistes japonais ont mis en évidence une nette baisse de concentration du sperme. Et plusieurs analyses effectuées sur les animaux de ferme élevés dans des conditions stressantes donnent les mêmes indications. Toutefois, aucune étude n’a été menée pour évaluer la corrélation entre le stress quotidien et la production gonadique — même s’il est par ailleurs notoire que le stress tend à inhiber le désir sexuel.
L’équipe américaine de James Crissman a émis en début d’année une autre hypothèse, plutôt surprenante : la chute du nombre de spermatozoïde proviendrait de l’utilisation du… sel iodé ! En analysant les données concernant les Etats-Unis, ces chercheurs ont constaté une baisse significative à partir de l’année 1960, qui semble correspondre en moyenne aux hommes dont la date de naissance se situe autour de 1924. C’est précisément cette année-là que le sel iodé fut introduit dans l’alimentation américaine. Les effets bénéfiques de l’iode pour le développement cérébral sont connus : cette substance accélère la production de thyroxine, hormone utile à la croissance du cerveau.
Quel rapport avec le sperme ? Le groupe de Crissman a testé sur des rats un régime très pauvre en iode : la progéniture de ces rongeurs s’est révélée surpuissante sexuellement, avec des testicules deux fois plus gros que la normale ! Richard Sharpe, spécialiste de la fertilité attaché à l’Unité de biologie reproductive du Centre de recherche médicale d’Edimbourg, reste sceptique et attend d’autres confirmations expérimentales. Surtout, il craint une mauvaise interprétation de ces recherches : « Il est à craindre que certains comprennent mal le message et décide que le développement de leur sperme est plus important que celui de leur cerveau ! »

Les monogames ont-ils moins de spermatozoïdes ?
Le généticien Sherman J. Silber, attaché au Centre de traitement de l’infertilité de l’hôpital Saint-Luc à Saint-Louis (Missouri), ne s’inquiète pas outre mesure de ce déclin du sperme dans nos sociétés postmodernes. « Il ne fait aucun doute, affirme-t-il, qu’il existe depuis des millénaires une pression constante de l’évolution en direction d’un déclin inexorable de la spermatogenèse humaine ». En d’autres termes, les hommes seraient condamnés à l’impuissance. Aragon n’avait pas tort : la femme est l’avenir de l’homme !
Premier constat de Silber : les humains sont les plus médiocres fabricants de sperme de la planète. La plupart des animaux produisent 25 millions de spermatozoïdes par jour et par gramme de tissu testiculaire, là où le mâle Homo sapiens sapiens se contente d’une fabrication artisanale comprise en 4 et 6 millions. Pourquoi cette faiblesse ? Parce que nos mœurs sexuelles, de plus en plus dominées par la monogamie ou la polygamie restreinte, ont affaibli la « compétition des spermes » (Roger Short) qui caractérise les régimes de promiscuité.
Dans le monde animal, la taille des testicules et la qualité de la spermatogenèse sont corrélés au mode de relation sexuelle. Prenons nos proches cousins primates. Le gorille est un animal relativement fidèle qui construit des familles polygames stables. Ses testicules sont petites et sa production de sperme pauvre. Chez le chimpanzé, le régime sexuel est plus anarchique et se rapproche de la promiscuité : les femelles de la horde ont tendance à s’accoupler dès que les mâles dominants ont le dos tourné. Conséquence pour le mâle : un organe sexuel fort développé et une hyperfertilité prononcée, qui donnent à chaque spermatozoïde une chance face aux concurrents… peut-être déjà introduits chez la belle ! Cette guerre des mâles ne concerne pas que les primates : les fidèles oies ont des testicules minuscules lorsque les dindes volages possèdent des organes bien développés.

L’isolement  du chromosome Y
Mais selon Silber, la fidélité n’est pas la principale cause du déclin de la spermatogenèse humaine. Celle-ci serait plutôt attachée à l’évolution même du chromosome Y, qui commence voici environ 250 ou 300 millions d’années.
Si le chromosome X est resté impliqué dans des fonctions variées — plusieurs de ses gènes sont ainsi liés à un grand nombre de retards mentaux chez l’homme —, le chromosome Y s’est progressivement spécialisé dans les questions sexuelles. Entre autres choses, dans la détermination du sexe du futur embryon (le gène SRY) et dans les caractéristiques des testicules (les gènes TDF pour « Teste Determining Factor »). « Y » a peu à peu accumulé des gènes responsables de la spermatogenèse situés auparavant sur d’autres chromosomes.
Mais il a également récupéré des allèles défectueux. « Chez presque toutes les espèces, note le généticien, des défauts du chromosome Y empêchent totalement la spermatogenèse sans que le sujet montre d’autres anormalités génétiques ». On a qualifié ces gènes de « purement stériles ». Le premier identifié se nomme DAZ (pour « Deleted in Azoospermia ») et provoque l’azoospermie. Ce gène présente un homologue ancestral sur le chromosome 3. Or, avant l’émergence de la famille des primates, il semble qu’aucun gène de ce type n’ait été situé sur le chromosome Y. Ainsi, l’hominisation aurait rassemblé sur ce chromosome atypique le meilleur comme le pire.
Pourtant, souligne Sherman Silber, le chromosome Y est « un coin dangereux » : il s’agit en effet du seul chromosome qui ne bénéficie d’aucune recombinaison génétique (crossing-over). Alors que les 22 autres paires de chromosomes s’échangent leurs gènes et en profitent souvent pour neutraliser les défectueux, alors que, chez les femelles, les deux X se mélangent avant de se séparer lors de la méiose, le Y mâle reste désespérément seul. Autant dire qu’il multiplie les chances d’accumuler les mutations délétères. Et cela est d’autant plus vrai pour l’humanité que son régime sexuel atténue la compétition des mâles en vue de produire le sperme le plus fécond.
Le mâle serait ainsi programmé pour faire disparaître le mâle ! Une hypothèse qui ne manquera pas de réjouir les plus radicales des féministes…

Pour aller plus loin
Robert Jansen et David Mortimer (ed.) Towards Reproductive Certainty. Fertlity and Genetics Beyond 1999, Parthenon, 1999, 540 p.
J.-R. Zorn et M. Savale, La stérilité du couple, Masson, 1999, 335 p.

Phéromones : les parfums du désir


Une prairie ensoleillée, par une belle et chaude après-midi de printemps. Assoupi près d’un arbre, un couple profite du silence à peine entrecoupé de quelques piaillements d’oiseaux et bruissements d’insectes. Pourtant, cette prairie si paisible est parcourue d’appels en tout genre : « Ouvrière fourmi vient de découvrir importante source de miel : mobilisation générale ! » ; « Ici commence mon territoire : interdit aux lapins concurrents » ; « Jeune femelle bombyx, bien sous tout rapport, recherche en urgence amant pour la soirée ». Ces messages se comptent par milliers : ni l’homme ni la femme ne les perçoivent. Car ils sont écrits dans un langage invisible et indéchiffrable pour eux : les phéromones.
Sous ce nom étrange, on désigne la communication chimique utilisée par les animaux. Si l’homme emploie plus volontiers la mécanique (langage et laudition) ou la radiation (vision), bien des animaux préfèrent échanger des informations à l’aide de fines odeurs qu’ils émettent et captent autour d’eux. 

Une molécule attire le mâle à plusieurs kilomètres
En 1959, ces odeurs ont été qualifiées de « phéromones » (du grec « pherein » transférer et « hormon » exciter) par Perter Kalson, Martin Lüscher et Adolf Butenandt, leur découverte revenant à ce dernier. 
A partir des années quarante, le prix Nobel de chimie A. Butenandt s’est penché sur un problème qui passionnait les entomologistes depuis Jean-Henri Fabre : par quel prodige les papillons mâles sont-ils attirés par des odeurs alors qu’ils sont dépourvus de nez ? Le chercheur choisit d’étudier le ver à soie (Bombyx mori), dont la femelle est capable d’attirer le mâle à plusieurs kilomètres de distance. En 1959, Butenandt parvient à reproduire un alcool attracteur, qu’il baptise «bombykol». C’est la première phéromone isolée. L’année suivante, une autre découverte a un retentissement mondial : Jeanine Pain et Michel Barbier déchiffrent la substance utilisée par les reines abeilles pour stériliser leurs ouvrières.
Les phéromones sont des molécules simples ou complexes produites à partir de l’alimentation et synthétisées par des glandes exocrines. Ces dernières sont dispersées sur le tégument des insectes ou sur l’épiderme des poissons, batraciens et reptiles. Chez les mammifères, on les trouve sur les poils (glandes sébacées), sur la peau (glandes sudoripares, qui produisent ou conduisent la sueur) ou encore sous les aisselles (glandes apocrines). Même des organismes sim­ples comme les bactéries, les amibes et les levures utilisent des messages chimiques pour identifier ou attirer leurs congénères.
Il existe ainsi des milliers de molécules différentes circulant dans l’air et dans l’eau, qui deviennent autant de messages lorsqu’elles sont captées par des cellules chimioréceptrices et traduites par le cerveau. A ce jour, on a identifié chez l’animal une vintine de gènes codant pour les protéines de ces récepteurs, mais les scientifiques estiment qu’il en existe entre 200 et 400 chez les mammifères. 

La découverte de l’organe voméronasal chez l’homme
Les phéromones sont classées selon leur fonction : les phéromones grégaires, qui servent à rassembler les individus d’une même colonie, les phéromones de reconnaissance, qui font office de carte d’identité, les phéromones d’espacement, qui repoussent des prédateurs ou indiquent un commencement de surpopulation, les phéromones de piste, qui orientent les congénères vers un bon festin ou un terrain de guerre, les phéromones d’alarme, qui avertissent du danger. 
Mais les plus connues car les mieux étudiées sont les phéromones sexuelles. Comme le rappelle Rémy Brossut, directeur de l’unité Développement et communication chimique du CNRS, «on a longtemps considéré les sécrétions “odorantes” liées à la sexualité comme des manifestations anecdotiques de la biologie du comportement. Nous savons à présent que les interactions entre phéromones et hormones sont au centre du comportement sexuel des mammifères». La communication entre partenaires sexuels s’effectue par l’odeur, qui se transmet par deux voies : la muqueuse olfactive, reliée aux bulbes olfactifs de la région antérobasale du cerveau ; l’organe voméronasal, dont l’épithélium est pourvu de neurones capables de recevoir certaines phéromones que la muqueuse olfactive ignore.
Chez l’homme, l’organe voméronasal est une petite glande d’un millimètre de diamètre et d’un centimètre de long, située sous la muqueuse respiratoire. Elle a été décrite dès 1703 par l’anatomiste hollandais Thomas Ruysch, puis redécouverte un siècle plus tard par le Danois Ludwig Jacobson. Mais celui-ci pensait qu’il s’agissait d’un organe absent ou vestigial chez l’adulte : très développé chez le fœtus, il semble s’atrophier au cours du développement. En fait, on sait, depuis 1991, que la reconnaissance des phéromones reste bel et bien active chez la plupart des adultes. Par les seules squames de la peau, nous perdons chaque jour 40 millions de cellules qui composent un nuage invisible autour de nous et contribuent à définir notre odeur. De même, la sueur, l’urine, les muqueuses vaginales, les glandes sébacées du pénis ou du clitoris dégagent des stéroïdes odoriférants. Ces odeurs sont généralement qualifiées de « phéromones présomptives » dans la mesure où l’on ignore encore le plus souvent si elles agissent chez l’homme par la voie spécifique de l’organe voméronasal et des neurones qui lui sont associés dans le cerveau.

Le bébé reconnaît sa mère par l’odeur
L’exemple le plus connu de la reconnaissance humaine par l’odeur est celui de la relation entre la mère et son bébé. Dès le troisième jour, celui-ci est capable de discerner entre un tampon frotté sur le sein maternel et un autre imprégné de l’odeur d’une inconnue. Cette relation olfactive privilégiée dure quelques années puisque les tests ont montré que les enfants âgés de trois à cinq ans identifient l’odeur de leur mère sur les habits qu’elle a portés. L’inverse est vrai : plus de 90 % des mères reconnaissent un T-shirt porté par leur enfant de moins de dix ans.
La relation de la mère à l’enfant est évidemment très particulière. Peut-on l’extrapoler à d’autres comportements ? Le débat sur le rôle des phéromones dans les relations humaines — notamment reproductive et copulatoire — a été ouvert voici une trentaine d’années et a fait l’objet de nombreuses controverses. « Les connaissances en ce domaine sont encore fragiles », met en garde Claude Aron, spécialiste de la physiologie de la reproduction et professeur honoraire à l’université Louis Pasteur de Strasbourg. Plusieurs faits sont toutefois scientifiquement établis. Un des phénomènes les mieux étudiés est ainsi la synchronisation des règles : les femmes vivant ou travaillant en groupe (en particulier les religieuses) ont tendance à unifier peu à peu le rythme de leur cycle ovarien.

Les phéromones rythment l’ovulation
Martha McClintock, de l’université de Chicago, étudie la question depuis plus de trente ans. En 1998, elle a publié dans Nature le récit d’une étonnante expérience menée avec Kathleen Stern. A l’aide d’un tampon, les deux scientifiques ont prélevé les sécrétions des aisselles de neuf donneuses ayant un cycle régulier. Lorsque le tampon est placé au-dessus de la lèvre supérieure d’une dizaine de «receveuses», celles-ci modifient progressivement leur cycle. Une telle ovulation synchrone, déjà repérée chez les rongeurs, présente pour l’animal un avantage évolutif : les femelles peuvent s’occuper « en commun » de portées en nombre plus important. «La reproduction, souligne Martha McClintock, est un travail souvent risqué qui prend beaucoup de temps. Plus une femelle reçoit de signaux d’un cadre social favorable et meilleures seront les conditions de la gestation». Jane Lancaster, anthropologue à l’université d’Albuquerque, remarque cependant que les grands singes vivant en communauté semblent ignorer cette synchronisation ovarienne. Selon elle, «la jeune femme entrant dans sa période pubère peut tirer avantage d’une adaptation aux cycles de sa mère ou de ses sœurs plus âgées. Des ovulatrices ayant montré leur capacité aident les femelles qui leur sont apparentées à régulariser leur propre cycle et à devenir à leur tout des ovulatrices efficaces». 
Au-delà de l’ovulation, les odeurs ont-elles un pouvoir attractif dans le domaine sexuel  ? A la fin des années soixante, on a identifié chez les porcs deux phéromones sexuelles émises par le mâle en période d’excitation : la première, androsténol, a une odeur de musc ; la seconde, androstérone, une odeur d’urine. Pulvérisées à l’aide de bombes aérosols près du groin des truies, ces deux substances excitent l’animal qui prend alors une posture d’accouplement. La question s’est vite posée de savoir si l’homme est un cochon comme un autre...
Les premières expériences sur le pouvoir attractant des phéromones sexuelles datent de la fin des années 70. A cette époque, M. Kirk-Smith et ses collaborateurs ont testé le pouvoir de l’androsténol dérivé de la testostérone et stocké par nos glandes sudoripares. Des hommes et des femmes ont été mis en présence d’hommes dont certains avaient le visage imprégné d’androsténol et d’autres non : les premiers ont toujours été jugés plus attirants par les femmes et, au contraire, moins par les hommes. Un deuxième test a été effectué quelques mois plus tard, avec cette fois de l’androsténone pulvérisé sur certains sièges d’une salle d’attente. Or, l’étude a montré que le taux d’occupation de ces sièges a augmenté chez les femmes et diminué chez les hommes.

Des modifications inconscientes du comportement
Des expériences similaires se sont multipliées dans les années 80 et 90. Elles ont toutes mené à la même conclusion : l’imprégnation par des phéromones tend à modifier notre comportement. Les deux sexes ne réagissent pas de la même manière : «La femme, souligne Claude Aron, dans ses activités psychiques et relationnelles, est plus dépendante que l’homme de son système olfactif». Cette sensibilité n’est pas la même pour tous les individus, et les anatomistes ne sont d’ailleurs pas persuadés que l’organe voméronasal soit vraiment actif chez tous. Ainsi, 7 % des hommes sont totalement insensibles à l’odeur de la triméthylamine, un composant du sang menstruel de la femme. Les goûts et les odeurs varieraient même selon les cultures : une expérience a montré que les femmes japonaises et italiennes réagissent désagréablement à l’odeur de leur partenaire, à l’inverse des femmes allemandes !
En 1991 le chimiste David L. Berliner et les biologistes Luis Monti-Bloch et B.I. Grosser ont montré que les phéromones sexuelles étaient bel et bien perçues par notre organe voméronasal. Quarante-neuf sujets des deux sexes se sont vus insuffler dans les narines trois substances : de l’huile de girofle et deux substances de la firme Erox contenant des phéromones sexuelles présomptives. Un électrode placé sur le voméronasal analysait l’activation de ses cellules neurosensorielles. L’huile de girofle a stimulé la muqueuse olfactive, mais laissé indifférent l’organe voméronasal. Ce dernier a au contraire été excité par les deux produits phéromonaux alors que la muqueuse olfactive n’y réagissait pas. Plus intéressant encore : l’Erox 830 a excité l’organe des mâles alors l’Erox 670 a titillé celui des femelles.
Les recherches ont rapidement donné lieu à la mise sur le marché de parfums phéromonaux aux vertus aphrodisiaques présumées. La firme Erox, dirigée par David Berliner,  commercialise  Contact 18, contenant de l’androstérone, et Désir 22, fabriqué à base d’androsténol et de copuline. Un autre chercheur, George Dodd, biologiste à l’université de Warwick (Angleterre), a pour sa part isolé un stéroïde dans la sueur humaine et l’a commercialisé (sous la marque Relax) comme produit tranquillisant à inhaler. 
«Le rôle des odeurs corporelles  dans l’éclosion du désir apparaît encore hypothétique»,  tempère cependant Claude Aron. Une odeur peut accroître l’excitation des amants. Mais le filtre d’amour provoquant instantanément le désir du futur partenaire n’est pas pour demain.    

Odeur et gènes
Certains animaux choisissent peut-être leur partenaire sexuel en fonction d’un patrimoine génétique décelable dans leur odeur. On a par exemple découvert que l’odeur individuelle de la souris était entre autre déterminée par des gènes du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Ainsi, l’étude de deux populations de souris a montré que les rongeurs sont capables d’identifier les variations du CMH à travers les phéromones contenues dans l’urine.
Plus généralement, la reconnaissance débouche sur des croisements avec des sujets présentant un certain degré de parenté : cette reconnaissance de parentèle (kin recognition) favorise les appariements assortis (assortative mating).
Si l’homme moderne a tendance à chasser les odeurs corporelles ou à les masquer par les déodorants et parfums, il n’en va pas de même dans toutes les sociétés. Les indiens Yanomamö (Amazonie) et Karnum Irebe (Nouvelle-Guinée), par exemple, se frottent le corps et hument leurs mains lorsqu’ils se rencontrent. L’odeur corporelle y a conservé la valeur d’un signe de reconnaissance. Quant à la manie hygiénique de l’Occident, qui se traduit par des lavages très fréquents, elle aboutit en fait à intensifier la sudation et le développement de la flore bactérienne.

Pour aller plus loin
Claude Aron, La sexualité. Phéromones et désir, Odile Jacob, 2000.
Rémy Brossut, Les Phéromones. La communication chimique chez les animaux, Belin, 1996

Europe : le Sud plus fertile que le Nord

En 1999 ont été publiés les résultats de la première enquête épidémiologique sur la fertilité comparée des femmes européennes. L’étude porte sur 6630 femmes de cinq pays (Allemagne, Danemark, Italie, Pologne, Portugal). Au terme d’une année de rapports sexuels non protégés, 23 % d’entre elles n’avaient pas réussi à avoir un enfant. Mais ce chiffre varie selon un gradient Nord-Sud : 33 % en Pologne, 26 % en Allemagne, 23 % au Danemark, 19 % en Espagne et 16 % en Italie.

Sexe machine

Connaissez-vous la « Lovegety » ? Cette première machine à détecter le coup de foudre fait fureur au Japon. Il s’agit d’un radio-transmetteur en forme de pendentif, qui offre un choix de six activités : sortie, danse, amour, film, discussion, boire un verre. Quand un Lovegety mâle passe à moins de six mètres d’une Lovegety femelle et que les deux bidules sont branchés sur la même activité, ils se mettent à sonner. Les deux inconnus peuvent alors se reconnaître dans la foule. Et se rejoindre, en vue de l’activité qu’ils avaient choisie (ou plus si affinités). Rick Borovoy, du Massachussets Institute of Technology, croit fermement à l’avenir de ces coups de foudres électro-magnétiques. Son laboratoire a mis au point des machines du même genre, mais plus complexes. Chaque badge comporte cinq questions avec trois réponses-types du genre : « Avec qui préférez-vous dîner ? Zinedine Zidane, Max Gallo ou David Halliday ? ». Lorsque deux personnes se croisent et qu’ils ont programmé le même type de réponse aux cinq questions, leurs badges carillonnent de concert et cinq feux verts s’allument. Michelle McDonald a quitté le MIT pour commercialiser une version grand public, notamment dans les boites de nuit. L’amour assuré ? « Avec des questions simples et pas trop sérieuses, les gens s’en servent au moins pour briser la glace. Ce n’est pas si mal ». L’argument scientifique à la base de cette démarche : au-delà des gènes, le cerveau humain obéirait à des codes universels de comportements — les mèmes —, qui se reproduisent et se combinent eux aussi sur un mode évolutif. Les « love-machines » renverseraient l’ordre naturel : au lieu d’un désir (biologique) suivi d’une adaptation (vie commune), ils définiraient d’abord les conditions d’une bonne vie commune. Excitant… non ?

Une espèce incestueuse

La plupart des mammifères sont peu incestueux et peu consanguins, sauf en cas de réduction importante de la population. Il existe une exception : les rats-taupes glabres d’Afrique. Ces curieux rongeurs ont une organisation proche de celles des insectes sociaux (une génitrice principale, quelques reproducteurs et des centaines d’« ouvriers » privés de vie sexuelle). Plus étonnant encore : cette espèce présente un coefficient de parenté de 80 %, ce qui indique une sexualité incestueuse dominante. L’environnement désertique où vit cette espèce explique sans doute la faiblesse des échanges génétiques entre les colonies.

Un paradis sexuel… imaginaire

Les descriptions des mœurs des contrées lointaines n’offrent pas toutes une égale rigueur scientifique, et certaines ont même induit en erreur des générations de chercheurs. L’exemple le plus célèbre est l’enquête de Margaret Mead aux îles de Samoa, publiée en 1928 et devenu un classique des sciences humaines. Mead, élève de l’anthropologue Franz Boas, a décrit dans son livre un véritable paradis sexuel : à l’en croire, les adolescents polynésiens, libérés de la « culpabilité occidentale », se livraient à un joyeux vagabondage sexuel sans complexe ni contrainte. Le viol, «occasionnel», était supposé provenir du «contact avec la civilisation blanche». L’influence de cet essai fut immense. Nombre d’étudiants y virent une bible de la libération sexuelle ; les ethnologues et les anthropologues une arme contre le « déterminisme biologique », en l’occurrence remplacé par le déterminisme culturel : «L’essentiel de ce que nous imputons à la nature humaine, affirmait Boas en commentant l’ouvrage de sa disciple, relève d’une réaction aux contraintes de notre propre civilisation».

Hélas, ce paradis était imaginaire. En 1983, Derek Freeman, anthropologue australien qui arriva dans l’île 15 ans après Mead et y vécut six ans (elle n’y avait séjourné que neuf mois !), dénonce dans sa contre-enquête une «fraude» et un véritable «mythe anthropologique». Les habitants de Samoa se révèlent être un peuple guerrier depuis des siècles ; la virginité y est une valeur cardinale de la culture traditionnelle et les frères ont le droit de battre leur sœur s’il la voit avec un amoureux ; le mari trompé peut se venger sur la famille de son épouse et celle-ci doit être battue ; quant au taux de viol par habitants, les relevés de Freeman montraient qu’il était six fois plus élevé qu’aux Etats-Unis ! Comme paradis, on fait mieux…

Femelles agressives

A la différence de sa cousine la hyène rayée, la hyène tachetée présente une étrange différenciation sexuelle : le clitoris des femelles est aussi long que le pénis des mâles. Elles se servent de cet organe pour uriner, copuler et accoucher (elles n’ont donc pas de vagin). Ce quasi-hermaphrodisme est dû à l’absence d’enzyme aromatase, substance qui convertit habituellement les hormones androgènes (mâles) en hormones œstrogènes (femelles). Le cerveau et le comportement social de ces hyènes se trouvent affectés par cette différenciation sexuelle : ainsi, les femelles, de plus grande taille que les mâles, sont hyperagressives et commencent à se battre quelques jours après la naissance.

De l’avantage d’avoir bonne mine…

On sait depuis Darwin que la variété et la brillance des couleurs constituent chez les animaux un caractère sexuel secondaire, c’est-à-dire qu’elles présentent un avantage sélectif pour le mâle qui les exhibe. L’exemple le plus connu est sans doute l’extraordinaire plumage des paons : les prétendants déploient leur roue devant les femelles, qui choisissent en général la plus belle — et surtout son porteur ! Il en va de même chez de nombreuses espèces.

Mais en quoi la couleur offre-t-elle un avantage sélectif ? Une des explications les plus couramment avancées repose sur son coût : les mâles colorés sont ceux qui, pouvant se permettre de gâcher de l’énergie pour développer ce caractère, sont les plus vigoureux. En 1982, les biologistes William Hamilton et Marlene Zuck ont formulé la théorie suivante : seuls les mâles sains ou disposant de défenses suffisantes pour résister aux maladies et aux parasites posséderaient la capacité d’exprimer des caractères sexuels secondaires comme la brillance. Il restait à trouver des preuves. Les recherches se sont orientées vers une famille de pigments naturels, les caroténoïdes. Ces pigments rouges, oranges ou jaunes (produisant du violet, du vert ou du bleu par association), peuvent être stockés dans un grand nombre de tissus. Ils sont produits à l’origine par des plantes et des algues : les animaux les intègrent soit directement, soit en consommant des insectes. 

Or, les caroténoïdes n’agissent pas seulement sur la couleur. Ian Owens et Valérie Olson ont démontré que ces pigments jouent un rôle central dans le système immunitaire (prolifération des lymphocytes T et B qui luttent contre les invasions pathogènes), dans la production de cytokine (molécules impliquées dans la réaction immunitaire) et dans le piégeage des dangereux radicaux libres. Anders Moeller, de l’Université Pierre et Marie Curie, a rapproché ces propriétés des caroténoïdes de la théorie de Hamilton et Zuk : les mâles malades ou atteint de parasites utilisent leur réserve de caroténoïdes et leurs couleurs perdent de leur brillance ; ils deviennent dès lors moins attirants pour les femelles, qui choisissent le partenaire le plus sain. C’est-à-dire le plus coloré.

Homme, chat et chromosomes sexuels

Les chromosomes sexuels de l’homme et du chat présentent de nombreuses similarités, selon une étude publiée dans la revue Genome Research. Le processus d’évolution a été particulièrement important en ce qui concerne le chromosome Y et les généticiens estiment généralement qu’il est différent même chez des mammifères très proches. Or, ont découvert les Prs William Murphy et Stephen O’Brien, l’homme et le chat ont grossièrement la même organisation des gènes dans les chromosomes X et Y.

Sexe en orbite

Comment faire l’amour dans l’espace ? Si l’on en croit le témoignage de Pierre Kohler
(La dernière mission, Calmann-Lévy), cette question a préoccupé les pudiques ingénieurs de la NASA. Des positions amoureuses, sélectionnées après simulation sur ordinateur, auraient été testées en 1996 à bord d’une navette spatiale américaine, d’après un document cité par Pierre Kohler dans un chapitre de son livre consacré à la dernière mission de la station russe Mir. Astronome de formation devenu journaliste scientifique, Pierre Kohler suit depuis longtemps particulièrement les sujets liés à l’espace. Les astronautes lui ont fait de nombreuses confidences, sauf sur un thème tabou d’outre-Atlantique à l’Oural : le sexe en orbite. Toutes les agences spatiales sont pudiques sur cette question. Aux Etats-Unis, les demandes d’entretien sur le sexe sont systématiquement rejetées et les principaux intéressés répondent par un sourire ambigu. A en croire un document référencé «NASA n° 12-571-3570», cité par Pierre Kohler, une expérience confidentielle d’accouplement sans équivoque aurait bien été menée, après simulation informatique, lors de l’un des quatre vols de navette réalisés en 1996 avec des présences féminines à bord. Sans doute en prévision de futurs séjours de longue durée, il s’agissait de déterminer les meilleures positions pour des ébats en microgravité. Sur les dix modes testés, six auraient fait appel à une ceinture et un tunnel gonflable destinés à maintenir les partenaires serrés l’un contre l’autre, alors que dans les quatre positions restantes, le couple devait s’en remettre à sa seule force musculaire.

Les sportifs dopés auront-ils des seins ?

La prise de stéroïdes, substances souvent utilisées par les sportifs pour améliorer leurs performances, accroît les taux d’hormones mâles et femelles dans le sang, ce qui peut être dangereux pour la santé, indique une étude parue dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Les hommes qui prennent 300 mg du stéroïde androstanédiol ont une augmentation de 34 % de leur taux de testostérone, hormone mâle, et de 128 % de leur taux d’œstradiol, hormone femelle, sept jours après le début du traitement, soulignent les auteurs de l’étude. Ce stéroïde a également provoqué la montée du taux d’œstrone, autre hormone femelle, mais dans une moindre proportion. «Même si aucun effet secondaire néfaste de l’androstanédiol n’a été observé dans notre étude à court terme, l’administration (de ce produit) à long terme peut être dangereuse, notamment pour les femmes et les enfants», note le principal auteur de l’article, le Pr Benjamin Leder. L’étude a porté sur l’augmentation des taux d’hormones dans le sang, mais cet accroissement pourrait être plus important encore dans les tissus. Les chercheurs rappellent que des études précédentes ont montré que la prise de dérivés de la testostérone par voie orale accroissait les risques de difformité du foie et d’accidents cardiaques. Chez les hommes, la concentration d’œstrogènes peut développer des traits féminins comme la poitrine.

Impuissants et hypertendus

Le fait de ressentir un sentiment d’impuissance provoque souvent une hypertension artérielle, affirment des chercheurs de l’Université du Michigan dans le dernier numéro de la revue Hypertension. Cette étude, réalisée sur 616 hommes, montre que 37 % de ceux considérés comme ayant un fort sentiment d’impuissance avaient de l’hypertension. Cette affection atteignait seulement 23 % de ceux qui étaient modérément découragés et 17 % de ceux qui n’avaient pas souffert de cette frustration.

Faire l’amour en résonance magnétique

Des couples faisant l’amour, ou plus exactement leurs appareils génitaux, ont pour la première fois été observés à l’aide d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM), par des médecins néerlandais, relate le British Medical Journal (BMJ). Huit couples et trois femmes ont accepté de participer à cette étude anatomique en direct organisée par l’équipe du Pr Willibrord Weijmar Schultz de l’Hôpital universitaire de Groningue (Pays-Bas). Dans les années soixante, les deux sexologues américains Masters et Johnson ont affirmé que l’utérus de la femme augmentait de volume pendant l’acte sexuel. L’étude a permis de démentir cette assertion. Les participants mâles ont parfois éprouvé des difficultés à maintenir une érection dans ces conditions, mais ces obstacles ont pu être surmontés à l’aide de Viagra. Pour les partenaires femmes, l’orgasme atteint n’a été que « superficiel », selon leurs descriptions. Les femmes ont de leur côté contribué à l’observation du plaisir féminin solitaire (stimulation du clitoris). Ces images de l’anatomie vivante humaine montrent qu’au cours d’un rapport dans la position du missionnaire, le pénis en entier prend la forme d’un boomerang (de sa racine interne à l’extrémité du gland). Les images n’ont pas mis en évidence la moindre structure suggérant l’existence chez la femme du fameux point G, ni d’un réservoir de fluide indicateur d’une éjaculation féminine.

jeudi 9 mars 2000

L’homosexualité est-elle “naturelle” ?

Si l’homosexualité est «contre-nature», pourquoi la retrouve-t-on partout dans le règne animal ? Telle est la question provocatrice posée par Bruce Bagemihl, biologiste, professeur de linguistique et de sciences cognitives à l’université de Colombie Britannique (Canada). La parution de son ouvrage, Biological Exuberance, relance le débat sur les bases biologiques de l’homosexualité humaine. Chacun sait que tous les goûts sont dans la nature : reste maintenant à comprendre pourquoi et comment…

Ames sensibles et esprits pudibonds, s’abstenir ! Car l’ouvrage de Bruce Bagemihl est plus qu’explicite en ce qui concerne l’«exubérance biologique» qui lui donne son titre : de page en page, on découvre en photos et en dessins des girafes, des bisons, des scarabées, des bonobos, des manchots, des bouquetins ou encore des macaques affairés les uns sur les autres et visiblement concentrés à leur tâche. Rien que de bien naturel, après tout… à ceci près que ces animaux en posture d’accouplement ou d’attouchement sont tous du même sexe !

Des comportements homosexuels variés
En fait, les comportements minutieusement décrits par Bruce Bagemihl tout au long des 750 pages denses de son livre ne se limitent pas à l’acte sexuel. Car l’auteur donne  une définition très large de l’homosexualité animale : elle englobe les parades amoureuses, les comportements affectifs, les stimulations génitales et actes sexuels, la vie commune et la parentalité partagée. Ce choix est d’ailleurs sujet à débat dans la communauté des éthologistes et sociobiologistes : certains comportements décrits par Bagemihl peuvent en effet s’interpréter comme des rites d’apprentissage ou de domination. Et l’auteur n’évoque guère les travaux, pourtant bien documentés depuis Lorenz, de l’«empreinte initiale» : un animal peut acquérir un comportement s’il a été soumis à un stimulus à un moment-clef de son ontogenèse. On amène ainsi expérimentalement un canard Colvert mâle à monter toute sa vie son homologue tadorne de Belon ! Clutton-Brock et la plupart des éthologistes pensent que l’on ne peut parler d’homosexualité que lorsqu’un sujet préfère assez systématiquement les relations sexuelles avec un congénère du même sexe. Ce qui la distingue d’autres situations en rapport avec la frustration ou la domination. De ce point de vue, un enfant violé ne doit pas être considéré comme homosexuel, alors qu’il le serait selon l’analyse de Bagemihl.
Ces réserves mises à part, l’abondante documentation rassemblée par le biologiste américain plaide en faveur de sa démonstration. On découvre au fil des pages l’étonnante imagination sexuelle du règne animal. Le dauphin boto n’hésite pas à pénétrer de temps en temps son partenaire par l’orifice qui lui sert habituellement à se réapprovisionner en oxygène, tandis que les femelles bonobos s’adonnent à un tribadisme aussi affectueux qu’efficace. Bagemihl ne se contente d’ailleurs pas de l’homosexualité : il livre aussi de nombreux exemples de transsexualité et d’intersexualité animales.
Dans 80 % des espèces d’oiseaux et de mammifères où l’homosexualité a été observée, elle concerne les mâles et dans 55 % les femelles. Parmi les différents comportements inclus par Bagemihl dans l’homosexualité, seule la parentalité partagée (élevage en commun des enfants) connaît une surreprésentation féminine : 80 % des espèces contre un peu plus de la moitié pour les mâles.
L’ouvrage de Bruce Bagemihl repose évidemment la question de l’origine de l’homosexualité humaine. L’auteur énonce ainsi la problématique : «L’homosexualité a une “histoire naturelle” dans tous les sens du terme : c’est-à-dire qu’elle a à la fois des dimensions biologiques (“naturelle”) et sociales ou culturelles (“historique”) qui sont interconnectées et inséparables».
Il n’empêche que chez les hommes, la balance a longtemps penché du côté du conditionnement social plutôt que de la détermination biologique. L’homosexualité paraissait un choix de vie — plus ou moins assumé, plus ou moins accepté par les normes en vigueur. Or, un certain nombre de découvertes récentes font désormais peser la balance vers l’inné plutôt que l’acquis. Au moins en ce qui concerne la « vraie » homosexualité humaine, c’est-à-dire celle qui n’est pas conçue par celui qui la revendique comme une expérience passagère, mais comme une orientation spontanée, irrépressible et durable.

Un défi pour la théorie darwinienne
Comme le remarque Jim McKnight, professeur de psychologie à l’université de Sydney, «l’homosexualité est un défi pour tous ceux qui considèrent le darwinisme comme la grande force unificatrice qui fait tant défaut aux sciences sociales. Comment expliquer en effet dans le cadre de la reproduction sélective du plus apte une préférence pour la sexualité non reproductive ?».
En bonne logique, les homosexuels n’ayant aucun descendant auraient dû disparaître rapidement du pool génétique de l’humanité au profit des hétérosexuels. Or, nos connaissances historiques et ethnologiques démontrent que l’on rencontre des homosexuels à toutes les époques et dans toutes les sociétés, quelle que soit l’attitude morale, religieuse ou politique qui prévaut. Le comportement humain se caractérise par son étonnante flexibilité, et l’orientation sexuelle n’y échappe pas.
Selon les études longitudinales sur la sexualité dans les sociétés occidentales, les homosexuels sont quatre fois plus souvent des hommes que des femmes. Entre 1 et 3 % des hommes adultes sont exclusivement homosexuels depuis au moins cinq ans, mais ils sont près de 40 % à avoir connu une envie ou une expérience homosexuelle durant l’adolescence. Ces données indiquent que la prédisposition à l’homosexualité concerne une minorité significative des sociétés contemporaines, dont le taux semble constant à chaque génération.
Ce sont les études de neuro-anatomie qui ont d’abord confirmé l’existence de différences fonctionnelles entre les cerveaux des mâles homosexuels et hétérosexuels. En 1991, D.F. Swaab et M.A. Hofman, de l’Institut de recherches sur le cerveau d’Amsterdam, ont découvert que le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus des homosexuels est deux fois plus volumineux que celui des hétérosexuels. En 1993, Simon LeVay alors attaché au Salk Institute de San Diego, a montré quant à lui que noyau interstitiel de l’hypothalamus antérieur (3-NIHA) est plus gros chez l’homme que chez la femme — mais surtout identique chez la femme et chez l’homme homosexuel. Toutefois, comme le précise le chercheur américain, on ignore exactement l’ordre de causalité : l’orientation sexuelle modifie peut-être le volume de certaines régions du cerveau.

Les hormones sexuelles et le fœtus
Intrigués par cette découverte, J.E. Alexander et K.J. Sufka ont voulu savoir si les différences anatomiques liées à l’orientation sexuelle étaient confirmées par l’électro-encéphalographie. Et de fait, l’EEG d’homosexuels soumis à des tests verbaux et spatiaux s’est révélé à la fois différent de celui des hétérosexuels des deux sexes dans certains cas, et plus proche de celui des femmes dans certains autres. En 1995, ces différences ont été confirmées par une technologie plus fine, la magnéto-encéphalographie (MEG). Martin Reite et son équipe ont ainsi constaté que le cerveau des homosexuels, comme celui des femmes, est peu latéralisé — une découverte qu’il faut sans doute mettre en rapport avec leurs résultats identiques aux tests de performance spatiale.
Ces différences anatomiques appuient bien sûr l’hypothèse d’une prédisposition biologique à l’homosexualité. Mais d’où découlerait-elle ? L’une des explications possibles est liée aux taux d’hormones sexuelles.
La quantité et le type d’hormones auxquels notre cerveau est exposé — avant comme après la naissance — modifient en effet les caractères sexuels. Dans le cas de l’homosexualité, Gunter Dorner, directeur de l’Institut d’endocrinologie expérimentale de Berlin, a émis une hypothèse abondamment discutée : la désandrogénisation du cerveau du fœtus par l’effet du stress maternel. Le stress de la mère produit certaines substances chimiques qui bloqueraient à leur tour la sécrétion de la testostérone dans les testicules du fœtus, et conduirait à une modification ultérieure de l’orientation sexuelle. Inversement, la déficience en hydroxylase A-21 et en stéroïde 3-beta-ol hydrogenase , également associée au stress, produit une surproduction placentaire d’androstenedione, précurseur adrénalien des oestrogènes.
L’hypothèse de Dorner est appuyée par certaines études statistiques : les homosexuels sont par exemple plus fréquents chez les générations conçues durant la guerre ; et selon d’autres enquêtes, les deux tiers des mères d’homosexuels affirment avoir connu un stress sévère durant leur grossesse (perte d’un proche, relations interpersonnelles difficiles, etc.).
Non moins controversé, le champ de la génétique de l’homosexualité a connu récemment quelques remous. Les premières études bien échantillonnées sur le caractère familial de la prédisposition à l’homosexualité datent de 1952. A cette époque, l’équipe de Franz Kallmann avait étudié 85 paires de jumeaux dont un était au moins homosexuel. La génétique du comportement privilégie l’étude des jumeaux puisque ceux-ci partagent 100 % de leur génome lorsqu’ils sont de vrais jumeaux (monozygotes) et 50 % seulement lorsqu’ils sont de faux jumeaux (dizygotes). Les 80 vrais jumeaux montraient une concordance absolue, alors que ce taux était non-significatif pour les faux jumeaux.

La découverte très médiatisée du «gène gay»
Deux études, beaucoup plus récentes, ont confirmé ces résultats — même si l’on n’a jamais retrouvé de concordance parfaite. En, 1991, Richard Pillard et Michael Bailley ont analysé 115 paires de jumeaux (dont au moins un était homosexuel) et 45 homosexuels ayant un frère adoptif. Chez les vrais jumeaux, la concordance était de 50 % ; elle tombait à 24 % pour les faux jumeaux et 11 % pour les frères adoptifs. En 1993, F. Whitman, M. Diamond et J. Martin ont trouvé des taux de concordance de 64,7 % pour les vrais jumeaux et 28,6 % pour les faux jumeaux.
Des similitudes aussi manifestes ont peu de chance d’être dues au seul environnement partagé des vrais jumeaux. Ces dernières années, l’hypothèse d’une prédisposition héréditaire à l’homosexualité figure parmi les plus discutées dans le champ en pleine expansion de la génétique du comportement.
La révolution a une date : 16 juillet 1993. Ce jour-là sont publiés dans l’hebdomadaire Science les résultats d’une étude qui fit en quelques semaines le tour du monde : une équipe de généticien venait d’identifier chez 33 frères homosexuels (sur 40) un marqueur sur le chromosome X (Xq28). Le « gène gay » était né.
L'auteur principal de l’étude est le généticien américain Dean Hamer, directeur d’un important laboratoire de biologie moléculaire de l’Institut national du cancer américain et dont les recherches ne concernaient pas à l’origine ce comportement. En réalité, Hamer n’a pas tout à fait trouvé un gène « de » l’homosexualité, mais un marqueur dont la présence sur le chromosome X est corrélée chez certains individus (67 % dans son échantillon) à un comportement homosexuel. La nuance est de taille : il n’y a pas nécessairement  de rapport direct de cause à effet entre l’un et l’autre.

Les scientifiques dans l’expectative
Par ailleurs, depuis 1993, les études contradictoires se sont accumulées. En 1995, deux nouvelles recherches sont publiées dans la presse scientifique : elles annoncent la confirmation des découvertes de Hamer.
Mais en avril 1999, une équipe canadienne dirigée par George Rice publie ses résultats dans Science : sur 52 paires de frères homosexuels, aucune corrélation significative n’a été mise à jour entre leur orientation sexuelle et la présence du marqueur génétique identifié par Hamer. Cependant, ce genre de contradiction est très fréquent en matière de génétique du comportement humain. Aujourd’hui, les recherches se poursuivent activement, et Dean Hamer n’a pas abandonné sa quête.
Toutefois, le chercheur prend soin de préciser : «Nous ne nous attendons pas à trouver un seul gène qui soit identique chez tous les homosexuels — nous savons déjà que l’orientation sexuelle est un phénomène autrement plus complexe ! Mais il est néanmoins possible de découvrir un ou des gènes corrélés à une orientation sexuelle. Comment ce gène opérerait-il ? Peut-être en produisant une enzyme qui contrôle le métabolisme hormonal du cerveau au cours de son développement. Ou encore en fabriquant un facteur de croissance qui construit certains circuits neuronaux. Il peut même jouer un rôle auquel on n’aurait jamais pensé tant nous en savons peu aujourd’hui».
Quelles peuvent être les conséquences de ces nouvelles connaissances scientifiques ? A peu près nulles, quoiqu’en disent les alarmistes. Car la reconnaissance de l’homosexualité n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’en dit la science. La biologie donne des informations aux citoyens : elle n’opère pas à leur place des choix moraux, sociaux, juridiques ou politiques.
           
Ce qu’en dit la théorie de l’évolution
Selon Bruce Bagemihl, la mise en évidence d’une sexualité non-reproductive dans le règne animal doit être l’occasion d’une certaine remise en cause de la théorie néo-darwinienne de l’évolution. Celle-ci, ne raisonnant qu’en terme de « coût-bénéfice », serait incapable d’expliquer les comportements sexuels «gratuits». Bagemihl y voit l’expression d’un principe d’« exubérance biologique » à la base de toute vie organique. Malheureusement, il ne produit guère d’énoncés scientifiques falsifiables ou prédictifs pour appuyer une thèse qui s’inspire pêle-mêle de la philosophie de Georges Bataille, de l’hypothèse Gaïa, des mythologies primitives et des mathématiques fractales !
Deux autres théories évolutionnaires ont été avancées pour justifier l’homosexualité : la sélection de parentèle (kin selection) et le polymorphisme équilibré.
Selon la théorie de la sélection de parentèle, formulée par W.D. Hamilton en 1964, un gène peut être sélectionné par l’évolution s’il avantage les individus apparentés à son porteur. En aidant les siens, cet individu altruiste propage en réalité une partie de ses propres gènes. Le sociobiologiste Edward Wilson a ainsi suggéré que l’homosexualité pouvait être apparue dans l’évolution comme la conséquence indirecte de pulsions altruistes présentes chez certains individus : décidés à aider leur parentèle, ils se seraient par ailleurs destinés à une sexualité non-reproductive.
La théorie du polymorphisme balancé souligne, quant à elle, que la diversité génétique d’une espèce constitue sa richesse : des gènes « délétères » à l’état homozygote se révèlent avantageux à l’état hétérozygote. Appliquée à l’homosexualité, cela signifie qu’un allèle de prédisposition présent en un seul exemplaire (et donc non exprimé) peut avantager son porteur hétérosexuel — par exemple par une puissance sexuelle accrue, une libido ou une empathie plus développée, etc.

Les implications de ces découvertes
La mise en évidence d’une base biologique pour l’orientation sexuelle est considérée par certains observateurs comme «dangereuse», car elle inciterait à réduire les individus à des mécanismes hormonaux ou génétiques. Dans le cas de l’homosexualité masculine, ce ne fut pas l’avis de la communauté «gay» américaine, qui a accueilli très favorablement les découvertes de Simon LeVay, Dean Hamer et Bruce Bagemihl (ce dernier confessant volontiers son homosexualité). On comprend aisément la raison de cet enthousiasme : si l’homosexualité a une base biologique, elle ne peut plus être qualifiée de comportement « contre-nature » comme ce fut longtemps le cas. Il se pourrait que certains naissent homosexuels comme d’autres gauchers : la biologie se révèle donc en l’occurrence antidiscriminatoire. Par ailleurs, la présence d’un gène de prédisposition à un caractère n’implique pas systématiquement l’expression de ce caractère au cours de l’existence : le milieu où évolue l’individu joue aussi son rôle !
Au-delà du statut de l’homosexualité, les découvertes scientifiques posent des questions morales à dimension plus générale. Par exemple, un couple pourrait-il légitimement décider de sélectionner son embryon en fonction de la présence de tel ou tel gène — y compris celui (ou ceux) de l’homosexualité ? Ici, le débat n’est plus scientifique, mais philosophique : dans une société laïcisée et démocratique, existe-t-il encore des normes « sacrées » ou « absolues » qui pourraient brider la liberté de choix des individus ?

Référence : Bruce Bagemihl (1999), Biological Exuberance. Animal Homosexuality and Natural Diversity, Profile Books, 1999.

A lire aussi :
Chandler Burr, A Separate Creation: The Search for the Biological Origins of Sexual Orientation, Hyperion, 1996.
Dean Hamer, The Science of Desire, Simon & Schuster, 1995.
Simon LeVay, Le cerveau a-t-il un sexe ?, Flammarion, 1994.
Jim McKnight, Straight Science ? Homosexuality, Evolution and Adaptation, Routledge, 1997.

Harcèlement sexuel (chez les charançons)

Pour essayer de piéger un beau costaud, les femelles d’une espèce de charançons d’Amérique centrale s’accouplent entre elles devant les prétendants potentiels. Les mâles de ces ravageurs du citronnier sont chétifs, notent les entomologistes Ally Harari, du Centre Volcani à Beit Dagan (Israël) et Jane Brockmann, de l’Université de Floride à Ganesville. Et c’est là à leurs yeux que réside la raison des pratiques «lesbiennes» de ces charançonnes. Comme elles imitent en outre à la perfection les attributs mâles en matière de coloration, deux femelles in copula ressemblent comme deux gouttes à un couple «hétéro». Lorsqu’un mâle s’approche d’elles, il se comporte toujours comme si l’individu monté sur le dos de la femelle était un autre mâle et l’en repousse énergiquement. Plus ce mâle est fort, plus il a de chance d’éliminer son (ou sa) rival(e). Dans les deux cas, le piège fonctionne puisque la femelle obtient les faveurs du prétendant le plus méritant. A moins que ces femelles du Nouveau Monde ne cherchent en réalité à réduire le « harcèlement sexuel » de leurs chers charançons !

Un rival du Viagra

La structure d’un rival potentiel du Viagra, qui traiterait les troubles de l’érection, vient d’être déterminé par des chimistes américains (Nature Structural Biology, novembre 1999). L’équipe du Dr David Christianson a synthétisé une molécule, l’ABH, qui bloque une enzyme, l’arginase, intervenant dans le processus d’érection.

La naissance du sexe chromosomique

La différenciation des sexes par le biais des chromosomes s’est mise en place chez les mammifères il y a 300 millions d’années, affirment des chercheurs américains (Science, 29 octobre 1999). Contrairement aux autres paires de chromosomes qui sont en principe identiques, les chromosomes sexuels (XX chez la femelle, XY chez l’homme) sont extrêmement différents l’un par rapport à l’autre. Bruce Lahn, professeur de génétique humaine à l’Université de Chicago (Illinois) et David Page, du Whitehead Institute ont tenté de comprendre pourquoi, en remontant le temps à la manière de géologues. « Nous avons été capables de reconstruire les quatre phases qui ont conduit ces chromosomes à leur forme distincte en X et Y. Plus nous remontions loin en arrière et plus les chromosomes X et Y apparaissent identiques ». Au cours de l’évolution des espèces, le sexe mâle ou femelle n’a pas toujours été déterminé par l’ADN des chromosomes. Ainsi, chez les reptiles, il dépend de la température d’incubation des œufs. Une méthode problématique pour les animaux à sang chaud. Avec l’apparition de la branche des mammifères, qui s’est détachée de la branche reptile il y a 300 millions d’années, une paire d’autosomes (chromosomes non sexuels) a commencé à évoluer pour donner naissance aux chromosomes X et Y. Selon les chercheurs, la première étape de cette évolution a débuté lorsque l’un des autosomes X a acquis le gène dit SRY (Sex determining Region Y), qui détermine l’apparition du sexe masculin. Au fur et à mesure de l’évolution, la distinction des chromosomes X et Y s’est accrue car ils ont cessé de se recombiner. Par la suite, une série de quatre inversions chromosomiques — des cassures de segments d’ADN qui se retrouvent inversés — a scellé le sort de ces chromosomes X et Y et renforcé leur différenciation.

vendredi 7 janvier 2000

A-t-on découvert le gène de la fidélité ?

La fidélité dépendrait-elle de nos gènes ? C’est la question que l’on peut se poser après l’étonnante expérience récemment menée par une équipe de chercheurs américains. En modifiant le patrimoine génétique de souris, ceux-ci sont parvenus à modifier le comportement d’un mâle solitaire et volage en le transformant en animal sociable et monogame.

Tom Insel et Larry Young travaillent tous deux à l’Université Emory (Atlanta, Géorgie). Leurs travaux, publiés dans un récent numéro de Nature (vol. 400, p. 766, 19 août 1999), ont connu un retentissement qui dépasse largement le cadre souvent confidentiel de la recherche scientifique.

L’équipe américaine a créé quatre lignées de souris transgéniques en les dotant d’un gène du campagnol des prairies (Microtus ochrogaster). Ce petit rongeur nord-américain est connu pour son comportement monogame et sociable. Les souris modifiées par le transfert du gène ont à leur tour adopté le comportement du campagnol, alors qu’elles ne montrent naturellement aucune prédisposition à la fidélité.

Tom Insel et Larry Young étudient depuis longtemps la vasopressine, une hormone naturellement produite par l’hypophyse (une glande à la base du cerveau) chez la plupart des mammifères, homme compris. Cet agent chimique est notamment impliqué dans les comportements d’agression, de communication et de reproduction. Ils ont déjà montré l’influence de l’hormone sur le comportement social des campagnols mâles. Après administration de vasopressine, les animaux modifiés se sont mis à fréquenter plus souvent la même femelle. Ils en ont alors déduit que l’hormone facilite l’affiliation, l’attachement du couple, les soins paternels du campagnol des prairies.

Mais l’action de l’hormone varie énormément selon les animaux : la vasopressine laisse par exemple de marbre des espèces très voisines du campagnol des prairies (Microtus montanus et M. pennsylvanicus). Grâce à l’étude moléculaire de la structure du gène des récepteurs de la vasopressine, les chercheurs apportent maintenant une explication à ces phénomènes. Les campagnols sylvestres et des prairies, monogames et grégaires, possèdent un long morceau d’ADN, déterminant pour activer le gène, tandis que les autres espèces de campagnols, plus solitaires et volages, en sont dépourvues.

Pour vérifier l’effet de cette différence génétique, les chercheurs ont introduit ce gène du récepteur d’un campagnol des prairies dans le patrimoine génétique de souris. Ces dernières ont à leur tour développé dans leur cerveau le modèle de récepteurs hormonaux du campagnol et adopté son comportement. « Même si de nombreux gènes sont susceptibles d’être impliqués dans l’évolution des comportements sociaux complexes, nos données indiquent que le changement de l’expression d’un seul gène peut avoir un impact sur l’expression, au moins pour partie, de ces comportements », soulignent les chercheurs.

Ces découvertes s’appliquent-elles à l’homme ? Tom Insel le pense. Directeur du célèbre Centre d’étude des primates de Yerkes, professeur de psychiatrie et de psychologie à l’école de médecine de l’université Emory, ce chercheur s’est spécialisé depuis une quinzaine d’années dans la neurobiologie des comportements sociaux complexes. Au milieu des années 80, il avait démontré l’influence de la sérotonine dans les troubles obsessionnels-compulsifs. Et il s’était ensuite intéressé au rôle de l’oxytocine et de la vasopressine dans le mécanisme des attachements sociaux.

Son équipe s’apprête donc à étudier ces variations de comportement chez l’homme. Que l’on se rassure, Tom Insel ne souhaite pas mettre au point des tests génétiques prénuptiaux pour conjoint potentiellement adultérin ! En fait, on connaît aujourd’hui très peu de choses sur la formation des liens sociaux au niveau anatomique, chimique ou physiologique. Or, dans le processus d’hominisation, l’« investissement parental » joue un rôle important dans la mesure où l’enfant n’atteint sa maturité que tardivement. La coopération des parents pour sa protection, son alimentation et ses soins ont donc représenté une valeur sélective. Selon Tom Insel, on découvrira peut-être que de nombreuses mutations du « gène de la fidélité » sont survenues au cours de l’évolution et ont facilité la monogamie, dans certaines circonstances socio-écologiques.

Autres  applications, beaucoup plus concrètes, de ces recherches : favoriser la thérapie des pathologies marquées par l’isolement et le détachement : autisme, schizophrénie, voire maladie d’Alzheimer.

De la pilule au timbre

Les derniers essais cliniques d’un timbre contraceptif pour les femmes sont actuellement en cours dans le laboratoire Ortho-McNeil, filiale du groupe Johnson et Johnson. Le timbre, appelé Evra Contraceptive Patch, sera présenté à la FDA au courant de l’année 2000. Appliqué sur les bras, l’abdomen ou les fesses, il sera actif pendant une semaine, avec une efficacité comparable à celle des meilleurs contraceptifs.

Un contraceptif pour les hommes

La société canadienne de biotechnologie Immucon a annoncé, le 12 juillet 1999, avoir obtenu du Bureau Américain des Brevets un brevet pour une nouvelle technologie destinée à la mise au point d’un vaccin contraceptif masculin. Le vaccin, dont les essais cliniques devraient débuter l’an prochain, pourrait être disponible sur le marché d’ici cinq à sept ans. Il aurait l’avantage d’être réversible, avec une période d’efficacité d’un an, et – selon les tests effectués sur des hamsters – de ne pas provoquer d’effets secondaires comme la plupart des méthodes contraceptives actu­elles, principalement féminines, qui agissent au niveau hormonal. La technologie utilise le fragment d’une protéine, la P26h, pour neutraliser la capacité fécondante du sperme.

Les spécialistes de l’érection en ébullition

Un congrès sur les dysfonctions érectiles, qui s’est déroulé du 1er au 3 juillet 1999 à Paris, a été le théâtre de sévères affrontements sur l’efficacité réelle du Viagra. Phénomène rare, les principales études présentées lors de ce congrès ont donné des résultats diamétralement opposés sur les performances attribuées à la célèbre petite pilule bleue. Chez ces hommes qui souffrent d’impuissance ou de «pannes» à répétition, l’efficacité du Viagra tourne, selon Pfizer, autour de 70 %, avec un indice de satisfaction des utilisateurs situé entre 48 et 78 %. C’est ce que confirme une étude menée en France et en Italie dans 18 centres médicaux. Mais de leur côté, les laboratoires Schwarz Pharma arrivent à des conclusions inverses. Pour eux, le Viagra a été abandonné dans 68 % des cas et 90 % des personnes en échec déclarent être venues, ou revenues, aux injections. Avec satisfaction. Une troisième étude a été réalisée par le Dr Ronald Virag. Pour ce médecin, seulement 32 % sont restés fidèles au Viagra, 34 % ont surmonté leurs appréhensions et sont passés aux injections et enfin, 25 % ont choisi d’alterner le médicament oral et l’injectable. «Entre les labos, c’est la lutte à mort car, à la clef, il y a des millions, voire des milliards de dollars» souligne le Dr Ronald Virag, spécialiste français de la sexologie. L’insuffisance de la fonction érectile touche en effet environ 40 % de la population de 40 à 70 ans partout dans le monde : un marché fabuleux pour «le» remède miracle.

Vers la procréation sans limite ?

Des scientifiques de Toronto pensent avoir trouvé un moyen de conserver des ovules et de les développer sans les détériorer, marquant un progrès supplémentaire dans la possibilité pour les femmes de procréer à partir de leurs propres ovules quel que soit leur âge.

Le groupe de chercheurs a réussi à faire incuber par des souris en laboratoire des ovules immatures de jeune jusqu’à leur maturité. Avec cette découverte, les scientifiques croient qu’il sera bientôt possible pour une femme de congeler des ovules immatures au cours de sa jeunesse, puis au moment où elle souhaite avoir un enfant, de laisser des souris développer ces ovules. «Nous avons l’accord pour essayer d’abord avec des ovules de bovins et du sperme de taureau, et par la suite transférer l’embryon dans une vache», a indiqué le Dr. Robert Casper, responsable du département des sciences de la reproduction à l’Université de Toronto. «Si cela fonctionne bien, nous nous dirigerons probablement, avec l’accord du comité d’éthique, vers les essais cliniques».

Les travaux des chercheurs sont surtout orientés vers la possibilité de conserver des ovules pour les femmes infertiles en quête d’un donneur, ou pour celles souffrant de cancer dont le traitement endommage le fonctionnement de leurs ovaires. Ces dernières pourraient stocker ainsi leurs ovules encore sains et envisager plus tard une grossesse. Seulement une demi-douzaine de naissances, à partir d’ovules congelés, ont été signalées jusqu’à présent dans le monde.

Pilule abortive en Europe

La pilule abortive RU 486 a été autorisée, le 6 juillet 1999, dans huit pays européens. Outre la France, la Grande-Bretagne et la Suède, la pilule abortive est désormais prescrite en Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce et Pays-Bas.