vendredi 14 décembre 2001
Un contraceptif pour deux
Dirigés par Dr David Clapham, de la Harvard Medical School, à Boston (Massachusetts), les chercheurs ont créé des souris mutantes, dépourvues d’un gène spécifique, le gène CatSper, dont le produit, une protéine, existe uniquement dans les testicules et qui à son équivalent chez l’homme. La protéine permet un afflux de calcium, indispensable pour assurer aux spermatozoïdes l’agilité nécessaire pour parvenir jusqu’à l’ovule et ensuite le fertiliser. Le gène CatSper contrôle le passage d’ions dans le spermatozoïde, dont il a besoin notamment pour franchir la membrane qui entoure l’ovule. Le sperme des rongeurs auxquels il manque ce gène est incapable de fertiliser l’ovule in vitro. Alors que 81 % des œufs ont été fécondés par du sperme normal, aucun ne l’a été par le sperme déficient. La protéine Catsper est localisée dans le flagelle du spermatozoïde (qui lui permet d’avancer) arrivé à maturité. «Le gène CatSper représente une excellente cible pour la mise au point de contraceptifs non-hormonaux pour les hommes et les femmes», écrivent les auteurs. Un inhibiteur spécifique, un produit bloquant uniquement ce gène, ne devrait pas affecter d’autres organes ou tissus de l’organisme (cerveau, cœur, reins ou système immunitaire) et par conséquent les effets secondaires devraient être faibles ou inexistants. Ce gène constitue également une cible de travail pour la détection et le traitement de l’infertilité masculine.
dimanche 7 octobre 2001
Aspects neurobiologiques de la fonction sexuelle masculine
Journée du 20 juin 1997 organisée par les comités d'interfaces INSERM - Reproduction humaine et INSERM - Neurosciences
Aujourd'hui encore, la biologie de la sexualité reste mal connue.
Néanmoins, ces toutes dernières années ont été riches en avancées dans le domaine de la recherche en neurobiologie, en neurophysiologie et dans celui de la neuro-imagerie. Par ailleurs, des traitements pharmacologiques de plus en plus efficaces se développent pour les troubles de la sexualité masculine.
Aussi, l'INSERM et les sociétés françaises de reproduction humaine et de neurosciences ont souhaité organiser, pour la première fois, une journée consacrée à la fonction sexuelle masculine pour permettre aux chercheurs et aux cliniciens de faire le point sur ces dernières avancées. Cette manifestation, qui a lieu dans le cadre de la Journée d'andrologie de Bicêtre, se conjugue avec transdisciplinarité puisque se rencontreront des scientifiques et des médecins issus de deux disciplines qui ont rarement l'occasion de se côtoyer, la reproduction humaine et les neurosciences.
Cette réunion est un bel exemple de l'action menée par les comités d'interface mis en place par l'INSERM pour contribuer activement à l'organisation d'une véritable continuité des activités de recherche, à susciter des collaborations depuis la recherche fondamentale jusqu'à la recherche médicale et en santé. Les comités d'interface associent l'INSERM aux sociétés savantes médicales. Ils organisent l'échange d'informations et d'idées entre le monde de la recherche et le monde médical, tentent de stimuler la recherche clinique et en santé en aidant à la constitution de réseaux.
Ces comités d'interface sont également amenés progressivement à participer à la veille médicale ; ils peuvent ainsi interpeller l'INSERM sur des problèmes émergents en terme de santé humaine et susciter une réflexion prospective pour développer les recherches nécessaires. Vingt-sept comités existent actuellement, et plus d'une centaine de sociétés savantes médicales y participent.
Les comités d'interface sont incités de plus en plus à travailler ensemble de manière transdisciplinaire. Cette journée sur la fonction sexuelle masculine est une illustration de cette évolution puisque deux comités d'interface se sont associés pour participer à son organisation. Le comité d'interface INSERM - Neurosciences regroupe 8 sociétés savantes. Le comité d'interface INSERM - Reproduction humaine rassemble 8 sociétés de spécialités médicales, dont la Société d'Andrologie de Langue française (SALF) et l'Association française d'Urologie (AFU), dont le Pr Alain Jardin (CHU de Bicêtre) est le représentant.
NEUROPHYSIOLOGIE CENTRALE DE L'ACTIVITE SEXUELLE
Différentes régions du système nerveux central et du système nerveux périphérique (moelle épinière) participent à la régulation du comportement sexuel. Quelles sont ces structures, comment sont-elles impliquées, quelles sont leurs interactions ? La neurobiologie de la fonction sexuelle masculine a fait un bond en avant ces dernières années même si l'on ne dispose pas encore aujourd'hui d'une vision globale claire du contrôle de cette fonction. Cette journée sera l'occasion de faire le point sur toutes ces recherches qui ouvrent des perspectives considérables dans la mise au point de traitements pharmacologiques pour les troubles de l'érection et de l'éjaculation.
Les différents exposés ciblent des niveaux d'organisation particuliers dans la commande nerveuse des fonctions sexuelles. Ainsi, Serge Stoleru s'intéresse à un niveau très supérieur du contrôle puisqu'il met en lumière la participation des aires corticales du système nerveux central. Elaine Hull et Antonio Argiolas scrutent, quant à eux, un autre niveau du contrôle central en étudiant l'hypothalamus. Enfin, Olivier Rampin et Kevin McKenna se situent au carrefour, entre le contrôle central et les organes génitaux : ils étudient, en effet, la moelle épinière qui reçoit les informations provenant du système nerveux central mais aussi provenant des organes génitaux et qui agit, en retour, directement sur la fonction sexuelle. La dichotomie entre l'excitation sexuelle (situation sexuellement stimulante) et l'érection (fonction sexuelle) sera soulignée par Benjamin D. Sachs.
* Excitation sexuelle : quelles sont les structures cérébrales mises en jeu ?
Serge Stoleru, U292 INSERM, le Kremlin-Bicêtre
On dispose aujourd'hui de techniques d'imagerie cérébrale fonctionnelle qui permettent de visualiser chez l'homme conscient les aires du cerveau qui sont actives au cours de tâches particulières. Ces outils rendent possible l'étude des bases cérébrales du comportement sexuel humain. Serge Stoleru, Marie-Claude Gregoire et collaborateurs, en collaboration avec le Cermep (Centre d'études et de recherches médicales par émission de positons, Lyon), à l'aide de la tomographie à émission de positons (TEP), ont cherché à identifier les régions cérébrales impliquées dans la phase d'excitation sexuelle chez des sujets masculins en bonne santé. Les chercheurs ont présenté à ces sujets soit un film "neutre " sur le plan émotionnel, soit un film comique (provoquant des émotions positives non sexuelles) soit un film sexuellement explicite (provoquant des émotions positives sexuelles). Ils montrent que certaines aires du cerveau ne travaillent que pendant la présentation du film sexuellement explicite ; ces régions représenteraient des sites cérébraux privilégiés pour le traitement et l'intégration de perceptions qui sont à l'origine de l'excitation sexuelle. L'imagerie cérébrale offre donc un outil exceptionnel de l'exploration, en temps réel, de fonctions complexes. Au plan clinique, on conçoit bien sûr l'intérêt de telles explorations dans le cadre des troubles de la sexualité associés à un dysfonctionnement de régions encéphaliques.
* Erection et copulation : le rôle déterminant de la dopamine
Elaine Hull, Université de New york, Buffalo, États-Unis
Elaine Hull s'intéresse à une région du cerveau fortement impliquée dans le comportement sexuel. Il s'agit de l'aire préoptique médiane, située dans l'hypothalamus. Sa lésion abolit le comportement sexuel. Elaine Hull montre que, chez le rat, il est possible d'expliquer le décours temporel des différentes étapes de la copulation (érection, éjaculation, période réfractaire) par trois actions successives d'un même neuromédiateur, la dopamine, au sein de l'aire préoptique médiane. En effet, les quantités de dopamine augmentent dans cette région pendant le comportement sexuel. Et, en augmentant, la dopamine modifie son action en utilisant des récepteurs différents : ainsi, au tout début de l'excitation, la dopamine à faible dose entraîne une levée de l'inhibition exercée sur les réflexes sexuels. Elle utilise pour cela les récepteurs D3. A un niveau un peu plus élevé et en utilisant les récepteurs D1, elle facilite l'érection et retarde l'éjaculation ; enfin, à forte dose et en utilisant les récepteurs D2, elle facilite l'éjaculation et inhibe l'érection. La recherche et la mise au point d'agonistes et d'antagonistes spécifiques de ces sous- types de récepteurs dopaminergiques ouvrent la voie au traitement de l'éjaculation précoce.
* Rôle du noyau paraventriculaire
Antonio Argiolas, Université de Cagliari, Cagliari, Italie
Antonio Argiolas s'intéresse à un autre noyau de l'hypothalamus, le noyau paraventriculaire. Celui-ci contient plusieurs populations de neurones, dont certaines assurent la synthèse et la libération des neuropeptides tels que la vasopressine et l'ocytocine. Antonio Argiolas montre, chez le rat éveillé, que des microinjections de produits mimant l'action de neuromédiateurs endogènes (dopamine, ocytocine, glutamate, monoxyde d'azote) dans le noyau paraventriculaire provoquent des érections. Par ailleurs, il montre que le monoxyde d'azote (NO) est impliqué dans le déclenchement de l'érection et la copulation. Chez des rats " impuissants " (qui ne copulent pas) les taux de l'enzyme de synthèse du NO dans le noyau paraventriculaire sont deux fois plus faibles que chez des rats copulant. Enfin, la production de monoxyde d'azote augmente dans ce noyau chez des rats en présence de femelles réceptives, et au cours de la copulation. Le noyau paraventriculaire agirait sur la commande médullaire des organes génitaux et représenterait donc une voie de sortie importante du cerveau vers la moelle épinière.
* L'ocytocine, un neuropeptide proérectile
Olivier Rampin, INRA, Jouy-en-Josas
La moelle épinière est la source de l'innervation des organes génitaux. Elle représente le carrefour et le site d'intégration des informations nerveuses venant de la périphérie et celles en provenance du système nerveux central qui provoquent la mise en jeu des organes sexuels. Chez le rat, Olivier Rampin montre qu'il existe, dans la moelle épinière, des fibres nerveuses à ocytocine qui proviennent du noyau paraventriculaire (hypothalamus, système nerveux central) et qui sont en contact direct avec les neurones proérectiles de la moelle épinière. L'ocytocine libérée dans la moelle épinière par ces fibres s'avère être un neuropeptide qui déclenche l'érection chez le rat. Olivier Rampin met en évidence cette action en enregistrant des érections provoquées par des injections d'ocytocine dans la moelle épinière. Sous réserve de démontrer l'action sélective de l'ocytocine sur l'érection, une approche thérapeutique des patients blessés medullaires pourrait être envisagée par injection, dans les territoires situés sous la lésion, de produits visant à restaurer la fonction sexuelle.
* Comparaison mâle-femelle de la fonction sexuelle
Kevin Mc Kenna, northwestern University, Chicago, États-Unis
Professeur associé, Université de Paris-Sud, le Kremlin-Bicêtre
Il existe plus de ressemblances que de différences dans l'organisation anatomique, neurochimique et physiologique des réflexes sexuels qui caractérisent l'orgasme chez le mâle et la femelle. La contraction rythmique des muscles stries pelviens au cours de l'orgasme, les changements des rythmes cardiaque et respiratoire et l'augmentation des taux d'ocytocine circulant se révèlent semblables. Les différences anatomiques reposent plus sur la quantité d'innervation des organes génitaux et des muscles striés pelviens, quantité corrélée positivement avec la taille et le volume des organes cibles, que sur la nature ou la qualité des réflexes. Chez des rats anesthésies dont la moelle épinière est sectionnée, la stimulation des fibres sensitives de la région pelvienne provoque également chez le mâle et la femelle des réflexes des organes génitaux (érection-éjaculation chez le mâle, contractions vaginales et utérines chez la femelle) et des muscles striés pelviens. Ces réflexes sont également obtenus dans les deux sexes après ablation des testicules ou des ovaires. Ils apparaissent également après stimulation de l'hypothalamus chez des rats des deux sexes dont la moelle est intacte. Ces résultats montrent la similarité de ces réponses stéréotypées chez le mâle et la femelle. Cette identité des sexes, qui peut paraître surprenante, suggère néanmoins que des résultats issus des recherches sur l'un des sexes peuvent trouver des applications pour l'autre sexe, que ce soit en terme de régulation médullaire des fonctions sexuelles ou en terme de restauration des fonctions sexuelles après lésion médullaire.
* Psychobiologie de l'excitation sexuelle
Benjamin D. Sachs, Université du Connecticut, Storrs, États-Unis
On admet volontiers que l'érection chez l'homme représente un index indiscutable de l'excitation sexuelle. Pourtant, les contextes dans lesquels survient l'érection sont variés et la régulation physiologique de l'érection varie selon ces contextes. Celle-ci peut survenir en présence d'une excitation sexuelle (au cours de l'acte sexuel) ou en son absence (érection nocturne, érection consécutive a la prise d'une drogue ou d'une substance pharmacologique). Par ailleurs, l'excitation sexuelle ne se traduit pas forcément par l'érection (impuissance, lésions médullaires, castration). Pour développer l'étude de la psychobiologie de l'excitation sexuelle, c’est-à-dire l'étude des causes psychiques de cette excitation, il est nécessaire de définir rigoureusement l'état d' "excitation sexuelle". Benjamin D. Sachs, comportementaliste, propose ainsi une classification du comportement sexuel base sur la nature du contexte et la présence ou non d'érection. Par ailleurs, un modèle récemment développé chez le rat permet de mieux comprendre les mécanismes de l'érection " psychogénique " humaine, c’est-à-dire dont l'origine est psychique, et de développer une approche expérimentale de l'excitation sexuelle. Il s'agit de rats mâles, qui en présence d'une femelle sexuellement attractive mais non accessible, presentent des érections.
LES CONSEQUENCES SEXUELLES DES TRAUMATISMES MEDULLAIRES
Les lésions de la moelle épinière, conséquences d'un accident de la route par exemple, se traduisent par des invalidations plus ou moins graves. On compte aujourd'hui, en France, quelque 30 000 personnes paraplégiques (paralysées des membres inférieurs) et tétraplégiques (des quatre membres) qui sont confrontées à une difficile réinsertion tant sociale que familiale. Les personnes les plus atteintes sont souvent affectées dans leur vie la plus intime : non seulement l'innervation somatique qui commande la locomotion n'est plus assurée, mais sont altérées également les fonctions végétatives et sexuelles. Les hommes peuvent être confrontés a des problèmes d'impuissance et de stérilité. Des cliniciens du CHU de Bicêtre développeront leurs approches en matière de traitement pharmacologique des troubles de l'érection et de stérilité. Enfin, les approches expérimentales d'Alain Privat (Unite 336 INSERM) ouvrent des perspectives sur la restauration des fonctions locomotrices et sexuelles par les techniques de greffes neuronales.
Vincent Izard (service d'Urologie, CHU de Bicêtre) fait le point sur l'utilisation des techniques de l'assistance médicale à la procréation chez des hommes souffrant d'une lésion médullaire. Le recours aux differentes techniques d'APM est, en effet, possible à partir de l'éjaculat recueilli médicalement ou par prélèvement chirurgical. François Giuliano (service d'Urologie, CHU de Bicêtre) s'intéresse, lui, au traitement des troubles de l'érection chez les blessés médullaires. Celui-ci a évolué depuis le début des années quatre-vingt ou les premières prothèses furent proposées aux patients. Quelques années plus tard, s'appuyant sur le rôle des fibres musculaires lisses dans le processus d'érection, des substances pharmacologiques ont permis la prise en charge des dysfonctions érectiles quelle qu'en soit l'étiologie. Délivrées par voie intracaverneuse par le patient lui-même, ces substances sont pour les unes dite "facilitatrices" de l'érection : il s'agit du VIP (vasoactive intestinal peptide) et du CGRP (calcitonin gène related peptide), tous deux neuromédiateurs naturellement présents dans le tissu érectile ; on trouve également dans cette catégorie une substance produisant la libération de monoxyde d'azote (NO), qui est considéré comme le principal agent responsable de la relaxation musculaire lisse érectile, ou encore un antagoniste des récepteurs alpha- adrénergiques. Ce dernier est le seul traitement de cette catégorie disponible en France. La deuxième catégorie de produits proposée aux patients concerne les "drogues erectogenes", dont l'administration intracaverneuse est réalisée par le patient également : y figurent le chlorhydrate de papavérine (alcaloïde de l'opium) et la prostaglandine E1, tous deux disponibles en France.
Une autre approche est en cours d'évaluation : il s'agit d'administrer, toujours par le patient, à l’intérieur de l'urètre, de la prostaglandine E1 à l'aide d'une sorte de canule. Néanmoins, cette approche n'a pas été testée auprès de patients blessés médullaires. Enfin, un essai thérapeutique international mène chez des blessés médullaires, et que coordonne le service d'Urologie du CHU de Bicêtre, est en cours : l'administration d'une substance, un inhibiteur de la dégradation du second messager du NO, se fait par voie orale, une heure environ avant le rapport.
Alain Privat (Directeur de l'Unité 336 INSERM, Montpellier), dans son approche expérimentale, vise à rétablir l'éjaculation chez des rats lésés à un niveau précis de la moelle épinière. Les chercheurs entreprennent une greffe de neurones embryonnaires sérotoninergiques sous le niveau de la lésion. Un mois après, la séquence "érection-éjaculation" est restaurée montrant ainsi le rôle essentiel de la sérotonine dans la moelle épinière pour l'éjaculation. D'autre part, les travaux posent la question de l'existence dans la moelle épinière, de centres autonomes "régulateurs" qui pourraient être activés. Ce travail ouvre des perspectives thérapeutiques nouvelles quant à la restauration des différentes fonctions lésées après un traumatisme médullaire.
Source : dossier de presse Inserm, 1997.
vendredi 14 septembre 2001
Infertilité masculine : un virus ?
Un virus répandu pourrait avoir un rôle dans les problèmes de stérilité masculine, avancent des chercheurs allemands dont les travaux sont publiés dans la revue Human Fertility, de la Société Européenne pour la Reproduction Humaine et l’Embryologie (ESHRE). Les chercheurs ont étudié le sperme de 73 consultants pour des problèmes de fertilité et de 22 sujets fertiles. L’ADN d’un petit virus appartenant à la famille des parvovirus et dénommé AAV (pour virus adéno-associé) a été détecté dans le sperme de 38 % des hommes souffrant d’infertilité et seulement dans 4,6 % des spermes normaux. Ce virus a besoin de la présence d’un virus auxiliaire, qui peut être un adénovirus, pour accomplir son cycle de reproduction. Les chercheurs ont également détecté ce petit virus dans 26 % des biopsies testiculaires provenant d’hommes non fertiles. «Nous avons constaté que l’ADN de l’AAV était rarement décelé dans le sperme normal alors que sa présence était significativement beaucoup plus fréquente dans les spermes anormaux», constate le Dr Jörg Schlehofer, qui a conduit l’étude. L’AAV, qui semble très répandu dans le monde, est considéré comme non pathogène, en dépit d’indications suggérant qu’il pourrait avoir un rôle dans la survenue de fausses couches. Pour comprendre l’éventuel lien de cause à effet à l’œuvre dans la corrélation entre l’infection et les analyses anormales de sperme, l’équipe de scientifiques suggère de procéder à tests virologiques sur le sperme avant de procéder à des fécondations in vitro, en laboratoire. Les recherches devraient porter sur les conséquences de l’infection d’un œuf par du sperme contaminé.
Sexe et intelligence
Sur la courbe en cloche qui représente la distribution statistique de l’intelligence, les hommes et les femmes se retrouvent au même niveau moyen de 100. Comme le souligne John Loehlin, de l’Université du Texas, « une des explications tient au fait que l’absence de biais sexuel est l’un des critères de construction des tests. Les questions qui tendent à favoriser les hommes sont compensées par d’autres qui avantagent les femmes ».
Si le score moyen des deux sexes est équivalent, les hommes présentent une plus grande variabilité que les femmes. Leur écart-type par rapport à la moyenne est d’environ 15,5, contre 14,5 pour les femmes. Dit autrement, cela signifie que l’on trouve une proportion légèrement plus forte d’hommes que de femmes aux deux extrémités de la courbe de répartition, pour les QI situés au-dessous de 70 et au-dessus de 130 (soit 4,4 % de la population globale).
Bien que présentant la même capacité cognitive générale, hommes et femmes diffèrent en revanche dans certaines aptitudes spécifiques. Souvenons-nous qu’il s’agit toujours de différences moyennes : si un sexe domine statistiquement dans une aptitude, cela ne signifie pas que toutes les personnes de ce sexe surpassent toutes celles du sexe opposé.
Aptitude spatiale : les hommes dominent
Les hommes montrent une domination dans les tests d’aptitude spatiale. La différence entre les sexes approche un écart-type dans le lancer de précision, l’orientation spatiale, la rotation mentale de figures géométriques. L’homme montre également une aptitude légèrement supérieure dans les tests de visualisation spatiale (évolution d’un objet plié sur lui-même), le désemboîtement (identification des pièces surnuméraires d’un puzzle simple) et la perception spatiale indépendante (discrimination de l’horizontale et de la verticale). Toujours dans le domaine spatial, les femmes dominent en revanche les hommes dans la mémoire des localisations : elles se souviennent mieux des objets déplacés sur deux feuilles successivement présentées.
La différence entre les sexes concernant les aptitudes spatiales semble établie dès l’âge de 9 ou 10 ans, la précocité des garçons étant même décelables dès 5 ans pour certains tests comme la rotation spatiale.
Autre domaine où les hommes surpassent en moyenne les femmes : les compétences en mathématique. L’écart-type est de 0,5 pour les tests d’aptitude au raisonnement et à la résolution de problèmes. Les filles dominent en revanche légèrement pour le calcul. Elles font mieux que les garçons pour ce qui est des résultats scolaires, y compris en mathématiques. Ce phénomène se constate dès l’école primaire et jusqu’au lycée. En revanche, les études supérieures sont plus discriminantes. Une analyse systématique des attributions de doctorats aux Etats-Unis a montré que les femmes représentent 23,4 % des diplômes en biologie, mais seulement 8,7 % en mathématique et 4,7 % en physique. Le caractère « masculin » des sciences dures possède sans doute une dimension sociologique. Mais l’égalisation des conditions de vie, l’âge de tardif des mariages et la démocratisation des études supérieures ne se sont pas traduits par une augmentation notable des postulantes en mathématiques et en physique.
Aisance verbale : les femmes l’emportent
La troisième capacité cognitive spécifique montrant une répartition différente selon les sexes rassemble les aptitudes verbales. Les filles commencent toujours à parler plus tôt que les garçons et, dès leur première année, se montrent plus attentives aux stimuli auditifs (cris, pleurs, paroles apaisantes). A l’âge adulte en revanche, les femmes ne possèdent pas de vocabulaire plus étendu que les hommes. Elles conservent cependant une avance aux tests d’orthographe. Il en va de même pour l’aisance verbale (capacité à trouver des mots répondant à certaines contraintes) et pour la mémoire verbale (rappel de listes de mots cohérents ou incohérents).
La principale explication de ces différences cognitives est de nature hormonale. Comme le résume Doreen Kimura, de l’Université Simon Frazer (Etats-Unis), «les observations provenant de personnes ayant des anomalies hormonales précoces indiquent qu’une exposition aux androgènes influence significativement les scores d’aptitude spatiale. Les fluctuations des œstrogènes sont associées à l’aisance verbale et à la rapidité de perception».
mardi 14 août 2001
La sélection sexuelle chez les cyprès
L e cyprès de Duprez ou cyprès de Tassili ne subsiste plus aujourd’hui que dans la partie méridionale du Tassili des Ajjer, son écosystème originel. Là survivent 231 malheureux exemplaires qui ne se reproduisent plus. Condamnée à une probable et prochaine disparition, l’espèce a suscité l’engouement des scientifiques et une abondante littérature. Dernière parution en date, dans Nature, l’été dernier : une découverte effectuée par Christian Pichot, de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) à Avignon, Mohammed El Maâtaoui, de l’unité mixte INRA-Faculté des sciences d’Avignon, et deux scientifiques de l’Université de Florence, Sabrina et Paolo Raddi..
A Avignon, les chercheurs avaient déjà observé des caractéristiques étranges des graines de ce cyprès. En effet, leur embryon n’est pas le résultat de la fécondation de gamètes (cellules reproductrices) mâles et femelles, comme c’est normalement le cas chez les végétaux supérieurs : il est directement issu du développement d’un grain de pollen.
L’équipe de scientifiques a étudié des individus issus de croisements contrôlés de cyprès de Duprez et de cyprès de Provence (Cupressus sempervirens) — croisements qui peuvent se produire spontanément dans la nature. Morphologiquement et génétiquement, ont-ils constaté, ces individus sont « rigoureusement identiques » au parent mâle, le cyprès de Duprez. Son grain de pollen ne porte pas la moitié des chromosomes de l’espèce, comme c’est normalement le cas, mais la totalité. Un mâle dupliqué, en quelque sorte !
Jusqu’ici, les botanistes avaient parfois observé, chez certains végétaux, le développement d’un embryon à partir d’un seul parent — phénomène qu’ils nomment apomixie —, mais toujours la mère. « Le mode de reproduction de Cupressus dupreziana représente le seul cas d’apomixie paternelle jamais observé chez les plantes », écrivent les chercheurs
Pour Christian Pichot et ses collègues, cette apomixie constitue probablement une adaptation génétique, sélectionnée au cours de l’évolution, en réponse aux contraintes démographiques qui pèsent sur cette espèce. Dans des populations extrêmement réduites,en effet, la reproduction sexuée habituelle entraîne une forte consanguinité et augmentant le risque d’extinction de l’espèce. L’apomixie, en permettant la reproduction sans fécondation, évite cet écueil. Mais la diversité n’est pas maintenue.
jeudi 9 août 2001
Grossesse : quand les garçons profitent des filles
En dépit d’une gestation plus longue, le poids des filles à la naissance est moindre que celui des garçons. Ce phénomène avait été signalé dès 1943. Pour approfondir cette question de l’influence du sexe du fœtus sur la grossesse, le Dr Ruth Loos et ses collègues du Centre de génétique humaine à Louvain (Belgique) ont comparé le poids de naissance et la durée de la grossesse de 1.929 faux jumeaux du même sexe et de sexe différent (The Lancet, vol. 358, p. 560, 18 août 2001)..
La durée d’une grossesse d’une femme portant des jumeaux de sexe différent ou des jumelles est similaire (respectivement 36,8 et 36,9 semaines), mais plus longue que si elle attendait deux garçons (36,4), indiquent les chercheurs. A la naissance, le poids des filles est comparable que leur jumeau soit une sœur ou un frère. En revanche, le poids du garçon est plus élevé, en moyenne de 78 grammes, quand son jumeau est une fille. Ces résultats confirment chez les jumeaux dizygotes l’observation du poids inférieur des filles, malgré une grossesse plus longue. Mais l’étude montre un fait plus intéressant : « chez les jumeaux de sexe différent, c’est la fille qui gouverne la durée de la grossesse », commente le Dr Ruth Loos. «Elle prolonge la gestation de son frère et ce dernier en profite pour augmenter son poids. Résultat : son poids sera plus élevé que s’il avait partagé avec un garçon le séjour dans le ventre de sa mère».
Le Dr Loos admet ignorer par quel mécanisme les filles jouent ce rôle déterminant. Les résultats de l’étude suggèrent que le fœtus mâle grandit à plus vive allure que le fœtus femelle. Cette particularité pourrait être due à l’absence de chromosome Y chez les filles, qui sont plus lentes à se développer au départ mais se rattrapent en fin de grossesse. «La différence est d’importance, notent les auteurs, lorsque l’on étudie l’hypothèse des origines fœtales des maladies de l’adulte, parce que les fœtus à croissance rapide sont particulièrement vulnérables aux lésions pendant la vie prénatale».
mercredi 8 août 2001
Fertilité et solvants
Les hommes exposés de façon répétée aux solvants, utilisés dans la peinture, l’encre d’imprimerie et pour le nettoyage des vêtements dans les teintureries, ont un risque élevé d’infertilité, selon une étude canadienne. L’étude, publiée dans le mensuel britannique spécialisé Occupational and Environmental Medicine, a porté sur plus de 1.200 travailleurs manuels venus consulter dans des cliniques prenant en charge les problèmes de fertilité au Canada durant la période de 1972 à 1991. Les hommes se décrivant eux-mêmes comme ayant été exposés à des niveaux modérés de solvants organiques sont au moins deux fois plus susceptibles d’avoir un faible nombre de spermatozoïdes, avec peu de spermatozoïdes mobiles. Ce risque de sperme appauvri, en volume et mobilité, est trois fois plus élevé après une exposition à des quantités importantes de solvants. Peintres, décorateurs, imprimeurs font partie de ceux exposés au risque statistiquement le plus important. Principal suspect : les éthers de glycol.
jeudi 2 août 2001
Un lézard choisit le sexe de son rejeton
En contrôlant sa température corporelle, un lézard femelle d’Australie, Eulamprus tympanum, est capable de décider du sexe de son futur rejeton. Le sexe de nombreux reptiles ovipares, tels que les crocodiles, est déterminé par la température du nid dans lequel l’oeuf s’est développé. Mais avoir découvert le même phénomène chez une espèce vivipare a de quoi surprendre, dans la mesure où les reptiles ont une température corporelle plus ou moins constante, expliquent Kylie Robert et Michael Thompson, de l’Université de Sydney. Les deux chercheurs ont découvert en laboratoire, dans une population d’Eulamprus tympanum uniquement composée de femelles, que celles-ci avaient maintenu leur température corporelle à 32 °C et n’avaient donné naissance qu’à des mâles. Dans la nature, mâles et femelles voient le jour en proportion égale. Eulamprus tympanum, comme de nombreux autres reptiles vivipares, vivent dans des régions montagneuses. Cet environnement frais, suggèrent Robert et Thompson, peut rendre plus facile la possibilité pour la femelle d’équilibrer le rapport entre les sexes pour s’adapter aux besoins du groupe, capacité qui semble perdue dans les climats plus chauds.
vendredi 20 juillet 2001
Fertilité et régimes minceur
La course aux régimes minceur affecte de plus en plus fréquemment la fertilité des jeunes femmes et les troubles du cycle menstruel d’origine nutritionnelle sont de plus en plus courants, ont mis en garde, le 13 mars, les spécialistes, à l’occasion du 29ème Salon de la Médecine (MEDEC), organisé du 12 au 17 mars à Paris. «Le temps de la conception est aussi important que celui de la grossesse mais, pourtant, on sait aujourd’hui qu’il suffit de quatre jours de restriction en calories et en lipides pour induire chez des femmes minces des perturbations hormonales», a souligné le Pr Jacques Bringer, chef du service des maladies endocriniennes à l’Hôpital Lapeyronie, à Montpellier. Selon cet expert, une femme sur trois est persuadée d’avoir un poids trop élevé, alors qu’il est en fait normal. Une sur deux a peur de prendre du poids et une sur cinq a des conduites alimentaires de régime. Cette maîtrise permanente de l’alimentation au service de l’obsession de la minceur a des conséquences graves. Selon plusieurs études menées en France et citées par le Pr Serge Hercberg, ces déficits peuvent s’amplifier pendant la grossesse et avoir des conséquences graves sur la santé de la mère et de l’enfant. 30 à 50 % des femmes ont ainsi un apport en vitamines B1 et B6 inférieur aux deux tiers des apports conseillés ; 70 % des femmes manquent de vitamine B9, déficit impliqué dans certaines malformations des enfants à naître. Les apports en fer sont également trop faibles chez 66 % des femmes, qui sont 25 à 60 % à manquer de cuivre, 50 à 80 % de zinc, 20 à 40 % de magnésium et 8 à 15 % de calcium.
jeudi 19 juillet 2001
Tabagisme, hypertension et impuissance
Les fumeurs souffrant d’hypertension artérielle ont 26 fois plus de risque de souffrir d’impuissance que les non-fumeurs. «Nos données sont les premières à quantifier une augmentation par 26 de la dysfonction érectile chez les hommes souffrant d’hypertension et qui fument», a déclaré le Pr John Spangler, du centre médical de l’Université de Wake Forest, à Winston-Salem (Caroline du Nord). Chez les anciens fumeurs souffrant d’hypertension, le risque d’impuissance reste 11 fois plus élevé que chez les non-fumeurs. L’impuissance, ou dysfonctionnement érectile, touche environ 30 millions d’hommes aux Etats-Unis. «Le tabagisme, l’hypertension et le dysfonctionnement érectile sont des troubles courants […] et informer les fumeurs de risques élevés d’impuissance pourrait en motiver beaucoup d’arrêter de fumer», a estimé le Pr Splanger. La fonction sexuelle implique la coordination de nombreuses fonctions biologiques dans le corps. Elle comprend le système nerveux central (stimulation mentale) qui agit en coordination avec les hormones, et le système cardio-vasculaire qui pompe le sang dans les tissus des muscles maintenant l’érection. Le tabagisme peut détériorer tous ces systèmes et, par conséquent, causer l’impuissance.
mercredi 18 juillet 2001
Comment les souris changent de sexe
Des chercheurs ont réussi à créer des souris mâles dotées d’un organe reproductif féminin, en désactivant le gène responsable de la production du facteur de croissance du fibroblaste 9 (Fgf9), protéine jouant un rôle important dans le développement. Ce changement est intervenu chez des embryons de souris, en dépit du fait qu’elles possédaient bien le chromosome Y qui produit normalement des mâles. Les facteurs de croissance du fibroblaste (Fgf), dont il existe 22 variétés connues, jouent un rôle dans la régulation de la croissance et la migration cellulaire. Les chercheurs, dirigés par le Dr David Ornitzde l’Ecole de médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis (Missouri), voulaient étudier les effets de l’absence de la protéine Fgf9 sur les organes, en particulier les poumons. Ils n’ont pas tout de suite remarqué les effets sur le ratio mâles/femelles car les souris sont mortes à la naissance. En y regardant de plus près et en constatant l’absence de glande prostatique, ils ont eu un choc : la moitié des souris étaient des mâles mais ils avaient soit des testicules très peu développés ou soit pas du tout d’organe sexuel masculin.
lundi 14 mai 2001
Nouvel implant contraceptif
Un implant contraceptif est commercialisé en France depuis le 2 mai dernier. «Il s’agit d’un petit bâtonnet souple de la taille d’une fine allumette à glisser sous la peau de la face interne du bras gauche, pour une droitière, du bras droit pour une gauchère», explique le professeur Patrick Madelenat (Hôpital Bichat à Paris). Son efficacité commence dans les 24 heures suivant la pose et dure 3 ans. Son action est réversible, dans les quatre jours après le retrait.
samedi 17 mars 2001
Et votre testicule droit ?
Au terme de centaines de tests menés dans son laboratoire de psychologique expérimentale, Doreen Kimura, de l’université du Western Ontario, a constaté un phénomène surprenant : sous l’action des androgènes, hommes et femmes développent une asymétrie physiologique. Ainsi, les hommes connaissent un développement légèrement plus important du côté droit : testicule plus volumineux et stries des empreintes digitales plus nombreuses. Or, ces indices sont prédictifs des résultats aux tests cognitifs. Les individus peu latéralisés à droite (hommes ou femmes) sont en général ceux qui réussissent le mieux dans les aptitudes féminines.
jeudi 15 mars 2001
Le cerveau a-t-il un sexe ?
Si, lors d’un départ en vacances, vous vous êtes pris de bec avec votre épouse au sujet de son incapacité (supposée notoire) à lire une carte routière, consolez-vous : d’un point de vue statistique, cette mésaventure n’a rien de surprenant ! La perception visuo-spatiale est en effet l’un des domaines les mieux documentés concernant les différences hommes-femmes.
Hommes et femmes dans l’espace
Ainsi, les tests de visée physique montrent une nette supériorité des hommes, qu’il s’agisse de lancer une fléchette au centre d’une cible ou de rattraper une balle au vol. Est-ce parce que, dès l’école, les filles font moins de sports d’adresse ? Nullement : les tests montrent que la supériorité masculine se manifeste dès l’âge de trois ans, avant que l’enfant soit socialisé dans son « genre ». Plus surprenant encore : les mâles homosexuels ou les individus transsexuels dont le taux d’hormone est proche de celui des femmes hétérosexuelles n’excellent pas non plus aux tests de visée. Cela ne signifie nullement que la coordination sensori-motrice des femmes soit déficiente. Au contraire, elles dépassent les hommes dans les aptitudes dites de « fine motricité » impliquant les doigts. Ainsi, le cerveau des femmes contrôle mieux la musculature distale (éloignée du système nerveux central).
La supériorité visuo-spatiale des hommes sur les femmes est plus nette encore dans les tests psychométriques dits de « rotation mentale ». Le problème consiste à imaginer la forme que prendra une figure en deux ou trois dimensions après une rotation dans l’espace. Là aussi, l’avantage masculin apparaît dès avant la puberté et les analyses transculturelles montrent que toutes les ethnies connaissent ce dimorphisme cognitif de nature sexuelle (à l’exception intéressante des Inuits). De même, les études menées en laboratoire sur les rats ont conclu que les individus mâles retrouvent plus facilement leur chemin que les femelles dans les labyrinthes dépourvus d’indices physiques indiquant la sortie (les rats castrés perdent en revanche cette qualité tandis que les femelles masculinisées par des androgènes améliorent leur score).
Les femmes compensent leur difficulté à concevoir une rotation géométrique par une meilleure mémorisation des objets dans l’espace. Le test classique consiste à montrer au participant une feuille remplie de nombreux objets, puis une seconde où il doit comptabiliser les items ayant disparu ou changé de place : dès l’enfance, les filles sont meilleures que les garçons à cette épreuve. De même, les femmes repèrent plus vite la similitude entre deux objets.
Littéraire ou matheux ?
Bien que le montant de votre note de téléphone grimpe en flèche depuis quelques mois, ne blâmez pas votre fille adolescente qui passe ses soirées à parler avec ses copines : elle exprime tout naturellement sa maîtrise des aptitudes verbales ! La supériorité féminine dans l’aisance verbale commence dès la petite enfance (à partir du seizième mois) : les filles parlent plus tôt et mieux que les garçons. A l’école, elles font également moins de fautes d’orthographe. Ces traits persistent à l’âge adulte, avec toutefois des nuances. Les femmes sont par exemple meilleures que les hommes lorsque les tests demandent de remplir les lettres manquantes d’un mot ou les mots manquants d’une phrase ; mais les hommes réussissent mieux aux tâches verbales impliquant une dimension conceptuelle (comme nommer des objets selon une catégorie abstraite, par exemple). De même qu’elles se souviennent mieux que les hommes de la place des objets dans l’espace, les femmes ont une meilleure mémoire verbale, que les suites de mots à retenir soient aléatoires ou dotées d’un sens précis.
La prédominance des garçons dans les filières impliquant les mathématiques (sciences, technologie) est un phénomène bien établi dans les sociétés occidentales. On a longtemps voulu y voir une influence du milieu, c’est-à-dire des stéréotypes imposés aux deux sexes : les garçons seraient encouragés à devenir « matheux » (filière « noble ») quand les filles auraient vocation à devenir « littéraires » (filière « sensible »). Mais cette explication sociologique, sans doute valable à la marge, n’explique pas tout. On peut très bien imaginer que les « stéréotypes » en question se fondent sur des réalités, c’est-à-dire sur des aptitudes différentes impliquant des valorisations différentes. La mixité sexuelle est bien établie à l’école depuis deux générations et le sexisme n’est plus guère répandu dans nos sociétés : néanmoins, le déséquilibre des filières scientifiques penche toujours en faveur des hommes, surtout dans les sciences les plus « dures » (mathématiques et physique). Inversement, les filles obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que les garçons aux examens scientifiques au cours de leur scolarité (ce qui n’est guère explicable en terme de « stéréotype »), mais elles choisissent plus souvent des filières professionnelles impliquant des contacts avec les personnes. Les tests démontrent d’ailleurs que les femmes surpassent les hommes dans la perception des émotions (traits du visage, posture du corps, intonation de la voix) ou la mémoire des expressions faciales, deux qualités utiles à une vie sociale orientée vers les personnes plutôt que vers les objets ou les concepts.
Dans les tests psychométriques standards, les garçons sont meilleurs que les filles dans l’aptitude au raisonnement et la résolution de problèmes supposant l’application logique de règles abstraites. Les filles dépassent en revanche les garçons pour les tâches de calcul mental. La géométrie, impliquant des capacités spatiales, est plus masculine que l’algèbre. Ces données ont été vérifiées par un grand nombre d’études transculturelles. Les différences d’aptitudes mathématiques entre les hommes et les femmes sont toutefois moins marquées chez les individus d’origine africaine et asiatique que chez les participants d’origine européenne.
Les influences hormonales sur le cerveau
Pour comprendre l’origine les différences sexuelles en matière de cognition, les scientifiques avancent deux types d’explication : l’une, ontogénétique, renvoie au développement biologique de l’individu ; l’autre, phylogénétique, concerne le passé de notre espèce.
Les cerveaux des hommes et des femmes présentent des différences d’organisation et de structure (cf. le texte de Doreen Kimura dans ce numéro). Une étude classique de Geschwind et Levitsky a par exemple montré que le planum temporal gauche (aire de Wernicke liée à la compréhension des mots) est plus latéralisé chez la femme que chez l’homme.
L’un des facteurs influençant le fonctionnement cérébral des individus est la sécrétion des hormones sexuelles (œstrogènes chez la femme et androgènes chez l’homme) par les gonades (ovaires ou testicules). Ces dernières se développent dès la septième semaine de la vie embryonnaire. Le sexe hormonal est préalablement déterminé par le sexe génétique (chromosomes XX pour la femme et XY pour l’homme) : de la fécondation de l’œuf à la septième semaine, les individus se développent tous selon un plan féminin, mais l’action du gène SRY sur le chromosome Y provoque chez les futurs garçons un processus de masculinisation et de déféminisation. Les caractères sexuels secondaires (pilosité, musculature, glandes mammaires) ne s’épanouissent qu’à l’adolescence, avec la poussée hormonale caractérisant la puberté.
Le mécanisme exact de l’influence hormonale sur le cerveau n’est pas encore bien connu. Mais il est attesté par d’innombrables expériences. Ainsi, les réussites des hommes et des femmes aux tests psychométriques sont corrélées à leur sexe hormonal plutôt qu’à leur sexe génétique. Les hommes présentant un faible taux de testostérone sont moins bons que la moyenne masculine aux tâches de rotation spatiale et de raisonnement mathématique et meilleurs aux tâches verbales. Le phénomène inverse s’observe chez les femmes dont le taux de testostérone est anormalement élevé. Une maladie rare, l’hyperplasie surrénale congénitale, qui provoque un excès d’androgènes à partir du troisième mois de la vie fœtale, aboutit pareillement à des comportements cognitifs « masculins » chez les deux sexes.
Les chercheurs ont aussi identifié des variations cycliques intéressantes. Les hommes se repèrent mieux dans l’espace au printemps et dans la deuxième partie de la journée, périodes où la sécrétion des hormones sexuelles est plus abondante. Chez les femmes, les pics d’estradiol relevés en phases préovulatoire et lutéale se traduisent par de meilleurs résultats aux tests « féminins ».
L’agressivité
Les hormones sexuelles influent également sur l’agressivité des sujets en agissant sur les noyaux de l’hypothalamus et de l’hypophyse (système limbique sous-cortical). Chez les animaux, il est bien établi que la hausse du taux de testostérone est corrélée à des comportements agressifs et, inversement, que les mâles « perdants » montrent un taux moindre. Chez les humains, des études ont montré que les femmes emprisonnées pour délit ou crime violent ont un niveau de testostérone plus élevé que la moyenne de leur sexe. De même, la castration chimique empêchant l’émission d’androgènes par les gonades masculines restreint l’agressivité des patients.
L’explication par l’évolution
L’existence de dimorphismes cognitifs chez les animaux a conduit les chercheurs à réfléchir aux fondements évolutionnaires des différences entre les hommes et les femmes. En effet, notre cerveau n’a pas été conçu pour utiliser des ordinateurs, mais pour permettre aux primates et aux hominiens de survivre dans le milieu pléistocène !
Selon la psychologie évolutionnaire, les différences entre les sexes s’analysent en terme de sélections naturelle et sexuelle sur le long terme. Si l’on en juge par les actuelles tribus de chasseurs-cueilleurs et par les blessures constatées sur les squelettes préhistoriques, les activités de chasse et de façonnage d’outil semblent avoir été un privilège masculin au cours des trois derniers millions d’années. Cela pourrait expliquer non seulement la masse musculaire et osseuse plus importante des hommes, mais également l’avantage adaptatif de certaines capacités visuo-spatiales et mathématiques (précision des jets de pierre et de pieu, évaluation des distances et anticipation des mouvements, repérage des territoires de chasse, rotation mentale lors de la taille des outils). Chez les femmes, astreintes à la grossesse et à l’allaitement, probablement plus impliquées dans la cueillette et l’organisation du campement, les capacités verbales et l’analyse des expressions faciales (communication au sein du groupe et avec les enfants) ainsi que la mémoire indicielle des emplacements (réserves de nourriture proche) furent des qualités indispensables à la survie. Il en va de même pour l’aptitude à entretenir des relations sociales d’individu à individu.
Pour aller plus loin :
Doreen Kimura, Cerveau masculin, cerveau féminin ?, Odile Jacob, 2001.
Simon LeVay, Le cerveau a-t-il un sexe ?, Flammarion, 1994
Henry Plotkin, Evolution in Mind, Penguin Books, 1997.
mercredi 14 mars 2001
La puberté précoce monte en flèche
La puberté féminine précoce est un phénomène de plus en plus répandu aux Etats-Unis. Plus d'un quart des fillettes noires aux Etats-Unis et 7 % des blanches affichent des signes de puberté dès l'âge de 7 ans, selon une étude qui fait référence sur la question, dirigée par le Dr Marcia Herman-Giddens et réalisée en 1997 sur 17.000 jeunes Américaines âgées de trois à douze ans. A l'âge de neuf ans, près d'un tiers des blanches (32 %) et 62 % des noires ont des seins et un système pileux, soit un à deux ans avant l'heure. La période de puberté s'allonge, sans que la moyenne d'âge pour l'apparition des règles (entre 12 et 13 ans) ne soit modifiée. Les conséquences de cette évolution constatée dans d'autres pays, notamment la Grande-Bretagne, la Suède ou l'Espagne, sont loin d'être anodines, selon les spécialistes. Les différents niveaux de maturité (cognitive, physique et émotionnelle) risquent d'être décalés. Certaines études soulignent qu'une puberté précoce entraîne davantage de dépressions, d'agressivité, d'isolement, voire de suicides. Le phénomène trouve ses origines dans plusieurs causes : la prédisposition ethnique (les personnes d'origine africaine sont plus touchées), l’obésité qui favorise la fabrication d'une hormone impliquée dans la puberté, la consommation excessive de viande ou de laitages, voire l’effet de stimulateurs d'oestrogènes contenus dans des produits chimiques ou plastiques.
lundi 15 janvier 2001
Hommes et femmes ne l’entendent pas de la même manière
Les hommes ne se servent que de l’hémisphère gauche du cerveau lorsqu’ils écoutent tandis que les femmes emploient les deux, selon une étude de chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université d’Indiana. Les chercheurs ont présenté six minutes d’un film à un groupe d’hommes et de femmes. Ils ont constaté que leur compréhension du sujet était tout à fait similaire, mais l’imagerie par résonance magnétique (IRM) a en revanche démontré que l’information reçue par ces hommes et femmes n’était pas traitée de la même manière.
Ainsi, l’activité cérébrale masculine se concentrait dans le lobe temporal de l’hémisphère gauche, généralement associé aux fonctions d’écoute et de parole. Les femmes, quant à elles, se servent aussi du lobe temporal de l’hémisphère droit, utilisé notamment pour jouer de la musique et se situer dans l’espace. L’étude ne précise toutefois pas si les hommes écoutent plus ou moins que les femmes. «Leur façon d’écouter est différente, mais cela ne veut pas forcément dire que leurs performances sur ce plan soient différentes», a souligné l’un des auteurs, Michael Phillips.
En 1995, une autre étude réalisée par des professeurs de l’Université de Yale avait montré que les femmes se servent également des deux hémisphères en lisant ou en s’engageant dans d’autres tâches verbales, tandis que les hommes n’utilisent que le gauche. Le constat de cette différence pourrait aider à expliquer pourquoi les femmes parlent plus tôt, apprennent plus rapidement à lire et ont moins de problèmes d’apprentissage que les hommes.
dimanche 14 janvier 2001
Cancer des testicules et stérilité
Les hommes qui rencontrent des problèmes de stérilité sont plus susceptibles que les autres de développer un cancer des testicules, selon une étude danoise. Les chercheurs de l’Université de Copenhague, qui ont travaillé sous la responsabilité de Rune Jacobsen et d’Henrik Møller, ont étudié les cas de cancer et de stérilité entre 1963 et 1995 sur 32.442 hommes dont le sperme avait été préalablement analysé. Les résultats montrent que les hommes ayant des problèmes de stérilité avaient 1,6 fois plus de risques de développer un cancer des testicules que les autres. Les hommes dont le sperme est affecté par des anomalies ont en outre deux à trois fois plus de risques de développer un cancer de ce type.
samedi 7 octobre 2000
Sexe et évolution chez les drosophiles
Les phéromones, un élixir d’amour ? En fait, ces substances serviraient surtout à maintenir la séparation des espèces. Contrairement à ce que l’on pensait, ce ne sont pas les parfums naturels les plus forts présents sur la peau des mouches du vinaigre qui constituent leur élixir d’amour, mais des substances beaucoup plus discrètes, selon une étude française publiée dans les Proceedings of The National Academy of Sciences. En effet, le vrai rôle des phéromones présents sur la cuticule des mouches du vinaigre serait de maintenir la séparation des espèces. Jusqu’à présent, les scientifiques estimaient que ces molécules produites par la femelle déclenchaient les parades des mâles. A l’aide d’une manipulation simple, les chercheurs dirigés par Jean-François Ferveur ont éliminé les phéromones majoritaires de la cuticule des mouches de l’espèce Drosophila melanogaster. A leur grande surprise, ces femelles ont continué de susciter une parade vigoureuse des mâles de leur propre espèce ou d’espèces apparentées. Lors d’une autre expérience, les femelles ont été recouvertes par les phéromones d’espèces différentes. Les mâles sont alors restés indifférents à leur égard, ce qui montre que ces phéromones sont surtout efficaces pour empêcher la parade des mâles d’autres espèces.
Pesticide… ou spermicide ?
Les taux de succès de la fécondation in vitro (FIV) sont amoindris quand le sperme provient d’hommes exposés aux pesticides. L’étude de l’équipe spécialisée dans la santé environnementale et professionnelle du Dr Heederik de Wageningen (Pays-Bas) a porté sur 836 couples qui se sont présentés pour une FIV. Pour les hommes ayant subi les plus fortes expositions aux pesticides, le taux de succès de la FIV n’atteint que 22 % de celui obtenu dans le groupe de référence. Parmi les professions exposées figurent les horticulteurs, les arboriculteurs, les jardiniers ou les pépiniéristes.
jeudi 18 mai 2000
Stimulation du clitoris
Le premier appareil destiné à corriger un dysfonctionnement sexuel chez la femme, en agissant sur le clitoris, a été autorisé par les autorités sanitaires américaines, a annoncé son fabricant, la société Urometrics. Cet appareil, EROS-CTD (Clitoral Therapy Device), renforce le flot sanguin dans les parties génitales, a précisé Urometrics en annonçant l’autorisation de mise sur le marché de la FDA (Food and Drug Administration). Selon son fabricant, il « réalise en toute sécurité une succion douce du clitoris, provoquant un engorgement » qui traite ce dysfonctionnement, dont souffrent 43 % des Américaines, soit quelque quarante millions de femmes. Selon son fabricant, l’appareil est également commercialisé en France, en Grande-Bretagne et en Australie.
mardi 16 mai 2000
Nouveau traitement de l’infertilité
Un groupe de spécialistes français, espagnols et italiens relatent, dans Human Reproduction, qu’ils ont développé une nouvelle méthode de fusion permettant le transfert du noyau de l’ovocyte d’une femme infertile dans l’œuf énucléé d’une donneuse. Associée à la fécondation in vitro, la technique permettrait à la femme infertile de transmettre l’essentiel de son patrimoine génétique (contenu dans le noyau), comme son partenaire avec son sperme. La méthode pourrait bénéficier aux femmes porteuses de maladies mitochondriales, maladies héréditaires rares provenant des défauts génétiques de l’ADN du cytoplasme situé dans le corps de la cellule.
dimanche 14 mai 2000
De la guerre chez les spermatozoïdes
Les ascidies sont de minuscules animaux marins primitifs, cylindriques et creux, qui vivent accrochés à des rochers dans les mers chaudes. Charles Lambert (Université d’Etat de Californie à Fullerton) s’est penché sur le mécanisme de fécondation de cet animal. Pour se reproduire, mâles et femelles libèrent leurs semences dans l’eau où la fécondation a lieu. Une fois qu’un spermatozoïde a pénétré l’ovule, un système de défense s’actionne, empêchant une fécondation multiple. L’ovule libère à sa surface une enzyme qui interdit l’entrée à tout autre spermatozoïde. En étudiant deux espèces qui ne peuvent pas se croiser et donc se féconder, Ascidia nigra et Ascidia sydneiensis, le chercheur a montré que ces animaux détournaient le mécanisme de la fécondation pour en faire un moyen de protection. Schématiquement, un ovule en attente d’être fécondé par le spermatozoïde de son espèce déclenche préventivement son système de défense quand un spermatozoïde d’une autre espèce se présente. Mais, dès que cette protection est mise en place, elle est irréversible, condamnant l’ovule à l’infertilité car même ses propres spermatozoïdes sont désormais interdits d’accès. Ainsi puisqu’il y a moins d’animaux de l’autre espèce, il y a plus de place pour se fixer sur les rochers, habitat prédestiné de toutes les ascidies.
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samedi 13 mai 2000
Gorge bleue : vive l’infidélité !
Selon une étude norvégienne publiée dans la revue Nature, l’infidélité semble être une bonne solution pour avoir une descendance saine, du moins chez le gorge bleue, oiseau dont les femelles flirtent et s’accouplent avec des mâles de territoires voisins, tout en menant une vie de couple avec un autre mâle. En effet, Jan Lifjeld et ses collègues du Musée de Zoologie de l’Université d’Oslo ont découvert que les oisillons «naturels» ont une meilleure défense immunitaire que les oisillons «légitimes». Et les femelles se comportent ainsi même quand les propres partenaires présentent un physique plus séduisant. Déduction des chercheurs : la femelle – inconsciemment bien sûr – chercherait à acquérir pour ses petits des gènes compatibles, qui augmentent alors leurs défenses immunitaires. Ces oisillons ne sont pas pour autant plus forts ni plus grands que les autres. Les scientifiques, qui ont analysé en détail ce comportement fréquent chez le gorge bleue à miroir (Luscinia svecica), n’ont par ailleurs observé aucune différence d’attention envers les oisillons. Rien de mieux donc pour un gorge bleue femelle que d’être infidèle pour trouver un partenaire dont les gènes associés à l’immunité diffèrent par rapport aux siens…
vendredi 12 mai 2000
Baisse de la fertilité avec l’âge
Les hommes possèdent une horloge biologique interne au même titre que les femmes et il leur est plus difficile de concevoir un enfant à mesure qu’ils avancent en âge, affirment des scientifiques britanniques dans une étude publiée dans Human Reproduction. Deux équipes du St Michael’s Hospital de Bristol et de l’Université de Brunel, à Birmingham (centre), sous la direction du Dr Chris Ford, ont réussi à prouver que les chances de concevoir un enfant dans les six mois baissent chaque année de 2 % pour les hommes, dès qu’ils ont dépassé l’âge de 24 ans. Les chances de concevoir en un an déclinent quant à elles de 3 % par an. Pour un couple fertile, la probabilité qu’il lui faudra plus d’un an pour arriver à concevoir un enfant double entre le moment où l’homme a autour de 25 ans (8 %) et celui où il dépasse les 35 ans (15 %). «Ce résultat, résume le Dr Chris Ford, nous indique qu’à un certain degré, les hommes comme les femmes possèdent une horloge biologique qui commence à sonner quand ils atteignent la trentaine. Il montre également que l’âge du père est un des facteurs à prendre en compte lorsque des médecins étudient les raisons pour lesquelles un couple est stérile».
Le Viagra fécondant ?
La pilule contre l’impuissance et les troubles de l’érection, le Viagra, pourrait être utile dans certains cas d’infertilité féminine, indique une étude publiée dans Human Reproduction. Deux médecins américains du Nevada, les Drs Geoffrey Sher et Jeffrey Fisch, montrent que le sildénafil (nom technique du Viagra) peut être efficace dans le cas où un flux sanguin artériel de l’utérus insuffisant empêche l’implantation de l’embryon obtenu par fécondation in vitro.
lundi 17 avril 2000
Ménopause, gènes et bouc hermaphrodite
Le gène de l’anomalie qui caractérise des boucs dénués de corne (qui sont en fait des animaux atteints de pseudo-hermaphrodisme) serait semblable au gène responsable d’une maladie humaine rare, estiment des chercheurs français dans la revue Genome Research. «Pendant longtemps, raconte Daniel Vaiman, de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), les éleveurs ont cherché à sélectionner des chèvres sans cornes pour éviter que les animaux se blessent. Mais, à partir des années 1930, ils se sont aperçus qu’ils obtenaient un excès de mâles, dont beaucoup étaient stériles». Dans les années 1950, cette sélection a été abandonnée. «L’anomalie caprine se traduit par un pseudo-hermaphrodisme car contrairement au cas de l’hermaphrodisme vrai, les chèvres concernées ne sont pas dotées simultanément d’organes des deux sexes, mais seulement d’organes mâles comme les testicules, d’apparence normale», explique Daniel Vaiman. Les chercheurs ont localisé la petite région du patrimoine génétique, située sur le chromosome 1, responsable de l’anomalie. Ils ont constaté que cette zone du génome correspond à celle responsable d’une maladie héréditaire humaine rare qui s’accompagne souvent de stérilité, le syndrome SBPE (syndrome de blépharo-phimosis-ptosis-épicanthus inversé) caractérisé par des paupières tombantes qui relèvent de la chirurgie. L’absence de corne pourrait correspondre à ces anomalies du contour des yeux. La femme atteinte peut être stérile par défaut de développement des ovaires ou subir une ménopause précoce avant l’âge de 35 ans.
samedi 11 mars 2000
Questions-réponses sur la sexualité
Pourquoi le sexe est-il apparu dans l’évolution ?
Aucun doute, la nature aime le sexe : environ 95 % des espèces connues de végétaux et d’animaux sont sexuées. Pourtant, un certain nombre d’entre elles se reproduisent parfaitement sans le sexe, soit par fission (le clonage, inventé quelques milliards d’années avant l’homme par les animaux unicellulaires), soit par parthénogenèse. La méthode est économique puisqu’elle évite aux espèces concernées de produire deux types de cellules sexuelles (gamètes), d’inventer toute la machinerie étrange des attractants sexuels stimulant le désir, de gâcher une énorme énergie dans les rites de séduction et dans les exercices de copulation. La parthénogenèse est aussi efficace : en dix générations, on a calculé qu’une espèce asexuée « type » produit mille fois plus de descendants qu’une espèce sexuée. La parthénogenèse est enfin une méthode sûre, puisque les bactéries se reproduisent ainsi depuis plus de 3 milliards d’années. Pourquoi donc l’évolution a-t-elle inventé la reproduction sexuée ? Parce que celle-ci, quoique plus compliquée au premier abord, présente plusieurs avantages sélectifs.
La reproduction asexuée produit des clones : sauf dans le cas d’une mutation, les enfants sont parfaitement semblables à leurs parents. L’invention du sexe a changé la donne : les parents ne donnent chacun que 50 % de leur génome (aléatoirement sélectionnés lors de la méiose) à leurs enfants. Il en résulte une plus grande diversité entre les individus de l’espèce.
Or, cette diversité se révèle avantageuse dans au moins trois types de situations : les mutations génétiques, l’adaptation écologique et la résistance aux parasites. Les mutations génétiques, qui résultent d’erreurs de copie de l’ADN, sont le plus souvent délétères pour l’individu qui en est porteur. La reproduction asexuée tend à les accumuler rapidement puisque les gènes mutés sont transmis à l’identique de génération en génération. Dans la reproduction sexuée, les chances de transmettre des mutations sont minimisées, puisqu’il faut hériter du gène muté du père en même temps que de celui de la mère au terme de la grande loterie que représente la recombinaison génétique. La reproduction sexuée aboutit ainsi à des individus porteurs de mutations à l’état hétérozygote : les mauvaises se stabilisent ou sont peu à peu éliminées du pool génétique ; les bonnes permettent une éventuelle adaptation aux changements de milieu.
Cette adaptation écologique est le deuxième avantage du sexe. Lorsque le milieu change, la reproduction asexuée offre peu de souplesse, tous les descendants étant identiques à leurs parents à quelques mutations près. Le sexe produit au contraire une plus grande variabilité : les individus inadaptés au changement disparaissent tandis que les autres survivent. Certaines espèces cumulent les avantages des deux modes de reproduction. C’est le cas des pucerons (aphides), par exemple. Lorsque les ressources sont abondantes, les aphides se reproduisent par parthénogenèse ; mais dès que leur milieu s’appauvrit, ils choisissent la voie sexuelle, ce qui diversifie la progéniture.
Le troisième avantage de la reproduction sexuée se concrétise dans la résistance au parasite. Les parasites — virus, bactéries, vers, etc. — co-évoluent avec leurs hôtes : ils s’adaptent les uns aux autres en permanence. A ce jeu, les parasites sont champions du fait de la fréquence de leurs mutations. Or, les animaux issus de la fission ou de la parthénogenèse n’ont pas beaucoup de répondant en la matière : les enfants sont adaptés aux mêmes parasites que leurs parents. Qu’un parasite évolue vers une forme un peu plus gourmande ou virulente, donc dangereuse pour son hôte, et c’est toute la lignée qui se trouve menacée d’extinction. La reproduction sexuée permet au contraire la mise en place de défenses antiparasitaires très variées.
Si l’on comprend aujourd’hui pourquoi la reproduction sexuée est apparue, on ne sait pas encore exactement comment. L’hypothèse la plus probable, formulée par G.A. Parker, suppose une compétition entre les organismes sexuellement indifférenciés d’une même espèce. Dans un environnement offrant une quantité limitée de ressources, la sélection naturelle offre deux stratégies possibles : renforcer la taille ou le nombre des gamètes. L’évolution aurait ainsi produit un dimorphisme cellulaire, prélude au dimorphisme sexuel. Cette pression sélective a pu jouer au niveau des organismes, mais aussi bien au sein du génome, entre gènes cytoplasmatiques et gènes nucléaires, comme le pensent L.M. Cosmides et J. Tooby.
Si l’on ignore l’alchimie primitive ayant donné naissance au sexe, on commence à se faire une idée plus claire de la genèse des chromosomes sexuels — les fameux X et Y que tous les futurs représentants de l’espèce humaine tirent à la loterie lorsque le spermatozoïde de leur père rencontre l’ovule de leur mère. Les chromosomes sont composés de gènes eux-mêmes formés d’ADN (acide désoxyribonucléique). Ils transmettent les caractères génétiques héréditaires propres à l’espèce. Contrairement aux autres paires de chromosomes qui sont en principe identiques, les chromosomes sexuels (XX chez la femelle, XY chez l’homme) sont extrêmement différents l’un par rapport à l’autre. Au cours de l’évolution des espèces, le sexe mâle ou femelle n’a pas toujours été déterminé par une différence chromosomique. Ainsi, chez les reptiles, il dépend de la température d’incubation des œufs. Mais, lorsque les animaux à sang chaud doté d’un appareil reproductif interne ont émergé, la détermination du sexe par la température est devenue problématique.
Avec l’apparition de la branche des mammifères, qui s’est détachée de la branche reptile voici 300 millions d’années, une paire d’autosomes (chromosomes non sexuels) a commencé à évoluer pour donner naissance aux chromosomes X et Y. Bruce Lahn, professeur de génétique humaine à l’Université de Chicago (Illinois) et David Page, du Whitehead Institute, ont tenté de comprendre pourquoi. Ils ont centré leur recherche sur les 19 gènes communs aux deux chromosomes sexuels. « Sur le chromosome X, nous avons constaté que ces gènes formaient quatre groupes, disposés comme les strates géologiques successives d’un terrain […] Nous avons été capables de reconstruire les quatre phases qui ont conduit ces chromosomes à leur forme distincte en X et Y. Plus nous remontions loin en arrière et plus les chromosomes X et Y apparaissent identiques ».
Selon les chercheurs, la première étape de cette évolution a débuté lorsque l’un des autosomes X a acquis le gène dit SRY (Sex determining Region Y), qui détermine l’apparition du sexe masculin. « Le chromosome portant le gène SRY, expliquent-ils, est devenu le chromosome Y et son partenaire qui en était privé est devenu le chromosome X ». Au fur et à mesure de l’évolution, la distinction des chromosomes X et Y s’est accrue, car ils ont cessé de se recombiner. Ce processus, par lequel une paire de chromosomes échange son matériel génétique lors de la formation de l’œuf ou du sperme, est en effet indispensable pour conserver l’identité génétique. Par la suite, une série de quatre inversions chromosomiques — des cassures de segments d’ADN qui se retrouvent inversés et qui jouent un rôle important dans l’évolution — a scellé le sort de ces chromosomes X et Y et renforcé leur différenciation.
Doit-on faire la guerre ou l’amour ?
Les deux activités ne sont pas toujours très différentes… Pour s’en convaincre, inutile d’aller chercher quelques espèces atypiques comme les mantes religieuses ou les mygales, dont la femelle dévore volontiers le mâle après l’accouplement. En augmentant la diversité des individus au sein d’une même espèce, la reproduction sexuée provoque de nombreux conflits potentiels entre ces individus : celui qui ne trouve pas son alter ego dans l’autre sexe périt sans laisser de descendance. Pour transmettre ses gènes, non seulement il lui faut trouver un ou plusieurs partenaires, mais il faut aussi savoir choisir le ou les bons. Vaste programme. Darwin a nommé « sélection sexuelle » cette pression permanente exercée par l’évolution. C’est notamment à cause d’elle que les cerfs développent d’énormes bois, que les bombyx produisent de puissantes phéromones, que l’albatros entame une folle danse en période nuptiale ou encore… que certains hommes font de la musculation !
Outre leurs caractères sexuels primaires (les organes génitaux et les différences physiologiques liées à la reproduction), les animaux comme les hommes développent des caractères sexuels secondaires : ceux-ci ne contribuent pas directement à la sexualité ou à la fécondité, mais jouent un rôle dans la sélection du partenaire. Il y a donc compétition au sein de chaque sexe pour choisir le meilleur partenaire ou lui offrir les meilleurs atouts. Mais il y a aussi compétition entre les sexes qui n’ont pas les mêmes stratégies reproductives. Pour faire la guerre, inutile de savoir faire l’amour. Mais pour faire l’amour, il vaut mieux savoir faire la guerre !
La première différence entre la femelle et le mâle tient à l’investissement en énergie et en temps qu’ils consentent pour développer leur gamète. Dans l’espèce humaine comme chez la plupart des mammifères, l’ovule est gros et rare ; le spermatozoïde minuscule et abondant. Pour une dépense nutritive et énergétique équivalente, la femme produit un ovule par mois, l’homme plusieurs millions de spermatozoïdes par jour. Par ailleurs, la gestation interne demande à la femelle des sacrifices que le mâle ignore (surtout lorsque cette gestation est suivie par la lactation). Ces différences expliquent la manière dont les sexes envisagent l’accouplement et les soins parentaux.
Le philosophe Schopenhauer l’énonçait ainsi : « Par nature, l’homme incline à l’inconstance en amour, la femme à la constance ». Alors que le mâle a plutôt tendance à répandre ses millions de spermatozoïdes — ce qui ne le prédispose pas à s’investir durablement dans les soins à sa descendance —, la femelle a intérêt à se montrer très sélective dans le choix du conjoint qui fécondera son précieux ovule. Ces dispositions expliquent que les deux sexes ne perçoivent pas de la même manière la fidélité, par exemple. Une étude américaine a ainsi montré qu’en moyenne, les hommes jaloux sont sensibles aux infidélités sexuelles, les femmes jalouses aux infidélités affectives.
La sélectivité d’une femelle renforce la compétition entre ses prétendants. Dans sa quête du partenaire masculin idéal, la beauté d’un ornement, la qualité d’un chant, la complexité d’un rite de cour, la vigueur au combat sont des bons indices qualitatifs : seuls les mâles bien dotés physiquement et génétiquement peuvent assumer l’effort nécessaire au développement de ces caractères sexuels secondaires. Pour cette raison, le sexe qui connaît la plus grande compétition en son sein (le mâle en règle générale) est aussi celui qui exhibe les différences individuelles les plus prononcées.
Si ces deux tendances fondamentales se retrouvent dans toute reproduction sexuée, elles varient bien sûr selon les espèces. Robert L. Trivers, qui a modélisé dans les années soixante-dix la théorie de l’investissement parental, a aussi prédit qu’elle serait réversible selon le rôle dévolu aux sexes. Et c’est le cas. Chez le pluvier d’Europe ou le phalarope à cou rouge, par exemple, ce sont les pères qui construisent le nid, couvent les œufs et s’occupent de nourrir les petits après leur naissance. En bonne logique, ce sont les femelles de ces deux espèces qui entrent en compétition pour courtiser les mâles.
Si on compare l’Homo sapiens sapiens à ses cousins primates ou à ses ancêtres fossiles, on constate que notre espèce a maintenu un certain dimorphisme sexuel : les hommes sont par exemple plus vigoureux ou plus pileux que les femmes. Néanmoins, l’émergence de nos capacités cognitives plus complexes a changé la donne. La maîtrise des ressources physiques et l’imposition de la dominance sociale sont progressivement passées sous le contrôle du cortex. Mais comme l’ont montré les neurobiologistes Antonio Damasio et Jean-Didier Vincent, la pleine fonctionnalité de notre système cérébral — ce que nous appelons « conscience » — dépend aujourd’hui encore de nos émotions les plus ancestrales. Le cortex tourne à vide sans l’hypothalamus. L’intelligence a besoin de l’aiguillon du désir et du plaisir. On en revient toujours là…
Un homme peut-il savoir quand une femme est féconde ?
Non, pas directement : chez l’homme, contrairement à beaucoup d’autres espèces, l’ovulation de la femelle n’apparaît au mâle ni par des changements physiologiques externes (rougissement de la vulve, par exemple), ni par des messages chimiques perceptibles (phéromones). L’homme ne sait donc jamais avec précision quand une femme est susceptible d’être fécondée. D’autant que celle-ci tend à se montrer sexuellement réceptive et attractive tout au long de son cycle menstruel. Cette double caractéristique — ovulation cachée, réceptivité permanente — a sans doute joué un rôle non négligeable dans l’évolution des hominidés. Deux hypothèses s’affrontent à ce sujet.
Pour les biologistes Richard Alexander et Katharine Noonan, l’ovulation discrète a favorisé la monogamie : pour s’assurer qu’il est bien le père de sa progéniture, l’homme a dû rester auprès de sa compagne. Une astreinte qui a bien sûr été rendue plus agréable par le fait que la femme soit toujours sexuellement réceptive. C’est la théorie du père au foyer.
La primatologue Sarah Hrdy préfère quant à elle l’hypothèse des amants multiples. On sait depuis peu qu’outre l’homme, de nombreuses espèces — lion, lycaon, chimpanzé, gorille — pratiquent l’infanticide : lorsqu’un mâle a affronté victorieusement un concurrent et prend possession de son harem, il n’est pas rare qu’il tue tous les nouveau-nés. Ce faisant, il supprime d’un même geste les derniers vestiges génétiques de son prédécesseur et la lactation de la mère, ce qui déclenche un nouveau cycle ovulatoire. Pour S. Hrdy, l’ovulation cachée de la femme et sa réceptivité sexuelle permanente lui permettent de coucher avec plusieurs mâles sans qu’aucun d’entre eux n’ait une complète certitude de sa paternité. Ce doute diminue d’autant le désir d’infanticide du mâle.
En fait, comme le souligne le physiologiste Jared Diamond, ces deux théories ne s’annulent pas forcément. « Chez l’ancêtre commun des hommes, des gorilles et des chimpanzés, les femelles masquant le mieux leur ovulation et évitant ainsi l’infanticide ont eu une descendance plus importante. Lorsque ce caractère s’est fixé, les femelles ont pu l’utiliser pour s’attacher un partenaire afin de bénéficier en permanence de sa protection ».
La prohibition de l’inceste est-elle propre à l’homme ?
C’est ce que pense la communauté des anthropologues et ethnologues. Pour Claude Levi-Strauss, la prohibition de l’inceste — union entre frère et sœur ou parent et enfant — représenta un acte fondateur des sociétés humaines dans la mesure où elle obligeait les groupes à élargir leurs liens et leurs échanges. Le tabou de l’inceste est une réalité quasi-universelle même si, comme le démontre souvent l’actualité judiciaire, des relations incestueuses existent bel et bien dans la plupart de nos sociétés. On sait qu’historiquement, l’inceste a été reconnu comme une prérogative de la royauté ou de la noblesse en Egypte, en Iran, au Pérou ou encore dans les îles Hawai. Cléopâtre, par exemple, est probablement issue de 11 générations de relations incestueuses (frère-soeur) au sein de la dynastie des Ptolémées ! Par ailleurs, l’ethnologue Jean Malaurie a montré dans Les derniers rois de Thulé que les eskimos Inuits pratiquaient couramment l’inceste : les communautés étant géographiquement très éloignées, toutes ne parviennent pas à nouer une union « exofamiliale » et il n’est pas rare de voir un père s’unir à une de ses filles.
La plupart des psychologues, à la suite de Edward Westermark et de Havelock Ellis, expliquent la répugnance à l’égard de l’inceste par l’accoutumance des personnes vivant ensemble : la familiarité provoquerait un manque d’intérêt érotique, voire une répulsion. Cette hypothèse semble vérifiée par des études menées dans les kibboutzim israéliens, où les mariages entre enfants éduqués ensemble sans être pour autant liés biologiquement sont rarissimes.
Les sciences de la vie ne proposent pas les mêmes explications que les sciences humaines. Le caractère « négatif » des relations incestueuses se déduit ici de nos connaissances en génétique. Les parents et les enfants comme les frères et sœurs partagent en effet 50 % de leur génome. Celui-ci contient certains gènes délétères à l’état homozygote, c’est-à-dire des gènes provoquant des affections graves lorsqu’ils se trouvent présents en double exemplaire (un reçu du père, un autre de la mère). Selon plusieurs analyses convergentes, chacun d’entre nous serait ainsi porteur de 2 à 5 mutations létales, heureusement récessives ! Une reproduction incestueuse accroît donc de manière considérable la probabilité de voir deux gènes délétères assortis. D’où la plus grande proportion de tares dans les unions consanguines : on parle d’un « effet dépressif » sur le pool génétique.
Une des études les plus citées concerne 161 enfants tchécoslovaques dont les mères avaient noué des relations incestueuses : 15 de ces enfants étaient morts avant leur première année et 40 % des survivants souffraient de handicaps mentaux ou physiques de gravité diverse. Inversement, les 95 autres enfants de ces mères, nés de liaison extrafamiliale, ne présentaient aucune variation par rapport à la normale. Cette règle concerne d’ailleurs toute reproduction sexuée : une étude des botanistes Nicolas Waser et Mary Price sur le pied d’alouette des montagnes (Delphinium nelsonii) a ainsi montré que les plantes issues d’une pollinisation rapprochée — c’est-à-dire d’un brassage génétique minimal — étaient moins vigoureuses que celles ayant poussé à une plus grande distance. Toutefois, certains scientifiques ont démontré l’existence de lignées consanguines saines, où les gènes défectueux avaient peu à peu été éliminés du pool génétique.
Quoi qu'il en soit des lois de Mendel, le rejet de l’inceste agit chez les hommes comme un « instinct » et non comme une conséquence de notre savoir. Comme l’écrit le sociobiologiste Edward O. Wilson, « des milliers de sociétés qui ont existé au cours de l’histoire humaine, seules quelques-unes parmi les plus récentes ont des connaissances en génétique. Elles ont eu très peu d’occasions de se livrer à des calculs rationnels sur les effets destructeurs de la consanguinité ». D’où provient dès lors cet instinct de répulsion à l’égard de l’inceste ? Il s’est probablement forgé au cours de l’évolution. John Hoogland a ainsi montré que la date de la première ovulation des jeunes femelles chiens de prairie (rongeurs d’Amérique du Nord) est retardée lorsque leur père est encore présent dans le groupe et qu’elles recherchent systématiquement un partenaire à l’extérieur si la situation ne change pas. Cette réaction a été retrouvée dans plusieurs autres espèces. L’inhibition sexuelle présidant à l’évitement de l’inceste pourrait donc s’expliquer par une prédisposition génétique poussant les individus à éviter les relations intra-familiales. Cette prédisposition serait issue de la sélection naturelle ayant opéré sur des milliers de générations : les enfants nés de relations incestueuses ayant moins de descendants que les autres — ce qui est attesté —, la tendance à l’inceste se serait révélée moins adaptative que son évitement.
Le tabou de l’inceste trouve sans doute son origine à la croisée de ces différents schémas explicatifs, c’est-à-dire dans une codétermination par la nature et par la culture.
Le viol existe-t-il dans la nature ?
Oui, si l’on en croit la thèse soutenue par le biologiste Randy Thornhill et l’anthropologue Craig Palmer dans leur essai sur l’« histoire naturelle du viol ». Thornhill est un spécialiste reconnu du comportement des insectes, et ses premiers travaux portaient sur les mœurs sexuelles des panorpes (mouches-scorpions). Chez ces animaux, les mâles sont en compétition pour s’arroger le droit de féconder les femelles, et ces dernières se montrent particulièrement sélectives dans le choix de leur partenaire. La panorpe mâle a le choix entre offrir à sa belle des insectes morts en guise de cadeau nuptial ou sécréter à travers leur salive une boule nutritive. Mais Thornhill a observé une troisième option, aussi naturelle et répandue que les deux autres : les mâles déchus tentent tout simplement de violer les femelles qui les repoussent ou tentent de les fuir. Ils sont même dotés pour cette agression sexuelle d’un organe spécial, une sorte de pince dorsale qui ne sert apparemment qu’à maintenir la victime durant le viol.
Il n’y a pas que les panorpes qui pratiquent le viol, et le sujet a donné lieu à une abondante littérature (B. Bagemihl, T.H. Clutton-Brock, B.B. Smuts, etc.). Chez les éléphants de mer, le viol constitue même le rapport sexuel le plus répandu ! On le retrouve chez trois espèces de primates non-humains : routinier chez les ourangs-outangs, le viol est plus occasionnel chez les chimpanzés et les gorilles — ces deux dernières espèces aggravant leur cas en pratiquant également l’infanticide. D’un point de vue évolutionnaire, estiment Thornhill et Palmer, le viol représente donc une stratégie masculine comme une autre pour répandre ses gènes dans la population : il est fondé sur le désir sexuel, non sur la violence ou la volonté de domination (comme le soutiennent souvent les féministes). Deux hypothèses peuvent l’expliquer : soit la sélection naturelle a conservé le viol dans la gamme des comportements masculins parce qu’il correspond à une stratégie spécifique permettant d’accroître le succès reproductif ; soit le viol est un sous-produit de l’adaptation sexuelle des mâles leur permettant de féconder plusieurs femelles sans être contraint de s’investir ensuite auprès d’elles comme parents.
En ce qui concerne les sociétés humaines, où chacun sait que le viol est hélas une habitude répandue et quasi exclusivement masculine, les deux scientifiques avancent un grand nombre de statistiques. Celles-ci montrent par exemple que le type le plus fréquent de victime est la femme jeune, attractive et fertile, c’est-à-dire la plus apte à être fécondée et à donner une progéniture. Inversement, l’étude des entretiens psychologiques avec les victimes de viol montre que les jeunes femmes ressentent beaucoup plus de souffrance que les femmes âgées, de même que les femmes mariées sont plus éprouvées que les femmes célibataires. Ce qui correspond aux prédictions de la psychologie évolutionnaire : les jeunes femmes sont celles qui ont le plus à perdre (grossesse non désirée, investissement parental maximal pour la mère du fait de l’absence de père et de la diminution des partenaires possibles), de même que les femmes mariées risque de voir diminuer ou de perdre l’intérêt de leur mari pour leur couple.
Thornhill et Palmer mettent bien sûr en garde contre toute tentative de légitimation du viol par leurs travaux : « La théorie de l’évolution ne nous dit pas ce qui est bon ou mauvais. Bien des chercheurs en sciences sociales semblent avoir du mal à l’admettre. Ils pensent, à tort, que le fait de qualifier un comportement de conforme à la logique darwinienne de l’évolution signifie que ce comportement est moral ou inévitable, voire les deux à la fois. Ce qui est bien sûr aberrant ». Si le viol est « normal » du point de vue naturel, il est en revanche « anormal » au regard de nos codes culturels.
Les êtres humains ont-ils tous deux chromosomes sexuels ?
Non. La nature a produit des aberrations chromosomiques. L’une des plus célèbres est le Y surnuméraire (XYY), qui concerne une naissance mâle sur 1000. Les XYY sont plus grands et moins intelligents que la moyenne, leur acné est plus prononcée et ils montrent un taux de testostérone plus élevé. Leurs coudes sont souvent incurvés vers l’extérieur. Le Y surnuméraire est surtout connu comme le « chromosome du crime » : une étude anglaise avaient effet démontré en 1960 que l’on trouvait une plus forte proportion de XYY dans la population carcérale que dans la population générale. Bien que controversée, ce résultat a été confirmé par plusieurs autres travaux. Le Dr Carl Pfeiffer s’est intéressé au cas d’un tueur en série XYY, Arthur Shawcross. Il a découvert que cet individu présentait un taux anormalement élevé de kryptopyrrole, substance souvent associée à la schizophrénie et à diverses anomalies de comportements.
Le syndrome de Klinefelter représente le cas inverse du précédent : un X surnuméraire (XXY). Les individus atteints sont de grande taille, mais leurs caractères sexuels (masculins) sont peu développés et ils souffrent souvent d’azoospermie.
Autre anomalie chromosomique fréquente (une naissance sur 3000 environ) : le syndrome de Turner ou monosomie X. L’individu ne présente qu’un seul chromosome sexuel X (XO). Les personnes atteintes du syndrome de Turner sont de petite taille, connaissent un développement sexuel incomplet, souffrent de pathologies physiques (cardiaques et osseuses) et cognitives (troubles du comportement social, faible QI). En 1997, une étude dirigée par le Dr David H. Skuse, de l’Institut pour la santé de l’enfant de Londres, a fait grand bruit : l’équipe de ce chercheur a montré que le comportement des XO varie sensiblement selon que leur chromosome X unique est hérité du père et de la mère. Les X paternels ont notamment des meilleurs scores aux tests psychologiques d’attention, où leurs résultats se rapprochent des femmes XX. Inversement, les X maternels sont plus rigides et s’adaptent difficilement à leur milieu social. Conclusion des chercheurs : « Il existe sur le chromosome X — probablement sur le bras court de ce chromosome — un locus impliqué dans la maîtrise et l’adaptation des comportements sociaux ».
Naît-il toujours autant d’hommes que de femmes ?
Non. Les statistiques montrent qu’il naît en moyenne 105 garçons pour 100 filles. Outre ce déséquilibre qui se vérifie dans presque toutes les sociétés, les démographes ont constaté deux variations significatives du sex-ratio chez l’homme : l’« effet-soldat » et l’« effet-élite ».
L’effet-soldat se traduit par une augmentation du nombre des naissances masculines à la fin d’une guerre. Ainsi, en Angleterre et au Pays de Galles, il naissait 103,4 garçons pour 100 filles en 1914, mais ce chiffre a grimpé à 106 garçons pour 100 filles en 1919. Et le même effet s’est répété entre 1941 et 1946. L’« effet-élite », quant à lui, aboutit à une surreprésentation des hommes dans les familles d’individus dominant socialement. Ce sex-ratio a été d’abord repéré dans une espèce de primate, les atèles du Pérou, dont les femelles de haut rang donnent naissance à des mâles alors que la progéniture des femelles écartées par le mâle dominant est essentiellement féminine. Chez le cerf, les conditions défavorables de gestation des femelles, généralement dues au désintérêt du mâle, sont associées à une augmentation disproportionnée des naissances de femelles. Cette tendance s’est retrouvée dans les sociétés humaines : une étude portant sur les familles des individus inscrits dans les Who’s Who américains, allemand et anglais parvient à un sex-ratio de 114 garçons pour 100 filles.
Dans une méta-analyse synthétisant 30 études menées selon des critères méthodologiques rigoureux et totalisant plus de 400 millions de naissances, Anouch Chachnazarian est parvenu aux conclusions suivantes : les trois facteurs montrant le plus d’influence sur le sex-ratio sont la race (moins d’écart entre les sexes chez les populations d’origine africaine), le rang de naissance (toujours plus de garçons chez les aînés) et le statut socio-économique (toujours plus de garçons en haut de l’échelle sociale).
D’où proviennent ces phénomènes ? Aucune explication scientifique ne fait aujourd’hui l’unanimité. Pour le chercheur américain John Martin, les spermatozoïdes porteurs du chromosome Y sont plus mobiles que les X, mais ils ont une durée de vie plus courte. Plus les rapports sexuels sont fréquents (ce qui est le cas dans la première partie de la vie conjugale ou après une longue période de privation due à un conflit), plus il y a de chance pour les Y l’emportent. Une hypothèse qui explique l’« effet-soldat », mais pas l’« effet-élite ». Le biologiste anglais William James préfère une explication fondée sur les hormones : les parents présentant un fort taux d’œstrogène et de progestérone ont plus de chance d’avoir des garçons.
La néo-zélandaise Valerie J. Grant a repris cette hypothèse hormonale et considère, quant à elle, que la naissance des garçons est corrélée à la « dominance maternelle », c’est-à-dire au taux de testostérone de la mère. Pour les sociobiologistes Robert Trivers et Daniel Willard, la prédominance des mâles en première naissance de couples dominants s’explique par un rapport « coût-bénéfice » dans la propagation des gènes : les femelles au mieux de leur condition physique, généralement choisies par les mâles, ont plus de chance d’avoir une grande descendance si elles donnent naissance à des mâles (ceux-ci devenant dominant du fait de la qualité de leurs géniteurs) ; inversement, les femelles vieillissantes ou à santé chancelante font un meilleur investissement avec les filles qu’avec les garçons.
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