mardi 19 novembre 2002

Le mythe de la monogamie


Nous vivons dans une société légalement et culturellement monogame. Pourtant, la grande majorité des cultures humaines passées ou présentes tolère ou reconnaît la polygamie. Celle-ci est d’ailleurs le régime sexuel le plus répandu dans la nature. En réalité, les chercheurs ont pris l’habitude de dissocier deux formes de monogamie : sociale (vivre toujours ensemble) et sexuelle (copuler toujours avec le même partenaire). Il semble bien, chez l’espèce humaine comme les autres, la monogamie sexuelle est un mythe. Y compris… dans les sociétés officiellement monogames !

Le sexe dans la nature : quatre régimes
On trouve dans la nature quatre principaux régimes sexuels. La promiscuité, répandue chez les mammifères et les insectes, désigne le système où les mâles et les femelles s’accouplent sans établir de véritables associations. L’orgie permanente, en quelque sorte. La polygynie est également fréquente dans l’ordre des mammifères, où le mâle dominant du groupe s’entoure d’un harem tantôt égalitaire, tantôt hiérarchisé (avec une femelle de haut rang). Quant à la monogamie, elle est rare chez les mammifères, mais domine très largement chez les oiseaux (plus de 80 % des espèces), ce qui s’explique par l’immaturité des nouveau-nés et un important niveau métabolique : une famille monoparentale aurait peu de chance de survie. Mais attention : la monogamie sociale ne signifie pas monogamie sexuelle (voir article). La plupart des singes anthropoïdes — gorilles, chimpanzés, babouins — sont polygynes, à l’exception des orangs-outangs, dont les mâles et les femelles vivent en solitaire, et des gibbons, qui sont monogames intermittents.

George Bernard Shaw, connu pour son esprit ironique et tranchant, a dit un jour : «La moralité consiste à soupçonner les autres de ne pas être légalement mariés». Le fait est que dans les sociétés occidentales d’inspiration judéo-chrétienne, la monogamie fait partie des modèles de vertu et de morale. Pourtant, comme le soulignent le zoologiste David P. Barash et la psychiatre Judith E. Lipton, non sans humour eux aussi : «Si les enfants vivent dans l’enfance, les adultes vivent… dans l’adultère !».

Dans presque toutes les sociétés humaines, les relations dans un couple constitué présentent des caractéristiques similaires : continuité dans le temps, obligations mutuelles, sanction en cas de fautes, disponibilité sexuelle de chaque conjoint envers l’autre, statut reconnu des enfants. Bien sûr, certaines sociétés tribales ignorent ce que d’autres appellent le mariage. En revanche, une alliance formelle entre (au moins) un homme et (au moins) une femme forme un universel.

Ue alliance durable, rare dans la nature
Comme le soulignent Martin Daly et Margo Wilson, «il est bon de se rappeler que dans une grande majorité des espèces mammifères, une telle alliance entre sexe est soit absente, soit une affaire très temporaire. Il est particulièrement rare qu’une alliance persiste au-delà de la gestation et de la lactation, alors que ce cas est courant dans les sociétés humaines». Nous avons donc affaire à une particularité de notre espèce, probablement inscrite dans sa constitution biologique (puisque toutes les cultures de toutes les époques connues la pratiquent), mais un peu différente de la « norme » animale.

Toutefois, l’alliance à la fois sociale, sexuelle et reproductive entre un seul homme et une seule femme n’a rien d’universel ni d’éternel. On peut bien sûr en faire un choix personnel, culturel ou religieux : mais cette option ne peut prétendre s’imposer par elle-même comme la plus « normale ».

La polygynie, régime le plus fréquent
La polygynie est aujourd’hui le système le plus répandu à travers le monde. Sur 849 cultures, 708 (83 %) tolèrent les relations sexuelles entre un homme et plusieurs femmes. 137 sont monogames et 4 sont polyandres, c’est-à-dire autorisant la liaison d’une femme avec plusieurs hommes.

Dans les systèmes où la polygynie est traditionnellement acceptée (et non seulement tolérée), soit 377 sociétés, l’homme emménage avec une femme et ses sœurs dans 20 % des cas (74 sociétés). Dans cette hypothèse, il arrive quatre fois sur cinq que tous vivent sous le même toit. En revanche, dans les cultures où la polygynie ne concerne pas des sœurs, l’homme entretient plus souvent plusieurs foyers distincts (68 % des cas, représentant 207 sociétés).
Le point est intéressant à noter, car la polygamie n’est pas du tout un régime conjugal accepté avec joie par les femmes. Les données ethnographiques témoignent au contraire de la vive jalousie, voire de la violence produite par ce système. Cela explique sans doute en partie les domiciles majoritairement séparés des épouses. Et peut-être aussi le fait que les polygamies sororales acceptent mieux un même toit : la proximité génétique des sœurs diminue en effet la dimension biologique de la jalousie (que le père investisse du temps, de l’énergie et des ressources dans une progéniture génétiquement éloignée).

Il est important de souligner que la monogamie de fait reste le cas le plus fréquent, même dans les sociétés qui tolèrent ou reconnaissent la polygynie et la polyandrie. La principale raison en est sans doute la difficulté économique à entretenir plusieurs femmes, surtout dans les sociétés tribales ou traditionnelles. Le phénomène a sans doute été comparable dans l’évolution de l’espèce humaine tout au long du Pléistocène. Depuis trois millions d’années, on note ainsi que le dimorphisme sexuel (différence de stature homme-femme) tend à diminuer par rapport à nos plus proches cousins primates. Il en résulte une moindre tendance à la compétition entre mâles pour dominer le groupe, et cela d’autant plus que les ressources sont rares ou incertaines dans l’environnement.

Polygamie et dominance sociale
La polygamie ritualisée telle que nous nous la représentons souvent (dans le monde arabe ou dans certaines anciennes aristocraties, chinoise par exemple) est probablement une invention relativement récente, datant du néolithique.

Un régime polygame suppose en effet que certains hommes puissent accaparer de vastes ressources au détriment des autres, ce qui est plus fréquent avec la sédentarité, l’élevage et l’agriculture. La société la plus proche des conditions de vie paléolithique, les ! Kung San du désert Kalahari, tolèrent la polygamie, mais celle-ci ne concerne que 5 % des hommes mariés. Ceux-ci ont très rarement plus de deux femmes.

La polygynie est un régime étroitement corrélé à la dominance de certains hommes sur les autres : nous sommes ici dans la logique de la compétition mâle-mâle propre à la sélection sexuelle en régime polygyne et patrilocal (c’est-à-dire : le domicile du couple est celui de l’homme, non de la femme qui se déplace à l’occasion du mariage ou de l’alliance).
Le nombre de femmes et d’enfants est donc proportionné à la capacité différentielle d’acquisition des ressources, de protection des biens et des personnes. Une étude menée par S.F. Faux sur les communautés mormones de l’Utah (Etats-Unis) montre par exemple que les dirigeants de l’Eglise avaient en moyenne, au XIXe siècle, 5 femmes et 25 enfants, tandis que les polygames non membres de la hiérarchie avaient en moyenne 2,4 femmes et 15 enfants, les couples monogames n’ayant que 6,6 enfants.

Comme le résume David Geary, professeur de psychologie et d’anthropologie à l’Université du Missouri (Columbia), «dans les sociétés pré-industrielles, les hommes polygynes sont typiquement en situation de domination sociale et de meilleure santé par rapport au reste de la communauté et ils ne forment guère plus de 15 % des hommes».

Polyandrie : des cas rares
La polyandrie ne concernerait aujourd’hui que quatre à dix cultures dans le monde, selon que l’on inclut des multi-paternités symboliques. Dans la plupart cas, il ne s’agit pas d’un système exclusif : la monogamie et la polygynie sont également pratiquées et reconnus. La polyandrie existe en Afrique (Niger), en Amérique latine (Venezuela, Paraguay) et dans le sous-continent indien (Inde, Tibet).

Dans le cas africain, il s’agit d’un système d’alliance où une femme est mariée aux hommes de plusieurs clans, sans nécessairement les connaître. Dans le cas asiatique, la polyandrie a souvent pour origine une adaptation aux ressources. Les Pahari, dans le Nord de l’Inde, doivent par exemple acheter une femme par le système de la dot, ce qui les oblige à se «cotiser» entre frères. Il peut en résulter des groupes matrimoniaux complexes de «polygynandrie». Chez les Tre-Bas du Tibet, la polyandrie est pratiquée lorsqu’une famille n’a que des filles et aucun fils. Par ailleurs, le système semble s’être instauré pour éviter la partition des propriétés et maintenir une seule maisonnée, même si les frères se trouvent alors dans l’obligation de vivre avec une seule femme au foyer.

La polyandrie est aussi avantageuse pour les enfants, puisque ceux-ci ont plusieurs pères apportant des ressources. Environ 60 % des enfants nés dans la tribu Ache (Paraguay) ont un ou deux pères secondaires. Dans la tribu Bari (Venezuela), l’anthropologue Stephen Beckerman a analysé le taux de survie des enfants en fonction du système conjugal. Sur 194 enfants ayant plusieurs pères, 80 % survivent à l’âge de 15 ans. Ce taux chute à 64 % pour les 628 enfants de familles monogames. Dans aucune société connue on ne trouve la polyandrie conçue comme système de «domination féminine» ou de «matriarcat».

Les deux monogamies : sociale et sexuelle
Comme nous l’avons souligné, la monogamie est particulièrement rare dans la nature. Sur plus de 4.000 espèces mammifères connues, par exemple, la monogamie n’en concerne qu’une douzaine. Parmi les primates, nos plus proches cousins, on ne note que deux espèces de singe du Nouveau Monde, assez éloignées de l’homme sur l’arbre généalogique du vivant. Aucun des grands singes ne pratique la monogamie : bonobos, chimpanzés, gorilles, orang-outans possèdent des mœurs sexuelles variées, entre harem à mâle dominant, panmixie et liaisons occasionnelles à monogamie provisoire.

La monogamie humaine, fondée sur l’alliance stable durable d’un homme et d’une femme, paraît donc très exceptionnelle. Seul le règne aviaire semble partager cette tendance, puisqu’un nombre conséquent d’oiseaux sont réputés monogames.

Toutefois, il est nécessaire à ce stade de quitter l’ethnologie pour rejoindre la biologie. On a découvert voici quelques décennies le principe de l’empreinte ADN : ce sont des régions microsatellites hypervariables du génome, qui définissent l’identité génique de chacun, tout comme l’empreinte digitale sert à reconnaître la morphologie unique de nos doigts.
Depuis une dizaine d’années, les tests d’identité génétique sont devenus courants et accessibles. Notamment pour les chercheurs de terrain – écologistes, éthologistes, sociobiologistes – qui étudient le comportement des animaux. Or, à leur grande surprise, les enfants présumés d’espèce monogame se sont souvent révélés… nés de père inconnu !

Ce qui a conduit les chercheurs à distinguer deux types de monogamies fort différentes :
- la monogamie sociale désigne deux individus de sexe opposé qui vivent ensemble, habitent la même zone de territoire (ou le même nid), cherchent des ressources ensemble, copulent ensemble.
- la monogamie sexuelle désigne les individus qui remplissent les obligations de la monogamie sociale et sont strictement fidèles au point que leur descendance est sûre de transmettre leurs gènes.

La monogamie sociale est rare dans la nature ; la monogamie sexuelle n’existe tout simplement pas. Voilà que ce D. Barash et J. Lipton ont appelé : le «mythe de la monogamie». Il n’est sans doute aucune espèce connue à ce jour dont on puisse dire : la probabilité que cet enfant résulte de ces deux parents monogames est de 100 %. Cela ne signifie pas que les espèces monogames se reproduisent au hasard, ce qui serait génétiquement équivalent à une population sexuellement panmictique. Simplement, dans toutes les espèces pratiquant la monogamie sociale, les mâles et les femelles ont une tendance à l’infidélité sexuelle qui exclut la certitude sur l’identité génétique de leur progéniture.

Voilà pourquoi les journaux spécialisés en éthologie et sociobiologie publient désormais des articles triomphants sur la rareté relative de l’« extra pair copulation » (EPC : copulation hors couple, par opposition à l’IPC, intra-pair copulation) chez des espèces dont on pensait, voici encore dix ou quinze ans, qu’elles étaient socialement et sexuellement monogames.

Infidélités humaines, trop humaines…
La première objection qui vient à l’esprit est : la vie des oiseaux, des primates et des insectes est certes passionnante, mais l’homme est tout de même une espèce très particulière, sans rapport aucun avec ces animaux privés de conscience.

Hélas, dans le domaine sexuel, les différences s’estompent parfois. Un exemple simple : les tests de paternité dont nous avons parlé (empreinte ADN) sont très pratiqués chez les humains, notamment aux Etats-Unis. En 1999, sur 250.000 tests effectués, on a constaté que la paternité légale n’est pas la paternité biologique dans… 28 % des cas !

Ces chiffres doivent bien sûr être pondérés, car les tests sont souvent demandés en cas de doute. L’échantillon est donc biaisé. Toutefois, on estime aujourd’hui qu’entre 5 et 10 % des naissances sont adultérines dans les sociétés occidentales.

Ces données sont cohérentes avec les nombreuses enquêtes sur la sexualité, dont les plus importantes sont souvent aussi les plus anciennes. Dans les études qualitatives comme dans les questionnaires quantitatifs, les hommes affirment toujours avoir plus de partenaires sexuels que les femmes (au cours de leur existence ou en marge de leur couple). Toutefois, à l’échelle d’une population, cela n’est possible que si un petit nombre de femmes ont un très grand nombre d’hommes. La prostitution semble remplir cet office, mais elle n’est sans doute pas assez répandue pour justifier le différentiel homme-femme. Il est plus probable que les hommes ont tendance à exagérer leur nombre de partenaires (ce qui est perçu comme valorisant dans la psychologie masculine de nos sociétés) et les femmes à le minimiser (car à l’inverse, les aventures extra-conjugales et le multipartenariat restent implicitement dévalorisant ou explicitement dévalorisé).

Les hommes plus volages que les femmes
Néanmoins, compte tenu de la psychologie des deux sexes au regard de l’évolution, on peut prédire que l’infidélité masculine surpasse l’infidélité féminine. Le célèbre rapport Kinsey (1948 et 1953) soulignait déjà que l’infidélité conjugale concernerait 26 % des hommes entre 26 et 40 ans, 30 % entre 41 et 45 ans, 35 % entre 46 et 50 ans. Il est à noter que pic d’infidélité correspond à la ménopause féminine, c’est-à-dire à a période où la femme devient infertile.

Côté féminin l’infidélité sexuelle a été évaluée par Kinsey à 6 % entre 16 et 20 ans, 9 % entre 21 et 25 ans, 14 % entre 25 et 30 ans, 17 % entre 31 et 40 %. On note la même corrélation avec l’approche de la ménopause. Dans la cinquantaine et la soixantaine, l’infidélité baisse à 6 %, puis 4 %.

Il existe d’autres études du même type. Ainsi, 48 % des hommes américains contre 5 % des femmes disent qu’ils souhaiteraient s’engager dans une liaison extra-conjugale (Jonhson, 1970). 46 % des Allemands et 6 % des Allemandes sont dans les mêmes dispositions d’esprit (Sigusch et Schmidt, 1971). Des sondages beaucoup plus récents révèlent la même tendance chez les Français, même si l’évolution des mœurs est sensible sur les opinions exprimées par les femmes. Ainsi, 11 % des Françaises disent avoir été infidèles, 20 % pensent pouvoir l’être un jour mais 63 % le refusent encore (Sofres, 1999). Dans une autre enquête, les hommes restent plus nombreux à avouer une aventure extra-conjugale (24 % contre 9 % chez les femmes) et à accepter des rapports sexuels sans lien émotif durable avec la personne (24 % contre 8 %, Ipsos 2001).

Infidélité masculine et infidélité féminine ne sont pas vues de la même manière à travers le monde. Dans l’ensemble, les hommes sont favorisés par rapport aux femmes. Dans son survol de 116 sociétés, l’anthropologue Gwen Broude a constaté que 63 % d’entre elles tolèrent une infidélité transitoire des hommes, 13 % pour les femmes et 13 % pour les deux sexes. En revanche, 27 % seulement exigent (formellement) une parfaite fidélité sexuelle pour les deux sexes.

Le mariage : économie ou reproduction ?
Dans les années 1960, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss a défendu l’idée que le mariage est avant tout une structure d’échange entre groupes, généralement organisée par les hommes avec les femmes comme « objet d’échange ». Les données ethnographiques semblent lui donner raison. Une étude sur 860 sociétés montre que 205 d’entre elles (essentiellement dans les pays industrialisés) seulement ne pratiquent aucun échange obligatoire de ressources pour le mariage. Dans les 645 autres, en revanche, le mariage donne lieu à des échanges directs de femmes, à des achats, à des contre-dons en forme de travail ou de services, etc. Toutefois, au-delà de cette dimension économique, la fonction principale de l’alliance matrimoniale est en général une fonction biologique : la reproduction. A de rares exceptions près (les « harems » très fournis de certaines aristocraties fermées), l’échange des femmes ne concerne pas un grand nombre et donne lieu à des naissances pour chaque épouse.

Divorce et remariage : une polygamie en série ?
Une autre manière d’envisager les failles de la monogamie dans les sociétés occidentales est de considérer le divorce suivi du remariage comme une « polygamie en série ». Les lecteurs de certains journaux « people » (Gala et autres) savent que cette pratique est assez couramment répandue dans une partie de nos sociétés ! Plus sérieusement, chacun sait que le taux de divorce est en hausse constante depuis une trentaine d’années dans les sociétés industrialisées, du fait notamment de l’adoption de lois moins contraignantes.
Au milieu des années 1990, le taux brut de divortialité s’établissait à 1,89 en France (équivalent à 1 mariage sur 10 environ), 2,61 en Australie, 2,96 au Royaume Uni, 4,3 en Russie, 4,4 aux Etats-Unis. En indice conjoncturel (nombre de divorces rapportés aux mariages sur une année, et non sur la totalité des mariages), le divorce représente aujourd’hui 40 % des mariages en France, 41 % aux Etats-Unis.

Le remariage est plus masculin
Après un divorce, les probabilités de remariage ne sont pas les mêmes selon les sexes. Une enquête canadienne a par exemple montré qu’environ 65 et 75 % respectivement des femmes et des hommes divorcés se remarient. 48 % des femmes âgées entre 35 et 50 ans se remarient par rapport à 61 % pour les hommes. Parmi les femmes plus jeunes, âgées entre 25 et 35 ans, la probabilité est de 66 % et de près de 80 % pour les hommes. A toutes les tranches d’âge, les hommes sont privilégiés par rapport aux femmes, l’écart s’accentuant à mesure que les deux sexes vieillissent. Outre la jeunesse chez la femme, le statut socio-économique (de l’homme comme de la femme) est un facteur favorisant le remariage. Ce qui équivaut au principe de la polygamie en série, puisque seuls les plus fortunés peuvent continuer à nourrir plusieurs enfants issus de plusieurs couches.

La logique du vivant
Dans une logique évolutionnaire, la polygamie humaine s’explique par les caractéristiques biologiques des deux sexes. Le mâle étant de stature un peu plus puissante que la femelle tend à pourvoir à la sécurité et à l’approvisionnement (notamment en ressources rares comme la viande). Cette commensalité « légitime » sa sexualité. Par ailleurs, les mâles tendent à investir plus dans la compétition en vue de l’accouplement que dans les soins parentaux.
Quant à la monogamie, elle a pour principal avantage de maximiser l’investissement parental (deux adultes pour nourrir et éduquer les enfants du couple) : cette disposition est utile pour une espèce à fort développement cognitif comme la nôtre. La monogamie assure aussi la paix sociale en diminuant la compétition entre les mâles dans des sociétés comptant à peu près autant de représentants de chaque sexe. Mais elle accentue à l’inverse la compétition entre les femmes. Selon le point de vue où l’on se place, chaque système a sa vertu : en régime polygame, presque toutes les femmes ont droit à un homme ; en régime monogame, presque tous les hommes ont droit à une femme !

Pour aller plus loin
David P. Barash, Judith E. Lipton, The myth of Monogamy. Fidelity and Infidelity in Animals and People, Freeman.
Sarah Blaffer Hrdy, La femme qui n’évoluait jamais, Rivages.
Martin Daly, Margo Wilson, Sex, Evolution, and Behavior, Wadsworth.

lundi 18 novembre 2002

Les mystères du sexe-ratio

La détermination du sexe est en théorie une loterie : chaque père donne un chromosome X ou un chromosome Y à son futur enfant. Or, les règles du jeu semble biaisés : il naît en moyenne 105 garçons pour 100 filles. De même, il naît un peu plus de garçons que de filles après les guerres et dans les familles socio-éconmiquement dominantes. Les biologistes connaissent le phénomène, mais ne sont pas d’accord sur son interprétation.

Faut-il croire que la nature a un penchant pour les garçons ? Les statistiques semblent en tout cas l’attester : il naît en moyenne 105 garçons pour 100 filles. Outre ce déséquilibre qui se vérifie dans presque toutes les sociétés, les démographes ont constaté deux variations significatives du sex-ratio chez l’homme : l’« effet-soldat » et l’« effet-élite ».

Effet-soldat et effet-élite
L’effet-soldat se traduit par une augmentation du nombre des naissances masculines à la fin d’une guerre. Ainsi, en Angleterre et au Pays de Galles, il naissait 103,4 garçons pour 100 filles en 1914, mais ce chiffre a grimpé à 106 garçons pour 100 filles en 1919. Et le même effet s’est répété entre 1941 et 1946.
L’« effet-élite », quant à lui, aboutit à une surreprésentation des hommes dans les familles d’individus dominant socialement. Ce sex-ratio a été d’abord repéré dans une espèce de primate, les atèles du Pérou, dont les femelles de haut rang donnent naissance à des mâles alors que la progéniture des femelles écartées par le mâle dominant est essentiellement féminine. Chez le cerf, les conditions défavorables de gestation des femelles, généralement dues au désintérêt du mâle, sont associées à une augmentation disproportionnée des naissances de femelles.
Cette tendance s’est retrouvée dans les sociétés humaines : une étude portant sur les familles des individus inscrits dans les Who’s Who américains, allemand et anglais parvient à un sex-ratio de 114 garçons pour 100 filles.
Dans une méta-analyse synthétisant 30 études menées selon des critères méthodologiques rigoureux et totalisant plus de 400 millions de naissances, Anouch Chachnazarian est parvenu aux conclusions suivantes : les trois facteurs montrant le plus d’influence sur le sex-ratio sont la race (moins d’écart entre les sexes chez les populations d’origine africaine), le rang de naissance (toujours plus de garçons chez les aînés) et le statut socio-économique (toujours plus de garçons en haut de l’échelle sociale).

Chromosomes, hormones, gènes… A qui la faute ?
D’où proviennent ces phénomènes ? Aucune explication scientifique ne fait aujourd’hui l’unanimité.
Pour le chercheur américain John Martin, les spermatozoïdes porteurs du chromosome Y sont plus mobiles que les X, mais ils ont une durée de vie plus courte. Plus les rapports sexuels sont fréquents (ce qui est le cas dans la première partie de la vie conjugale ou après une longue période de privation due à un conflit), plus il y a de chance pour les Y l’emportent. Une hypothèse qui explique l’« effet-soldat », mais pas l’« effet-élite ».
Le biologiste anglais William James préfère une explication fondée sur les hormones : les parents présentant un fort taux d’œstrogène et de progestérone ont plus de chance d’avoir des garçons. La néo-zélandaise Valerie J. Grant a repris cette hypothèse hormonale et considère, quant à elle, que la naissance des garçons est corrélée à la « dominance maternelle », c’est-à-dire au taux de testostérone de la mère.
Pour les sociobiologistes Robert Trivers et Daniel Willard, la prédominance des mâles en première naissance de couples dominants s’explique par un rapport « coût-bénéfice » dans la propagation des gènes : les femelles au mieux de leur condition physique, généralement choisies par les mâles, ont plus de chance d’avoir une grande descendance si elles donnent naissance à des mâles (ceux-ci devenant dominant du fait de la qualité de leurs géniteurs) ; inversement, les femelles vieillissantes ou à santé chancelante font un meilleur investissement avec les filles qu’avec les garçons.

lundi 21 octobre 2002

X, Y, XX, XY, XYY, XXY… Les anomalies sexuelles


Normalement, tous les êtres humains possèdent deux chromosomes sexuels, XX pour les filles et XY pour les garçons. Mais la nature ne fait pas toujours bien les choses, et il arrive que des individus naissent avec trois chromosomes sexuels. Les symptômes de ces pathologies donnent des indications parfois surprenantes sur l’influence des chromosomes X et Y sur le comportement.

L a nature produit parfois des aberrations chromosomiques. La plus répandue est la trisomie 21 (ou mongolisme), c’est-à-dire un triplet de chromosome 21 au lieu d’une paire. Il existe trois syndromes associés aux chromosomes sexuels L’une des plus célèbres est le Y surnuméraire (XYY), qui concerne une naissance mâle sur 1000. Les XYY sont plus grands et moins intelligents que la moyenne, leur acné est plus prononcée et ils montrent un taux de testostérone plus élevé. Leurs coudes sont souvent incurvés vers l’extérieur. Dans l’ensemble, les phénotypes sont normaux et les XYY restent souvent non détectés. 

Le Y surnuméraire est surtout connu comme le « chromosome du crime » : une étude anglaise avaient effet démontré en 1960 que l’on trouvait une plus forte proportion de XYY dans la population carcérale que dans la population générale. Bien que controversée, ce résultat a été confirmé par plusieurs autres travaux. Le Dr Carl Pfeiffer s’est par exemple intéressé au cas d’un tueur en série XYY, Arthur Shawcross. Il a découvert que cet individu présentait un taux anormalement élevé de kryptopyrrole, substance souvent associée à la schizophrénie et à diverses anomalies de comportement (impulsivité, trouble caractériel, violence).

Le syndrome de Klinefelter représente le cas inverse du précédent : un X surnuméraire (XXY). Le X surnuméraire provient plus souvent de la mère. Le risque pathologique augmente en proportion de l’âge de la maternité, comme c’est souvent le cas avec les malformations chromosomiques. Le syndrome de Klinefelter touche 1,5 naissance sur 1000. Les individus atteints ont une talle légèrement plus grande que la moyenne. Leurs caractères sexuels (masculins) sont peu développés : si la verge est parfois normale, les testicules sont petits et indolores. Les XXY souffrent souvent d’azoospermie, ce qui se traduit par la stérilité.

Le doublement du chromosome X se traduit par des aspects féminins malgré un genre masculin. Ainsi, certains Klinefelter ont un corps « gynoïde », avec des épaules peu développées, des hanches assez large et une enveloppe graisseuse proche de celles des femmes. Il en va de même pour la pilosité, souvent peu fournie et de répartition féminine. 
Les hommes atteints par le syndrome de Klinefelter ont 50 fois plus de risques de contracter un cancer du sein que les autres, même si ce risque reste 8 fois moindres que chez les femmes.

Autre anomalie chromosomique fréquente (une naissance sur 3000 environ, mais 10 % des fausses couches précoces) : le syndrome de Turner ou monosomie X. L’individu ne présente qu’un seul chromosome sexuel X (XO). Le plus souvent (75 % des cas), c’est le X paternel qui n’a pas été transmis. Les personnes atteintes du syndrome de Turner sont de petite taille, souvent inférieure à 1,40 m à l’âge adulte. Elles connaissent un développement sexuel incomplet (organes génitaux infantiles), qui aboutit à une libio réduite et, dans la plupart des cas, à la stérilité.

Le syndrome de Turner se traduit par des nombreuses pathologies physiques : malformations cardiaques, rénales et osseuses, myopie ou strabisme, pilosité aberrante. Du point de vue psychocognitif, on note des troubles du comportement social, un faible QI, une surdité partielle ou totale dans 40 % des cas.

En 1997, une étude dirigée par le Dr David H. Skuse, de l’Institut pour la santé de l’enfant de Londres, a fait grand bruit : l’équipe de ce chercheur a montré que le comportement des XO varie sensiblement selon que leur chromosome X unique est hérité du père et de la mère. Les X paternels ont notamment des meilleurs scores aux tests psychologiques d’attention, où leurs résultats se rapprochent des femmes XX. Inversement, les X maternels sont plus rigides et s’adaptent difficilement à leur milieu social. Conclusion des chercheurs : « Il existe sur le chromosome X — probablement sur le bras court de ce chromosome — un locus impliqué dans la maîtrise et l’adaptation des comportements sociaux ».           

Il existe d’autres pathologies des chromosomes sexuels :
- XXX (1 cas sur 1000, rarement détecté, se traduisant par une ménopause précoce et des troubles cognitifs)
- XXXX et XXXX (rarissime, aboutissant à une débilité mentale)
- XX mâles (1 cas sur 10.000, inversion sexuelle, avec des symptômes proches du Klinefelter) ;
- XY femmes (1 cas sur 10.000, absence d’ovaires, ambiguïté dans l’identité sexuelle).

dimanche 20 octobre 2002

Parfums, douleur et différence des sexes


Serge Marchand et Pierre Arsenault, de l’Université du Québec, démontrent pour la première fois l’influence des odeurs sur la perception de la douleur. Leurs travaux portent sur 40 volontaires dont la moitié de femmes. L’éventail des essences testées va de l’extrait d’amande ou de vanille, en passant par l’huile de massage, les lotions après-rasage et autres produits d’hygiène, au vinaigre blanc et à l’antiseptique de dentisterie (zonaline). Chaque sujet a d’abord déterminé les senteurs qu’il trouvait plaisantes, leur intensité et l’humeur qu’il lui associait. Puis, pour les besoins de la cause, les volontaires ont dû plonger la main dans une bassine d’eau brûlante (3 minutes à 46-48 °C) en respirant les essences (des plus au moins agréables aux neutres de type eau distillée). Ils étaient ainsi invités à exprimer leur peine, minutieusement mesurée et enregistrée. Résultats : plus les senteurs sont agréables, plus l’humeur des sujets est bonne, tandis que les odeurs désagréables tendent à les rendre plus grincheux. En revanche, les fragrances délicieuses atténuent la douleur mais uniquement chez les femmes. «Cette étude ne permet pas de savoir si des différences culturelles ou d’éducation entre hommes et femmes contribuent à expliquer ces résultats», a indiqué Serge Marchand. Les effets des odeurs sur la douleur et la bonne humeur pourraient dépendre de mécanismes différents. Le recours aux techniques d’imagerie cérébrale devrait éclaircir cette question.

samedi 19 octobre 2002

Amour, baleines et sonars


Les baleines femelles ratent parfois leur rendez-vous galant car elles n’entendent pas les chants d’amour du prétendant, gênées par le bruit des sonars des navires commerciaux ou militaires. Lors de cette étude menée dans la baie de Loreto du Golfe de Californie (Mexique) sous la direction de Donald Croll, de l’Université de Californie à Santa Cruz, les chercheurs ont d’abord relevé que seuls les mâles étaient à l’origine des mystérieux chants des profondeurs et en ont déduit que, très vraisemblablement, il s’agissait d’appels d’amour. Ces mâles présentent un bel canto original composé de grognements, sifflements, grincements, gémissements, grondements et ronflements de 184 à 186 décibels à basse fréquence (15 à 30 Hertz), normalement audible sur de très longues distances. Mais leur organe risque de ne plus porter assez, avertit l’équipe de Donald Croll, à cause des sonars de la marine marchande et des forces navales, sans oublier les ondes (190-250 dB) émises par les programmes de surveillance sismique ou de recherche acoustique dans les océans.

vendredi 18 octobre 2002

Devenir homme, devenir femme


D’ordre physiologique ou psychologique, les différences sexuelles apparaissent très tôt au cours du développement. Certaines d’entre elles sont dues au milieu, d’autres sont sous l’influence directe de la biologie. Comment devient-on homme ou femme ?

Chacun connaît le mot célèbre de Simone de Beauvoir : «On ne naît pas femme, on le devient». Pour le biologiste, le contraire serait plutôt vrai : «On ne commence pas homme, on le devient». Durant ses deux premiers mois, le fœtus est en effet indifférencié : si on le castre, il donnera naissance à une fille. Lors de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, les chromosomes sexuels s’assortissent : si deux XX se rencontrent, il naîtra une femelle : si un X et un Y s’unissent, ce sera un mâle. Le gène SRY du chromosome Y déclenche à partir de la septième semaine de vie embryonnaire la différenciation sexuelle : les gonades (glandes sexuelles) deviennent soit des ovaires, soit des testicules. Le sexe chromosomique se développe dès lors en sexe hormonal : l’ovaire libère l’œstradiol, le testicule la testostérone. Ce sont ces hormones — associées à d’autres comme la dihydrotestostérone ou l’hormone de régression müllerienne — qui vont féminiser ou masculiniser l’ensemble de l’organisme, cerveau compris.

A une molécule près…
La machinerie hormonale est subtile puisque les deux principaux stéroïdes, œstradiol et testostérone, ne diffèrent que par une molécule et se croisent dans l’organisme. La testostérone est précurseur de l’œstradiol dans l’ovaire ; les androgènes se transforment en œstrogènes dans le cerveau masculin. De ce point de vue, la différence entre les sexes ne tient qu’à quelques particules élémentaires…

Les hormones contrôlent le développement des organes génitaux, mais elles affectent aussi le comportement de l’individu tout au long de son existence, avec un rite de passage important : l’adolescence, durant laquelle l’activité des hormones sexuelles redevient intense.
On parle d’ «effet organisationnel» (Young) des hormones sexuelles : celles-ci déterminent d’un même mouvement le sexe physiologique et le sexe comportemental qui lui est adapté. Lorsque l’on injecte de la testostérone à des fœtus de femelles cobayes, par exemple, celles-ci ne manifesteront jamais de posture sexuelle féminine (lordose) au cours de leur vie adulte. Elles ont été " masculinisées " à une période critique de leur développement.

Les différences sexuelles s’accentuent avec l’âge
Les différences sexuelles sont d’abord d’ordre physiologique et concernent la biologie du développement. Avec un principe général, qui se vérifie chez la plupart des autres espèces : plus nous grandissons, plus les différences entre les sexes sont marquées. A la naissance, il est difficile d’identifier une fille ou un garçon. Les choses deviennent plus évidentes pour les garçonnets et les fillettes. Après la puberté, le doute est rarement permis.

La puberté est la période la plus importante de différenciation des deux sexes : les traits sexuels secondaires apparaissent alors sous l’effet de la pression hormonale. Certaines parties du cerveau (hypothalamus, antéhypophyse), les gonades (ovaires et testicules) et les glandes surrénales déclenchent, selon un mécanisme encore inconnu dans ses détails, une production abondante d’hormones sexuelles (œstrogènes, progestérone, testostérone).

En moyenne, la puberté apparaît toujours plus tôt chez les filles (entre 11 et 13 ans) que chez les garçons (entre 13 et 15 ans). Le taux maximum de croissance osseuse est observé à 12 ans chez les filles, à 14 ans chez les garçons. Celui de la masse musculaire à 12 ans chez les filles, à 15 ans et demi chez les garçons. La formation de la disposition générale des poils pubiens est achevée entre 13 et 14 ans chez les filles, entre 14 et 15 ans chez les garçons.

On observe une plus importante transformation des traits faciaux chez les garçons que chez les filles. Ces dernières commencent en revanche à souffrir d’une plus forte accumulation de graisses comparativement à l’autre sexe. La transformation de la voix est souvent marquée par une rupture chez le garçon (qui acquiert la tonalité adulte vers 15 ou 16 ans), inexistante chez les filles.

Les garçons plus forts que les filles
La puberté, qui dure entre 1,5 et 5 ans, est le moment où les garçons acquièrent une supériorité physique : cœur et poumons plus gros, muscles plus développés, pression sanguine systolique plus élevée, oxygénation du sang plus importante, etc.

Dans l’évolution, ces traits ont sans doute donné à l’homme une prédisposition plus avantageuse pour la chasse, le combat, la manipulation d’objets lourds, etc. Aujourd’hui, cela se traduit encore dans les performances athlétiques : les champions font des scores toujours meilleurs chez les hommes que chez les femmes, à niveau d’entraînement égal. Durant l’enfance, les filles et les garçons ont souvent des performances sportives à peu près équivalentes au saut en longueur, à la course de vitesse et à la corde. Plusieurs études ont montré qu’à l’âge de 17 ans, la domination masculine est généralisée : 9 garçons sur 10 dépassent leurs consœurs.

En fait, on peut repérer dès l’enfance de légères différences entre les sexes du point de vue de l’activité physique. Par exemple, chez les enfants âgés de 2 à 7 ans, les garçons sont déjà meilleurs que les filles pour le lancer d’objet (aussi bien en vitesse qu’en distance) dans 90 % des cas. Ils le doivent à des facteurs physiologiques, notamment la longueur du radius (qui est déjà plus importante chez le fœtus mâle dans trois cas sur quatre).

De manière plus générale, on observe que les garçons sont plus agités que les filles, dès la première année de l’existence. C’est la raison pour laquelle les enfants de sexe masculin sont plus souvent impliqués dans les accidents domestiques. Selon les statistiques de l’EHLASS (European Home & Leisure Accident Surveillance System), ces accidents concernent 9,4 % des garçons contre 6,5 % entre 0 et 4 ans, 9,4 % contre 7,5 % entre 5 t 9 ans, 14,2 % contre 7 % entre 10 et 14 ans. Ces différences se retrouvent aussi dans certaines pathologies : le trouble de l’hyperactivité, par exemple, touche deux fois plus les garçons que les filles, dès la maternelle. Le sexe « fort » convertit par la suite volontiers sa force physique en brutalité : une analyse portant sur 20 années de statistiques dans 31 pays a montré que 89,5 % des meurtriers sont des hommes…

Un sexe pas si faible…
Les femmes sont donc (en moyenne) plus faibles que les hommes en ce qui concerne certaines capacités physiologiques : la taille, le poids, la masse musculaire, le volume du cœur, l’oxygénation sanguine, le taux d’hémoglobine, etc. Elles sont en revanche plus résistantes que les hommes. Dans tous les pays, la longévité féminine surpasse la longévité masculine. La moyenne européenne d’espérance de vie est de 79 ans pour les femmes et 72 ans pour les hommes. Plus les pays sont avancés économiquement et technologiquement, plus l’écart se creuse en faveur de la femme.

La surmortalité masculine se vérifie à tous les âges de la vie. Elle commence dès l’enfance, du fait de la maturation plus lente des garçons, de l’action inhibitrice des hormones masculines sur le système immunitaire et d’un taux métabolique basal plus élevé. Plus étonnamment encore, les garçons sont plus sensibles que les filles aux problèmes d’environnement et d’alimentation. Une équipe de chercheurs dirigée par R. Martorell a par exemple étudié une population pauvre de 249 Indiens guatémaltèques, de la naissance à l’âge de 26 ans. A l’âge de trois ans, une proportion équivalente de garçons et de filles souffrait de retard de croissance, dû à une mauvaise alimentation et à des infections. Mais ce retard affecte différemment les deux sexes : 1 garçon sur trois souffre par la suite de déficits cognitifs de l’apprentissage, contre 1 fille sur 10 seulement.

La plus grande fragilité masculine se retrouve face aux maladies les plus répandues (cancers, accidents cardio-vasculaires, accidents cérébraux, diabète, cirrhose, maladies infantiles, etc.) comme dans les statistiques des morts violentes (suicide, homicide, accidents de la route, accidents du travail, etc.). Face à la mort, les hommes et les femmes ne sont pas égaux, mais la balance penche pour une fois du côté féminin !

Les unes et les autres : le comportement  prosocial
Si l’on se penche sur la psychologie du développement, on s’aperçoit que les différences entre les sexes apparaissent également très tôt. L’un des domaines les plus étudiés depuis trente ans est la sociabilité et l’empathie (« comportement prosocial »), c’est-à-dire l’orientation manifestée par un individu envers les autres. Les instruments de mesure sont innombrables : durée du contact oculaire, réponse à la détresse des autres, précocité de reconnaissance des visages, temps passé à regarder les autres, premier âge où l’on pointe du doigt, etc.

Dans tous ces domaines, les filles sont plus précoces et plus impliquées que les garçons. Dans les ours qui suivent la naissance, on a ainsi relevé que les filles se tournent en moyenne plus souvent vers les visages et vers les voix que les garçons. A l’âge de six mois, elles ont une meilleure mémorisation et reconnaissance des visages déjà rencontrés (dans la vie courante) ou regardés (en expérience), de même qu’elles babillent plus souvent. A l’âge de 12 mois, les filles sont deux fois attentives aux requêtes verbales de leur mère que les garçons, alors que les comportements des deux sexes sont identiques lorsque la mère attire l’attention par un jouet, sans interaction verbale.

Dans une expérience restée classique, R. M. Simmer a montré l’existence de différences sexuelles très précoces dans la réponse à la détresse d’autrui. Entre 12 et 14 mois, les petites filles ont tendance à pleurer plus souvent et plus longtemps que les petits garçons en présence d’un autre enfant qui pleure. Il est à noter que cette différence sexuelle n’existe plus lorsque les enfants sont soumis à un simple enregistrement de pleurs. Toutefois, les magnitudes ne sont pas toujours très marquées. Dans une autre étude sur des enfants de 20 mpis, on a conclu que trois filles sur cinq se montrent plus empathiques que la moyenne des garçons face à la détresse, tandis que deux garçons sur trois montrent une plus grande indifférence affective que la moyenne des filles.

Richard A. Fabes et Nancy Eisenberg, de l’Université d’Arizona, ont procédé à une méta-analayse de 259 études internationales sur le comportement prosocial des enfants en fonction de leur sexe. Leur résultat a confirmé la plus grande implication des filles en ce domaine, tout en notant que les différences sont plus marquées sur les données psychologiques (gentillesse, attention) que sur les données factuelles (aide réelle, partage). De même, les différences s’accentuent avec l’âge (intériorisation de normes sociales) et lorsque les mesures sont basées sur des auto-évaluations par questionnaires. La légère prédisposition favorable des filles à la socialité et à l’empathie, d’origine psychobiologique, se double donc rapidement d’une influence des rôles sociaux et familiaux, qui tend à renforcer la prédisposition d’origine.

Le secret des caresses amoureuses


Les nerfs responsables de cette émotion agréable et forte que l’on ressent en touchant l’être aimé ont été découverts par des chercheurs suédois et canadiens. Pour établir leur démonstration, Håkan Olausson, du département de neurophysiologie clinique de l’Hôpital Universitaire Sahlgren à Göteborg (Suède), et ses collègues ont rencontré quelques difficultés. Etudier les aspects émotionnels du toucher (caresses, contacts peau à peau entre amoureux) n’est en effet pas aisé parce qu’il s’agit d’un des sens qui active de nombreuses sortes de nerfs différents. Afin de déterminer quel type de nerfs est important pour provoquer une réponse émotionnelle, le Dr Olausson et ses confrères suédois et canadiens — de l’Université Mc Gill à Montréal (Québec) — ont examiné une personne qui a totalement perdu le sens du toucher sur la plus grande partie du corps. Cette patiente a cependant conservé intact dans la peau un sous-groupe de nerfs spécialisés, les fibres tactiles C. Ainsi, en dépit de son handicap, elle est capable de ressentir une sensation agréable et ténue déclenchée par la caresse légère d’un pinceau. En se servant de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les chercheurs ont découvert que les zones du cerveau impliquées dans le processus émotionnel s’activaient en réponse aux caresses agréables. Comme ces fibres nerveuses constituent l’innervation prédominante à subsister sur la peau de cette femme, en ont conclu les chercheurs, elles sont les capteurs du toucher émotionnel.

vendredi 24 mai 2002

Le mystère des naissances masculines


En Europe, pour avoir un garçon, il vaudrait mieux vivre au sud que sous les latitudes nordiques, alors qu’en Amérique du Nord, à l’inverse, c’est au Canada et non au Mexique que les chances d’avoir un garçon seraient plus grandes, selon une étude maltaise dont les auteurs avouent leur incapacité à expliquer ces différences. Le Dr Victor Grech et ses collègues de l’Hôpital Saint-Luc à Guardamangia (Malte), dont les travaux sont publiés dans le British Medical Journal, ont analysé les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) concernant les naissances enregistrées entre 1958 et 1997 pour le continent nord-américain, et celles recensées entre 1950 et 1999 en Europe.

Dans l’ensemble, moins de 3 % des données manquaient. Les pays européens, rangés selon la latitude, sont répartis en trois groupes :
- Les pays du sud (latitude 35-40°) regroupant Bulgarie, Grèce, Italie, Malte, Portugal et Espagne.
- L’Europe centrale (40-55°) incluant Autriche, Belgique, République Tchèque, France, Allemagne, Hongrie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Suisse et Royaume-Uni.
- Les pays nordiques (au-dessus de 55°) groupant le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède.

La partie nord-américaine est composée du Canada (au-dessus de 50°), des Etats-Unis (30-50°) et du Mexique (au-dessous de 30°). Au terme d’une analyse comparative de la répartition des sexes sur plus de cinquante ans, les auteurs trouvent qu’il y a eu significativement plus de naissances de garçons dans les pays méditerranéens comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne comparés aux pays d’Europe centrale ou nordique. En revanche, ils trouvent une situation inverse en Amérique du Nord. Ces différences restent inexplicables, les variations de température étant sans effet notable.

Garçons et mortalité maternelle
Samuli Helle, biologiste de l’évolution à l’Université de Turku (Finlande), et ses collègues ont découvert pour leur part, en épluchant des données historiques, que l’espérance de vie d’une mère était réduite en moyenne de 34 semaines par fils enfanté tandis qu’elle s’accroissait de 23 semaines pour chaque fille. «Plus une mère a de fils, plus son espérance de vie se réduit, tandis que les filles contribuent à augmenter leur longévité. Les garçons demandent plus d’efforts physiques que les filles pendant et après la grossesse, parce qu’ils sont plus gros».

jeudi 23 mai 2002

Mariages consanguins : pas si dangereux


Les mariages consanguins entre cousins germains sont moins risqués qu’on ne le pense généralement pour leur progéniture, affirme une équipe de chercheurs américains dans le Journal of Genetic Counseling. Le risque pour de tels couples d’avoir un enfant atteint d’une malformation ou d’une maladie d’origine génétique est de 7 à 8 %, contre environ 5 % pour le reste de la population en général, relève le Dr Robin Bennett qui a dirigé ces recherches. Ces chiffres sont moins élevés que ceux que l’on admet généralement. «Les cousins préoccupés par une grossesse issue de leur union ont toujours du mal à obtenir des informations précises sur les risques concernant leur progéniture, la plupart du temps en raison des stigmates sociaux ou des lois prohibant le mariage entre cousins». Les chercheurs sont parvenus à cette conclusion après avoir étudié pendant deux ans des statistiques de santé concernant les enfants nés de mariages entre cousins de premier rang en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie et au Proche-Orient.

D’un strict point de vue biologique, les enfants issus de tels mariages consanguins ont davantage de risques d’avoir des troubles génétiques car, sachant que des cousins germains se partagent 12,5 % environ de gènes identiques, ils ont une probabilité plus élevée eux-mêmes (6,25 %) de recevoir des copies identiques de gènes défectueux récessifs. La plupart de ces troubles peuvent être traités s’ils sont détectés précocement. Sur le plan pratique, cette étude recommande aux médecins et aux praticiens de ne pas systématiquement décourager des unions entre cousins, mais plutôt d’informer les couples sur le risque encouru au regard de l’histoire génétique familiale et de leur offrir de procéder à des tests de dépistage génétique.

lundi 20 mai 2002

Découvertes sur la fertilité féminine

On fixait jusqu’à présent entre trente-cinq et quarante ans l’âge au-delà duquel la fertilité féminine commence à devenir moindre. Plus difficiles, les grossesses tardives sont aussi plus risquées pour l’enfant, en raison d’une augmentation de fréquence des malformations chromosomiques comme la trisomie 21. Mais les chercheurs viennent de constater que la fertilité féminine pourrait commencer son déclin bien plus tôt. Cette information découle de l’observation, par des scientifiques américains et italiens, des comportements de 782 couples en bonne santé pratiquant uniquement la méthode des températures et non désireux, au moment de l’étude, d’avoir des enfants.

Les résultats de l’enquête ont été publiés en avril dans la revue internationale Human Reproduction. Selon le Pr David Dunson, auteur principal de l’étude, il s’agit « de la première étude mettant en évidence la précocité de ce déclin de la fertilité ».
Ces résultats ne signifient cependant pas que les femmes qui décideraient de repousser leurs grossesses jusqu’à la trentaine connaîtraient une baisse globale de leur fertilité mais qu’il leur faudrait un mois ou deux de plus pour tomber enceintes, a-t-il toutefois souligné. «Ce que nous avons observé est un déclin de la probabilité de devenir enceinte au cours d’un cycle menstruel et non une baisse des chances de mener à bien une grossesse», a-t-il ajouté.

L’étude menée par le National Institute of Environmental Health Sciences de Caroline du Nord et l’Université de Padoue montre que les hommes devraient aussi se soucier de leur horloge biologique car leur fertilité commence à baisser autour de quarante ans. L’âge ne semble cependant pas réduire la durée de la période de fertilité des femmes qui reste de six jours.

Dans le même numéro de la revue Human Reproduction, des chercheurs américains affirment avoir identifié un gène présent dans l’ovule qui pourrait se montrer déterminant dans la fertilité féminine. Les chercheurs du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD) estiment que ce gène pourrait également jouer un rôle dans l’arrêt prématuré du fonctionnement ovarien, qui touche certaines femmes à partir de quarante ans, bien avant l’âge de la ménopause.

Les travaux du Dr Zhi-Bin Tong et de ses collègues «pourraient déboucher sur une compréhension des causes de la stérilité inexpliquée chez la femme», a commenté Duane Alexander, directeur du NICHD, qui fait partie des Instituts Nationaux de la Santé (NIH). Lors d’une précédente étude, les mêmes chercheurs avaient identifié chez la souris femelle un gène qu’ils avaient appelé Mater, aidant à produire une protéine essentielle au développement de l’ovule fécondée. Sans ce gène, l’ovule de souris ne peut survivre au-delà de la première division cellulaire.

Dans l’étude la plus récente, les chercheurs ont identifié un gène paraissant être l’équivalent humain du gène Mater. 67 % de son ADN est identique à celui de la souris. «Si le gène humain remplit la même fonction que le gène de la souris, cela pourrait se traduire par une nouvelle approche dans l’étude et le traitement de la stérilité féminine», a expliqué Lawrence Nelson, co-auteur des travaux. Aujourd’hui, on estime que 2 à 5 % des couples français sont en situation de stérilité. Dans 80 à 90 % des cas, l’infertilité est d’origine féminine.

dimanche 19 mai 2002

Fumer diminue les chances d'avoir un garçon

Dans sa Clinique pour Femmes de Hyogo (Japon), le Dr Misao Fukuda a répertorié le sexe de 11.815 nés entre décembre 2000 et juillet 2001 dans sa clinique pour femmes. Chacune des 5.372 mères, âgées en moyenne de 33,6 ans (fourchette d'âges comprise entre 20 et 49 ans) a été interrogée sur sa consommation de cigarettes et celle de son partenaire autour du moment de la conception de l'enfant. La question portait sur le nombre de cigarettes que le couple grillait chaque jour dans les trois mois précédents les dernières règles, avant confirmation de la grossesse. Le rapport entre le nombre de garçons et de filles (sexe ratio) a été calculé pour trois groupes de couples : celui de parents ne fumant pas du tout, ceux qui fument jusqu'à un paquet (vingt cigarettes) par jour et enfin les couples consommant quotidiennement plus d'un paquet. Le sexe ratio décline ainsi, selon l'étude, quand augmente la consommation de cigarettes du père et de la mère. Il est de 1,21 pour les couples non-fumeurs et tombe à 0,82 pour les parents qui fument plus d'un paquet par jour chacun. La proportion de naissances de garçons est également réduite (0,98) chez les couples dont la mère ne fume pas alors que le père fume plus d'un paquet par jour. «Selon notre hypothèse, les spermatozoïdes porteurs du chromosome Y, qui détermine le sexe mâle, sont plus sensibles aux effets défavorables de la fumée que les spermatozoïdes porteurs du chromosome X», commente le professeur Anne Grete Byskov, du laboratoire de biologie de la reproduction de l'Hôpital Universitaire de Copenhague.

lundi 18 février 2002

Odeurs, séduction et sélection...


Des chercheurs de l’Université de Chicago viennent de démontrer que les femmes préfèrent les odeurs de certains hommes dont les gènes du système immunitaire sont proches de ceux de leur propre père. 

Mais au juste, qu’est-ce qui vous a séduit en lui ? «Oh, sa beauté, sa gentillesse, son humour... et puis, bien sûr, l’odeur de ses gènes, si proche de celle de papa». Voilà le dialogue surréaliste que tiendront peut-être un jour les étudiants en génétique du comportement. 
Deux femmes sont à l’origine de la découverte : Martha McClintock et Carole Ober, enseignant respectivement la neuropsychologie et la génétique humaine à l’Université de Chicago. La première mène depuis fort longtemps des travaux sur la capacité du système olfactif humain à reconnaître des phéromones et autres signaux chimiques discrets. A la base de notre nez se trouve un organe voméronasal vestigial, dont certaines cellules réceptrices, reliées à l’hypothalamus, pourraient bien être encore active. Martha McClintock avait déjà fait des découvertes étonnantes dans le passé. Par exemple, les règles des bonnes sœurs enfermées dans un même couvent tendent à se synchroniser spontanément, phénomène que l’on retrouve chez certains groupes de primates non humains. Une expérience plus récente (1998) a montré que le rythme du cycle ovulatoire des femmes peut évoluer en fonction des odeurs d’autres femmes, lorsqu’elles sont appelées à sentir régulièrement un coton qui en est imbibé.

49 femmes testent les odeurs de 6 hommes
Pour cette nouvelle expérience, McClintock et Ober ont fait appel à 49 femmes issues d’une communauté huterrites. Il s’agit d’anabaptistes d’origine germanique, ayant émigré aux Etats-Unis depuis trois siècles et vivant en communautés relativement endogames. Ces femmes étaient donc relativement homogènes sur le plan génétique : elles partageaient 67 groupes de gènes du système immunitaire (un nombre restreint, car les gènes  du complexe HLA - Human Leucocyt Antigen -, situés sur le chromosome 6, comptent parmi les familles les plus variables). Par ailleurs, ces femmes n’étaient jamais tombées enceintes et n’avaient jamais utilisé de moyen contraceptif. 
Du côté des hommes, les deux chercheuses ont fait au contraire appel à six «donneurs d’odeurs» très différents, dont les ascendants étaient d’origine juive, hindoue, danoise, anglaise, hollandaise, écossaise ou encore espagnole. Ces hommes ont subi des contraintes draconiennes : durant les trois semaines qui ont précédé l’expérience, pas d’odeurs chimiques (déodorant, après-rasage) interdits alimentaires (ail, asperge), pas d’activités sexuelles...
Les hommes ont porté le même T-shirt pendant deux nuits. Celui-ci a ensuite été présenté aux 49 femmes, qui ont dû déterminer l’odeur la plus «agréable». Précision des scientifiques : «Notre but n’était pas de définir l’odeur la plus attractive du point de vue sexuel, mais de trouver l’odeur que ces femmes auraient aimé sentir autour d’elles tout le temps». Une fois sélectionnées les odeurs plaisant aux dames, Martha McClintock et Carole Ober ont comparé les systèmes HLA. 
«Une tendance nette est apparue, explique Carole Ober. Les femmes ne choisissent pas les odeurs des hommes dont les gènes sont totalement équivalents ou totalement différents des leurs. Elles sélectionnent un niveau intermédiaire». Pour être précis, les meilleurs donneurs sont ceux qui ont en moyenne 2,3 gènes en commun. En l’occurrence, c’est la proximité avec les gènes HLA de la lignée paternelle qui apporte les meilleures corrélations.

Un phénomène déjà documenté chez les animaux
Le phénomène est connu chez d’autres espèces. Les souris, par exemple, dont le système olfactif guide plus directement la sexualité, évitent de copuler avec des partenaires trop identiques ou trop éloignés. Au sein de l’espèce humaine, l’équipe de Carole Ober avait observé un phénomène similaire dans les communautés ethniquement homogènes, où les hommes et les femmes trop similaires du point de vue génétique semblent s’exclure spontanément, sans qu’il leur soit bien sûr possible d’exhiber leur carte d’identité génétique. «Nous avons ainsi des données convaincantes selon lesquelles les gènes de la région HLA influencent des choix sociaux importants ».
Du point de vue évolutif, plusieurs études ont montré que l’endogamie (inbreeding) comme l’exogamie (outbreeding) systématiques semblent des stratégies de reproduction moins adaptatives que le juste milieu. «Les femmes, conclut Martha McClintock dans un élan d’enthousiasme, peuvent vraiment sentir des différences génétiques. Elles sont même capables de sentir un seul gène». Pour éviter les dispuutes, on ne discutera donc plus des goûts, des couleurs... ni des odeurs !

Œdipe, avec ou sans Freud...
David Perrett et Tony Little, du Département de psychologie de l’Université Saint-André (Ecosse), analysent depuis plusieurs années déjà les constantes statistiques dans le choix des partenaires sexuels. Ils ont ainsi découvert que les individus sont souvent attirés par des caractéristiques secondaires de leur parent du sexe opposé (les yeux et les cheveux de la mère pour un garçon, par exemple). Complexe d’Œdipe freudien ? Empreinte sexuelle au cours du développement infantile ? Avantage adaptatif des appariements assortis ? Les hypothèses ne manquent pas...

dimanche 17 février 2002

Explication détaillée de l’érection

Si l’on savait, depuis les premiers travaux de ces chercheurs de l’Université Johns Hopkins à Baltimore (Maryland), voici dix ans, que l’érection était déclenchée par la libération d’oxyde nitrique par les nerfs du pénis, ces mêmes spécialistes décrivent maintenant le mécanisme de production continue d’oxyde nitrique nécessaire à l’érection prolongée. L’équipe, dirigée par le Pr Arthur Burnett, a pu montrer ce qui se passait après la phase initiale de production d’oxyde nitrique, neurotransmetteur dont l’effet ne dure que quelques secondes. Chez des rats et des souris génétiquement modifiés, les chercheurs ont découvert que les vaisseaux sanguins prenaient le relais des nerfs pour libérer dans l’organisme une dose continue d’oxyde nitrique pour durcir la verge et faire durer l’érection. «Une fois que le sang commence à affluer dans le pénis, la source d’oxyde nitrique dans les vaisseaux sanguins est activée en continu pour que davantage d’oxyde nitrique soit libéré, que davantage de tissus se dilatent, que davantage de sang afflue et qu’une érection durable soit atteinte», décrit M. Burnett. Cette cascade d’événements, dit encore le chercheur, débute quand une pensée érotique ou une sensation physique déclenche la libération d’oxyde nitrique à l’extrémité des nerfs du pénis. Ce vasodilatateur favorise l’afflux de sang et le gonflement des tissus. L’afflux de sang provoque une pression sur la paroi des vaisseaux sanguins (cellules endothéliales), qui à son tour provoque la libération d’un supplément d’oxyde nitrique.

vendredi 14 décembre 2001

Un contraceptif pour deux

Dirigés par Dr David Clapham, de la Harvard Medical School, à Boston (Massachusetts), les chercheurs ont créé des souris mutantes, dépourvues d’un gène spécifique, le gène CatSper, dont le produit, une protéine, existe uniquement dans les testicules et qui à son équivalent chez l’homme. La protéine permet un afflux de calcium, indispensable pour assurer aux spermatozoïdes l’agilité nécessaire pour parvenir jusqu’à l’ovule et ensuite le fertiliser. Le gène CatSper contrôle le passage d’ions dans le spermatozoïde, dont il a besoin notamment pour franchir la membrane qui entoure l’ovule. Le sperme des rongeurs auxquels il manque ce gène est incapable de fertiliser l’ovule in vitro. Alors que 81 % des œufs ont été fécondés par du sperme normal, aucun ne l’a été par le sperme déficient. La protéine Catsper est localisée dans le flagelle du spermatozoïde (qui lui permet d’avancer) arrivé à maturité. «Le gène CatSper représente une excellente cible pour la mise au point de contraceptifs non-hormonaux pour les hommes et les femmes», écrivent les auteurs. Un inhibiteur spécifique, un produit bloquant uniquement ce gène, ne devrait pas affecter d’autres organes ou tissus de l’organisme (cerveau, cœur, reins ou système immunitaire) et par conséquent les effets secondaires devraient être faibles ou inexistants. Ce gène constitue également une cible de travail pour la détection et le traitement de l’infertilité masculine.

dimanche 7 octobre 2001

Aspects neurobiologiques de la fonction sexuelle masculine

Journée du 20 juin 1997 organisée par les comités d'interfaces INSERM - Reproduction humaine et INSERM - Neurosciences


Aujourd'hui encore, la biologie de la sexualité reste mal connue.


Néanmoins, ces toutes dernières années ont été riches en avancées dans le domaine de la recherche en neurobiologie, en neurophysiologie et dans celui de la neuro-imagerie. Par ailleurs, des traitements pharmacologiques de plus en plus efficaces se développent pour les troubles de la sexualité masculine.


Aussi, l'INSERM et les sociétés françaises de reproduction humaine et de neurosciences ont souhaité organiser, pour la première fois, une journée consacrée à la fonction sexuelle masculine pour permettre aux chercheurs et aux cliniciens de faire le point sur ces dernières avancées. Cette manifestation, qui a lieu dans le cadre de la Journée d'andrologie de Bicêtre, se conjugue avec transdisciplinarité puisque se rencontreront des scientifiques et des médecins issus de deux disciplines qui ont rarement l'occasion de se côtoyer, la reproduction humaine et les neurosciences.


Cette réunion est un bel exemple de l'action menée par les comités d'interface mis en place par l'INSERM pour contribuer activement à l'organisation d'une véritable continuité des activités de recherche, à susciter des collaborations depuis la recherche fondamentale jusqu'à la recherche médicale et en santé. Les comités d'interface associent l'INSERM aux sociétés savantes médicales. Ils organisent l'échange d'informations et d'idées entre le monde de la recherche et le monde médical, tentent de stimuler la recherche clinique et en santé en aidant à la constitution de réseaux.


Ces comités d'interface sont également amenés progressivement à participer à la veille médicale ; ils peuvent ainsi interpeller l'INSERM sur des problèmes émergents en terme de santé humaine et susciter une réflexion prospective pour développer les recherches nécessaires. Vingt-sept comités existent actuellement, et plus d'une centaine de sociétés savantes médicales y participent.


Les comités d'interface sont incités de plus en plus à travailler ensemble de manière transdisciplinaire. Cette journée sur la fonction sexuelle masculine est une illustration de cette évolution puisque deux comités d'interface se sont associés pour participer à son organisation. Le comité d'interface INSERM - Neurosciences regroupe 8 sociétés savantes. Le comité d'interface INSERM - Reproduction humaine rassemble 8 sociétés de spécialités médicales, dont la Société d'Andrologie de Langue française (SALF) et l'Association française d'Urologie (AFU), dont le Pr Alain Jardin (CHU de Bicêtre) est le représentant.




NEUROPHYSIOLOGIE CENTRALE DE L'ACTIVITE SEXUELLE


Différentes régions du système nerveux central et du système nerveux périphérique (moelle épinière) participent à la régulation du comportement sexuel. Quelles sont ces structures, comment sont-elles impliquées, quelles sont leurs interactions ? La neurobiologie de la fonction sexuelle masculine a fait un bond en avant ces dernières années même si l'on ne dispose pas encore aujourd'hui d'une vision globale claire du contrôle de cette fonction. Cette journée sera l'occasion de faire le point sur toutes ces recherches qui ouvrent des perspectives considérables dans la mise au point de traitements pharmacologiques pour les troubles de l'érection et de l'éjaculation.


Les différents exposés ciblent des niveaux d'organisation particuliers dans la commande nerveuse des fonctions sexuelles. Ainsi, Serge Stoleru s'intéresse à un niveau très supérieur du contrôle puisqu'il met en lumière la participation des aires corticales du système nerveux central. Elaine Hull et Antonio Argiolas scrutent, quant à eux, un autre niveau du contrôle central en étudiant l'hypothalamus. Enfin, Olivier Rampin et Kevin McKenna se situent au carrefour, entre le contrôle central et les organes génitaux : ils étudient, en effet, la moelle épinière qui reçoit les informations provenant du système nerveux central mais aussi provenant des organes génitaux et qui agit, en retour, directement sur la fonction sexuelle. La dichotomie entre l'excitation sexuelle (situation sexuellement stimulante) et l'érection (fonction sexuelle) sera soulignée par Benjamin D. Sachs.


* Excitation sexuelle : quelles sont les structures cérébrales mises en jeu ?
Serge Stoleru, U292 INSERM, le Kremlin-Bicêtre


On dispose aujourd'hui de techniques d'imagerie cérébrale fonctionnelle qui permettent de visualiser chez l'homme conscient les aires du cerveau qui sont actives au cours de tâches particulières. Ces outils rendent possible l'étude des bases cérébrales du comportement sexuel humain. Serge Stoleru, Marie-Claude Gregoire et collaborateurs, en collaboration avec le Cermep (Centre d'études et de recherches médicales par émission de positons, Lyon), à l'aide de la tomographie à émission de positons (TEP), ont cherché à identifier les régions cérébrales impliquées dans la phase d'excitation sexuelle chez des sujets masculins en bonne santé. Les chercheurs ont présenté à ces sujets soit un film "neutre " sur le plan émotionnel, soit un film comique (provoquant des émotions positives non sexuelles) soit un film sexuellement explicite (provoquant des émotions positives sexuelles). Ils montrent que certaines aires du cerveau ne travaillent que pendant la présentation du film sexuellement explicite ; ces régions représenteraient des sites cérébraux privilégiés pour le traitement et l'intégration de perceptions qui sont à l'origine de l'excitation sexuelle. L'imagerie cérébrale offre donc un outil exceptionnel de l'exploration, en temps réel, de fonctions complexes. Au plan clinique, on conçoit bien sûr l'intérêt de telles explorations dans le cadre des troubles de la sexualité associés à un dysfonctionnement de régions encéphaliques.




* Erection et copulation : le rôle déterminant de la dopamine
Elaine Hull, Université de New york, Buffalo, États-Unis


Elaine Hull s'intéresse à une région du cerveau fortement impliquée dans le comportement sexuel. Il s'agit de l'aire préoptique médiane, située dans l'hypothalamus. Sa lésion abolit le comportement sexuel. Elaine Hull montre que, chez le rat, il est possible d'expliquer le décours temporel des différentes étapes de la copulation (érection, éjaculation, période réfractaire) par trois actions successives d'un même neuromédiateur, la dopamine, au sein de l'aire préoptique médiane. En effet, les quantités de dopamine augmentent dans cette région pendant le comportement sexuel. Et, en augmentant, la dopamine modifie son action en utilisant des récepteurs différents : ainsi, au tout début de l'excitation, la dopamine à faible dose entraîne une levée de l'inhibition exercée sur les réflexes sexuels. Elle utilise pour cela les récepteurs D3. A un niveau un peu plus élevé et en utilisant les récepteurs D1, elle facilite l'érection et retarde l'éjaculation ; enfin, à forte dose et en utilisant les récepteurs D2, elle facilite l'éjaculation et inhibe l'érection. La recherche et la mise au point d'agonistes et d'antagonistes spécifiques de ces sous- types de récepteurs dopaminergiques ouvrent la voie au traitement de l'éjaculation précoce.




* Rôle du noyau paraventriculaire
Antonio Argiolas, Université de Cagliari, Cagliari, Italie


Antonio Argiolas s'intéresse à un autre noyau de l'hypothalamus, le noyau paraventriculaire. Celui-ci contient plusieurs populations de neurones, dont certaines assurent la synthèse et la libération des neuropeptides tels que la vasopressine et l'ocytocine. Antonio Argiolas montre, chez le rat éveillé, que des microinjections de produits mimant l'action de neuromédiateurs endogènes (dopamine, ocytocine, glutamate, monoxyde d'azote) dans le noyau paraventriculaire provoquent des érections. Par ailleurs, il montre que le monoxyde d'azote (NO) est impliqué dans le déclenchement de l'érection et la copulation. Chez des rats " impuissants " (qui ne copulent pas) les taux de l'enzyme de synthèse du NO dans le noyau paraventriculaire sont deux fois plus faibles que chez des rats copulant. Enfin, la production de monoxyde d'azote augmente dans ce noyau chez des rats en présence de femelles réceptives, et au cours de la copulation. Le noyau paraventriculaire agirait sur la commande médullaire des organes génitaux et représenterait donc une voie de sortie importante du cerveau vers la moelle épinière.




* L'ocytocine, un neuropeptide proérectile
Olivier Rampin, INRA, Jouy-en-Josas


La moelle épinière est la source de l'innervation des organes génitaux. Elle représente le carrefour et le site d'intégration des informations nerveuses venant de la périphérie et celles en provenance du système nerveux central qui provoquent la mise en jeu des organes sexuels. Chez le rat, Olivier Rampin montre qu'il existe, dans la moelle épinière, des fibres nerveuses à ocytocine qui proviennent du noyau paraventriculaire (hypothalamus, système nerveux central) et qui sont en contact direct avec les neurones proérectiles de la moelle épinière. L'ocytocine libérée dans la moelle épinière par ces fibres s'avère être un neuropeptide qui déclenche l'érection chez le rat. Olivier Rampin met en évidence cette action en enregistrant des érections provoquées par des injections d'ocytocine dans la moelle épinière. Sous réserve de démontrer l'action sélective de l'ocytocine sur l'érection, une approche thérapeutique des patients blessés medullaires pourrait être envisagée par injection, dans les territoires situés sous la lésion, de produits visant à restaurer la fonction sexuelle.




* Comparaison mâle-femelle de la fonction sexuelle
Kevin Mc Kenna, northwestern University, Chicago, États-Unis
Professeur associé, Université de Paris-Sud, le Kremlin-Bicêtre


Il existe plus de ressemblances que de différences dans l'organisation anatomique, neurochimique et physiologique des réflexes sexuels qui caractérisent l'orgasme chez le mâle et la femelle. La contraction rythmique des muscles stries pelviens au cours de l'orgasme, les changements des rythmes cardiaque et respiratoire et l'augmentation des taux d'ocytocine circulant se révèlent semblables. Les différences anatomiques reposent plus sur la quantité d'innervation des organes génitaux et des muscles striés pelviens, quantité corrélée positivement avec la taille et le volume des organes cibles, que sur la nature ou la qualité des réflexes. Chez des rats anesthésies dont la moelle épinière est sectionnée, la stimulation des fibres sensitives de la région pelvienne provoque également chez le mâle et la femelle des réflexes des organes génitaux (érection-éjaculation chez le mâle, contractions vaginales et utérines chez la femelle) et des muscles striés pelviens. Ces réflexes sont également obtenus dans les deux sexes après ablation des testicules ou des ovaires. Ils apparaissent également après stimulation de l'hypothalamus chez des rats des deux sexes dont la moelle est intacte. Ces résultats montrent la similarité de ces réponses stéréotypées chez le mâle et la femelle. Cette identité des sexes, qui peut paraître surprenante, suggère néanmoins que des résultats issus des recherches sur l'un des sexes peuvent trouver des applications pour l'autre sexe, que ce soit en terme de régulation médullaire des fonctions sexuelles ou en terme de restauration des fonctions sexuelles après lésion médullaire.




* Psychobiologie de l'excitation sexuelle
Benjamin D. Sachs, Université du Connecticut, Storrs, États-Unis


On admet volontiers que l'érection chez l'homme représente un index indiscutable de l'excitation sexuelle. Pourtant, les contextes dans lesquels survient l'érection sont variés et la régulation physiologique de l'érection varie selon ces contextes. Celle-ci peut survenir en présence d'une excitation sexuelle (au cours de l'acte sexuel) ou en son absence (érection nocturne, érection consécutive a la prise d'une drogue ou d'une substance pharmacologique). Par ailleurs, l'excitation sexuelle ne se traduit pas forcément par l'érection (impuissance, lésions médullaires, castration). Pour développer l'étude de la psychobiologie de l'excitation sexuelle, c’est-à-dire l'étude des causes psychiques de cette excitation, il est nécessaire de définir rigoureusement l'état d' "excitation sexuelle". Benjamin D. Sachs, comportementaliste, propose ainsi une classification du comportement sexuel base sur la nature du contexte et la présence ou non d'érection. Par ailleurs, un modèle récemment développé chez le rat permet de mieux comprendre les mécanismes de l'érection " psychogénique " humaine, c’est-à-dire dont l'origine est psychique, et de développer une approche expérimentale de l'excitation sexuelle. Il s'agit de rats mâles, qui en présence d'une femelle sexuellement attractive mais non accessible, presentent des érections.




LES CONSEQUENCES SEXUELLES DES TRAUMATISMES MEDULLAIRES


Les lésions de la moelle épinière, conséquences d'un accident de la route par exemple, se traduisent par des invalidations plus ou moins graves. On compte aujourd'hui, en France, quelque 30 000 personnes paraplégiques (paralysées des membres inférieurs) et tétraplégiques (des quatre membres) qui sont confrontées à une difficile réinsertion tant sociale que familiale. Les personnes les plus atteintes sont souvent affectées dans leur vie la plus intime : non seulement l'innervation somatique qui commande la locomotion n'est plus assurée, mais sont altérées également les fonctions végétatives et sexuelles. Les hommes peuvent être confrontés a des problèmes d'impuissance et de stérilité. Des cliniciens du CHU de Bicêtre développeront leurs approches en matière de traitement pharmacologique des troubles de l'érection et de stérilité. Enfin, les approches expérimentales d'Alain Privat (Unite 336 INSERM) ouvrent des perspectives sur la restauration des fonctions locomotrices et sexuelles par les techniques de greffes neuronales.


Vincent Izard (service d'Urologie, CHU de Bicêtre) fait le point sur l'utilisation des techniques de l'assistance médicale à la procréation chez des hommes souffrant d'une lésion médullaire. Le recours aux differentes techniques d'APM est, en effet, possible à partir de l'éjaculat recueilli médicalement ou par prélèvement chirurgical. François Giuliano (service d'Urologie, CHU de Bicêtre) s'intéresse, lui, au traitement des troubles de l'érection chez les blessés médullaires. Celui-ci a évolué depuis le début des années quatre-vingt ou les premières prothèses furent proposées aux patients. Quelques années plus tard, s'appuyant sur le rôle des fibres musculaires lisses dans le processus d'érection, des substances pharmacologiques ont permis la prise en charge des dysfonctions érectiles quelle qu'en soit l'étiologie. Délivrées par voie intracaverneuse par le patient lui-même, ces substances sont pour les unes dite "facilitatrices" de l'érection : il s'agit du VIP (vasoactive intestinal peptide) et du CGRP (calcitonin gène related peptide), tous deux neuromédiateurs naturellement présents dans le tissu érectile ; on trouve également dans cette catégorie une substance produisant la libération de monoxyde d'azote (NO), qui est considéré comme le principal agent responsable de la relaxation musculaire lisse érectile, ou encore un antagoniste des récepteurs alpha- adrénergiques. Ce dernier est le seul traitement de cette catégorie disponible en France. La deuxième catégorie de produits proposée aux patients concerne les "drogues erectogenes", dont l'administration intracaverneuse est réalisée par le patient également : y figurent le chlorhydrate de papavérine (alcaloïde de l'opium) et la prostaglandine E1, tous deux disponibles en France.


Une autre approche est en cours d'évaluation : il s'agit d'administrer, toujours par le patient, à l’intérieur de l'urètre, de la prostaglandine E1 à l'aide d'une sorte de canule. Néanmoins, cette approche n'a pas été testée auprès de patients blessés médullaires. Enfin, un essai thérapeutique international mène chez des blessés médullaires, et que coordonne le service d'Urologie du CHU de Bicêtre, est en cours : l'administration d'une substance, un inhibiteur de la dégradation du second messager du NO, se fait par voie orale, une heure environ avant le rapport.


Alain Privat (Directeur de l'Unité 336 INSERM, Montpellier), dans son approche expérimentale, vise à rétablir l'éjaculation chez des rats lésés à un niveau précis de la moelle épinière. Les chercheurs entreprennent une greffe de neurones embryonnaires sérotoninergiques sous le niveau de la lésion. Un mois après, la séquence "érection-éjaculation" est restaurée montrant ainsi le rôle essentiel de la sérotonine dans la moelle épinière pour l'éjaculation. D'autre part, les travaux posent la question de l'existence dans la moelle épinière, de centres autonomes "régulateurs" qui pourraient être activés. Ce travail ouvre des perspectives thérapeutiques nouvelles quant à la restauration des différentes fonctions lésées après un traumatisme médullaire.


Source : dossier de presse Inserm, 1997.